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Un couple, une famille sous l'occupation

De
202 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
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EAN13 : 9782296302983
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Lucien NACH

Un couple, une famille
sous l'occupation

Éditions

L'Harmattan

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection Mémoires du XXème siècle sous la direction d'Alain Forest

Bloit, Moi, Maurice, bottier à Belleville, 1993. - Maurice Schiff, Histoire d'un bambin juif sous l'occupation nazie. Préface d'Henri Bulawko, 1993. - David Diamant, La résistance juive. Entre gloire et tragédie, 1993. - Francisco Pons, Barbelés à Argelès et autour d'autres camps, 1993. - Joseph Berman, Un juif en Ukraine au temps de l'armée rouge, 1993.

- Michel

- Pierre

Brandon,

Coulisses de la résistance

à Toulouse,

Lyon, Marseille et Nice, 1994 - Charlotte Schapira, Il faudra que je me souvienne. La déportation des enfants de l'Union Générale des Israélites de France, 1994. - Georges Sadoul, Journal de guerre (2 sept. 1939 - 20juillet 1940), deuxième édition, 1994. - Pierre Leenhardt, Pascal Copeau (1908-1982). L'histoire préfère les vainqueurs, 1994. - France Hamelin, La Résistance vue d'en bas... au confluent du Lot et de la Garonne, 1994.

- Marcel

Ducos, Je voulais seulement changer l'Eglise, 1994. Moreau-Bellenger, Pilote d'essais. Du cerf-volant

- Léon Arditti, Vouloir vivre. Deux frères à Auschwitz, 1995.

- Georges

à l'aéroplane, 1995. - Claude-Henri Mouchnino, Survivant par hasard, 1995.

@L'Harmattan 1995 ISBN: 2-7384-3258-1

Avant-propos
En écrivant cette histoire, je n'ai pas voulu faire œuvre d'historien. J'ai seulement voulu écrire une histoire, mon histoire, l'histoire de notre couple, l'histoire de notre famille. L'occupation allemande a diversement été acceptée. Certains n'en étaient pas gênés. Ils trouvaient les Allemands" corrects", aidant les enfants et les personnes âgées à traverser les rues. Ils pensaient aussi que l'Allemagne allait débarrasser le monde des communistes et également des juifs. Beaucoup d'entre eux ont aussi pu s'enrichir en faisant du marché noir. D'autres en revanche n'ont pas accepté la défaite française, n'ont pas voulu voir notre pays sous le joug allemand et dès 1940 ont commencé à faire de la résistance avec tous les risques que cela comportait. Les juifs eux n'avaient pas le choix. D'abord survivre, échapper aux arrestations, aux rafles, aux déportations et s'ils le pouvaient entrer eux aussi dans des mouvements de résistance. Tous les faits rapportés dans ce livre sont 5

- Écoutez, je ne vais pas plus loin, c'est trop dangereux avec ce temps si clair. Je vous ai expliqué hier soir que vous alliez trouver U1 sentier un peu plus loin à gauche; prenez-le, descendez sur la rive, faites une centaine de mètres, vous trouverez une barrière de fil de fer non barbelé, passez en dessous et remontez sur la route, vous serez en zone libre. J'avais compris que ce n'était pas seulement la lune trop voyante qui le gênait mais plutôt l'attitude ambiguë de notre compagnon de dernière minute. Puis il repartit chez lui en courant, nous laissant nous débrouiller tOut seuls. Au point où nous en étions, il fallait continuer. En effet, après quelques mètres, nous avons vu le sentier sur la gauche. Au bout du pont, la guérite était toujours très visible, mais aucun soldat n'apparaissait. Nous nous sommes donc engagés dans le sentier et nous sommes arrivés au bord du fleuve. A part l'homme à la toux, nous avions tous une valise à la main qui gênait un peu nos mouvements. Nous commencions à remonter le fleuve lorsque, brusquement, l'homme se mit à courir pour s'éloigner de nous. Pendant quelques secondes nous nous regardâmes, inquiets, car depuis le début il nous était très suspect. Du bord du fleuve où nous nous trouvions, on ne voyait plus la guérite et par conséquent de cette guérite on ne pouvait pas non plus nous voir.

