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Viet Nam une coopération exemplaire

De
253 pages
Le présent ouvrage rend hommage à l'engagement exemplaire d'un grand scientifique, Henri Van Regemorter aux côtés du Viet Nam. Cet engagement a été politique mais était sous-tendu par un souci primordial, l'aide au développement scientifique et technique de ce pays. Outre des témoignages personnels, l'ouvrage contient de nombreux rapports des auteurs de ces coopérations et actions de formation, universitaires, ingénieurs, techniciens, chercheurs français et vietnamiens.
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Viet Nam
une coopération exemplaire

Points sur l'Asie

Collection dirigée par Philippe Delalande
La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d'un pays d'Asie, soit d'un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages s'apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s'efforcent, au-delà de l'analyse de l'actualité de prolonger la réflexion sur l'avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous une connaissance pratique de l'Asie. Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s'informer de l'achlalité en Asie: investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d'ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation; où vit la majeure partie de la population du monde. Déjà parus
Tribulations d'un Chinois en Europe, 2004. Sang-chun JUNG, Les relations commerciales franco-coréennes, 2004. Maria Linda TINIO, Les droits de l 'homme en Asie du sud-est, 2004. Hsiao-Feng LEE, Histoire de Taiwan, 2004. Claire ROULLIERE, La mémoire de la seconde guerre mondiale au Japon, 2004. Association d'Amitié Franco-vietnamienne, Ombres et lumières sur le Vietnam actuel, 2003. Laurent METZGER, La minorité musulmane de Singapour, 2003. ASIE 21-Futuribles internationale, L'Asie demain, 2003 Thierry COVILLE, L'économie de l'Iran islamique: entre ordre et désordres, 2002. Kyong-Wook SHIM, La Russie D'Orient à la dérive, 2002. A. WILMOTS, Gestion Politique et Centres du Pouvoir en République Populaire de Chine,2001. Alain HENRIOT et Sandrine ROL, L'Europe face à la concurrence asiatique, 2001. Hua LIN,

Alexandre MESSAGER, Timor peuple en danger, 2000
Jean-Claude

oriental,

non-assistance à un

PETER, Comment échouer en Chine, 2000.

Comité

pour la Coopération Scientifique Technique avec le Viet Nam

et

Viet Nam
une coopération exemplaire
Henri Van Regemorter
(1925 - 2002)

Parcours

d'un militant

Textes

réunis par Nicole Simon-Cortés et Alain Teissonnière avec un message du général Giap

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

~ L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7198-X

EAN : 9782747571982

INTRODUCTION
par Annick Suzor-Weiner, présidente du CCSTVN
Pourquoi cet ouvrage qui résulte pour une grande part du colloque consacré le 29 novembre 2003 à la mémoire d'Henri Van Regemorter décédé un an plus tôt? «Les Van Reg », pour reprendre les propos de sa famille, «n'aimaient pas du tout les flonflons politiquement corrects ou incorrects et pratiquaient de manière janséniste une grande humilité ». Nous souhaitons respecter cet esprit en rendant hommage à Henri au travers de son engagement de toute une vie, pour l'indépendance du Viet Nam, de la guerre française à la guerre américaine. Au-delà, il croyait profondément aux échanges culturels et scientifiques entre les pays; pour lui la coopération scientifique et technique était un élément fondamental du combat même de ces pays. il écrivait ainsi en 1953, dans le journal du Conseil de la paix du Quartier latin Propositions, alors que la défaite française se profilait: «Le Viet Nam, pays neuf, aura besoin de cadres [...]. Le Viet Nam fera certainement appel au concours des ingénieurs et professeurs français» ; et en 1976, dans Le Monde diplomatique, après la réunification du pays: « Le Viet Nam est un partenaire d'avenir pour la France et celle-ci a intérêt à le comprendre dès maintenant. Il ne s'enfermera ni dans l'autarcie ni dans le tête-à-tête avec les pays socialistes. Sans idéaliser la situation on peut dire que le Viet Nam est bien placé pour gagner son défi au sous-développement. » Ce livre réunit les actes du colloque du 29 novembre 2003 mais aussi bien d'autres témoignages. Un message a été envoyé, à l'occasion du colloque, par le général V0 Nguyen Giap. Henri entretenait avec lui une correspondance suivie, comme avec d'autres responsables vietnamiens, et l'a rencontré à plusieurs reprises lors de ses séjours à Hanoi. Henri ne pratiquait pas la langue de bois avec ses amis et savait, pour mieux avancer, critiquer les dysfonctionnements de la coopération. Alors que le général Giap était en charge de la

