Une vie au service des sourds-muets

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La vocation première du Frère Etienne Coissard fut celle d'enseignant des sourds-muets. Toute sa vie, il y resta fidèle, pédagogue reconnu par ses pairs. Il étudia sérieusement les mécanismes physiologiques de l'orthophonie en France et inventa toute une série d'appareils destinés à améliorer ses techniques de rééducation. Sa vie professionnelle fut très dense, fort variée, mais elle s'appuya toujours sur une vie chrétienne, religieuse très profonde.
Publié le : mardi 1 décembre 2009
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EAN13 : 9782296243897
Nombre de pages : 117
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SOMMAIRE
INTRODUCTION ........................................................................... 7 1 - L’HOMME .............................................................................. 11 2 - L’ENSEIGNANT .................................................................... 19 POITIERS 1888 - 1889 et 1891 ........................................ 19 TOULOUSE 1889 - 1891 ................................................. 21 RONCHIN 1894 - 1900 .................................................... 23 CURRIÈRE 1900 - 1903 .................................................. 29 NANTES 1903 - 1951 ...................................................... 37 Le Pédagogue ............................................................ 38 L’Inspecteur des Écoles de Sourds ............................ 53 3 - LE RÉÉDUCATEUR ............................................................. 55 4 - L’HISTORIEN ........................................................................ 89 5 - LE PHOTOGRAPHE ............................................................ 97 6 - LE RELIGIEUX ................................................................... 105 CONCLUSION ........................................................................... 113

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INTRODUCTION
Ecrire la biographie du Frère Coissard ? Depuis qu’il nous a quitté, en 1952, personne n’a tenté de le faire ; sans doute intimidation devant les multiples facettes de ce personnage ; sans doute crainte d’oublier certaines des richesses de cet homme si divers ; sans doute … Nos Chroniques signalent seulement son décès : « 1952. F. Benoît du Pont, 8 avril, Maison-Mère, 82 ans. » (n° 163 Le F. Tite, dans la collection « La Mémoire des Sources », fait paraître deux opuscules « Afin que nul n’oublie ». « Une de mes tâches à Rome a été de sortir de l’oubli les Frères dont personne ne s’est occupé » écrit-il. Il consacre donc une demi-page au F. Coissard. Personnellement je n’ai pas connu ce Frère. Il est décédé avant mon entrée dans la Congrégation des Frères de SaintGabriel. Cependant je l’ai beaucoup fréquenté et rencontré à l’occasion des recherches que j’ai été amené à faire. En effet, j’ai passé toute ma vie professionnelle dans l’enseignement et l’éducation des sourds. Je me suis retrouvé le dernier Frère à avoir travaillé, en France, dans un établissement spécialisé. A ma retraite je me suis donc fait un devoir de Mémoire de découvrir et de faire connaître les quelques 700 Frères qui m’ont précédé dans l’enseignement des sourds et ce qu’ils avaient fait. Plusieurs Frères m’ont enthousiasmé, passionné. Le Frère Coissard est l’un de ceux-là.
octobre 1952)

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Comment l’appeler ? De sa naissance en 1870 jusqu’à sa prise d’habit en 1885, il était pour tous Etienne Coissard. On lui donne alors le nom de F. Benoît du Pont. C’est sous cette appellation que tous alors le nommeront. Puis vient la sécularisation en 1903. Désormais il n’est plus connu que sous le nom de Monsieur Coissard. En 1941 il peut reprendre l’habit religieux. C’est depuis cette date qu’il devient officiellement Frère Coissard. Afin d’éviter toute confusion dans cette étude, je ne l’appellerai que F. Coissard. Ce n’est pas une erreur historique, mais une simplification. Nos Archives - que ce soit celles de Nantes pour la France ou celles de Rome pour tout l’Institut - conservent beaucoup de documents relatifs au F. Coissard. Je les ai donc numérisés et classés. C’est ce travail préparatoire qui m’a permis de connaître progressivement le F. Coissard et d’écrire, avec le maximum de renseignements possibles, cette biographie concernant notre Frère dont la vie fut tout entière « au service des sourds. » Un autre Frère, le F. Georges Rineau, l’a bien connu. A partir de 1942, il fut son disciple, son émule, son successeur en bien des domaines, spécialement celui de l’orthophonie. A ce titre il a conservé divers documents de son maître. Il a bien voulu m’en faire part et je tiens ici à l’en remercier vivement. Qui est donc le F. Coissard ? Oh ! certes, il n’est pas facile à définir ! A la fois ou successivement professeur de sourds, professeur de jeunes enseignants candidats au CAP, Inspecteur des Ecoles adhérentes à la Fédération, rééducateur pour des entendants ayant des troubles de la parole, historien de nos maisons de sourds-muets… Il nous a laissé de nombreux documents, les uns manuscrits, les autres publiés.
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Si l’expression n’était quelque peu galvaudée ou péjorative j’aurais envie de dire que c’était un touche-à-tout génial (dans tous les domaines). Le F. Coissard a pour moi un côté très attachant. Il est toujours humain, au sens le plus noble du terme. L’on a envie de mieux savoir qui il était, ce qu’il a fait, ce qu’il a vécu ; comment est-il parvenu à une telle notoriété ? Comment arrivait-il à maîtriser tant d’activités ? Tant de spécialités ? Et cet homme qui parlait très peu de lui, révélait rarement ses sentiments, sa vie intérieure, c’était un Frère ! Un Religieux ! L’ordre chronologique est souvent ce qu’il y a de meilleur, de plus clair, pour comprendre la vie de quelqu’un. Mais dans ce cas le risque eut été d’embrouiller les événements, passer sans raison apparente d’une activité à l’autre, de ne pas comprendre suffisamment et de ne pas pouvoir approfondir les différents engagements du F. Coissard. C’est pourquoi j’ai préféré le regarder plus longuement, en entier, dans chacune de ses carrières principales : professeur, rééducateur, historien. Et ainsi de tenter de deviner ensuite quelque chose de sa vie religieuse, si importante pour lui, qui donnait un sens à toute sa vie. De nombreuses photos illustrent cette biographie. Si elles ne sont pas toutes d’une grande qualité artistique, elles permettent cependant de mieux situer le F. Coissard dans l’évolution de sa carrière. Il est à noter d’ailleurs que, dès avant 1900, il s’est lancé lui-même dans la photographie, avec son propre matériel. Arrivé dans l’enseignement avec la dernière décennie du XIXe siècle, le F. Coissard va marquer très fortement de son empreinte et de ses activités, toute la première moitié du XXe. C’est à cette découverte que nous invitent ces pages.

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1 – L’HOMME

Etienne Coissard est né le 1er mai 1870 au hameau de Targnat, commune de Saint-Beauzire, canton de Ennezat, dans le Puy-de-Dôme. Cette localité, située dans la plaine de la Limagne, est distante d’une quinzaine de kilomètres de Clermont-Ferrand et d’une dizaine de Riom. Son père Charles était cultivateur. De sa mère Françoise Texier on dit qu’elle était bonne chrétienne. Comme c’était
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