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Une famille de la petite bourgeoisie parisienne de Louis XIV à Louis XVIII

De
242 pages
Des grands chantiers de bois des bords de la Seine à l'atelier de mode, de la boutique du barbier-perruquier à l'hôtel-restaurant, du commerce de quartier au grand négoce fluvial se révèle le dynamisme économique de la capitale dans ses multiples facettes. Manières de vivre, de se vêtir, pratiques religieuses, références culturelles, rien n'échappe à l'auteur, qui nous restitue avec gourmandise, à travers l'exemple de cette famille, un tableau vivant du Paris des Lumières.
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UNE FAMILLE
DE LA PETITE BOURGEOISIE PARISIENNE DE LOUIS XIV À LOUIS XVIII

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-03932-2 EAN : 9782296039322

Jérôme

FEHRENBACH

UNE FAMILLE DE LA PETITE BOURGEOISIE PARISIENNE DE LOUIS XIV À LOUIS XVIII
Les Gaugé et leurs alliances à travers les archives (1680-1820)

L'Harmattan

Du MEME AUTEUR

Un député de province de Varennes à Waterloo, Louvet de la Somme (1757-1818), Editions Encrage, 2006

A Florence, Domitille et Clément-Auguste

AVANT-PROPOS
Les recherches généalogiques n'ont pas toujours bonne presse. Elles sont jugées arides, voire desséchantes, par ceux qui n'en ont pas contracté la passion - passion que la majorité des mortels considère comme une frivolité, voire comme une maladie. Elles ne sont pas moins sévèrement considérées par les historiens véritables, agacés par l'amateurisme qu'elles supposent dans leur méthode, et sceptiques devant leur faible intérêt scientifique. Et pourtant, elles peuvent ouvrit la porte du passé dans une approche moins désincarnée, moins générale et finalement parfois plus vivante que ne le font des travaux de recherche historique classiques. C'est cette conviction de l'apport indéniable de la généalogie à la recherche historique que l'on souhaite ici faire partager au lecteur. Cet ouvrage a pour origine des travaux de recherche familiale. En déblayant les couches successives de ce chantier de fouille, la richesse du matériau laissé dans la poussière des liasses notariales par cinq ou six générations d'ancêtres directs et de leurs proches collatéraux nous a convaincu que ce travail d'archéologie familiale pouvait contribuer à éclairer tout un pan de l'histoire de la cette couche intermédiaire et mobile qu'est la bourgeoisie parisienne de la fin de l'Ancien Régime à la Restauration. Les études des historiens nous fournissent le plus souvent des clichés à date fixe. L'histoire familiale nous déroule un filin, elle nous fait ressentit une dynamique. La vie quotidienne, complexité des relations la vie sociales professionnelle, mais aussi la subtile à l'intérieur comme à l'extérieur de la

UNE FAMIILE DE LA PETITE BOURGEOISIE PARISIENNE

famille et les méandres de l'univers intérieur se révèlent et se dévoilent à travers les documents du temps. Invitant à mettre de côté les jugements préconçus et les analyses préfabriquées, les archives apportent quelques touches colorées à l'histoire de la société parisienne. Au-delà, cet ouvrage nous permet d'effleurer l'étonnant mystère du dynamisme industrieux de la bourgeoisie, qui a longtemps constitué l'un des principaux ressorts de la création de richesses et de l'innovation sociale, et finalement du progrès économique, clé de l'accès du plus grand nombre à une vie meilleure. Dans la période couverte, qui s'étend de la seconde moitié du règne de Louis XIV à celui de Louis XVIII, la Révolution et l'Empire ne sont pas les seuls bouleversements, même s'ils sont les plus spectaculaires. Dans cette succession de générations nées entre les années 1660 et la décennie 1790, d'autres évolutions sont sourdement à l'œuvre, imperceptibles. Elles assurent, très progressivement, la mutation d'une classe de marchands parisiens typique de l'Ancien Régime, vivant dans l'ombre de cette élite sociale que constitue l'univers aristocratique, en une bourgeoisie plus autonome, décomplexée, confiante dans son dynamisme, qui préfigure le modèle bourgeois triomphant du 19èmesiècle.

