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Un poilu dans l'armée d'Orient en 1918

De
152 pages
Parti à Salonique en janvier 1918, un habitant des Deux-Sèvres en revient en avril de l'année suivante et meurt en mars 1931 "après onze ans de maladie contractée aux Armées d'Orient". L'auteure s'est lancée sur les traces de ce grand-père inconnu et raconte cette quête personnelle dans cet ouvrage qui se transforme au fur et à mesure en une véritable enquête historique.
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Paƌï à SaloŶîƋue eŶ jaŶvîeƌ ϭϵϭϴ, uŶ haďîtaŶt des Deudž-Sğvƌes eŶ ƌevîeŶt eŶ avƌîl de l’aŶŶĠe suîvaŶte et ŵeuƌt eŶ ŵaƌs ϭϵϯϭ, « apƌğs oŶze aŶs de ŵaladîe ĐoŶtƌaĐtĠe audž AƌŵĠes d’OƌîeŶt ». L’auteuƌe, Maƌîe-Paule Dessaîvƌe, s’est laŶĐĠe suƌ les tƌaĐes de Đe gƌaŶd-pğƌe îŶĐoŶŶu et ƌaĐoŶte ĐeTe Ƌuġte peƌsoŶŶelle daŶs Đet ouvƌage Ƌuî se tƌaŶsfoƌŵe au fuƌ et à ŵesuƌe eŶ uŶe vĠƌîtaďle eŶƋuġte hîstoƌîƋue.
CoŵŵeŶt uŶ oďsĐuƌ paLJsaŶ des Deudž-Sğvƌes s’îŶsĐƌît-îl daŶs la gƌaŶde Hîstoîƌe ? CoŵŵeŶt uŶe hîstoîƌe vîeîlle d’uŶ sîğĐle peut-elle eŶĐoƌe touĐheƌ des peƌsoŶŶes vîvaŶt ŵaîŶteŶaŶt ? CoŵŵeŶt peut-oŶ aĐĐoƌdeƌ de l’îŵpoƌtaŶĐe au vĠĐu d’uŶ soldat de la GƌaŶde Gueƌƌe ƋuaŶd oŶ est paĐîiste ? Ce soŶt les ƋuesïoŶŶeŵeŶts Ƌuî tƌaveƌseŶt Đe ƌĠĐît.
Apƌğs , l’auteuƌe pouƌsuît soŶ tƌavaîl suƌ la ŵĠŵoîƌe eŶ lîeŶ aveĐ l’Hîstoîƌe.
Elle fait des Ġtudes de Lettƌes à Poitieƌs puis eŶseigŶe daŶs des Đollğges de Loiƌe-AtlaŶtiƋue. Apƌğs tƌois ƌoŵaŶs pouƌ la jeuŶesse, elle a puďliĠ uŶ ƌĠĐit iŶspiƌĠ de l’expĠƌieŶĐe de soŶ pğƌe peŶdaŶt la eĐoŶde ueƌƌe ŵoŶdiale. Elle ƌaĐoŶte iĐi S G soŶ eŶƋuġte suƌ soŶ gƌaŶd-pğƌe, poilu d’OƌieŶt.
Photogƌaphîe de Đouveƌtuƌe : aƌĐhîves faŵîlîales de l’auteuƌe. ISBN : ϵϳϴ-Ϯ-ϯϰϯ-ϭϭϳϲϰ-ϱ ϭϲ.ϱϬ
Marie-Paule Dessaivre
Marie-Paule Dessaivre Un poilu dans l’armée d’Orient en 1918
Enquête historique
Un poilu dans l’armée d’Orient en 1918
Marie-Paule Dessaivre
Un poilu dans l’armée d’Orient en 1918
Enquête historique
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11764-5 EAN : 9782343117645
En quête de mon Poilu d’Orient « Mort le 11 mars 1931 à l’âge de 43 ans après 11 ans de maladie contractée aux Armées d’Orient ».C’est l’épitaphe qui nous a été léguée, à nous, les petits-enfants de cet homme.Source d’une multitude de questions, elle est à l’origine de mon enquête historique.D’elle, vient sans doute en partie ma quête personnelle, dont je sais cependant que le besoin s’en est fait sentir pour bien d’autres raisons sur lesquelles je ne m’étendrai guère.Quoi qu’il en soit, c’est son histoire que je veux retrouver et raconter, autant que faire se peut. L’histoire de mon grand-père qui n’a jamais été grand-père.L’histoire d’un Poilu de l’Armée d’Orient, l’A.O, l’Ar-mée oubliée.
