Un dessein européen

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Si le véritable départ de la construction européenne eut lieu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, se formalisant avec la signature du Traité de Rome en 1957 puis confortant ses structures trente ans plus tard avec l'Acte Unique, l'idée européenne fut bien antérieure. Depuis le Moyen Age, le projet de rassemblement des peuples pouvant se prévaloir d'une culture commune fut même une constante dans l'évolution de l'Histoire...
Publié le : samedi 1 septembre 2007
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EAN13 : 9782296639850
Nombre de pages : 150
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Un dessein européen

Du même auteur
- Poèmes au gré du vent (Poésie, 1979, épuisé) - Idées au hasard (Poésie, Editions La Bruyère, 1981, épuisé) - Méandres (Poésie, Editions Saint-Germain des Prés, Le Cherche Midi, 1984) - Incertitudes obligatoires (Nouvelles, Saint-Germain des Prés, Cherche Midi, 1988) - Pamphlets et Carmagnole (Essai, Editions Dolphen, 1990) (La vie culturelle et artistique sous la Révolution) - Bacchanales (Poésie, Les Dossiers d'Aquitaine, 1996) - Cent jours à vivre (Roman, Les Dossiers d'Aquitaine, 1997) - Révolterie (Poésie, Les Dossiers d'Aquitaine, 2000) - Aux urnes, citoyens ! (Essai, Editions Publibook, 2003) - Quarantaine (Poésie, Les Dossiers d'Aquitaine, 2003) - La force d’inertie (Roman, Editions Publibook, 2004) - Les amours vénéneuses (Nouvelles, Lettres du Monde, 2005) - Quatrains (Poésie, Les Editions indépendantes, 2006)

© L'HARMATTAN, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

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ISBN : 978-2-296-03578-2 EAN : 9782296035782

Christian Grégoire

Un dessein européen
L’idée de construction européenne du Moyen Âge à l’Acte unique

L'Harmattan

Questions Contemporaines Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation... Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions HELDENBERGH Anne (sous la dir.), Les démarches qualité dans l’enseignement supérieur en Europe, 2007. Gilbert VINCENT, L’avenir de l’Europe sociale, 2007. Paul KLOBOUKOFF, Rénover la gouvernance économique et sociale de la France, 2007. Claude FOUQUET, Histoire critique de la modernité, 2007. Gérard POUJADE, Une politique de développement durable. Acteur d’une vie digne, 2007 Noël JOUENNE, Dans l’ombre du Corbusier, 2007. Jean-Jacques PROMPSY, Traité des corruptions, 2007. Mohamad K. Salhab, Éducation et évolution des savoirs scientifiques, 2007. P. LEPRETRE, B. URFER, Le principe de précaution. Une clef pour le futur, 2007. Ibrahima SARR, La démocratie en débats, 2007. Cyril LE TALLEC, Sectes pseudo-chrétiennes, 2007. Julien GUELFI, Non à l’euthanasie, 2007. Sébastien ROFFAT, Disney et la France. Les vingt ans d’Euro Disneyland, 2007. Francis JAUREGUYBERRY, Question nationale et mouvements sociaux en pays basque, 2007. Sébastien BRUNET : Société du risque : quelles réponses politiques, 2007. Jacques MERAUD, Réinventer la croissance, 2007.

Il y a aujourd’hui une nationalité européenne, comme il y avait, au temps d’Eschyle, de Sophocle, et d’Euripide, une nationalité grecque. Victor Hugo « Les Burgraves » Préface

