Vie et mort de Ludovic Papin chez les Canaques

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Il s'agit là d'un extrait des lettres adressées à son frère entre 1900 et 1917 par un colon installé en Nouvelle-Calédonie. Modeste planteur, Ludovic Papin est un personnage attachant. Il relate sa vie au jour le jour sans rien travestir de la réalité, fait part de sa situation pas toujours brillante, de ses ennuis de santé et de sa prise de conscience d'un impossible retour en France. Les descriptions sont soignées, l'information est précise quant à la position du colon, le contact avec les autochtones, le mode de vie, le logement, la nourriture, le climat. Puis un jour de juin 1917...
Publié le : dimanche 1 février 1998
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EAN13 : 9782296357051
Nombre de pages : 126
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Bernard PAPIN

VIE ET MORT DE LUDOVIC PAPIN CHEZ LES CANAQUES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Qu'hommage soit rendu à mon défunt frère Louis, ainsi qu'à son épouse Marie-Josèphe qui ont tous deux laborieusement déchiffré et transcrit les lettres de Ludovic.

INTRODUCTION

Le 1er janvier 1900, mon grand-oncle Ludovic Papin quittait
le port de Marseille à bord du vapeur Le Polynésien à destination de la Nouvelle-Calédonie où il débarqua 38 jours plus tard. Ce long voyage n'eut rien d'une croisière d'agrément, car c'est en tant qu'émigrant, logé dans la cale, qu'il effectua cette traversée. On imagine mal les raisons pour lesquelles Ludovic, alors âgé de 38 ans, prit la décision de quitter son pays, sa famille et d'abandonner son métier d'ouvrier cirier à Nantes. De santé précaire, menant une vie très rangée, il n'avait pas le profil d'un aventurier. Eut-il une profonde déception sentimentale qui l'incita à fuir au bout du monde ou bien fut-il à ce point passionné par ses lectures sur la Nouvelle-Calédonie qu'il en tomba amoureux? Sa grande réserve, sa discrétion, ne permettent que des suppositions. A son arrivée en Nouvelle-Calédonie, Ludovic bénéficia des dispositions prises par le gouverneur Paul Feuillet (1857-1903) qui, outre la décision de mettre un tenTIe à l'envoi des bagnards sur l'île, développa une politique de colonisation et de peuplement et favorisa la création d'exploitations agricoles en attribuant des concessions foncières aux émigrants. Une propriété de 25 hectares fut donc confiée à Ludovic qui entreprit, sans expérience mais avec beaucoup de courage, d'exploiter une plantation de caféiers. C'est après 17 ans de dur labeur qu'il trouva une fin tragique, le 16juin 1917, au cours d'une rébellion canaque. Rien ne subsisterait de l'histoire de Ludovic en NouvelleCalédonie s'il n'avait entretenu une correspondance régulière 7

avec son frère Henri, mon grand-père. C'est un extrait de ce courrier volumineux (137 longues lettres) qui est présenté aux lecteurs, constituant une fidèle nalTation des activités quotidiennes du personnage attachant qu'est Ludovic, faisant part avec simplicité de ses problèmes, de ses contacts avec ses voisins colons et avec les autochtones, et brossant une peinture fidèle de son environnement. Bernard Papin.

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13 janvier 1900

Nous avons traversé Suez et la mer Rouge par beau temps,

plutôt frais ~ actuellementle vent souffle avec une certaine force
et nous empêche de rester bien longtemps sur le pont. Le bateau sur lequel je suis, «Le Polynésien» mesure 155 mètres de long et est peint tout en blanc. Il tient bien la mer et je crois qu'il faudrait une forte houle pour nous faire tanguer. Nous sommes restés six heures à Port-Saïd où je suis descendu. J'en ai profité pour faire quelques emplettes et voir un peu la ville, que j'ai trouvée fort à mon goût. La traversée de Suez s'effectue bien doucement et il n'y a qu'un seul village arabe, au bord du canal, pour agrémenter le passage. Nous arriverons demain à Colombo dans l'île de Ceylan où nous aurons peut-être douze heures d'escale. Le ciel depuis Marseille a été constamment bleu, nous n'avons pas eu le soleil voilé pendant plus de cinq minutes.
7février 1900