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Nous avons continué notre marche une centaine de mètres comme prévu. La jeune femme qui avait sans réfléchir mis des chaussures de ville à talons hauts avait beaucoup de mal à nous suivre malgré l'aide de son mari. Entre le fleuve et la route qu'on apercevait au-dessus de nous, une barrière de fil de fer longeait la Saône. Jugeant que nous étions assez loin du pont, nous nous décidâmes à nous glisser sous les fils de fer. Il fallut nous mettre tous les trois hommes pour permettre à la jeune femme de passer de l'autre côté. Elle était toute tremblante d'émotion et de nervosité. L'homme de la dernière minute avait totalement disparu et notre inquiétude à son propos continuait à nous perturber. Un talus herbeux nous séparait de la route. Nous le gravîmes et enfin nous prîmes pied sur cette fameuse route. Nous nous trouvions devant les bâtiments d'une ferme. Il faisait toujours nuit, mais avec une lune si brillante qu'on y voyait à plus de cent mètres. Des chiens se mirent à aboyer; une porte de la ferme s'ouvrit, laissant passer une lumière très vive; un homme sortit en bras de chemise malgré la fraîcheur de l'aube. Il nous aperçut et s'arrêta, interdit. Je m'adressai à lui: - Monsieur, s'il vous plaît, où sommes-nous ? Il sourit. - Ne soyez pas inquiets, vous êtes ici en zone libre. - Nous voudrions prendre un car pour aller à Mâcon.

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- Revenez sur vos pas vers le pont, vous passerez devant une guérite où se trouve une sentinelle allemande, mais ne craignez rien, il est en zone occupée et ici c'est la zone libre. A côté du pont il y a un café-restaurant; à cette heure il est déjà ouvert et c'est de là que partent les cars pour Mâcon.
- Savez-vous quelle à
heure il y a des départs?

le premier part vers 9h. Nous nous dirigeâmes donc vers ce caférestaurant. Le jeune couple et l'homme qui avaient fait ce voyage avec moi étaient probablement attendus par des amis car ils me laissèrent devant le café et partirent de leur côté. Je m'installai à une table; il était 6h du matin et bien que tOut se soit finalement bien passé, j'avais toujours l'estomac contracté. Je commandai un café qui n'avait du café que le nom. C'était plutôt de l'eau chaude noire, mais cela me fit du bien. Après toutes ces émotions je commençais à respirer et les trois heures d'attente ne me gênaient pas. En venant en zone libre, mon but était de retrouver à Toulon deux amis, Georges

- Oui,

Gaudemard et Bernard Chretienne, avec qui
j'avais fait mon service militaire de 1936 à 1938 à la base aérienne 111 à Mourmelon. Je ne connaissais personne d'autre qu'eux et il m'était indispensable d'avoir un point de chute.

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Chapitre II Bûcheron
Dans ma tête repassaient tous les événements des derniers mois. J'avais décidé en septembre de quitter Paris occupé pour descendre à Toulon. Je partais vraiment à l'aventure car depuis la fin de mon service militaire en avril 1938 je n'avais jamais correspondu avec mes deux amis. Entretemps la guerre avait eu lieu. :Étaient-ils toujours vivants? Si oui, habitaient-ils toujours Toulon? Mais je n'avais pas le choix. A part eux je ne connaissais personne en zone libre, et il me fallait trouver rapidement du travail car j'avais peu d'argent avec moi. Depuis ma démobilisation en août 1940, la vie était très difficile. Comme tous les juifs français ou étrangers, il avait fallu aller se faire recenser au commissariat de police et faire mettre un tampon rouge" JUIF" sur les cartes d'identité, puis un peu plus tard, déposer les postes de radio. Les premières rafles avaient déjà eu lieu qui ne concernaient que les juifs étrangers, (les hommes uniquement) mais j'étais persuadé 15