Préface

L'Europe des Six, des Neuf, puis des Douze, des Quinze hier, l’Europe des Vingt-sept aujourd’hui, peutêtre un jour des trente voire des quarante ou qui sait davantage encore, cela n'a plus rien d'une belle utopie, d'une grande idée de rapprochement des hommes ; c'est devenu une réalité. Et celle-ci s'inscrit de plus en plus dans une logique d'expansion de l'Union européenne. Certes, tout ne va pas aussi bien pour les Européens dans leur vie quotidienne. Et souvent, parfois d'ailleurs à juste titre, ils mettent en cause cette UE, responsable de leurs maux. Les dirigeants des États prêtent le flanc à la critique. Certains renâclent. Mais tous au fond souscrivent à cette histoire et à cette construction, parce que cette Europe est maintenant essentielle dans l'organisation même des échanges, et parce qu'elle semble évidente sur le plan des relations humaines. Cette question de la réalité européenne dans notre vie et de ses influences ou ses implications nourrit le paradoxe chez toutes les populations concernées. Elles se montrent souvent inquiètes, frileuses et conservatrices 7

alors que dans le même temps, elles se déclarent plutôt favorables à l'ouverture et à une dynamique progressiste et moderne du Vieux continent. Dans ce contexte, il convient d'être prudent. Pour beaucoup, l'Europe est une belle chose, est une bonne chose. Ce qu'ils remettent plutôt en cause c'est CETTE Europe, telle qu'elle a été construite, selon des modes de fonctionnement peu lisibles, utilisant des mécanismes d'une lourdeur incommensurable, empruntant des voies de représentation parlementaire certes démocratiques- mais ô combien complexes ! Abandonnant à une autorité technocratique la mise en place de mesures froides et radicales, quand il faudrait sans doute des concertations au plus près du terrain. Les populations, les citoyens européens, renvoient à cette Europe-là une vraie responsabilité concernant bon nombre de dysfonctionnements des sociétés, les parties opposant leurs arguments, avec leurs mots, leurs symboles et leurs significations, avec aussi leurs objectifs qui sont rarement les mêmes, et avec la nécessité de tenir compte d'un outil géopolitique de plus en plus difficile à manier. L'ouverture bien sûr, l'élargissement, au fond, cela n'a rien d'aberrant. C'est l'essence même de la construction européenne. Lorsque sa base a pris corps véritablement, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans la mise en place des premières associations de moyens, dirons-nous, des premières communautés, la Communauté du charbon et de l'acier, la fameuse CECA pour commencer, il semblait évident que ce qui n'était qu'une union raisonnée pour faire face à une nécessité industrielle devait prendre 8

une dimension de plus en plus politique, et que cette première Europe restreinte, reconnue comme telle lors de la signature du Traité de Rome en 1957, était appelée à devenir une Grande Europe, à la mesure du continent. Ce qui pose problème, ce qui conduit à l’incertitude n’est pas tant la question arithmétique, celle portant sur le nombre de nations qui viendront s’agglomérer à l’Union européenne. Les peuples s’interrogent davantage sur la nature de cette nouvelle entité, sur sa capacité à fonctionner et à prendre des décisions. Et quelles décisions ? Car au fond, ce qui distingue la question européenne au sein des états procède de deux interrogations majeures. Quelle est et quelle sera la place de la Nation dans cette mégastructure paneuropéenne ? Quelle est la finalité exacte de cette construction ? La place de la Nation a toujours dominé les débats dans l’histoire de la construction européenne. Arc-boutés sur leurs principes, les états et les peuples qui les composent ont eu bien du mal à admettre leur dissolution dans cette Union. Au nom de leur souveraineté, ils ne voulaient pas dépendre d’une organisation qu’ils considéraient comme supranationale. Et en un sens, leur raisonnement se tenait. Mais cette opposition était la conséquence, comme cela est souvent le cas pour bien des sujets, d’un défaut d’explications et de pédagogie de la part de ceux qui avaient en charge d'œuvrer à la préparation de cette unité de nations. Depuis le Moyen Âge même, et les premières opérations de rapprochement, des voix se sont élevées pour mettre en 9

