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Un soldat écrit à sa famille

De
274 pages
La culture classique, l'éducation, les dons pour le théâtre et la poésie de Paul Grison transparaissent dans les lettres qu'il écrivit aux siens entre 1944 et 1953, comme cavalier, brigadier, maréchal des logis puis lieutenant des transmissions. Il décrit la période d'après-guerre tant en France qu'au Maroc et en Algérie, donnant son avis sur les gens, la politique, les restrictions, les colonies, l'armée, etc. Affecté au Laos en 1951, il raconte ses inspections à pied, à cheval, en pirogue, en auto ou en avion jusqu'à la frontière chinoise...
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UN SOLDAT ÉCRIT Paul GrisonÀ SA FAMILLE Mémoires Mémoires
ee edu XXdu XXdu XXdu XXdu XXdu XXdu XXdu XX siècle du XX siècle
« On n’écrit plus » regrettent aujourd’hui de sages vieillards !
Raison de plus pour faire connaître la pensée de ceux qui écrivaient
régulièrement des lettres à leur famille, lorsque la plume, le papier et la
Poste étaient les seuls moyens de donner de ses nouvelles lointaines. UN SOLDAT
Tel est le cas de Paul Grison né en 1923, dont la culture classique,
l’éducation, les dons pour le théâtre et la poésie, transparaissent dans les ÉCRIT À SA FAMILLE
lettres qu’il écrivit aux siens entre 1944 et 1953, comme cavalier, brigadier,
maréchal des logis, puis lieutenant des transmissions, après être sorti de
l’Ecole spéciale militaire interarmes de Saint-Cyr qu’il avait rejoint à Coëtquidan Depuis le Maroc,
en 1948. l’Algérie, l’IndochineIl décrit cette dif cile période d’après-guerre, tant en France qu’au Maroc
et en Algérie, donnant son avis sur les gens, la politique, les restrictions, (1944 - 1953)
les colonies, l’armée, etc. Affecté au Laos en 1951, le lieutenant Grison
Sa vie et ses lettres, présentéesraconte ses inspections à pied, à cheval, en pirogue, en auto ou en avion
et commentées par son frère Marc Grisonjusqu’à la frontière de Chine, décrivant un beau pays, un peuple paci que et
débonnaire, dirigé par un roi ayant les mêmes qualités que ses sujets, notant
aussi l’œuvre des Français, civils, militaires, missionnaires qui, malgré tout,
savaient introduire avec patience et sagesse notre magni que civilisation
auprès d’un peuple qui aimait notre pays.
En avril 1953, l’offensive de divisions Viêt-minh sur Sam Neua au Laos a
mis n non seulement à la vie du lieutenant Paul Grison et de ses camarades
faits prisonniers comme lui et victimes des cruautés subies dans ces camps
de concentration communistes, mais aussi à la quiétude des habitants de ce
pays enchanteur.
Marc Grison, né en 1933 à Fontainebleau, Saint-Cyrien et of cier
général de l’armée de terre, a voulu rédiger cet ouvrage en hommage
à son frère aîné mort pour la France. Il a déjà fait paraître un livre sur les
carnets de guerre 1914-1919 de son père lieutenant d’artillerie, puis un
autre sur la vie et les ascensions de son ls Benoît, alpiniste au talent
exceptionnel.
Illustration de couverture : Le lieutenant Paul
Grison sur son « navire amiral ».
ISBN : 978-2-343-05323-3
9 782343 053233
27 €
UN SOLDAT ÉCRIT À SA FAMILLE
Paul Grison
Depuis le Maroc, l’Algérie, l’IndochineUn soldat écrit à sa famille eMémoires du XX siècle


Déjà parus

Jean GRIBENSKI, De Suwa łki à Paris. Histoire d’une famille
d’origine juive polonaise : les Gribinski/Gribenski (vers
18401945), 2015.
Pedro CANTINHO PEREIRA, Un « Malgré nous » dans
l’engrenage nazi, Les sacrifiés de l’Histoire , 2015.
Fernand THOMAS, Mémoires de guerre, La vie malgré tout
(1914 – 1918), 2014.
eRenaud de BARY, La 4 batterie. Journal intime d’un appelé
en Algérie (1 mars 1961 - 5 janvier 1963), 2014.
Richard SEILER, Charles Mangold, chef de l'armée secrète en
Périgord, 2014.
Henri FROMENT-MEURICE, Journal d’Egypte, 1963-1965,
2014.
Joseph-Albert di FUSCO, Fusillé à Caen en 1941, Lettres d’un
otage à sa famille, 2014.
Tahîa GAMÂL ABDEL NASSER, Nasser ma vie avec lui,
Mémoires d’une femme de président, 2014.
Fernand FOURNIER, Paroles d’appelés. Leur version de la
guerre d’Algérie, 2014.
Marguerite CADIER-REUSS, Lettres à mon mari disparu
(1915-1917), 2014.
Nadine NAJMAN, 1914-1918 dans la Marne, les Ardennes et
la Belgique occupées, 2014.
Marcel DUHAMEL, Ça jamais, mon lieutenant !, Guerre
19141918, 2014.
Xavier Jean R. AYRAL, HÉROÏSME - Jean Ayral, Compagnon
de la Libération, Histoire et Carnets de guerre de Jean Ayral
(18 juin 1940 – 22 août 1944), 2013.