Me voici arrivé après la plus belle traversée que l'on puisse rêver: pas le moindre mauvais temps. À Colombo, je n'ai pas pu descendre à terre et je l'ai bien regretté, car le coup d' œil de la rade était vraiment beau. Les passagers d'entrepont, dont j'étais, ont été priés de déménager aux troisièmes, l'endroit que nous occupions dans la cale devant être rempli par des marchandises à destination de l'Australie. Alors, nous avons continué à manger avec les émigrants, mais le couchage était beaucoup mieux. Nous étions douze dans notre cabine: neuf artilleurs et trois civils. 9

À Colombo nous avons appris que la peste était à Nouméa et que le Polynésien pourrait bien ne pas nous conduire jusqu'à destination, ce qui du reste s'est passé ainsi. À Sydney nous avons pris un bateau des messageries moins important «Le Pacifique» qui nous a amenés jusqu'à Nouméa. De Colombo jusqu'à King Georges' Sound, il a fait un beau temps, et même sur le gaillard il faisait plutôt un peu frais. Je ne suis pas descendu à terre dans cette ville qui est peu importante. À Adélaïde, nous avons débarqué des marchandises, mais n'avons pris ni 'passagers ni fret, la peste étant dans la ville. À Melbourne il en a été autrement, nous sommes arrivés le matin et restés douze heures. J'en ai profité pour voir la plus belle ville que j'aie jamais vue. Les rues y sont spacieuses et les maisons, généralement hautes de six à huit étages, ont une ornementation extérieure absolument inouïe. C'est également le matin que nous sommes arrivés à Sydney qui est au fond d'une baie magnifique et très bien abritée. Les jardins publics et les parcs, dans ces deux dernières villes, sont nombreux et fort beaux. À Sydney, le parc est situé au bord de la rade, sur le penchant de plusieurs collines. On y jouit en plusieurs endroits de coups d'œil auxquels je n'avais pas été habitué dans nos jardins publics. Je suis arrivé aujourd'hui à midi dans la rade de Nouméa. Aussitôt débarqués, on nous a dirigés sur les cases de l' émigration où nous avons une baraque en planches, un lit, et c'est à peu près tout. Quoique je ne prenne pas de concession de suite et que je n'aie pas d'achats à faire, je suis l'agent d'émigration, et les émigrants arrivés avec moi, dans tous les magasins et bureaux où on nous pilote toute la journée. Le bateau qui fait le tour de l'île doit nous prendre dimanche matin. Nous partirons à 7 heures du port de Nouméa pour nous diriger autour de l'île. Je vais d'abord à Canala où j'irai voir un angevin dont j'ai rencontré la famille à Angers. Nous voguerons, à ce qu'il paraît, à petites journées. L'île est entourée de récifs et l'on ne voyage absolument que de jour. Je n'arriverai que mardi matin à onze heures environ à Canala. Depuis que je suis ici il fait une bonne température, la saison 10

correspond au mois d'août français. Il fait chaud, mais pas trop, la chaleur est douce et supportable car il souffle une bonne brise toute la journée.

