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Une Brève Histoire de Dieu

De
362 pages
Cet ouvrage a pour thème l'invention et l'évolution de l'idée de Dieu. Une brève histoire qui a commencé à s'écrire il y a seulement dix millénaires. Il décrit le passage de l'humanité de l'animisme au polythéisme puis, pour les « religions du Livre », au monothéisme et la différence entre leur Dieu personnel et le concept d'Absolu impersonnel élaboré par l'hindouisme. Ainsi, l'auteur aborde ici aussi bien la philosophie grecque, le zoroastrisme, le bouddhisme, que les sagesses chinoises ou l'islam, toujours dans le but de comprendre le rapport de l'Homme à l'idée de Dieu.
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Ibrahim Tabet
Une Brève Histoire de Dieu
Essai
Une Brève Histoire de Dieu
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10779-0 EAN : 9782343107790
Ibrahim Tabet
Une Brève Histoire de Dieu
Essai
Du même auteur
Les Grands Empereurs Européens, éditions Darnétalaises, Darnétal, 2004.
Histoire de la Turquie de l’Altaï à l’Europe, éditions de l’Archipel, Paris, 2007.
La France au Liban et au Proche-Orient,éditions de la Revue Phénicienne, Beyrouth, 2012. (Prix « Renaissance Française » 2012)
La vieà plein temps,biographie de Bernard Fattal, éditions de la Revue une Phénicienne, Beyrouth, 2014.
Le Monothéisme le Pouvoir et la Guerre,éditions l’Harmattan, Paris, 2015. (Prix France-Liban 2015 de l’ADELF - Association des Ecrivains de Langue Française).
INTRODUCTION
« L’homme n’atteint pas le fond de l’homme dans les connaissances qu’il acquiert mais dans les questions qu’il pose ». André Malraux.Antémémoires.
 Né sans l’avoir choisi dans une famille maronite, j’ai été élevé dans la foi catholique par des parents pratiquants et ai fait mes études primaires et secondaires dans des écoles religieuses ; notamment comme pensionnaire chez les jésuites où je devais assister quotidiennement à la messe. Cette éducation fait que j’ai longtemps gardé la foi, et il ne me serait jamais venu à l’esprit de douter de l’existence de Dieu, même après n’avoir plus entretenu avec l’église qu’un commerce épisodique ; parfois pour la messe de Noël dont la célébration ne manquait pas d’ailleurs de m’émouvoir. Comme la plupart des croyants, je ne me posais pas trop de questions sur les fondements du dogme chrétien et ma méconnaissance de l’islam et des autres religions était presque totale. Puis, les circonstances de la vie et mes lectures m’ont amené à devenir agnostique ; posture intellectuelle différente du matérialisme athée et fondée sur le questionnement. Éclectisme ou méfiance à l’égard de tous les dogmatismes ? Je préférais me laisser dire qu’il vaut mieux, à tout prendre, se faire sa propre religion qu’avoir une religion toute faite. Que spiritualité, morale et croyance en Dieu ne sont pas nécessairement liées. Idées qui rejoignent celles des sagesses asiatiques qui ne sont pas exclusives et qu’exprime la phrase de Gandhi : « chaque homme va à Dieu à travers ses propres dieux ».
 Il se peut que le syncrétisme propre à l’Antiquité et le brassage des religions propre à l’Extrême-Orient préfigurent les croyances de demain. L’Orient a emprunté à l’Occident ses techniques et il est naturel que l’Occident reconnaisse la supériorité de l’Orient en matière spirituelle.Plus l’humanité évoluera, moins elle se satisfera de prêt-à-porter en matière religieuse. Et plus, selon les mots de Sartre, « chaque homme devra inventer son chemin » dans la voie tracée par Nietzsche dansAinsi parlait Zarathoustra, ou par « Al Mostapha »,Le Prophètede Khalil Gibran. De même qu’un paysage peut être peint selon une infinité de styles et de
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sensibilités. Que certaines églises réutilisent parfois les colonnes éparses de temples écroulés, je me disais qu’il faut construire sa propre vision du monde, sa propre « weltanschauung » ; gravir sa propre échelle de valeurs ; écrire ses propres lois ; en recueillir les préceptes aux sources de toutes les sagesses, comme on rédigerait amoureusement sa propre anthologie poétique personnelle. Démarche autant éthique qu’esthétique.
 La liberté de choisir sa propre voie ne peut qu’amener à découvrir la parenté existant entre toutes les religions. Pour la Kabbale, les mots de tous les Livres sacrés seraient des permutations différentes d’un seul et même verbe divin. Rien n’illustre mieux cette parenté entre les religions que les ressemblances et les correspondances existant entre leurs mythes, leurs symboles et leurs rituels, à toutes les époques et en tout lieu. Il existe une troublante parenté entre la Trinité chrétienne et la pensée ésotérique de Pythagore pour qui le « Un » et le « Trois » formant le tétragramme sacré sont les deux premiers « nombres d’or », la clef de voute de l’univers. Voici ce qu’en disait la théosophie ou sagesse des dieux : « le microcosme homme est par sa composition ternaire : esprit, âme et corps à l’image du macrocosme, monde divin, humain et naturel qui est lui-même l’émanation de Dieu, lequel est essence, substance et vie, Père, Mère et Fils. Une Mère devenue le Saint Esprit des chrétiens, la colombe symbolisant à la fois la femme et l’esprit dans les religions sémitiques.