Sabine CHÉRON, Les coquelicots de l’espérance, 2013.
Pierre BOUCHET de FAREINS, Madagascar, terre
ensanglantée, 2013.
Jacques SOYER, Sable chaud. Souvenirs d’un officier
méhariste (1946-1959), 2013.
Edith MAYER CORD, L’éducation d’un enfant caché, 2013. Paul Grison
Un soldat écrit à sa famille
Depuis
le Maroc, l’Algérie, l’Indochine
(1944 – 1953 )
Sa vie et ses lettres,
présentées et commentées par son frère
Marc Grison
L’HARMATTAN
Ouvrages du même auteur :
La Grande guerre d’un lieutenant d’artillerie, Carnets de
guerre de 1914 à 1919 de Pierre Grison, L’Harmattan, 1999.
Montagnes…ma passion, Benoît Grison, Lettres et
témoignages recueillis par son père, L’Harmattan, 2011.

A nos chers parents.
Homines transeunt, scripta manent.


Mes remerciements s’adressent à mon cousin Xavier Soleil
et à mon fils Jérôme pour l’aide précieuse qu’ils m’ont
apportée, ainsi qu’au lieutenant-colonel Benoît Grison et à
Robert Gallet, pour les documents transmis sur Sam Neua et
les camps de prisonniers du Viêt-minh. Chapitre I
Mon frère
Quelle dut être la divine surprise que la venue au monde, en
1923, à Paris, cours de Vincennes, de ce premier fils Paul Yves
Marie, né de Marcelle Jacquillat et de Pierre Grison, un 14 mai.
En effet, son père est né également le 14 mai à Paris, mais en
1889, et leurs fêtes respectives seront
célébrées le même jour, le 29 juin !
Cette heureuse coïncidence de
dates fit certainement l’objet de
joyeuses remarques lors du baptême
célébré le 20 mai en l’église de
l’Immaculée Conception située dans
e le 12 arrondissement, la marraine
étant sa tante Yvonne Jacquillat, et le
parrain son oncle Jacques Grison.
Au gré des garnisons de son
père, officier d’artillerie, Paul vécut
d’abord à Vendôme, avec sa sœur
Elisabeth, née en 1924, puis à
Fontainebleau, siège de l’Ecole de
l’artillerie, où naquit sa sœur Anne-Marie en 1928, puis son
frère Marc en 1933. La proximité de Sens, résidence de nos
ancêtres maternels Tarbé et Landry, lui permit de bien connaître
dès le plus jeune âge son grand-père Firmin Jacquillat, ancien
polytechnicien, colonel d’artillerie en retraite, qui occupe cet
hôtel particulier familial, seul avec sa fille, notre tante Yvonne,
et Yvette la bonne, après la mort en 1928 de notre grand-mère
Marie Garnault.
Chaque année à Pâques notre grand-père reçoit les familles
Pierre Grison (sa fille Marcelle), Henri Jacquillat (son fils) et
9Jean Soleil (sa fille Alice). Paul étant l’aîné
de sa génération, il en est fier et s’en montre
à la hauteur, entraîneur et joyeux
organisateur de jeux, notamment avec les
équipements militaires qui se trouvent dans
la grande maison et dont s’affublent les
cousins : képis, calots, casques, vieux fusils,
sabres, épées, ceinturons, etc. Il aide aussi
son grand-père à ranger les livres,
méthodiquement répertoriés, dans la grande
bibliothèque du bureau aux multiples rayonnages incrustés dans
les murs, bureau qui fut jadis celui d’Ernest Landry, avoué,
maire de Sens, oncle maternel de Firmin Jacquillat. En raison de
erla mutation paternelle au 1 régiment d’artillerie divisionnaire à
Dijon, toute la famille Grison s’installe en 1933 dans un grand
appartement 51, rue Condorcet. Paul fait toutes ses études
secondaires à l’école Saint-François-de-Sales, tenue par les
Jésuites. Le 3 mai 1934, dans la chapelle de cette école, ils sont
57 élèves à faire leur communion solennelle et à être confirmés,
événements marqués matériellement par la remise à chacun
d’un missel vespéral romain de 1700 pages de Dom Gaspard
Lefebvre. Sur les deux premières pages sont imprimés les 57
noms et prénoms des enfants, avec une image pieuse
nominative. Certains deviendront officiers comme Adrien de
Vesvrotte, le dernier
de la liste, son futur
camarade de
promotion de Saint-Cyr. En
bas de la deuxième
page est inscrite cette
pensée :
« A Dieu pour
toujours sans peur,
sans reproche ».
Il est certain que
cette école aux vieux murs nobles et arbres vénérables a
contribué à lui faire acquérir, par son enseignement classique, le
goût pour l’expression soignée et bien frappée et à former une
âme généreuse, française et profondément chrétienne.
10Mais Paul n’a pas toujours été facile, car la tradition
familiale raconte qu’ayant fait une bêtise, il fut enfermé dans un
cagibi, d’où il suppliait sa mère de le faire sortir en lui
demandant pardon, se repentant et affirmant qu’il ne
recommencerait plus. Prise de pitié, elle ouvre la porte, Paul en
sort comme un diable, injuriant copieusement sa mère par des
mots pas aimables du tout, dans le genre « salope » ! A sept ans,
à une question de grammaire : « quel est l’endroit où l’on met
les porcs », il répond : « les cochonneries » !