23 février 1900

La peste sévissant toujours à Nouméa (faiblement il est vrai) nous n'avons pu partir de suite. On a découvert, dans le navire sur lequel nous devions nous embarquer, deux rats crevés, reconnus morts de la peste. Ce n'est que samedi soir que je suis arrivé à destination, après avoir passé deux jours entiers sur mer et nous être arrêtés dans tous les petits abris de la côte. La colonie manquant de routes, seuls les navires approvisionnent les gens de l'île et il s'y fait un trafic auquel j'étais loin de m'attendre. En arrivant à Canala j'ai dû coucher près de l'endroit où le bac m'avait débarqué. J'y ai été dévoré par les moustiques. Il m'en est même resté des bobos au bas de la jambe, venus à la suite de grosses boules d'eau qui ont crevé et qui ont fait de larges plaies. Les gens du pays m'ont dit que ça durerait six mois, mais je crois que je n'en ai pas pour si longtemps, car elles commencent à se cicatriser. Les puces abondent, mais j'ai trouvé un truc pour dormir à peu près convenablement: je me frictionne tout simplement le corps avec du pétrole, c'est simple, mais ça ne réussit encore qu' imparfaitement. Je viens de trouver du travail chez Monsieur Féré chez lequel je suis actuellement et où je me plais beaucoup. Le pays est très beau ici, la rivière est bien jolie, large d'au moins cinquante mètres, assez profonde et paraissant poissonneuse. La vallée est très étroite et le sol s'élève brusquement sur les deux rives pour atteindre 300 à 500 mètres. La maison d'habitation se trouve sur une hauteur non loin de la plaine, tout le terrain jusqu'à la rivière est en culture. Je me suis mis à l'œuvre dès le lendemain matin et j'ai commencé par enlever des sagaies dans un champ situé près de la maison. La sagaie est une plante très haute qui pousse comme Il

du chiendent. À l'état dans lequel je l'ai arrachée elle était tendre, mais séchée au four et préparée d'une certaine façon on en fait des flèches qui ont paraît-il beaucoup de dureté. J'ai passé deux jours aux sagaies et deux autres jours à tailler les caféiers qui étaient dans la brousse. Le patron m'a montré pendant une demi-journée, puis il m'a laissé faire tout seul. Je me suis débrouillé comme j'ai pu, ce qui n'était pas toujours commode. Je ne m'ennuie pas du tout et je ne regrette pas d'avoir quitté mon patron de Nantes. Tant qu'à la santé, elle est bonne. Je n'aurais pas cru me rétablir si bien et si vite. Les mets que nous mangeons ici sont ceux (pour les légumes du moins) que mangent les Canaques: patates douces, igname, tarot, manioc. Je mange de tout avec plaisir. Tous les jours nous avons du lard salé ou du porc salé arrangé de façon peu variée, mais tout me fait plaisir et j'engloutis avec grand appétit. L'avenir de la Nouvelle-Calédonie ne sera pas, je crois, dans l'agriculture; on peut, si l'on mène bien sa barque, arriver à en vivre sans faire de grandes fortunes. Mais il y a autre chose: les mines. De tous les côtés de l'île ce n'est que mines de nickel, de cobalt, de chrome. Une mine de nickel à Canala occupe 200 ouvriers, mais tant qu'il n'y aura pas de chemin de fer et de bonnes routes, l'exploitation sera très difficile. On n'exploite que des mines à proximité de la côte et dans des parages où des navires peuvent mouiller pour faire leur chargement. Maintenant passons à autre chose. Je n'ai pas apporté de France tout ce qu'il me faudrait. Voudrais-tu, mon cher Henri, me faire confectionner trois sacs en bonne toile de fil avec jambes dépassant les pieds de beaucoup, dans lesquels je me fourrerai la nuit pour échapper aux moustiques. Les jambes devraient être fermées, les bras doivent venir à hauteur du pouce, le tout est très ample, sans braguette et fermant au cou par une coulisse. Sois assez bon pour y joindre l'élastique pour les poignets. La pêche est l'unique distraction sur laquelle je compte pour passer les dimanches. L'on fait bien la pêche à la dynamite ici, mais les colons commencent à s'en dégoûter. Ils faisaient éclater leurs cartouches au passage d'un banc de mulets, mais messieurs les Canaques qu'ils emmenaient avec eux, posaient tout simple12

ment sous des pierres les mulets morts et ne donnaient aux colons que quelques bribes; ils revendaient le reste le lendemain dans les villages voisins. Les Canaques ne sont pas travailleurs, ils n'ont aucun besoin. La production du voisinage suffit amplement pour eux et si ce n'était l'appât du tabac et des alcools ils n'en ficheraient pas un coup. Ils sont de nature assez roublarde. Il paraît qu'aux gués, au moment des crues, il y en a qui attendent les voyageurs pour les porter sur leur dos ou sur leurs épaules. Quand on a oublié de faire son prix avant de passer, ils vous demandent vers le milieu de la rivière une somme exorbitante, et si vous ne voulez pas la leur donner, ils vous laissent carrément glisser.