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L'IDENTITE

D'UNE FAMILLE

Les générations auscultées
La souche commune des personnages étudiés ici est le couple formé par Louis Gaugé, huissier royal à Orléans, né vers 1634, et son épouse Catherine Reullon. Le couple s'était marié en novembre 1657. A l'exception de leur fils Louis, fixé dans la ville des bords de la Loire, tous les enfants de ce couple qui nous sont connus s'installèrent à Paris. Quelle fantaisie prit ces parents d'envoyer leur progéniture à la capitale et de leur faire délaisser la douceur des l1.VeSde la Loire pour la cité smpeuplée des bords de la Seine? Il faut avouer que, face à cette question, les archives nous laissent un sentiment d'impuissance. Peut-être la mort prématurée du père, en 1680, persuada les enfants d'aller faire fortune ailleurs. Faisons la part des rêveries et des conjectures, et prenons plutôt ces personnages comme ils se révèlent à travers les documents de l'époque, sans encombrer notre esprit d'insolubles interrogations. Le jeune juriste Jacques Gaugé était encore à Orléans à la mort de son père. C'est donc probablement dans les années 1680 qu'il faut situer l'installation à Paris des enfants, sans doute progressive, dans le sillage du grand frère Jacques. La capitale ne leur était pas une cité totalement étrangère. Dès les années 1650 leur défunt père y avait des cousins germains, établis dans le milieu des marchands, Guillaume et Alexandre Bourgeois. Les Gaugé se sont installés à Paris à peu près en même temps que leurs cousins germains Arondeau\ également originaires

1 Ils étaient

enfants

de leur tante Madeleine

Gaugé.

UNE FAMILLE DE U\. PETITE BOURGEOISIE

PARISIENNE

d'Orléans, capitale.

signalés

sous

l'appellation

générique

de (( marchands)) de la

V oyons tout d'abord, en guise d'introduction, comment les différents personnages se situent les uns par rapport aux autres dans l'articulation des différents niveaux de l'arbre généalogique2. Celui-ci est simplifié par le fait qu'à chaque génération, la moitié ou plus des individus est dépom-vue de descendance directe. Cette digression généalogique n'est ni inutile ni oiseuse: il importe d'emblée de correctement situer les uns par rapport aux autres des personnages qui ressm-gissent ensuite à longuem- de pages. Jacques Gaugé (vers 1660 - 1737) fut avocat au Parlement de Paris. Il resta célibataire. Son frère Nicolas Gaugé (vers 1670 - 1716), depuis 1703 maître perl7tquier barbier baigneur étuviste de la Ville de Paris, épousa le 25

janvier 1708 Anne Verdier (vers 1687 - 1727t Lem- petite sœm-Elisabeth Gaugé (1677-1761) s'était mariée à Paris en 1710 à Jean Bosredon-Dussol (1681-1752), un maître perruquier natif d'une bom-gade de Corrèze, fraîchement monté à la capitale, qui devint ensuite conseiller du roi, inspectem- sm- les vins. Leur cadette Thérèse (1680-1762), dernière enfant de la série, tenta également sa chance à Paris, où elle devint maîtresse couturière. Dans sa vieillesse, elle se retira à Saint-Germain-en-Laye.
Seul Nicolas fit souche. Ses frère et sœurs restèrent sans postérité. La deuxième génération étudiée ici se confond donc avec l'impressionnante postérité d'Anne et Nicolas, constituée en moins de neuf ans de vie commune. Vint d'abord Catherine-Anne Gaugé (née en janvier 1709) qui entra dans la vie consacrée en 1728. Marie-Anne (1709-1780) resta célibataire et devint maîtresse couturière en 1731. Le seul garçon de la progéniture de Nicolas se prénommait Louis-Nicolas (1711-1781) et vint en troisième position. Ce personnage dynamique suivit d'abord les traces de son père et ouvrit une boutique de perruquier en septembre 1728. Uni depuis 1736 à Marguerite-Geneviève Trousset (1711-1762), il changea progressivement de métier vers le milieu du siècle et fonda une activité
2 Voir en annexe le détail des différentes générations étudiées. 3 Elle était fille du marchand de bois Jacques Verdier (né vers 1657, mort vers 1730) et de Jeanne Goujault (décédée entre mai 1697 et janvier 1708), qui s'étaient eux-mêmes mariés à Paris en février 1686. 12

L'IDENTITE D'UNE FAMILLE

d'hôtellerie qu'il installa en juillet 1762 dans l'immeuble dit du GaillardBois, rue Saint-Germain l'Auxerrois. L'enfant suivant, Elisabeth Marthe Gaugé, dite Marton (1712-1780), mariée en juin 1734 à Raymond Commet (1704-1739), grammairien de formation, retourna s'installer à Orléans. Ce couple y eut trois enfants. Marie-Louise Gaugé (1714-1780), la sœur suivante, fut mariée en 1737, sans surprise, à un maître perruquier, en la personne de Pierre Descrambres (1710-1771), et lui donna cinq enfants. La dernière enfant, Marie-Anne, née en juin 1716, mourut en novembre 1733 au terme d'une courte vie.
Anne Verdier, mère des six enfants Gaugé, devenue veuve de Nicolas, s'était remariée dès le 29 janvier 1717 à Silvain Aunin, maître perruquier, né en 1680, originaire de Vierzon où son père était marchand drapier. Elle en eut au moins deux enfants: Marie-Silvain Aunin, née en 1722, qui resta célibataire, et Silvain-Matthieu Aunin, né en juillet 1726, qui mourut curé de Saintty en 1783. A la génération suivante, sept enfants naquirent de l'union de LouisNicolas Gaugé et de Marguetite-Geneviève Trousset. Marguerite Geneviève Gaugé, d'abord, née vers 1737, épousa le 18 janvier 1764 JeanBaptiste Joseph Destrehem (alias Destrehan), maître perruquier rue des Boucheries. Thérèse Gaugé, née en 1739, entra en religion et ptOnonça ses vœux définitifs de religieuse hospitalière en 1771, mais mourut avant 1780. Jeanne-Ftançoise Gaugé (1741-an VI) épousa en 1770 Joseph Montel, maître perruquiet sur la patoisse Saint-Sulpice. Elle devait en avoir au moins deux enfants, Geneviève-Ftançoise-Antoinette, qui épouseta quelques jours après la chute de Robespierre le tailleur Henri Tapin, et Marie-Ftançoise Montel (1776-1837), qui épousera en 1798 EléonorFrançois Dosogne. Elisabeth Louis-Nicolas Gaugé (1742-1786), l'enfant suivant du couple et Marguerite-Geneviève, resta célibataire. formé pal'