C’est peut-être l’aspect théâtral de son caractère qui émerge
déjà ! Il se révélera par la suite très doué pour les lettres, la
versification, le théâtre et l’imitation de personnages illustres ou
non, tels notamment le maréchal Pétain ou le général de Gaulle.
Les vacances de Pâques 1938 à Sens autour de l’aïeul sont
particulièrement réussies. Paul décrit cette atmosphère de jeux
dans une lettre à sa grand-mère paternelle, dont voici un extrait :
« Nous avons passé d’agréables vacances avec tous nos
cousins, cousines, oncles et tantes, tous réunis en ce grand jour
de Pâques qui fut une belle journée ensoleillée. En qualité
111d’aîné et de lieutenant , je commandais la troupe de jeunes
soldats, chacun habillé d’un bonnet de police et de bandes
molletières. Nous passâmes ainsi nos vacances entre la corvée
et la manœuvre pour le grand amusement de tous ». Par
exemple, un jeu consiste à aligner sur un rang la troupe de
cousins, et Paul leur fait présenter les armes, lorsque leur
colonel de grand-père arrive à la salle à manger pour déjeuner.
Les tableaux vivants occupent aussi une bonne place :
« Jeanne d’Arc écoutant des voix », « Le soleil d’Austerlitz »,
« Le lièvre et la tortue ». Ma mère écrit à notre grand-mère
paternelle : « Dans La fuite en Egypte”, Mamie chevauchait
sur Paul avec Jean-Pierre Jacquillat dans les bras, tandis que
Claude représentait saint Joseph vêtu d’un charmant burnous.
Tous les costumes avaient été trouvés dans les réserves du
grenier, arrangés par Zabeth, et allaient à la perfection.
J’oubliais La Belle au bois dormant” : Mamie toute couverte
de bijoux, couchée sur le canapé, entourée de deux petits pages
Marc et Alain, et s’éveillant au baiser du prince charmant
Claude Jacquillat ».

1 Grade que Paul s’est attribué pour commander sa troupe !
12
??Les grandes vacances de 1939, les dernières d’avant-guerre,
se passent aussi en famille à Vocances près de Jougne, dans le
Doubs, avec Grand-père, tante Yvonne, les Soleil au complet, y
compris le grand-père Soleil. Paul apprécie le travail agricole et
aide souvent dans les champs le paysan qui nous héberge, avec
ou sans le cheval.
Après la déclaration de guerre, la famille se disperse. Paul
reste à Dijon, en pension à son école Saint-François-de-Sales où
èreil redouble sa classe de 1 A (latin, grec). Notre mère, nos deux
sœurs et moi, nous nous replions sur Sens dans la maison
ancestrale du 3, rue Edouard Charton de notre grand-père ; en
effet, l’appartement de Dijon est proche de la gare qui risque
d’être bombardée par l’aviation ennemie. Notre père, chef
d’escadron, est au front en Alsace dans la forêt d’Haguenau, où
e eil commande le 13 groupe du 187 régiment d’artillerie lourde.
Durant huit mois jusqu’à la débâcle, presque chaque
semaine entre Sens, Dijon et le front sont échangées de longues
lettres qui racontent avec verve et précision l’activité de chacun.
En janvier 1940 il fait très froid et Paul écrit : « Il nous
arrive de déjeuner au réfectoire le matin avec 2 ou 3°C et du
café tiède ou froid. Quant aux dix degrés dans les classes, c’est
ce que nous avons à peu près ordinairement dans certaines
13classes et en étude le matin… Comme le faisait remarquer
judicieusement le professeur de maths, pour avoir chaud, il n’y
a qu’à se donner l’illusion de la chaleur et penser aux
Finlandais, par exemple, qui ont des -42, -50°, en comparaison
desquels nous sommes des privilégiés ! »
Il écrit à son grand-père pour lui annoncer son arrivée à
Sens pour Noël. Il lui raconte son déjeuner chez sa tante
Marguerite Catez, dite Guite, sœur de la bienheureuse Elisabeth
de la Trinité. Elle est veuve avec neuf enfants du banquier
Georges Chevignard, dont la mère Lucie Mauguin est la cousine
germaine de Grand-père. Il lui dit aussi qu’il a eu « quelques
e ebonnes places : 4 en histoire avec 5¼ sur 10 et 5 en version
latine avec 5½ sur 10, le premier ayant 6 ». Il est vrai que les
notes de classe ont toujours une grande importance ; ainsi en
février 1940, son père le félicite de ses bonnes places en lui
envoyant 20 francs par mandat-carte sur le coupon duquel il
l’invite à mettre en œuvre ce vers de Lucain nil actum reputans
si quid superesset agendum, sans la traduction bien sûr :
pensant qu’il n’y avait rien de fait, tant qu’il restait quelque
chose à faire.
A la même époque, Paul raconte que la fête de
SaintFrançois s’est bien passée, un bon menu, « la petite pièce du
soir que je jouais a été bien applaudie (mon oncle Jean Soleil la
connaissait) ». Puis le bulletin de l’école apprend à la famille
qu’il s’agit du « sketch de Max Régnier, Roncevaux, où
figuraient G. Peter et le grand comique Paul Grison ».