que les juifs français allaient bientôt subir le même sort, bien qu'il fût précisé qu'on n'avait rien à craindre; je n'étais pas rassuré et je préférais aller en zone libre. Aussitôt que ma famille et moi eûmes obéi aux consignes, je me rendis compte de notre imprudence, car à part quelques camarades d'école que je fréquentais, personne dans notre immeuble ne savait que nous étions juifs. Mes parents ne pratiquaient pas la religion tout en respectant les traditions et les grandes fêtes. Aussi, étais-je certain qu'après notre inscription tôt ou tard nous en subirions les conséquences. Un matin dans le journal, au début de 1941, je vis une annonce demandant des jeunes hommes pour aller travailler comme bûcherons dans la forêt de Fontainebleau. Je pensai immédiatement que c'était un endroit rêvé pour être à l'abri d'une arrestation toujours possible; aussi je me présentai, fus embauché et partis dans une entreprise de bûcheronnage. Il s'agissait d'un camp en pleine forêt, composé d'une dizaine de baraquements; chaque baraque contenait dix lits de camp comme dans l'armée et la similitude était telle que je me crus ramené deux ans en arrière. Les âges s'échelonnaient de vingt-cinq à quarante ans et je compris rapidement que la plupart de mes compagnons étaient des gens sans travail qui avaient trouvé ce moyen de gagner leur vie. Leur motivation n'était pas pareille à la mienne. 16

Ce travail était très dur, surtout pour moi peu habitué à manier la scie ou la hache. Le matin, lever à 6h en pleine nuit, toilette rudimentaire dans des lavabos à courants d'air, alimentés seulement d'eau froide, un café à peine chaud avec un croùton de pain plus ou moins rassis. On nous avait fourni un habillement spécial; bourgeron, bottes et pull-over bien épais car il faisait très froid. Je me retrouvais exactement comme dans l'armée. Nous étions dirigés par un jeune ingénieur d'une trentaine d'années, très sympathique, qui se rendit rapidement compte que beaucoup parmi nous n'avaient jamais été bùcherons. Je tins huit jours. Et à la fin de la semaine, au moment de la paye, je donnai ma démission, incapable de faire ce travail un jour de plus. L'ingénieur ne parut pas surpris. Il avait sùrement compris que je n'étais pas fait pour ce métier. Le samedi après-midi nous nous rencontrâmes sur le quai de la gare de Fontainebleau, direction Paris; pour sauver la face, ear j'étais un peu gêné, je lui dis que j'étais journaliste et que j'avais voulu faire un reportage. Cette déclaration le rendit brusquement très souriant et très aimable et il me répondit: - J'ai bien vu que vous n'aviez jamais fait ce métier. J'espère que dans votre article vous nous ferez un peu de publicité. Je revins donc à Paris et me retrouvai à mon point de départ. J'étais sans travail et je n'arrivais pas à trouver un emploi. 17

Plus les semaines passaient, plus j'envisageais d'aller en zone libre. Les mesures et la propagande antisémites s'aggravaient. Les arrestations de juifs étrangers se multipliaient et j'étais de plus en plus pessimiste sur la suite des événements. Sachant ce qui s'était passé en Allemagne entre 1933 et 1940 avec la chasse aux juifs, je ne voyais pas comment notre situation pouvait s'améliorer. Mon père qui était négociant en pierres précieuses et qui fréquentait le club des diamantaires rue Cadet avait repris ses occupations, et curieusement, les Allemands n'avaient pris encore aucune mesure contre les juifs qui y travaillaient. Mais ce n'était sûrement que partie remise car tôt ou tard, des rafles auraient lieu dans ce club, fréquenté par des juifs et des Arméniens en grande partie.