Aptès quatre filles vint enfin le garçon tant attendu, et qui allait técompenset la patience de ses auteurs: Louis-Silvain (1743-1810), maître traiteur, hôteliet du Gaillard-Bois rue Saint-Germain l'Auxenois, fut un enfant modèle. Il resta hélas sans alliance. Jeanne- Agnès Gaugé

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UNE FAMILLE DE LA PETITE BOURGEOISIE

PARISIENNE

(1745-1787), ouvrière en linge, resta dans l'ombre de sa sœur Elisabeth et ne se maria pas non plus. Le dernier de la série fut le turbulent Alexis Nicolas Gaugé (1746-1810). Marié en 1773 à Louise Jourd'heuil, qui mourut dès 1778, probablement des suites de ses couches, il exerça toutes sortes de professions et disparut en Espagne sous l'Empire. Les enfants de Louis-Nicolas eurent au moins huit cousins germains tant chez les Commet que chez les Descrambres. La Providence, point trop ingrate, donna à l'aventurier Alexis-Nicolas deux filles. Marie-Louise (1775-1819), d'abord, qui se maria le 22 pluviôse an Vau marchand de vin Claude Teillard. Elle se remarie après la mort de celui-ci (le 4 vendémiaire an X), le 15 pluviôse an XI, à Antoine-François Hérans (1776-1848), serrurier puis gendarme d'élite de la garde des consuls, de la garde impériale, puis brigadier de gendarmerie. Ce second couple aura trois enfants, Antoine (1804 - vers 1810), Louise-Denise (1806-1894) et François (1810-1848). L'autre enfant d'Alexis-Nicolas, prénommée Geneviève Edmée, née vers 1778, épousa le menuisier Joseph Pujo. Ce ménage semble être décédé avant mars 1810 sans laisser de postérité. Louise-Denise Hérans eut, en revanche, une nombreuse descendance.

Continuité

et ruptures

Le seul fait d'aborder l'étude d'une petite population par le déroulé linéaire de l'enchaînement des générations peut être source d'une erreur de perception. Il suppose la continuité d'un lignage. Or les individus ici répertoriés ont vécu dans un climat de risque sur la vie, avec tous les éléments de précarité affective et matérielle que ce risque induit. La permanence du prénom Louis, porté par toutes les générations des Gaugé pendant un siècle et demi, ne doit pas faire illusion: les intéressés n'ont probablement jamais eu la certitude de la pérennité de leur patronyme ou même tout simplement de la possibilité d'une descendance. Les scènes de vie d'intérieur bourgeois rendues par les peintres du temps nous restituent une certaine douceur de vivre. Mais ne nous y trompons pas: pour les Gaugé, comme pour toutes les families de cette époque, y compris dans des

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L'IDENTITE

D'UNE FAMILLE

milieux relativement privilégiés, du moins épargnés par la misère, on sait que l'apprentissage de la vie, c'est surtout celui de la séparation d'avec des êtres aimés, et que le principal est de savoir faire face avec constance aux difficultés et aux bouleversements que les mortalités élevées et subites peuvent entraîner. Le survol de cet inventaire généalogique déployé sur plusieurs générations mortes ou nées au cours du dix-huitième siècle amène à quelques constats sommaires. Tout d'abord, sur les vingt-huit individus de cette famille issus de la lignée Gaugé et nés avant 1780 dont la situation définitive nous est connue, 2 meurent avant d'avoir atteint l'âge adulte, 10 restent célibataires (dont 3 dans les ordres), 3 sont mariés mais resteront sans enfants, et 13 sont mariés avec enfants. Fait plutôt inattendu, le taux de nuptialité est donc médiocre, et la proportion de ménages inféconds ou à qui la mort ravit prématurément tous les rejetons n'est pas négligeable. Mais les femmes qui enfantent peuvent soutenir des rythmes de natalité impressionnants, du moins pendant la première moitié du siècle: Anne Verdier ne portera pas moins de huit enfants4, issus de deux lits, Geneviève Trousset donnera la vie à sept bébés, sa belle-sœur Marie-Louise Gaugé à cinq enfants au moins. Les naissances sont parfois extrêmement rapprochées, témoignant d'une absence complète de maîtrise de la fécondité. Anne Verdier donne par exemple naissance à deux filles au cours de la même année 1709, à onze mois d'intervalle. Des espaces intergénésiques de 15 mois seulement sont monnaie courante. Les générations suivantes, nées après 1740, sont sensiblement moins fertiles, avec des chiffres qui s'établissent entre deux et quatre enfants. La famille nombreuse est considérée comme une bénédiction du Ciel. C'est aussi, au yeux des honunes, un motif de fierté, et ce n'est sans doute pas sans une satisfaction profonde que, en décembre 1710, à l'approche de la naissance de leur troisième enfant après moins de 3 ans de mariage, Nicolas et Anne prennent en concession pour la coquette somme de 40 livres tournois tout un banc fermé dans la nef de l'église