Paul ayant écrit à son grand-père le jour et l’heure de son
arrivée à Sens pour Pâques, celui-ci lui répond que « nous
aurons bientôt le plaisir de causer de plus près et plus
longuement sur un plus grand nombre de sujets extrêmement
variés » ; il précise aussi qu’il a reçu de Bessan une demi-pièce
de vin rouge qu’il souhaite mettre en bouteille avec lui et
termine sa lettre « en attendant le plaisir de cette collaboration
esouterraine dans cette cave du XIII siècle éclairée à l’électricité,
je t’embrasse bien affectueusement » ; en effet la cave ayant été
déclarée refuge du quartier en cas de bombardement aérien, la
mairie y a installé l’électricité.
On voit bien que Paul possède l’esprit de famille, tout en
ayant le sens de la hiérarchie. Il considère que sa position d’aîné
14de sa génération est une fonction qu’il doit assumer, il a inscrit
sur une grande feuille de papier ses 21 cousins germains, notant
leur année naissance, mariage, etc., avec pour titre : « Mes
cousins germains et leur descendance – Paul Grison aîné des
deux souches ».
A Sens, la dernière réunion de famille, à laquelle assiste
même notre grand-mère paternelle qui a pu venir de Tours, sera
la première communion du petit frère Marc, juste âgé de 7 ans,
le 2 mai 1940, jeudi de l’Ascension. Paul a pu venir de Dijon
pour la journée, mais notre père qui est au front est absent. C’est
vraiment une ère révolue qui s’achève.
La déroute de l’armée française et l’invasion allemande,
hélas, accentuent la dispersion familiale. De Sens pourtant
déclarée ville ouverte, toute la population s’est enfuie : il n’y
reste plus aucun notable, hormis l’archevêque et l’archiprêtre de
la cathédrale. Grand-père âgé de 85 ans estime donc qu’il nous
faut aussi abandonner la maison et partir vers le sud avec ma
mère, tante Yvonne, mes deux sœurs Elisabeth et Anne-Marie,
moi-même et Yvette la bonne. Nous allons tous rue de la
République avec nos valises, dont l’une pleine de valeurs
mobilières nominatives de Grand-père, afin d’attendre qu’une
automobile veuille bien prendre en charge ces trois
15générations ! Une voiture militaire hippomobile, genre
fourragère, s’arrête : un soldat nous aide tous à monter dans
cette grande voiture à cheval.
A Joigny, c’est le drame. Nous sommes sur le pont de
l’Yonne au moment où l’aviation ennemie mitraille le convoi !
Grand-père est blessé à la cheville. Il est soigné à l’hôpital par
les seules religieuses restées à leur poste, les médecins et toute
la population s’étant enfuis, puis après l’arrivée des troupes
allemandes, par un médecin militaire allemand.
Malheureusement, il meurt de la gangrène dans de grandes
souffrances, après avoir reçu les derniers sacrements de
l’Eglise. Il est inhumé provisoirement au cimetière de Joigny,
avant de rejoindre ses ancêtres dans le caveau « Landry » de
Sens. Tante Yvonne et Yvette retournent seules à Sens, ce qui
est la sagesse, sans oublier la grosse valise de titres, pendant
que les Grison continuent leur exode vers le sud par des
moyens de transport divers tels que train d’artillerie à cheval,
camion, train sanitaire de chemin de fer, etc.
Finalement, nous arrivons à Tournon, dans l’Ardèche, et
nous retrouvons les Jacquillat qui y sont déjà. Nous nous
installons dans un petit appartement de la Grande Rue, chez un
sympathique marchand de cycles, Monsieur Richon. Mon père a
pu battre en retraite en bon ordre, avec tous ses hommes et
canons dans le Lot.
A Dijon, le supérieur du collège des Jésuites évacue ses

élèves vers le château de Bière-les-Semur, au nord de
Précysous-Thil, à environ 50 kilomères à l’ouest de Dijon. Paul
trouve la vie matérielle beaucoup plus agréable dans cette belle
propriété : « Dans l’étang on pêche sans arrêt des carpes de
deux livres et des tanches en masse », écrit-il à sa sœur le 9 juin
1940. Mais comme partout c’est la débâcle et, les vacances
d’été approchant, les élèves sont obligés d’abandonner cette
école champêtre improvisée.
Paul arrive à rejoindre Tournon, je ne sais trop comment,
mais je crois qu’il a beaucoup utilisé sa bicyclette. L’examen du
baccalauréat ayant été supprimé à Dijon, il ne l’a donc pas passé
et ne s’en soucie guère, bien qu’une session spéciale soit prévue
pour les élèves réfugiés comme lui. Son père est toujours aux
armées dans le Lot, sa mère s’installe avec ses quatre enfants.
16C’est sa tante Simonne Jacquillat qui prend l’affaire en main,
l’oblige à travailler, l’aide et le stimule pour passer en
septembre la première partie du baccalauréat. Le résultat est
positif. Paul va alors acheter un énorme bouquet de fleurs, qu’il
offre fièrement à sa tante en lui disant : « Nous avons été reçus
tous deux au baccalauréat ! »
Le 25 décembre 1940, à Saint-Étienne, ils sont seize
Grison, dont Paul et ses deux sœurs, avec les Marcel Grison, à
fêter joyeusement Noël chez oncle Jean et tante Germaine
Grison, avec repas de restriction. Les remerciements de Paul
sont naturellement écrits en vers.