évidence la nécessité d’une entité européenne, fondée sur un concept, certes mal défini, d’identité culturelle. Il a fallu attendre les années 1950 pour que l’on comprenne que ce qui réunissait les peuples était plus important que ce qui pouvait les diviser. Cependant, pour que cette identité et les convergences de vue puissent être acceptées avec davantage d’allant et de convictions, de dynamisme et d’implications de toutes les parties prenantes, il eut fallu préciser qu’elle n’allait pas se substituer aux modes de vie et aux cultures propres de chacune pour instaurer une uniformité de pensée et de fonctionnement, mais qu'elle allait au contraire se construire sur ces diversités, pour constituer un vrai continent, avec ses différences géographiques, ses climats, ses habitudes, ses langues, dans le cadre d'un pacte de nations liées par des règles communes, des valeurs communes, fondées sur le Droit et la démocratie, capables ensemble de peser sur la politique internationale et de prendre toute sa place dans la marche du monde. Et puis n’oublions pas les deux grandes lignes directrices qui ont présidé à l’accélération du processus de construction européenne. À l’idée même que celle-ci était inévitable, et qu’il fallait construire une Communauté suffisamment armée pour leur donner un sens. La paix, tout d’abord. En 1950, l’Europe venait de connaître en moins d’un siècle trois conflits majeurs, si l’on englobe la guerre de 1870. Il apparaissait aux yeux de tous les hommes de bonne volonté comme nécessaire de parvenir enfin à établir une paix juste, rationnelle et 10

durable. Sans mettre leurs mouchoirs sur leurs conceptions voire sur leurs choix idéologiques, les principaux pays d’Europe occidentale devaient se retrouver, en fournissant pour cela tous les efforts de compréhension et de diplomatie, sans arrière-pensées, sur le plus petit dénominateur commun. Ce ne fut évidemment pas facile. Les tentatives conciliantes, les recommandations des uns et des autres, ne suffisaient pas toujours à convaincre. La mémoire était encore trop vive, et il n’était pas aisé d’effacer aussi simplement les souffrances, et de faire de l’ennemi d’hier l’allié de demain. Certes, la plupart des Européens aspiraient à vivre en paix, ressentaient la nécessité de doter l’Europe d’une organisation capable d’assurer sa stabilité, en admettaient le principe, allant même jusqu’à reconnaître la juxtaposition de leurs attentes et de leurs envies avec celles du voisin ; ils voulaient bien croire en ces racines communes de tous les peuples européens, s’inscrivant dans une tradition chrétienne. Mais la méfiance restait de mise. Aujourd’hui, alors que deux générations au moins ont passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’idée d’appartenance à une famille européenne semble acquise. Pour les plus jeunes, elle va même de soi. Dans une évidence définitive. Pourtant la méfiance dont nous parlions, les intérêts particuliers, les notions de souveraineté et de pouvoirs, parfois l’interaction des trois, ont longtemps freiné cette logique évolution. Et il a fallu le courage et toute l’opiniâtreté des promoteurs de la construction européenne, il a fallu qu’ils bousculent les idées reçues, imposent leurs vues et passent 11

en force pour franchir toutes les étapes. Comme il a fallu d’ailleurs le faire pour toutes les grandes avancées et les grandes conquêtes de l’histoire, qu’elles fussent politiques ou sociales. Dans un premier temps, on bâtit l’Europe sur des besoins vivaces, liés à une situation de déliquescence des pays provoquée par la guerre. Tout partit de l’économie. C’était bien là d’ailleurs à l’époque le seul point de convergence qui pouvait exister. Ce fameux dénominateur commun. Tout était à refaire, à reconstruire physiquement. Il fallait remettre les économies sur pied et relancer les marchés ; pour cela, s’appuyer sur une structure solide. Le charbon et l’acier donc, puis l’agriculture et tous les produits manufacturés. L’Europe de l’économie était en marche, et allait devenir le ferment d’une Europe plus généraliste. Il convenait aussi d’affirmer son indépendance vis-à-vis du géant américain. Celui-ci avait contribué à la relance économique de l’Europe, moyennant quoi Washington la considérait un peu comme son protectorat. La construction européenne, la CEE d’abord, l’UE aujourd’hui, constituent une force essentielle et représentative pour l’équilibre économique et politique du monde. Depuis la signature du véritable acte fondateur, le Traité de Rome il y a cinquante ans, elle atteint un âge où elle devrait faire preuve d’une plus grande maturité. Et se rappeler d'où elle vient. Attardons-nous justement sur les rebondissements et les longues péripéties de son histoire.