4 Compte

tenu de l'espace de plusieurs années entre son remariage connue, et de l'intervalle entre les naissances de ses deux vraisemblable qu'Anne Verdier ait eu d'autres grossesses. 15

et la première naissance enfants connus, il est

UNE FA:i\iIIILE DE LA PETIIE

BOURGEOISIE

PARISIENNE

Saint-André leur foyer.

des Arts5, pour contenir

pendant

l'office divin les membres

de

La mortalité des jeunes enfants ne nous est pas précisément connue puisque les lacunes de l'état civil nous renseignent uniquement sur la situation des rejetons parvenus au moins jusqu'à l'adolescence. Mais le nombre élevé des enfants devenus adultes, et les faibles écarts d'âge entre les survivants (de un à deux ans) semblent indiquer que le tribut à la mortalité infantile est faible - indice, sans doute, d'un traitement attentif des petits enfants. Parmi ceux dont la destinée nous est connue, seule l'une d'entre elles, Marie-Anne Gaugé, dernier enfant de Nicolas, meurt jeune encore, à 17 ans. La mort est omniprésente. L'espérance de vie des adultes n'est pas considérable. Seules franchissent le cap des 80 ans trois femmes, restées d'ailleurs toutes trois sans enfants: Elisabeth Bosredon-Dussol et la tante Thérèse Gaugé, derniers vestiges d'une génération née en plein siècle de Louis XIV, qui s'éteignent vers la fin du règne de Louis XV, ainsi que la tante Marie-Silvain Aunin dont l'existence s'étend de la Régence à la fm de l'Empire, qui la voit nonagénaire et toujours non disposée à mourir. Les messieurs ne dépassent guère 70 ans, à l'exception de l'oncle Jacques mort probablement vers 75 ans. Si le couple formé par Louis-Nicolas et Marguerite-Geneviève s'étale sur 28 ans de vie commune, si le foyer Descrambres dure 3S ans et celui des Bosredon-Dussol culmine à 41 ans, les unions de Nicolas et Anne, de la tante Marthe Verdier et d'Alexis Garion, de Marthe Gaugé et de Raymond Commet, d'Alexis-Nicolas et de Louise s'interrompent brutalement au bout de, respectivement, 9 ans dans le premier cas, S ans dans les trois autres. La dernière Gaugé de la série, Marie-Louise, détiendra un triste record puisqu'elle sera veuve de son premier mari après quatre ans et demi de mariage. On subit de plein fouet les décès prématurés et tragiques de pères de famille. Louis Gaugé était mort à 45 ans en 1680 avec une enfant de six mois et une autre de trois ans. Son fils Nicolas Gaugé disparaît en 1716, également au début de la quarantaine, et laisse à sa veuve six enfants âgés de cinq mois à huit ans. L'écrivain Commet, gendre de ce dernier, trépasse en 1739 à 3S ans, alors
5 Très précises, les archives nous indiquent qu'il s'agissait du banc n079, dans l'aile droite, derrière le premier pilier. 16

L'IDENTITE D'UNE FAMILLE

que sa femme quatre ans.

est enceinte

d'un

troisième

enfant,

et que l'aîné n'a pas

Les deux mères les plus prolifiques de la série, Anne Verdier et sa bellefille Marguerite-Geneviève Trousset, vidées par la succession des grossesses et les soins de la tenue de leur ménage, s'éteignent toutes deux relativement jeunes, la première à 40 ans, la seconde aux alentours de 51 ans. Mais le sort des femmes célibataires, peut-être de santé plus délicate, n'est pas bien plus favorable que celui des mères prolifiques: parmi les filles non mariées de Louis-Nicolas, aucune ne dépasse 45 ans. Malgré l'amélioration de l'hygiène et les soins apportés au corps, morbidité et mortalité font toujours partie de l'environnement. La mort reste terriblement familière. Quand vient l'heure du mariage, il arrive que les époux aient tous deux perdu leurs parents (cas de Louis-Nicolas et Marguerite-Geneviève en 1736), ou qu'il n'en subsiste qu'un sur deux (cas de Nicolas et Anne en 1708). En tous cas la proportion des pères et mères encore vivants au mariage des enfants ne dépasse pas 50 % (sauf pour les mariages d'Ambroise et d'Elisabeth Descrambres qui réunissent la totalité des parents), et ceux des individus de cette famille qui découvrent la joie d'être grands-parents n'auront jamais le privilège d'accompagner leurs petitsenfants à l'autel.