Certaines denrées alimentaires étant devenues insuffisantes
à cause des réquisitions opérées par les Allemands, le
gouvernement a mis en place un système de cartes de
rationnement donnant droit à une quantité de l’aliment
considéré par tranches d’âge appelées J1, J2, J3, etc. Pour le
pain, denrée sensible, ma mère avait décidé de mettre chaque
jour la ration réglementaire en fonction de l’âge dans un sac en
toile pendu au dossier de la chaise de chacun. Un jour, Paul
rentre dans la cuisine-salle à manger au moment où sa mère
exécute ce partage du pain et, faisant un jeu de mots avec la
confédération, s’écrie : « C’est là qu’on fait des rations !»
Malgré les difficultés de la vie courante, le maréchal Pétain,
légitimement élu Chef de l’Etat et très aimé de la population,
remet la France au travail. Il tente aussi de remonter le moral
des Français abasourdis par la défaite, notamment les jeunes
gens. Paul se lance alors dans les Compagnons de France, dont
la devise est Unis pour servir, et l’insigne le coq de France.
« Le mouvement Compagnon est né par la volonté de jeunes
hommes qui n’ont pas accepté la défaite de leur pays ; et parce
que cette défaite n’était pas seulement militaire, mais spirituelle,
morale, mentale et physique, ils ont voulu former des Français
qui soient capables de refaire la France ». L’élément de base est
La Cité, qui « groupe des jeunes, en nombre variable, autour
d’une communauté naturelle à laquelle ils appartiennent tous :
il y a des Cités de quartier, de village, de profession, d’école,
etc. », et qui offre d’innombrables activités : « aide aux
moissons et aux vendanges, aide aux familles de prisonniers,
travaux de mairie, garde des jardins, réfections de taudis,
17embellissement des villages, culture de potagers pour aider les
nécessiteux, etc. Tout ceci, systématique et ordonné ». Dans le
mouvement, « la tâche du Chef est considérable ». Quoi qu’il en
esoit, Paul devient le chef de la 102 Cité de Tournon. Sans
connaître son action dans cette Cité, faute de preuves, il semble
avoir été admiré et aimé des jeunes gens qui viennent à lui ou
qu’il recrute, comme l’atteste la longue lettre ci-après écrite le 4
août 1942 par son adjoint, qui l’a remplacé pour assister au
grand rassemblement des Compagnons aux environs de Vichy.
Mon cher Paul.
Je m’excuse d’abord de répondre si tardivement à ta lettre,
mais par ici pendant huit jours le soleil n’a pas cessé de taper
sur les pauvres Tournonais qui ainsi asséchés se sont désaltérés
en buvant « l’idéale »… etc., tu connais la formule. Par suite un
travail formidable.
Mais parlons un peu de ce voyage à Vichy. Il a été épatant
et très chic, comme le dit Gaiguarie. Je vais te résumer les
eprincipaux épisodes du voyage de la 102 Cité qui, sois-en sûr,
regrettait bien de ne pas avoir son chef dévoué à sa tête
pendant le défilé. Donc départ de Tournon à 22 h 20, direction
1Givors où des cars gazo nous attendaient.
Environ 150 Compagnons pour trois cars ; par suite
bourrage formidable et pour les plus dévoués voyage debout.
J’ai voyagé pendant 200 km dans le couloir ou sur le moteur
2qui chauffait terriblement. Enfin, arrivée à Randan vers 9h du
matin où après quelques formalités nous prenons enfin
possession de nos tentes.
A 4 heures, ouverture du camp par la musique de La Flotte.
Je pensais à toi. Jusqu’à 9 heures du soir, rien de particulier à
signaler sauf la mauvaise cuisine.
A 9 heures, veillée à laquelle participaient 5 000
Compagnons. Nous avons vu les Compagnons de la musique
(formidable). Ensuite, imitation des comédiens routiers
(épatant). Enfin un jeu scénique qui m’a laissé rêveur un
nombre incalculable d’heures ; quelque chose de grandiose et

1 Ce sont des véhicules équipés d’un gazogène en raison de la pénurie
d’essence pendant la guerre.
2 Village situé à 14 kilomètres au sud de Vichy.
18de simple à la fois ; le tout naturellement avec haut-parleurs et
projecteurs aux angles de la clairière.
Entre-temps, le chef Cruziat (maistre de camp) nous fait
chanter les chants compagnons. On se sent soulever par un
chœur aussi formidable : 5 000 voix entonnant le même refrain
est une chose impossible à imaginer.
La journée de dimanche dépasse tout ce que l’on peut
imaginer. A 10 heures, rassemblement à l’entrée de la forêt
pour attendre le Maréchal. Après une attente d’une heure
environ, nous partons enfin au pas cadencé entraînés par la
musique de La Flotte. Nous passons devant le Maréchal en
rangs impeccables par neuf de front, puis nous nous réunissons
dans la clairière devant le podium. Lorsque le Maréchal arrive,
au commandement du chef Cruziat, ce sont les voix de 7 800
Compagnons qui répondent « France » au milieu d’un silence
émouvant. Je te parlerais plus longuement de son discours à ton
retour, car il me faudrait des pages et des pages. Dislocation à
12 heures. Les Compagnons entonnent « Maréchal nous voilà »
lorsque le Maréchal part, puis nous faisons une haie immense
sur le passage de sa voiture.