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Nez moyen, bouche moyenne « Cheveux et sourcils châtains yeux gris bleu, front rond nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage ovale taille : 1 m. 65 » A la rubrique « Marques particulières », rien n’est noté.Comment retrouve-t-on un homme à partir de ce signale-ment, porté sur sa fiche matricule ? Parmi les millions de sol-dats de la Grande Guerre, je cherche un homme décrit comme moyen à tous points de vue. Si je n’avais pas quelques photos à ma disposition, il me serait bien difficile de me le représen-ter.Sur la plus ancienne que je connaisse, il est jeune soldat, avant la guerre. Elle a été prise au studio Vatout, rue St Sim-plicien, à Poitiers. En effet, qu’aurait-on pu noter de particu-lier pour le décrire ? Il a encore un visage presque enfantin, avec ses joues bien rondes. Son regard clair est vif.Et puis, il y a l’autre photo. Celle qui était sur un guéridon chez ma grand-mère Ernestine. Prise peut-être quand il était en Orient : l’arrière-plan évoque un marécage, comme celui proche de Salonique, et il porte la tenue militaire. Rien n’est sûr : aucune date, pas de nom de studio. On reconnaît que c’est le même homme. Pourtant j’ai toujours eu l’impression qu’il avait les yeux sombres sur celle-ci. Son regard témoigne qu’il a vu ce que, jeune homme, jamais, il n’avait imaginé voir un jour. Ses joues sont creusées, sa moustache est plus fournie : il a une dizaine d’années de plus.Edmond Châtaignier était de la classe 1907, comme on di-sait. Donc né en 1887. S’il est indiqué sur sa tombe qu’il est
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mort à 43 ans en 1931, c’est parce qu’il était du 31 octobre. A sa mort, il avait 43 ans et un peu plus de trois mois.En fait, j’ai ignoré ces précisions pendant longtemps, me tenant à l’idée qu’il avait à peu près le même âge que sa femme, née en 1889, elle. C’est la lecture de sa fiche matri-cule¹ qui m’en a fait prendre conscience. Car cette fiche con-tient beaucoup d’autres informations que la description de l’apparence physique.Il n’est pas difficile maintenant d’avoir accès aux fiches matricules des soldats de la Grande Guerre : elles sont en ligne. Quelques années avant moi, ma sœur était allée la con-sulter aux archives départementales des Deux-Sèvres, - signe que l'histoire du grand-père n'intrigue pas que moi seule -. Il lui avait alors fallu prouver sa filiation. Quand était-ce ? Il y a une dizaine d’années peut-être.Cette fiche porte le numéro 1660. Outre la date de sa nais-sance, on y lit le lieu : Faye-l’Abbesse, canton de Bressuire, département des Deux-Sèvres.J’en sais un peu plus par la transmission orale : ses parents vivaient alors au village de la Tremblaie, où ils étaient fer-miers. Attention, je prends « fermier » au sens strict de celui qui loue une ferme, qui paie un fermage. Autrement dit, ils n’étaient pas propriétaires de terres ni d’une maison d’ailleurs.Sur l’acte de naissance d’Edmond, à « profession du père », je lis ce mot « fermier ». Sur l’acte de naissance de son frère, l’année précédente, il est indiqué « journalier ». J’en dé-duis que, entre les deux naissances, mes arrière-grands-pa-rents ont « pris une ferme », selon l’expression consacrée dans le monde paysan d’alors, dans cette région-là. Sans doute, un deuxième enfant arrivant, valait-il mieux s’installer à son compte que d’aller « en journées » chez les autres, pour gagner un peu mieux sa vie.
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Quant à la profession d’Edmond au moment où il devint soldat, en 1908, c’était « cultivateur ». Il cultivait la ferme avec son père et ses frères.Ils étaient des humbles, des gens « de la France d’en bas », selon l’expression d’un Premier ministre il y a quelques an-nées.Cependant, mon grand-père est allé à l’école. A la ru-brique « degré d’instruction », le code « 3 » apparaît, ce qui signifie « possède une instruction primaire plus développée que savoir lire et écrire seulement ». D’ailleurs, les quelques traces de sa main que nous possédons l’attestent : il s’expri-mait correctement par écrit ; sans compter une anecdote amu-sante que nous racontait notre grand-mère : à l’époque, sou-vent, les jeunes hommes adressaient une lettre ou une carte aux jeunes filles pour leur demander l’autorisation de les « fréquenter », et elle, elle éliminait ceux qui faisaient trop de fautes d’orthographe ! Son livret militaire mentionne néan-moins « sait lire et écrire », sans plus…Certes, les lois sur l’instruction publique obligatoire étaient en vigueur et l’on pourrait croire que ma précision est superflue. Mais je sais que mon autre grand-père n’était allé à l’école que peu d’années et encore de manière irrégulière. Il a vraiment appris à lire pendant la guerre, grâce aux « dames de la Croix-Rouge », tandis qu’il était hospitalisé, après avoir er été blessé le 1 septembre 1914. Et j’ai connu bien d’autres exemples.Quant à ses deux frères, Maurice et Joseph, leur fiche in-dique « 2 » comme degré d’instruction : c’est-à-dire qu’ils sa-vaient lire et écrire, tout de même.Mon grand-père était-il plus instruit que ses deux frères ? Avait-il simplement su répondre à quelques questions supplé-mentaires lors du test ? Mystère.
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