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Chapitre III Le mariage
Depuis quelques mois, j'étais fiancé à Nelly, une jeune fille juive, et bien que désolée de me voir partir elle m'encourageait à le faire car la vie à Paris commençait à devenir dangereuse pour tous les juifs mais plus particulièrement pour les hommes. Notre plus vif désir était qu'elle vienne me rejoindre pour vivre avec moi. Ses parents étaient d'accord, mais très pratiquants, ils voulaient que nous soyons mariés. Il n'était pas possible faute de temps de passer devant Monsieur le maire, aussi, comme pour eux le mariage religieux était le plus important, nous décidâmes de faire venir un rabbin pour nous unir. Ce fut un mariage triste et rapide. Seuls, ses parents, sa sœur et ses deux frères ainsi que mes parents et ma sœur assistèrent à cette cérémonie. Alors que pour tout le monde un mariage est un jour de joie et de festivités, pour nous, il se résuma en quelques prières et l'acceptation de chacun de nous de vivre ensemble pour le meilleur et pour le pire. Le tout dura une petite heure et 19

nous nous quittâmes, chacun chez soi. Elle chez ses parents, moi chez les miens. Ceci se passait le 7 octobre 1941 et mon départ était prévu pour le 9 octobre. Je passai la journée du 8 chez Nelly avec la tristesse au cœur, car j'entreprenais une aventure qui pouvait se transformer en catastrophe. La première étape qui comprenait quelques dangers était de monter dans le train qui devait m'amener à Chalon/Saône. En effet la Feldgendarmerie surveillait toutes les gares parisiennes et effectuait de fréquents contrôles d'identité. Comme j'avais décidé de laisser ma carte avec le tampon "JUIF" à Paris et de n'avoir avec moi que mon permis de conduire, je risquais de me faire arrêter avant même d'être dans mon compartiment. Aussi, pour pouvoir rassurer Nelly et mes parents sur mon départ, avais-je demandé à ID ami d'enfance, Gilbert Saint-Georges, qui habitait dans l'immeuble contigu au mien, de bien vouloir m'accompagner, me mettre dans le train et dire à ma famille que tout s'était bien passé. Ce qui fut fait. Je pus monter dans le train sans encombre.

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Chapitre

IV

Toulon
Vers 7h du matin, des gens de Chalon entrèrent au café et racontèrent qu'une patrouille allemande venait d'arrêter une dizaine de personnes sur le pont que je venais de traverser. Je l'avais échappé belle! Maintenant il fallait aller à Mâcon prendre un train et descendre jusqu'à Toulon, retrouver mes amis. Avec une certaine anxiété, je me demandais s'ils étaient toujours vivants, et comment ils allaient me recevoir. Je voyais des antisémites partout et j'ignorais quelles étaient leurs idées sur ce sujet. Vers 8h30, un car s'arrêta devant le café; je m'installai confortablement à côté de la vitre; rapidement, il fut occupé par des voyageurs qui, comme moi, avaient attendu patiemment au café. A 9h, comme prévu, il prit la route de Mâcon. Il faisait un temps sec et froid. Mes nerfs commençaient à se détendre et je somnolai après une nuit sans sommeil et fertile en émotions. Tout à coup, le car ralentit et s'arrêta. Je regardai dehors et je vis deux gendarmes monter dans le véhicule. - Mesdames, messieurs, veuillez présenter vos

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papIers. De nouveau, mon estomac se contracta. Ma carte d'identité avec le tampon "JUIF" était à Paris, est-ce que mon permis de conduire serait suffisant? Je le remis au gendarme. - Vous n'avez pas de carte d'identité? - Non, monsieur, je l'ai perdue il ya quelques jours et je n'ai pas encore pu m'en faire établir une autre. - Où allez-vous? -A Mâcon ! Il me regarda attentivement et dit: - Vous avez intérêt à vous faire remplacer votre carte d'identité le plus vite possible, car le permis de conduire, c'est une tolérance. Vous n'êtes pas totalement en règle. - Aussitôt arrivé à Mâcon, je vais m'en occuper! Les deux gendarmes descendirent du car qui reprit sa route. Cette mésaventure me serait arrivée à la gare de Lyon, j'étais perdu. Bien qu'en zone libre, les lois antijuives furent en vigueur, je voyais heureusement une grande différence avec la zone occupée. Après cette alerte, mon voyage se poursuivit sans encombre. Je pus prendre un train à Mâcon et arrivai assez tard à Toulon. Nous étions le 11 octobre 1941. Quatre jours plus tôt je me mariais et je me trouvais aujourd'hui dans une ville où je respirais librement. 22