Le sentiment

familial dans une société lignagère

La rigueur extrême mise dans les rapports juridiques et matériels entre les membres de cette famille se déploie sans nuances dans les documents notariés que nous fournissent les archives de l'époque. Cette volonté de clarté, consacrée par la primauté de l'écrit sur la parole donnée, n'est pas le reflet d'une morale étriquée, mais au contraire la traduction d'une profonde sagesse qui vise à prévenir les conflits. Il ne semble pas, d'ailleurs, y avoir eu de litige dans cette famille autre que les malentendus, vite dissipés, qui s'élevèrent avec le second époux d'Anne Verdier, le perruquier Aunin, au moment du règlement de la succession du premier lit.

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UNE FAMIILE

DE LA PETITE BOURGEOISIE

PARISIENNE

En ce début d'année 1717 un vent glacial souffla pendant plusieurs mois sur la famille Gaugé ébranlée par la mort de Nicolas. La veuve Anne, encombrée de six enfants en bas âge, chargée d'un commerce considérable, liée par un bail très coûteux à un propriétaire aux aguets, n'avait eu de choix que de se remarier de manière expéditive. Son grand deuil n'était pas achevé, les vacations du long inventaire des biens de son époux n'étaient pas tout à fait terminées, qu'elle convolait déjà avec Silvain Aunin, quelques semaines avant l'entrée en carême. Ce manque d'égards aux convenances, la surprise créée par cette alliance précipitée, tout cela fit scandale dans la famille du défunt Nicolas. L'oncle Jean Bosredon-Dussol, son beau-frère et subrogé tuteur des enfants, craignit d'avoir identifié dans le nouvel époux un prédateur avisé convoitant l'affaire de l'infortuné Nicolas. Personne de la famille Gaugé ne cautionna donc de sa présence ce trop rapide remariage. L'atmosphère devint lourde. On pensa à la trahison, à la prédation des deniers familiaux. Les réflexes de défense des biens propres issus du lignage Gaugé se mirent en place. Pendant plusieurs mois le nouveau ménage n'échangea que par procureur avec le subrogé tuteur des enfants du premier lit. Les époux Aunin s'en offusquèrent en ces termes: ((Quoi que lesdits Atmin et sa femme se soient bien comportés et qyant toujours jait les prriffits et avantages des mineurs, qyent pqyé plusieurs sommes en leur acquit (...) ledit Bosredon dit Dussol qui ne devrait que chercher l'intérêt desdits mineurs s'est avisépar un esprit de chicanne et pour jatiguer lesdits Atmin et safemme
de jaire convoquer en l'hôtel de Monsieur le lieutenant civil une l'assemblée de parents et

amis (...) )). Au fInal, la réaction immédiate de Jean Bosredon- Dussol avait été saine, et nul n'eut à s'en repentir. Son souhait de transparence et de régularité juridique, s'en s'embarrasser d'une concorde de façade, se révéla le meilleur moyen de préserver sur le long terme l'unité familiale. On fInit donc par mettre les choses à plat, par s'accorder sur des exigences très précises de restitution de comptes de la part du nouveau mari. En dépit de son triste prélude toute l'affaire se résorba finalement assez rapidement. Les protagonistes de ce drame familial se rapprochèrent. La jeune MarieAnne Gaugé (née en 1709), d'ailleurs, restée chez sa maman pour se consacrer à l'éducation des deux petits enfants issus du second mariage, sel-vit de pont entre les deux composantes de la famille. Ce conflit est ensuite totalement oublié et le contexte familial complètement apaisé. En 1743, Louis-Nicolas prendra même son beau-père pour parrain de son f1ls aîné - signe de la restauration d'une complète entente.

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L'IDENTITE

D'UNE FAl\1ILLE

Quelques décennies plus tard, en 1781, Elisabeth Gaugé peut se féliciter en ces termes de l'harmonie familiale en concluant son testament olographe: ((je désire que ryfire sepeut l'on neface point defrqy,j'ai lieu de l'esperrer
vue l'hunion qu'il y a dans la famille et que j'ai la cotifience qui ry conservera)) (sic).