 Pour ma part je trouve plus séduisant le concept hindouiste de Brahma, Absolu ineffable, inconnaissable et neutre, que l’idée d’un Dieu personnel des trois religions du Livre : « humain, trop humain pour être croyable » selon les mots de Nietzsche qui l’a toutefois enterré trop tôt.Même en faisant la part du symbolisme, il faut vraiment avoir la foi du charbonnier pour croire au récit biblique de la création spontanée de l’univers et de l’homme considérés comme immuables. Aujourd’hui, à la différence des fondamentalistes protestants attachés à la thèse créationniste, presque personne n’en fait une lecture littérale. Par contre, étonnamment proche des théories scientifiques actuelles est, d’après Hubert Reeves, un des plus éminents astrophysiciens contemporains, la vision hindoue de la genèse de l’univers symbolisée par le dieu Shiva. Incarnation de l’éternelle énergie cosmique, Shiva tient dans sa main gauche supérieure une langue de feu, et dans sa main droite supérieure le tambourin, représentant la musique, symbole de l’harmonie des lois de la nature. Les gestes des autres mains traduisent l’équilibre de la vie et de la mort dans le cycle des réincarnations à l’issue duquel les âmes sont
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destinées à fusionner avec le Brahma suprême. Cette légende, écrit Reeves dansPatience dans l’azur, rejoint la cosmologie moderne. « Flamme et musique sont les deux pôles du Cosmos. À l’origine est le règne absolu de la flamme. Le feu s’abaisse. La matière s’éveille et s’organise. La flamme fait place à la musique. Ainsi, poursuit-il, en enchaînant depuis le « Big Bang » les évolutions, nucléaire, chimique, biologique et anthropologique, on reconstitue l’odyssée de l’univers qui a finalement 1 accouché de la conscience ».
 Si le mythe d’Adam et d’Ève est considéré comme tel, d’autres croyances font toujours partie intégrante de la foi chrétienne, comme celles de l’immortalité de l’âme, du péché originel, de l’existence de l’enfer et du paradis et de la résurrection des corps à la fin des temps. Le caractère invraisemblable de cette dernière croyance a donné lieu à de multiples controverses dans le Talmud et l’exégèse chrétienne. Ressusciterons-nous nus ou habillés ? Dans nos corps d’adolescents, dans nos corps décatis de vieillards, si le sort nous a prêté longue vie, ou dans nos corps spirituels comme il est écrit dans une épitre de Paul ? Est-il concevable que l’on soit éternellement damné ou récompensé pour des actes menés au cours de notre bref passage sur terre ? Par rapport aux religions monothéistes pour lesquelles l’être humain ne vit qu’une fois, la croyance en la transmigration des âmes a l’avantage de donner une seconde chance à chacun dans une existence ultérieure. Alors que la science découvre que la distinction entre matière et esprit est moins nette qu’on ne pensait, la théorie hindouiste de la métempsychose me semble être moins invraisemblable que la vision judéo-chrétienne de l’au-delà. Après la mort nos atomes s’éparpillent dans l’univers, pour se réincarner à l’infini, dans d’autres combinaisons, dans d’autres corps, plus ou moins solides, plus ou moins éthérés. La science affirme que les atomes sont éternels, mais cela veut-il dire que notre identité survive indéfiniment aux multiples recompositions subies par les particules de matière et d’esprit qui furent notre moi ? Se peut-il qu’il en reste quelques traces ? Que la mémoire de notre bref passage sur terre continue toujours d’habiter telle ou telle particule disséminée dans l’univers, à la manière des fantômes habitant certaines vieilles demeures ? Nos « âmes » sont-elles destinées à fusionner avec « l’âme du monde » ou le Brahma suprême ? Où se situent le paradis et l’enfer ? Les hominidés à moitié singes étaient-ils dotés comme nous d’une âme immortelle ? Et comment croire à d’autres « mystères » insondables, noms donnés à certains mythes par la religion ?