A 2 heures, danses folkloriques dans chaque province ; le
Vivarais fait enregistrer « La Farandole » par la radiodiffusion
nationale ; démonstration d’hébertisme et championnat de
parcours varié où le Vivarais manque la première place de
trois secondes ; enfin dislocation devant les couleurs. Et nous
reprenons le chemin du retour vers 19 heures pour arriver à
Tournon à 9 heures du matin après une course harassante en
car.
Voilà donc un bref résumé de ce splendide voyage à
Randan, où la victoire remportée par notre Mouvement a éclaté
aussi nettement. Je t’assure que les plus simples Compagnons
étaient drôlement gonflés en quittant ce camp.
« La Cité » est très calme en ce moment. Je crois qu’une
1réunion aura lieu demain. J’ai oublié de te dire que tout Burzet
était descendu à Randan…
Je vais terminer ma lettre, car le temps passe et le papier
aussi. Excuse mon écriture et les trop nombreuses fautes

1 Petite ville de l’Ardèche située sur le contrefort sud du Gerbier de Jonc.
19d’orthographe. Il y avait deux mois que je n’avais pas tenu un
stylo.
Bien le bonjour de tous les copains de Tournon et même de
« Jean Swing ». J’attends des nouvelles sans tarder et, espérant
que cette lettre te fera passer un chic moment, reçois mon cher
« chef » une amicale et solide poignée de main.
Maurice.
Tout en suivant les cours de philosophie au lycée, il a
cependant d’autres idées sur sa carrière. Côtoyant des artistes
parisiens réfugiés à Tournon, notamment des chansonniers, tel
Jacques Bodoin, il envisage de se joindre à eux et de monter sur
Paris, compte tenu de ses talents littéraires, de son goût du
théâtre et du don qu’il possède pour imiter par la voix et les
gestes les grands de ce monde. D’ailleurs en août 1926, alors
qu’il a 3 ans, notre mère a écrit : « Paul récite à sa grand-mère
le corbeau et le renard avec gestes et éclats de voix. Il prononce
très distinctement ». Il pense aussi à la vie religieuse. Je me
rappelle très bien un Père Blanc venu voir Paul et mes parents
dans notre appartement de
Tournon au deuxième étage
du 30 Grand-rue, mais je ne
sais pas ce qui s’est dit. Il
envisage aussi, par atavisme,
le métier des armes, ce qui
n’est pas évident, puisque
l’armée française n’existe
pratiquement plus dans la
France entièrement occupée
par les Allemands.
Après avoir obtenu le 15
octobre 1942 le diplôme de
bachelier, série A
philosophie, décerné par la Faculté
des Lettres de l’Université de
Grenoble, Paul rejoint le 5
novembre les Chantiers de
Jeunesse dans la Drôme pour
suivre un stage de huit mois.
20Ces Chantiers ont été créés pour que les jeunes gens qui
désormais ne peuvent plus
faire de service militaire,
reçoivent une formation qui
s’appuie sur les principes de
la discipline militaire, du
scoutisme, de la doctrine de
l’Eglise et l’exemple de tous
ceux qui ont servi et aimé
leur Patrie. Paul est affecté à
Die au groupement n°14,
commandé par un officier
supérieur. Le groupement est
composé d’une dizaine de
groupes de 150 à 200
hommes répartis en équipes
de 14 hommes. Sur la carte
postale officielle de ce
groupement n° 14, Du
Guesclin, dont la devise est Je maintiendrai, le texte
ciaprès est imprimé à l’usage des parents: « Il a quitté les siens
pour les Chantiers de Jeunesse. Pendant huit mois, il y mènera
une vie au grand air. Il y connaîtra la joie de l’effort et du
travail bien fait. Il y apprendra à vivre en équipe, entre bons
camarades, sous la même discipline. Il vous aura manqué certes,
mais il aura servi la France et sera devenu un homme digne de
ses aînés et de son pays. »
Concrètement, Paul y suit un stage d’infirmier de trois
semaines. Il exprime ses sentiments à ses parents dans une lettre
du 23 janvier 1943. Je suis de garde à l’hôpital aujourd’hui,
après 15 jours au groupe, bien agréables d’ailleurs avec ce
temps si doux, incroyable en pareille époque surtout à Die. Je
suis toujours le stage d’infirmier qui se terminera vendredi
prochain ; j’y apprends pas mal de choses du point de vue
pratique surtout (pansements, ventouses, piqûres). C’est malgré
tout, relativement facile. Nous clôturerons ce stage par un
banquet à tout casser, selon les coutumes des grandes
circonstances ici. Je prépare deux sketches que nous avons
joués aux Compagnons : Roncevaux et J’ai du bon tabac ,
21
??????que m’a apportés Semperboni … Que font les Allemands à
Tournon ? Ont-ils augmenté ou diminué en nombre ?... Nos
anciens attendent ce que l’on appelle ici la quille , c’est-à-dire
la libération, avec impatience. A notre tour nous deviendrons
des anciens d’ici une vingtaine de jours. Nous allons toucher
d’ici peu des blousons de cuir, ce qui va nous donner de
l’allure.
