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Valfort

De
236 pages
Jordanie, XIIe siècle. Suite à un accord diplomatique conclu entre croisés et musulmans, Renaud, chevalier mandaté par Jérusalem, a pour mission de faire évacuer la colonie de Valfort, au sein de laquelle il a vécu ses jeunes années. Si cette tâche ne l’enchante pas, l’obligation de quitter cette terre promise est une véritable épreuve pour les habitants, qui se sentent trahis. Alors que Renaud tente de calmer les esprits, l’arrivée d’un certain Guaimar, aventurier fraîchement débarqué d’Europe, vient tout bouleverser... Ce roman de chevalerie est à la fois original et très bien mené. Le lecteur est plongé au cœur d’une période historique rarement abordée: les croisades. Les personnages sont criants de vérité, les faits historiques scrupuleusement respectés et le lecteur de se laisser embarquer dans cette incroyable aventure dès les premières pages. Un vrai plaisir de lecture.
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Jérôme Lemoine Valfort Chronique dOultre-Jourdain
Publibook
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IDDN.FR.010.0115754.000.R.P.2010.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication aux Éditions Publibook en 2011
À Marie Lebon.
1 Accablée par la chaleur de juin, la petite colonne chemine sans un mot sur la piste caillouteuse. Lébrouement des montures et le claquement de leurs sabots se répercutent de loin en loin sur un moutonnement de collines pelées, avant de se perdre dans quelques vallons desséchés. Comme le reste de la Terre dOultre-Jourdain, et en dépit de son passé biblique, le pays de Moab nest pas exactement la Terre Promise où coulerait le lait et le miel : cest déjà, passé le temps de la floraison, un avant-goût du Purgatoire. Les deux cavaliers, suivis dune paire de dromadaires chargés de bagages, poursuivent lentement leur progression sous la surveillance dun cercle discontinu doiseaux de proie. La tête enturbannée dune étoffe blanche, à la manière des Bédouins, le chevalier de tête lève les yeux en direction des fiers volatiles. Il sait que cette noblesse ne durera pas, quils seront prompts à se muer en charognards dès que loccasion se présentera. Il faut donc tenir. Il saisit sa gourde, pendue à la selle aux côtés de son casque, et la ponctionne dune très petite gorgée deau, malheureusement déjà tiède, quil fait tourner longuement dans sa bouche avant de déglutir. Pour sépargner une suée supplémentaire, il ne porte pas son haubert, solide cotte de maille sanglée en travers de la selle. Se passer dune telle protection sur une route aussi peu sécurisée est un choix discutable, mais il sait que les Bédouins de la région ne sont pas des plus belliqueux. Pour ne pas tenter le Diable, il a toutefois pris la
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précaution, aussi souvent que nécessaire, de faire reconnaître tel ou tel passage potentiellement dangereux. Voilà justement un petit col entre deux grosses collines, et aucune visibilité sur le revers de lépaulement. Sur un simple regard de son maître, lécuyer éperonne encore une fois sa monture pour partir en éclaireur. Ladolescent ne se distingue guère du chevalier : ni par son âge  tous deux sont presque glabres ni par sa sobre tenue dont les motifs dénotent une nette influence orientale. Le voyage, interminable, aura duré plus de dix jours. De la moiteur de Tibériade, les voilà progressivement passés au climat brûlant des régions désertiques. La végétation, presque luxuriante, de la cité lacustre et de la vallée du Jourdain, toute voisine, a maintenant laissé place à des étendues de caillasse mouchetées dherbes sèches. Le désert a encore beau se cacher derrière quelques montagnes rocailleuses, il nest plus très loin. La faune aussi sest raréfiée et a perdu en diversité : quelques scorpions, une portée de rongeurs, un couple dantilopes qui se détache sur la ligne dhorizon, enfin les quelques troupeaux des Bédouins de la région. En lespace de ces dix journées, tout semble avoir mué, de la lumière  désormais lisse et plate comme la lame dune épée  jusquà la texture de lair que lon respire. Plus fluide, il semble ne plus avoir la force de charrier les sons au-delà de quelques mètres : le silence est si blanc quon entendrait battre son propre cur. Les odeurs du départ nont pas non plus fait le déplacement : envolées les senteurs fraîches, parfois sucrées, des vergers de la vallée du Jourdain. Ici, le sable et la poussière nentrent dans les narines que pour faire sentir lâpreté du voyage. De fait, la chaleur est telle quil faut se mettre en route avant laube pour sarrêter en milieu de matinée. On se terre ensuite comme des rats jusquau milieu de laprès-midi avant de repartir pour une ultime étape jusquau crépuscule. Une
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