L'attention portée à la gestion des petits et gros intérêts matériels de chacun, et la propension à se livrer à des comptes d'apothicaire, n'excluent évidemment pas familiarité et bonne entente. La famille a ses us particuliers, ses petits codes culturels, dont fait partie l'usage des surnoms: Louis-Nicolas (1711-1781), dans sa jeunesse, était désigné sous le pseudonyme de «Gendroit», Elisabeth-Marthe (1712-1780) n'est connue que comme Marton, Marie-Anne (1716-1733) n'est autre que Manon pour la différencier de son aînée qui porte les mêmes prénoms; à la génération suivante, Elisabeth est Babet', la nièce Descrambres est rebaptisée RomaiJl, à la fin du siècle le petit-neveu Tapin (né en 1795) sera surnommé «Aimé». Dans la tribu, le chef de famille jouit d'une autorité patriarcale que vient tempérer la sagesse dans l'exercice de celle-ci. C'est avec une assurance étonnante que, en 1769, dans les statuts de la société « Gaugé père et fils », Louis-Nicolas s'arroge tous pouvoirs de signature, se désignant (( seul chif de la société)/ jusqu'à expiration de l'accord, alors même comme qu'au terme des trois premières années son aîné dispose de la majorité du capital. C'est avec la même étonnante certitude de son autorité que ce père de sept enfants s'en remet, s'agissant de l'exécution de l'article 20 du contrat de société avec son fils - une disposition qui prévoit le versement par ses héritiers à leur sœur religieuse de 72 livres de revenus annuels pour ses menus besoins -, (( au respect qu'il connaît dans ses elgants pour ses volontés)). Ailleurs dans le même contrat, Louis-Nicolas dit accepter l'offre que lui fait son aîné de rester à demeure sous le toit de l'hôtel à la dissolution de la société, y voyant, nous dit-on, (( une nouvelle marque du respectet de l'attachement de sonfils )). Louis-Nicolas se sait obéi. Il incarne dans le dispositif familial la figure patriarcale d'un père dominant, un père à la tutelle parfois lourde pour la jeune génération: lorsque son deuxième fils Alexis-Nicolas se marie à l'été 1773, c'est par exemple entre les mains de son père sexagénaire
6 Ce surnom venait en fait du grand-père Descrambres, Bordelais, prénommé Romain. 7 Article 6 des statuts de la société « Gaugé père et fils »
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UNE FAMILLE DE LA PETITE BOURGEOISIE

PARISIENNE

qu'est versée la moitié de la dot de 2.000 livres, en vue de l'achat d'une charge de maître perruquier ou de toute autre charge vénale au profit de ce fils tout de même âgé de 27 ans. Faute d'acquisition de la charge, le père gardera d'ailleurs par devers lui une somme de 1.000 livres, qu'il ne restituera jamais à l'intéressé. En patriarche conscient de ses responsabilités intergénérationnelles, Louis-Nicolas conservera en effet cette somme à destination de ses petites-filles Gaugé, en gage de leur part dans l'héritage de leur défunte mère, que leur père aurait pu être tenté de dissiper. L'autorité du chef de famille est d'autant plus élevée que, somme toute, ceux qui engendrent une descendance sont minoritaires. C'est donc assez naturellement que le clan se rassemble autour de personnages comme l'éphémère Nicolas, qui mourra dans la force de l'âge mais sera le géniteur tout de même de six rejetons, ou comme Louis-Nicolas, père de sept enfants, qui assure la continuité du lignage, ou encore comme Louis-Silvain qui, à défaut de descendance directe, est quand même à la barre d'une grosse entreprise avec laquelle se confond le destin d'une grande partie de la famille. A vrai dire ce regroupement autour du chef de clan, passeur de témoin entre générations, dispensateur de richesses matérielles et source de prospérité économique, est un réflexe de solidarité et même de survie face aux grands coups de faux que la mort pratique dans la population adulte. Elle est aussi le seul moyen véritable d'assurer la transmission intergénérationnelle des valeurs qui fondent l'identité familiale. Jacques Verdier, le grand-père maternel de Louis-Nicolas, a bien connu ses petitsenfants, puisqu'il meurt alors que certains avoisinent leurs vingt ans. Mais ce cas est exceptionnel. Aux générations suivantes, seuls les petits-enfants de Louis-Nicolas Gaugé ont connu leur grand-père, et encore aucun n'avait dépassé une douzaine d'années quand s'éteint le patriarche, tout juste septuagénaire. Les tantes Elisabeth Bosredon-Dussol et Thérèse Gaugé, dont les petits-neveux et nièces sont sortis de l'adolescence quand elles quittent ce monde, peuvent certes servir au passage de témoin, de même que la veuve de Claude-Nicolas Verdier, qui assiste au mariage de ses petits-neveux. La vieille et increvable tante Aunin connaîtra même ses arrière-petits-neveux et nièces. Mais aucune de ces parentes collatérales ne vaut un véritable grand-père.