Après une nuit réparatrice dans un hôtel confortable, j'entrepris d'aller voir mon ami Jo. Nous n'avions eu aucun contact depuis notre démobilisation en avril 1938. Quand j'ai sonné.à sa porte et qu'il m'a ouvert il m'a regardé ahuri! - Lucien, c'est toi? Que fais-tu ici ? Quelle surprise! Il me fit entrer, me présenta à ses parents et à sa femme et me demanda à nouveau: - Que fais-tu à Toulon? Je n'avais jamais parlé durant notre service militaire de mes origines juives car cela ne me tracassait pas. J'étais français, né à Paris de parents d'origine polonaise et naturalisés français. Je n'étais ni croyant ni pratiquant et j'étais d'autant plus traumatisé par les lois antijuives ! J'avais fait deux ans de service militaire, toute la guerre du 3 septembre 1939 jusqu'au 9 août 1940, date de ma démobilisation. Quand j'expliquai à mon ami les raisons de ma présence à Toulon et par quels moyens j'avais pu parvenir jusqu'ici, il me regarda consterné! Il vint vers moi, me serra dans ses bras et me dit: Lucien, tu peux compter sur nous pour t'aider, nous sommes contre toutes les décisions du gouvernement de Vichy et pour nous, juif ou pas juif c'est pareil ! J'espérais cette réaction mais elle me fit chaud au cœur. - Jo, dis-moi, qu'est devenu Bernard, ton ami d'enfance, et notre copain de Mourmelon ?

-

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- Il habite toujours Toulon chez ses parents qui tiennent une crémerie. Je racontai l'histoire de la vérification des papiers par les deux gendarmes dans le car et la nécessité de me faire établir rapidement une carte d'identité. - D'abord, tu déjeunes avec nous! Après déjeuner nous irons ensemble voir Bernard! Je pense qu'il peut t'aider car il a de bonnes relations
lCI.

Lorsque j'arrivai avec Jo chez Bernard, lui aussi faillit tomber à la renverse. Je fis connaissance avec ses parents et son jeune frère. Ceux-ci tenaient une crémerie fort bien achalandée et par ces temps de vaches maigres tout ce que je voyais me semblait irréel. Avant de repartir chez lui, Jo m'indiqua un petit hôtelrestaurant dans le vieux Toulon pas trop cher car mes moyens financiers étaient fort minces. J'avais expliqué qu'il fallait que je trouve rapidement du travail et il me promit de s'occuper de me faire embaucher à l'arsenal de Toulon. Bernard me dit: - Tu dînes avec nous et tu vas nous expliquer pourquoi tu es venu à Toulon. Je recommençai mon histoire et l'attitude de Bernard et de ses parents me rassura bien vite. Comme je l'espérais avant de m'engager dans cette aventure, aucune trace d'antisémitisme chez eux, bien au contraire. Concernant ma carte d'identité, Bernard me dit : - Lucien, ne te fais aucun souci, je suis un ami 24

intime du commissaire de police du quartier, Michel Hacq, avec qui je joue au bridge régulièrement, et je serais très étonné qu'il ne puisse pas t'arranger ça; d'ailleurs je vais lui téléphoner immédiatement. Il s'absenta quelques instants et revint un sourire aux lèvres: - Tout va bien, je lui ai tout expliqué, nous avons rendez-vous demain matin et tu auras ta carte en règle et sans tampon "JUIF". Le lendemain Bernard vint avec moi au commissariat. Monsieur Hacq me demanda les renseignements indispensables, et une heure plus tard je ressortais avec ma nouvelle carte d'identité. Ceci fait, je m'empressai d'envoyer deux cartes postales (seul moyen de communication entre les deux zones) à Nelly et à mes parents pour les rassurer sur mon sort. L'accueil de mes deux amis avait mis mon moral au maximum. Il me fallait maintenant trouver rapidement du travail, car je pensais à Nelly et j'avais hâte de la voir venir me rejoindre. Nous nous étions mariés devant un rabbin mais cela ne me suffisait pas ; je la voulais près de moi pour que nous puissions vivre ensemble comme un couple normal.

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