Tout ce qu’il y a de neuf et de rare est réservé aux
Chantiers, la seule force qui reste en France, nous répète-t-on
ici. En effet, il faut voir dans les Chantiers la base d’une future
armée et nos chefs ne nous l’ont jamais caché.
Au point de vue brancardage, par exemple, on nous initie
au transport et à la relève des blessés et à la conduite à tenir
sur le champ de bataille en cas de guerre, avec tous les soins à
donner aux gazés, etc.
Sur ce, je vous quitte en vous embrassant affectueusement
tous, en espérant que tout va bien toujours à la maison Richon
e(2 étage).
P.-S. Je crois que le fils Andrieux est en permission, et vous
pourrez lui porter paquet
linge si vous voulez et lettre.
Libéré des Chantiers de
Jeunesse le 15 août 1943,
Paul rejoint Tournon, puis
Saint-Agrève où la famille y
passe ses dernières grandes
vacances avec les Jacquillat.
En effet, en fin d’année, elle
quitte Tournon pour
s’installer à Sens dans la maison de
grand-père Jacquillat. Paul
décide alors de s’engager au
er1 Régiment de France,
stationné dans le Berry, que
le gouvernement du
maréchal Pétain a créé le 15 juillet
1943. Cette unité interarmes
d’environ 3000 hommes se
22
??ecompose de deux bataillons d’infanterie et d’un 3 bataillon
mixte. Paul est affecté à
Dunsur-Auron, à l’escadron à
cheval de celui-ci, après avoir
juré fidélité à la personne du
Chef de l’État, comme c’était
la règle à l’époque pour tous
les fonctionnaires également.
Bien qu'étant bachelier, il y
sert toute une année en tant
èmeque cavalier de 2 classe.
Lorsqu’il vient en permission
à Sens, moi qui ai 10 ans de
moins que lui, j’admire ce
grand frère dans son bel
uniforme kaki, la vareuse
serrée à la taille par un
ceinturon en cuir et les
jambes recouvertes par des
houseaux de cavalier en cuir
noir. Mon père est moins enthousiaste !
er erLe 1 août 1944, le 1 Régiment de France fête le premier
anniversaire de sa création. Le menu du repas de corps de
l’escadron à cheval, rédigé en vers alexandrins par le cavalier
èrede 1 classe Paul Grison, fut lu par son auteur au château de
Saint-Maur-sur-Indre, avec bien sûr l’invocation finale reprise
par tous : Par saint Georges, vive la cavalerie ! Mais ses lettres
écrites depuis ce régiment ont malheureusement disparu.
D’ailleurs, c’est bientôt la fin de cette unité, qui dans le
contexte de l’époque ne pourra pas survivre à une libération du
territoire presque accomplie dans la région de Châteauroux. Le
maréchal des logis-chef Diebolt persuade le cavalier Grison de
quitter le régiment avec lui, afin de rejoindre une unité
1régulièrement organisée, dans l’Armée d’Afrique, par exemple .

1 er Je me rappelle que Paul avait dit que des officiers du 1 Régiment de France
conseillaient discrètement de rejoindre un maquis ou une unité régulière, ce
qui s’était déjà passé antérieurement.
23Après être passés à Sens pour rassurer la famille, ils font un
tour de France à la recherche d’une unité, en passant par Paris
pour aboutir à Lyon le 9 octobre (cf. sa première lettre du 23
octobre 1944).
Enfin le 16 octobre, il va à Villefranche-sur-Saône
erejoindre le 9 régiment de Cuirassiers où il s'engage. Les
officiers qui le reçoivent sont heureux de voir arriver une recrue
qui a déjà reçu une bonne instruction militaire de cavalier. Seul
bachelier, il suit le peloton d’élèves brigadiers, et le capitaine
lui promet un avancement foudroyant. Il y retrouve aussi un
erfantassin du 1 Régiment de France et son cousin germain
Xavier Grison. Il est promu brigadier, puis début décembre
brigadier-chef.
eLes Américains envisagent d’équiper la 2 Division blindée,
qui est la sienne, afin de l’envoyer au front. Mécontents des
accords conclus à Moscou entre Staline et De Gaulle, ils
annulent ce projet. Paul ne part donc pas au front et son
régiment fait mouvement sur Laval pour être dissous.
L’armée française se réduit en peau de chagrin. C’est
pourquoi, il demande une mutation pour les colonies, qu’il
préfère à l’Allemagne « du fait de la pagaille qui règne
erpartout ». Il est promu maréchal des logis le 1 octobre 1945.
Son livre de chevet est Le voyage du Centurion de Psichari, que
sa cousine Brigitte lui a offert à Lyon pour Noël 1945, « livre
bien méconnu à l’heure actuelle », écrit-il. A l’approche de
Pâques, il assiste à une Mission prêchée dans les églises de
Laval par les Rédemptoristes, « qui a un très grand succès dans
un pays resté très religieux ».
eAprès la dissolution du 9 Cuirassiers, Paul est affecté en
emai 1946 au 8 régiment de Dragons à Poitiers, situé en face de
la caserne d’artillerie que notre père sous-lieutenant quitta avec
son régiment le 7 août 1914 pour rejoindre la frontière (cf. La
Grande guerre d’un lieutenant d’artillerie, que j’ai fait éditer
chez L’Harmattan en 1999).