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L'esprit européen

L'Europe, en tant que communauté politiquement et géographiquement définie, celle que le Traité de Rome a initiée, que l'Acte unique a confortée trente ans plus tard, celle que les accords de Maastricht ont modelée, que le Traité d'Amsterdam a entérinée, puis à laquelle le Traité de Nice a donné une nouvelle consistance avec la possibilité d'élargir le nombre de ses pays composants, cette Europe-là, quelle que soit l'opinion que l'on peut en avoir, est désormais une réalité quotidienne pour chacun. La mise en place de l'euro, monnaie unique et acte plus que symbolique de l'unité, l'a parachevée dans nos pratiques. L'Europe deviendra encore davantage au centre de notre vie dans nombre de domaines dans les années à venir. Même si, on l'a vu notamment dans les référendums de 2005 (et singulièrement en France), le hiatus demeure entre la volonté d'une aventure européenne pour les populations concernées, et les structures de gouvernance ; 13

l'Europe qu'imaginent les Européens ne doit pas inscrire dans sa Constitution des points qui consacrent une vision politique globale. Ils ne veulent pas d'une orientation unique et qu'on ne pourrait modifier. Ils veulent une Europe égalitaire, solidaire et source de croissance, qui laisse en dernier ressort à la démocratie et aux peuples la possibilité d'infléchir les politiques suivies. Que rien ne soit donc inscrit dans le marbre. À part cette volonté de préserver l'unité européenne. Car si ce sont certes les responsables politiques qui ont œuvré à la construction de cet édifice, toutes leurs invocations eurent été vaines si les peuples n'en avaient pas admis puis compris la nécessité. Cette Europe-là, finalement, n'est que l'aboutissement de la volonté des hommes. L'histoire fixe volontiers ses repères. Et s'il est vrai, nous l'avons vu, que l'impulsion véritable de la construction européenne a été donnée au lendemain de l'effroyable carnage de la longue guerre de 1939-1945, pour écarter du vieux continent le spectre de nouveaux conflits toujours possibles, elle ne fut en fait qu'un virage décisif, encouragé par les événements, au terme d'un parcours entrepris par nombre de partisans précurseurs de cette unité, par des Européens convaincus, depuis les fondations à visée totalement politiques du Moyen Âge, puis de façon beaucoup plus active aux XVIIIe et XIXe siècles, en passant par la Renaissance, par la multiplication d'initiatives de tous ordres allant en ce sens, jusqu'à la première concrétisation qu'a constitué le Traité de Rome en 1957, même si au fond ce n'était qu'une 14

pour aboutir à une véritable construction dotée d'organes décisionnels, de circuits parlementaires, d'organisations politiques et de structures adaptées à ce qui est désormais une union, une entité à part entière. Pourtant, dans sa dimension humaine, la démarche européenne semblait délicate à mener jusqu'au bout, tant les populations formant ces pays appelés à un rapprochement symbiotique présentaient, a priori, des modes de vie et des traditions, des habitudes culturelles et des patrimoines qui paraissaient très éloignés les uns des autres. Affirmer que cela paraissait pour beaucoup inconciliable est un euphémisme. C'est pourquoi il a fallu beaucoup travailler, beaucoup insister, et laisser apparaître l'évidence à terme de cette union, à travers une notion communautaire, née de l'idée qu'existe vraiment une pensée européenne. Une philosophie qui, à chacune des étapes où elle se définit, révèle la volonté de placer l'homme au centre de toute évolution et de tout processus. Si l'on se souvient, citant Protagoras, que « l'homme est à la mesure des choses », rendre l'homme à lui-même restera toujours le premier commandement de cette civilisation qui prit naissance dans le bassin de la Méditerranée. C'est à partir des éléments clés de cette philosophie, sous-tendant l'harmonie dans laquelle l'Européen trouve à la fois compréhension et poursuite de lui-même, qu'a été façonnée cette pensée permettant à tous 15

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