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 Pour la science, lumière, énergie, matière et « esprit » ne sont, pour employer des termes philosophico-religieux, que plusieurs manifestations d’un même principe universel, plusieurs substances d’une même essence. Cette découverte dément le dualisme judéo-chrétien affirmant la séparation entre l’esprit et la matière et donne raison au monisme philosophique qui a une parenté avec le panthéisme de l’Antiquité. Bien que la science ne s’occupe pas du « pourquoi » qui ne relève pas de sa compétence, mais uniquement du « comment », arrivera-t-on un jour à concilier la foi et la science ? C’est ce qu’a tenté de faire le père Teilhard de Chardin. Pour lui le Cosmos tend naturellement vers la vie, la vie vers l’homme et l’homme vers l’ultra-humain dont la capacité de conscience sera de loin supérieure à la nôtre. Le « point Omega » vers lequel tend cette évolution n’est autre que Dieu. Mais sa thèse a été rejetée par l’Église. Par contre les progrès de la physique quantique pour qui la danse aveugle des atomes n’est pas née du hasard pourraient laisser entrevoir une convergence entre la religion et la science. Les particules élémentaires auraient de ce point de vue une certaine analogie avec la notion d’âme du monde de la théosophie et l’Esprit Absolu de Hegel.
 Cet Esprit Absolu que nous appelons Dieu ne parle pas uniquement du haut des minarets. Il ne se trouve pas non plus seulement au fond des églises, derrière les vapeurs de l’encens et à la lumière vacillante des cierges allumés par la dévotion populaire. Il est partout, en nous, autour de nous, sur notre minuscule planète et dans les étoiles qui parsèment la voute grandiose de la basilique de l’univers. Là où je me sens le plus proche de Lui, c’est quand, après une journée dans le désert, je contemple le ciel dans le silence religieux de la nuit. Nulle part ailleurs la pureté de l’air et l’horizon infini ne permettent de voir scintiller autant d’étoiles. « Au commencement était la lumière ! » Remontant par la pensée au « big bang » primordial, je me dis que bien avant d’être à moitié singe, l’homme descend des étoiles. Que poussière galactique, nous retournerons à nos origines.À notre mort les atomes de notre « âme » seront happés par un quelconque trou noir où ils rejoindront ceux des autres âmes pour se fondre dans l’âme du monde. Et cela m’aide à oublier nos querelles futiles de clocher et de minaret. Un jour j’ai regardé une émission sur le cosmos sur Arte. Il y avait des images magnifiques de notre galaxie. Celle-ci comprendrait deux cents milliards d’étoiles et la distance entre la terre et son centre serait de vingt-cinq mille années-lumière. Les autres galaxies se comptent par milliards. Un
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des scientifiques interrogés déclara qu’il était peu probable que nous soyons seuls dans l’univers et qu’il existe peut-être, rien que dans notre galaxie, des centaines de civilisations, dont certaines sont sans doute plus avancées que la nôtre. Pourquoi dans ces conditions me suis-je dit, Dieu, s’il existe, aurait-il dépêché le Christ et les prophètes pour assurer le salut des seuls habitants de notre grain de sable appelé terre ? Les habitants des autres planètes ont-ils d’autres dieux, d’autres prophètes, d’autres livres sacrés ?
 Malgré ces questionnements mes connaissances religieuses restaient cependant superficielles jusqu’aux recherches que j’ai été amené à faire à l’occasion de la rédaction de mon livre :Le Monothéisme le pouvoir et la guerre.Brossant l’histoire des rapports, entre la religion et l’État au sein de la chrétienté et de l’islam, il s’attache à en analyser les enjeux ainsi que d’exposer les doctrines religieuses et l’évolution de la pensée politique autour de ce sujet d’une actualité brûlante. Il s’intéresse particulièrement à la dimension religieuse des relations, le plus souvent conflictuelles, entre l’Occident et le monde musulman et aux guerres de religion au sein de la chrétienté et de l’islam. Sa rédaction a été inspirée par la résurgence de la fracture entre chiites et sunnites, les guerres civiles sectaires qui déchirent la Syrie et l’Irak, ainsi que la montée de l’islam radical. Plus que dans n’importe autre région du globe, ces événements montrent les effets pervers du « retour du religieux » dans la sphère politique depuis la fin du siècle dernier. Un retour qui reflète moins un regain de foi qu’une instrumentalisation de la religion et une quête d’identité après le déclin des idéologies laïques. Le livre aborde certaines questions clefs, telles que la relation entre la violence et le sacré. Le rôle du facteur religieux dans la légitimation et le déclenchement des conflits. L’impact politique des systèmes de pensées et du discours sur les races et les religions. La montée des crispations identitaires qui semble confirmer la théorie du « choc des civilisations ». Il en ressort certains constats importants : comme le fait que les religions monothéistes ont fait preuve dans leur histoire de plus d’intolérance religieuse que l’Empire romain païen ou les croyances indiennes, chinoises et japonaises ; la trahison du message évangélique qui a malheureusement longtemps été le fait de l’Église ; ou le fait que la chrétienté et l’islam aient suivi des trajectoires inverses en matière de tolérance. Bien que traitant essentiellement des rapports entre le monothéisme et le pouvoir, mon dernier essai ne pouvait pas ne pas aborder l’histoire proprement dite des religions, thème que le présent ouvrage se propose de développer. Malgré son titre provocateur, il ne
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