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L'IDENTITE

D'UNE FAMILLE

Le sentiment familial est fort. On entretient pendant tout le siècle les liens avec les cousins d'Orléans et d'Auxerre, bien qu'il soit difficile de démêler la part de la pure affection et celle du sens des solidarités lignagères. On couvre sans difficulté les 120 kilomètres qui séparent Paris de la cité johannique. Le carrosse part tous les matins à six heures de la rue Contrescarpe, et l'on gagne les rives de la Loire en deux grosses joumées. Il en coûte 5 à 8 livres à travers le siècle, ce qui reste accessible au budget familial. A l'occasion, Nicolas préfère au pas lent de l'attelage le galop de chevaux de louage pour couvrir la distance, armé de sa paire de pistolets d'arçon - car les routes ne sont pas complètement purgées des bandits de grand chemin et autres maraudeurs. Même sa mère, la bonne Catherine Reullon, a fait sans hésiter le voyage en sens inverse pour assister au mariage de son fils en 1708, alors qu'elle a allègrement dépassé les 70 ans. Les cousins des bords de Loire et ceux de Sens viennent assister aux mariages des neveux, nièces et cousins, comme aux enterrements des oncles et tantes, même lorsqu'il n'y a pas d'héritage à recueillir. Il en est ainsi en 1786, lors du décès de l'impécunieuse tante Elisabeth (qui était tout le contraire d'une tante à héritage), à l'occasion duquel Louis-Silvain, jouant les amphitryons, of&e dîner et vin rouge à la parentèle réunie - en prenant soin d'imputer les frais de boisson sur le compte de la défunte... Les enfants des cousins provinciaux sont volontiers placés en pension chez les parents de Paris. C'est ainsi que, à la :fin des années 1780, Jeanne-Agnès Gaugé chaperonne sa petite cousine Elisabeth Chapelier, qui a établi chez elle ses quartiers. Elle lui a même payé les 100 livres demandées par les demoiselles Vaudoc, ouvrières en corset, pour sa formation d'apprentie. La solidarité intra-familiale peut à l'occasion déboucher sur des formes de mise en tutelle assez peu respectueuses des individus. Il en va ainsi par exemple, lorsque Jeanne-Agnès Gaugé, dans son testament d'avril 1786, prévoit 1.000 livres de donation en faveur de ses petites cousines Commet d'Orléans, mais en prescrivant immédiatement après et de la façon la plus (( rien donner à leurs père et mère )), puisqu'au explicitement blessante de n'en contraire elle souhaite confier son legs à la femme d'un ancien maire de la ville, madame Massuau de La Bordes, dame patronnesse aussi vertueuse que désintéressée, en vue d'en disposer au compte-gouttes en faveur de ses
8 Son mari Raymond Massuau avait été maire d'Orléans en 1768 et 1783. Les Massuau La Borde portaient d'a,?!Jr, à trois mains d'aI;gent tenant chacune une maSJue. de

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protégées (( sans etre tenue d'en rendre aucun compt )). Ce faisant, Jeanne-Agnès a une seule préoccupation: éviter une complète déchéance à ses petites cousines menacées par l'inconséquence gestionnaire de leurs parents. Pour des raisons voisines, elle couvrira d'attentions, à sa mort, sa petite nièce Elisabeth Chapelier, fille du tonnelier d'Auxerre, lui réservant dans son héritage une somme de 1.000 livres, lui destinant les plus belles robes, les plus belles étoffes, de façon à pratiquement lui constituer un trousseau en vue d'un hypothétique mariage. Ce sont les mêmes motifs de solidarité familiale qui conduiront le généreux Louis-Silvain à doter confortablement trois de ses nièces à une époque où les troubles révolutionnaires ont jeté leurs finances dans l'embarras, ou à prévoir dans son testament de 1810 de confortables legs en direction des enfants de ses cousins et cousines, donc de parents assez éloignés. La persistance du sens du lignage et la primauté des liens du sang réservent parfois des surprises. Elles conditionnent les comportements, elles enferment les cœurs dans une étroite matrice. On en trouve un exemple flagrant dans le testament de l'oncle Jean Bosredon-Dussol rédigé en 1750. Ce demier, plutôt que de léguer ses avoirs à ses neveux de Paris du côté de sa femme, qu'il connaît depuis des décennies, dont il a été le tuteur affectueux, scrupuleux et vigilant après la mort de leurs parents, décide de transmettre la moitié de son patrimoine à ses neveux du Limousin, qu'il a sans doute fort peu fréquentés, et qui ont pour seul mérite d'appartenir à son lignage.

Les racines provinciales
Provinciaux implantés à Paris, les Gaugé resteront pendant plus d'un siècle des Parisiens imparfaits. Les membres de cette famille trouveront toujours plus facilement parti dans le milieu des impatriés que dans celui des familles parisiennes de souche. La communauté des Orléanais installés à Paris formera toujours un élément important du terreau des fréquentations familiales. Anne Verdier, la femme de Nicolas, est pour sa part issue d'une famille originaire de Bourgogne. Son second mari sera quant à lui berrichon. L'épouse de Louis-Nicolas Gaugé est d'ascendance

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D'UNE FAJ\1ILLE

picarde. La femme d'Alexis-Nicolas a des racines champenoises. Marie-Louise Gaugé, Pierre Descrambres, est le fils d'un bordelais.