18 mars 1900

Les pluies battent leur fort depuis quelque temps, et comme c'est le moment des plantations il faut travailler quand même, alors on se couvre comme on peut. J'avais un paletot de cuir, mais il prend l'eau de partout. Sois donc assez aimable pour m'acheter un suroît (chapeau ciré de marin), puis tu me feras faire un paletot sans col allant 5 centimètres au-dessous de l'entrejambe, très ample et très souple. Je le voudrais en chèvre ou autre gibier poilu pour que l'eau glisse plus facilement. Tu me feras faire aussi un pantalon dans le même style. Nous plantons le café ces temps-ci. Je ne regrette qu'une chose c'est que mon patron ne soit pas bien calé pour ce qui est du travail de la terre. Je vais un peu partout voir comment ça se passe. Rien de plus. J'ai bien eu la diatThée pendant trois ou quatre jours, mais, dit-on, c'est un tribut que beaucoup d'atrivants paient ici, et certains l'ont encore beaucoup plus longtemps que ça. 7 mai 1900 J'ai pris depuis quelques jours deux lots de terrain dont un en location avec promesse de vente. Je ne me serais pas lancé si 13

vite si plusieurs personnes, ayant fait le voyage avec moi, ne m'y avaient engagé. Pourtant je regrette Canala où j'avais de bons amis. Les lots que l'on m'a octroyés sont situés sur la rivière Ouéavah, affluent de la Tipindjé. La rivière est navigable, à demi marée et pour un bateau plat, jusque vers le milieu de ma concession. J'aurai environ sept à huit hectares de vallée en terre d'alluvions de première qualité, mais je ne m'empresserai pas de travailler, car les rivières inondent souvent avec beaucoup de courant, et dans ce cas il vaut mieux y mettre des cocotiers ou d'autres arbres de longue durée. D'autre part, dans la région, nous sommes infestés dans les plaines par une plante à larges feuilles qu'on appelle le faux safran. Elle pousse plus haute qu'un homme et a des oignons très gros; c'est difficile de s'en débarrasser. La concession contient pas mal de caféiers tout plantés et une centaine de cocotiers. Je ne sais combien j'ai de pieds de café, mais je pense dès la première année arriver à me faire quelques recettes. Je suis, en attendant que ma case soit bâtie, logé chez des amis. Je ne sais combien de temps ça demandera avant que je sois chez moi. On ne peut avoir le titre défmitif de la concession qu'au bout de cinq ans, si l'on a planté des arbres de longue durée (caoutchouc, caféiers, cocotiers, etc.) ou si avant cette date on a mis la moitié de sa propriété en rapport. Les commencements doivent être fort durs, sans installation et logé dans une case en paille que l'on fait durer le plus longtemps possible. Rien n'est prêt, tout reste à faire: et sa maison, et son puits, et son four et ses bâtiments (en paille toujours) pour les volailles et quelques cochons. Je ne regrette pas n'avoir pas emmené de femme avec moi car, si jeune en ménage, elle y eut certainement perdu la tête. Les terrains ici sont très bons, bien meilleurs qu'à Canala d'où je sors, mais alors que là-bas les creeks (ruisseaux) avaient toujours de l'eau que l'on distribuait dans les maisons grâce à des conduites faites par les Canaques, ici les creeks sont souvent à sec, d'où nécessité d'avoir un puits. J'attends avec impatience que ma case s'élève No~ maisons 14