En juillet 1946, il embarque à Marseille sur le Félix Roussel
e
pour le Maroc, Casablanca, puis Fez où il est affecté au 4
eRégiment de Spahis Marocains, 3 escadron. Compte tenu de
son grade de sous-officier et de son baccalauréat, son colonel
l’envoie à Cherchell pour y suivre du 20 juillet au 28 octobre
241946 les cours du deuxième stage de l’Ecole de Cadres de
Cherchell, qui est une école militaire de formation physique et
morale des cadres de l’armée. Comme Paul le note avec
justesse, il y retrouve le rythme intense des marches, chants,
conférences, sports, artisanat, etc. des Compagnons de France
et des Chantiers de Jeunesse du maréchal Pétain. Le général de
Lattre de Tassigny a repris toutes ces méthodes qu’il militarise
et fait appliquer dans les écoles de cadres, émanation de celles
qu’il avait soutenues dans son haut commandement de l’armée
d’armistice, afin de recréer une armée nouvelle, jeune et
dynamique.
Paul s’y sent parfaitement à l’aise. Il se fait aussi remarquer
par ses talents d’acteur et de poète, signant ses articles du
journal de l’école par le pseudonyme Le Vieil Horace. Il
termine le stage avec la mention Très bien. Retrouvant avec
plaisir le Maroc, « où il fait bon vivre et où tout respire la
propreté et la prospérité », il passe à Rabat un examen
probatoire, afin d’être retenu au stage de préparation pour
intégrer l’école spéciale militaire interarmes de Saint-Cyr à
Coëtquidan (ESMIA). Admis à suivre ce stage, il rejoint à
nouveau Cherchell et passe l’examen d’entrée à l’ESMIA le 8
septembre 1947. Après une permission à Alger, il apprend qu’il
est reçu à l’écrit, puis passe l’oral le 23 octobre, ayant 18/20 de
cote d’amour. Les résultats officiels positifs arrivent début
décembre, ce qui lui permet d’être à Sens pour fêter Noël en
famille et arroser son succès.
Début janvier 1948, le maréchal des logis Paul Grison
arrive donc à cette prestigieuse école de Saint-Cyr située à
Coëtquidan, qui amalgame les élèves ayant réussi au concours
direct et ceux, sous-officiers comme lui, venant du rang. Quel
parcours du combattant, c’est le cas de le dire, depuis le
baccalauréat de 1942, pour arriver à être ainsi élève officier ! Il
en est très fier. Il y rencontre deux camarades de l’école Saint-
François-de-Sales de Dijon, dont Adrien de Vesvrotte. Sa
cousine Brigitte qui tient beaucoup à lui vient le voir à
Coëtquidan, mais Paul a décidé de ne pas l’épouser. Cette
rencontre fut très pénible pour tous les deux, surtout pour elle.
Notre père n’était d’ailleurs pas favorable à cette union entre
cousins germains.
25En mars 1948 se déroule le baptême de sa promotion qui
porte le nom de Général Leclerc : le casoar est remis par un
ancien à chaque bazar à genoux, puis le Père Système, figurant
erNapoléon 1 , s’écrie, du haut de son cheval blanc : Debout les
officiers. Madame Leclerc de Hautecloque préside la cérémonie
avec le ministre des Armées et le général de Lattre de Tassigny.
erIl passe les vacances de Pâques à Sens. Le 1 mai, le
ecolonel commandant le 4 Spahis marocains le promeut
maréchal des logis chef, promotion sans importance en soi,
mais qui montre bien que son ancien régiment de Fez ne l’a pas
oublié et a gardé de lui un bon souvenir. Autre satisfaction, la
solde est augmentée !
Après le traditionnel défilé du 14 juillet à Paris, le pékin de
bahut approche, c’est-à-dire la sortie de l’école. Dans le choix
de l’arme, qui est fonction du classement, Paul n’envisage pas
d’obtenir la cavalerie, très prisée des premiers dont il ne fait pas
partie, mais espère avoir l’infanterie, et si possible l’infanterie
coloniale, afin de servir outre-mer. Finalement, il n’a pas le
choix et ne peut prendre que l’arme des Transmissions, ancien
service devenu une arme après la guerre, en raison de
l’importance des moyens de communication dans les armées
modernes.
Le Triomphe de sa promotion Général Leclerc s’est déroulé
le 8 août 1948, dans les traditions saint-cyriennes et militaires.
Les festivités commencent par la reconstitution de la prise de la
smala d’Abd el-Kader par la cavalerie française : Paul en bon
cavalier participe à cette charge héroïque ! Mon père et moi
assistons aux cérémonies avec les Jacques Grison, oncle et
parrain de Paul. Je découvre ainsi cette école de Saint-Cyr dans
laquelle je rentrerai quatre ans plus tard !
A l’issue de sa permission qu’il a passée à Sens, il rejoint à
50 kilomètres de là Montargis, où est implantée l’Ecole
militaire de l’arme des transmissions, appellation qui deviendra
par la suite : Ecole d’application des transmissions. Il y
retrouve son camarade Max Bénéfice. Nommés sous-lieutenant
erle 1 octobre, ils commencent ensemble leur carrière d’officier.
Après une année de stage, ils sont tous les deux affectés au
e118 Bataillon des Transmissions à Nancy.
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