Le mari de arquebusier

La fidélité à la patrie d'origine suit ces provinciaux enracinés dans la capitale jusqu'au bord de la tombe. Le cousin Louis Allaire, par exemple, est si attaché à sa patrie d'origine, qu'à sa mort en 1741 il prévoira un don de 300 livres aux pauvres de la paroisse Saint Pierre d'Orléans, où réside d'ailleurs encore sa seeur Anne-Thérèse. Même obsel'Vation pour l'oncle Jean Bosredon-Dussol, qui rendra les pauvres du bourg corrézien d'Allas sac bénéficiaires de ses largesses testamentaires. Le lien avec Orléans sera pendant plus de cent ans le fil rouge de l'histoire de la famille Gaugé. Il offre une clé de lecture capitale pour la compréhension de son environnement sociologique tel qu'il se révèle dans la composition des témoins et dans les liens de parrainage9. De la fin du 17ème siècle jusqu'en 1840, date de leur réimplantation physique dans les environs d'Orléans, les Gaugé et leurs descendants feront preuve, dans le culte des racines et dans l'attention portée à l'entretien des relais locaux, d'une étonnante persévérance. Orléans et les terroirs alentours appartiennent clairement à l'identité de cette famille. Ils en sont même une espèce de pivot excentré.

L'appartenance

à un groupe social

Au-delà des sentiments qu'inspirent les liens de sang, la famille est aussi réunie par le sentiment d'appartenance à une classe, et surtout d'adhésion aux valeurs portées par celle-ci. La condition de patron indépendant, les valeurs d'économie et de travail qui lui sont associées, le sentiment d'une responsabilité fmancière et sociale particulière, tout cela distingue clairement nos personnages de la classe des salariés, et plus encore des simples prolétaires.

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Il est révélateur que, six générations après l'installation de ses ancêtres dans la capitale,

Louise Perrody (née en 1829), petite-fille de la dernière des Gaugé, ait eu pour parrain un Orléanais, en la personne du professeur Xavier Cons. 23

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PARISIENNE

La diffusion de l'art du portrait individuel est un indice de l'attachement croissant aux signes extérieurs qui distinguent la bourgeoisie des éléments populaires. Le portrait de famille n'apparaît pas dans les inventaires familiaux avant le lTIilieu du 18èmesiècle. Auparavant largement caractéristique de l'aristocratie ou de la grande bourgeoisie d'affaires et d'offices, car souvent lié à l'affichage d'une fonction ou d'une dignité, le goût de la représentation peinte s'est répandu dans la moyenne bourgeoisie et les couches supérieures de la petite bourgeoisie. La possession de portraits de famille devient désormais la trace matérielle d'une volonté de représentation sociale et surtout d'ancrage dans la durée, tout comme elle reflète l'intérêt croissant accordé à l'individu. Elle souligne et valide l'accession à un certain degré d'honorabilité et de respectabilité. Elle traduit une volonté de transmission à la postérité de l'image comme partie intégrante de l'identité familiale et, en quelque sorte, comme composante de son capital immatériel de valeurs et de traditions. La décoration de l'intérieur de Jacques Gaugé (vers 1660-1737) comprenait bien trois portraits, dont l'un de femme, mais ils ne semblent pas avoir représenté les membres de la famille et leur vocation était donc purement décorative. Elisabeth Bosredon-Dussol (1677-1761) se fait au contraire portraiturer et lèguera son effigie dans son beau cadre de bois sculpté et doré à sa nièce Marie-Anne (1709-1780). Se donner le temps de poser, c'est prendre le soin d'entrer dans l'histoire, de s'immortaliser dans la saga de la tribu. Sur les neuf portraits qui peuplent les murs des appartements de Louis-Nicolas Gaugé en 1781, au moins quatre représentent des membres de la famille, et sont antérieurs à 1769. On les retrouvera dans l'intérieur de Louis-Silvain (1810), qui Y aura dans l'intervalle ajouté deux portraits de famille au pastel. Même sa tante, la veuve Descrambres (1712-1780), qui vit pourtant dans une simplicité voisinant la pauvreté, aligne trois portraits dans la pièce qui lui sert à la fois de cuisine et de modeste salon: c'est une question de standing. Le sentiment de classe se manifeste parfois dans des signes que nous jugerions insignifiants. Le cérémonial emprunté inhumations en est un exemple révélateur. A la mort de Nicolas, on achète à la demoiselle Ligne, marchande épicière, un coûteux (53 livres). L'enterrement se fait à la nuit tombée. La lumière seulement ici le signe de l'espérance chrétienne dans les ténèbres extérieurs pour les en 1716, luminaire n'est pas de la nuit

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