bâties aux frais du gouvernement se composent de deux pièces de quatre mètres sur quatre avec véranda de deux mètres de large sur le devant. Moyennant un petit supplément je ferai faire la véranda tout autour de la case; on peut loger là beaucoup de choses encombrantes qui ne trouveraient pas place à l'intérieur. En ce qui concerne les voleurs, je crois qu'il y en a moins qu'en France, à part le café en sacs et quelques autres affaires, on peut laisser tout hors de chez soi. On vous donne la maison avec les ouvertures, mais sans les portes et les fenêtres que l'on fait faire soi-même. Les maisons ne sont pas closes, car entre le toit et le mur (en paille) il y a toujours au moins 20 centimètres par lesquels l'air passe librement. Je ne sais comment je m'arrangerai la première année pour mon café, j 'hésite à acheter la machine qui sert à le décortiquer. À la cueillette, le café se présente sous forme de cerises qui, comme les cerises en France ont à l'extérieur une forte couche de chair qu'on appelle pulpe. À l'intérieur se trouvent les grains (un, deux, ou trois suivant les cas); ces grains sont entourés d'une petite écorce assez dure pour laquelle il faut l'outil que l'on appelle le décortiqueur. Cette opération effectuée, il faut encore passer le café à la polisseuse pour enlever une fine pellicule. Quand la cerise ne contient qu'un grain, et c'est le cas des cerises de l'extrémité des branches, le grain est tout rond, et quoique de même qualité que les graines d'autres formes, il est trié et vendu séparément comme Moka. Après cueillette et avant le décorticage ont lieu les opérations de séchage et de dépulpage. Par les anciens procédés on faisait simplement sécher les cerises avec la pulpe au lieu de décortiquer de suite, on obtenait de la sorte un produit de meilleure qualité mais de plus vilain aspect, mais comme c'est avant tout le coup d'œil qui compte, la plupart des colons n'hésitent plus à dépulper de suite.

12 juillet 1900

Ma case est fmie. Il me faut maintenant aménager un peu l'intérieur; ce n'est pas brillant, mais on a ce qu'il faut quand on 15

n'est pas difficile. Je me plais malgré tout beaucoup dans ma nouvelle situation. Je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pas avoir de famille près de moi: ce serait trop beau! J'ai comme employés deux jeunes gens qui sont arrivés de France. Ils sont encore trop jeunes et n'ont pas assez d'argent pour prendre une concession, j'en ai donc pris une en location, elle leur reviendra quand l'aîné sera plus âgé. Ils travailleront deux semaines sur leur terrain et deux semaines sur le mien. Pour l'instant je les nourris, je les héberge et leur fournis des outils, mais je ne les paie pas. Je ne suis pas trop installé encore. Je compte cette année faire peut-être cent kilos de café. Je ne pourrai planter avant 8 ou 10 mois, car la saison est bien avancée pour les plantations. En attendant je débrousse et fais débrousser par les jeunes gens et un forçat libéré que j'ai embauché, mais que je ne vais pas tarder à débaucher. Ce n',est pas un petit travail que de débrousser ici, les arbres sont très serrés et il est difficile de passer entre eux en raison des lianes. On ne laisse que les arbres assez gros pour donner un léger ombrage pour le café. Mon occupation consiste ici à faire la cuisine et mettre la main à la pâte tant que je le puis. Nous n'avons mangé jusqu'à maintenant que de la viande et des farineux: ignames, coumalas, patates douces, tarots, manioc, que nous échangeons aux Canaques contre du tabac ou du poisson séché, voire même du savon. Je vais bientôt installer un poulailler. Il serait bon de manger des œufs et de la volaille d'autant plus qu'il n'y a qu'à laisser courir les poules et les ramener le soir avec une poignée de maïs. J'ai plus de terrain que je n'en pourrai jamais faire; je compte aussi élever quelques porcs. J'ai de l'occupation, j'en ai même beaucoup. Je n'ai encore pu faire qu'un petit potager dont je ne vais pas tarder à manger quelques légumes. Je vais commencer par les radis. Nous sommes un peu isolés ici, mais pas trop cependant car j'ai en face de moi un colon arrivé par le même courrier. Sa maison n'est qu'à 5 ou 600 mètres de la mienne. Je viens de faire construire un four avec une case et sous peu une boulangerie, car le pain ne se donne pas alors que la farine est peu chère. Pour économiser le pain nous n'avons mangé que 16

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