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Henri Van Regemorter

recherche scientifique dans son pays, en 1982, il écrivait ainsi à Henri : « J'ai bien reçu ta lettre. Et tes suggestions sur ce qu'il faut faire pour améliorer notre travail. Nous espérons que les obstacles seront surmontés. Avec de la persévérance nous croyons que la coopération entre le Viet Nam et la France dans le domaine scientifico-technique deviendra de plus en plus efficace. .. » Nous nous devions d'introduire ce livre par un article sur l'astrophysicien, le scientifique renommé, écrit par ses anciens collaborateurs et amis de l'observatoire de Meudon. Jusqu'à ses derniers jours, aidé par son ami Maurice Benharrous, il quittait sa maison du centre de Meudon, alors même qu'une de ses jambes ne répondait plus, pour gagner son bureau à l'Observatoire; car il ne pouvait concevoir sa vie sans la recherche. La famille d'Henri Van Regemorter était belge, d'Anvers, et s'est réfugiée en France à Angoulême, en septembre 1939. Avec son frère il a suivi les cours du lycée d'Angoulême, et déjà manifestait son esprit de résistance à l'oppression car, ayant organisé avec quelques camarades un chahut contre un professeur « collabo », lui et son frère furent exclus du lycée. Aidé par des professeurs qui lui donnèrent bénévolement des cours particuliers, il put passer son bac à Angoulême. Après la Libération, il est venu à Paris; il s'est inscrit au lycée Henri IV en hypotaupe, puis à la Sorbonne, car il n'avait pas aimé l'atmosphère qui régnait dans les classes préparatoires. Henri résidait alors à la Cité universitaire, lieu d'échanges unique entre des étudiants venus des quatre coins du monde, y compris des colonies françaises. Tous les grands problèmes de l'après guerre, guerre froide, guerre de Corée, guerre du Viet Nam y suscitaient débats et engagements passionnés. Henri a ainsi milité activement contre la guerre française d'Indochine; c'est l'objet d'un chapitre de ce livre, avec notamment les témoignages d'amis de la première heure. Puis pendant la guerre américaine du Viet Nam, il a été en 1965, avec un petit groupe d'universitaires et de scientifiques, à l'origine du Collectif intersyndical universitaire d'action Viet Nam, Laos, Cambodge, qui a contribué de façon notable à la mobilisation des milieux universitaires contre cette guerre, non seulement en France mais aussi dans plusieurs pays d'Europe, dans les années soixante et soixante-dix. Nous rappelons cette période au travers de plusieurs actions du Collectif: collecte de livres, envoi d'un

Introduction

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microscope électronique, participation à la création de la pièce d'Armand Gatti, V comme Viet Nam. Mais on peut dire qu'Henri a réalisé ce qui lui tenait à cœur, ce qui correspondait à sa fonnation et à sa pratique de scientifique: l'aide au développement scientifique sur le long tenne et à un haut niveau, et ceci de façon concrète grâce au Comité pour la coopération scientifique et technique avec le Viet Nam (CCSTVN). Ce comité né en 1973 des activités militantes du Collectif est devenu une association en 1976 avec un comité de parrainage prestigieux (Alfred Kastler, Edgar Lederer, Jean-Claude Peeker, Laurent Schwartz...). Henri l'a animé jusqu'à ses derniers jours avec un groupe de scientifiques, de techniciens, d'universitaires, dont beaucoup militants de la première heure du Collectif Rien de ce qui pouvait participer de cette meilleure connaissance du Viet Nam ne lui a été étranger. Citons quelques autres actions sans ambitionner d'être exhaustif: il a été parmi les créateurs de la revue Viet Nam, dont parle dans ce livre Nguyen Ngoc Giao; il fut, avec Gérard de Bemis, l'un des fondateurs du Centre de documentation et d'infonnation sur le Viet Nam contemporain (CID) ; il fut aussi un membre actif de l'Association d'amitié franco-vietnamienne (AAFV). Henri Van Regemorter fut communiste depuis l'époque où il était étudiant et le resta jusqu'au bout, ne reniant jamais cet engagement, même s'il avait reconnu les déviances des systèmes des pays « socialistes ». Au-delà du Viet Nam, il a aidé des militants de plusieurs autres pays, notamment cambodgiens, africains et haïtiens, discrètement, à sa manière, mais toujours efficacement. Lui rendre hommage, c'est montrer que les valeurs du militantisme et d'internationalisme sont toujours d'actualité aujourd'hui, et illustrer l'engagement dans le monde d'un grand scientifique. Nous sommes heureux que tant de ses amis aient contribué au succès du colloque et qu'ils aient nombreux collaboré à ce livre. Nous les en remercions.

Henri Van Regemorter

et le général Giap (1981)

Le Premier ministre vietnamien Pham Van Dong pendant sa visite d'État en France en 1977 rencontre des scientifiques français à l'Hôtel Marigny près de l'Élysée (debout: Henri Van Regemorter et Pham Van Dong)

À LA MÉMOIRE D'HENRI VAN REGEMORTER
président du Comité pour la coopération scientifique et technique avec le Viet Nam par le général Vo Nguyen Giap

Message lu au Colloque du 29 novembre 2003

Je regrette infiniment Henri Van Regemorter qui, toute sa vie, a donné son cœur ardent et fidèle au Viet Nam et consacré des efforts infatigables à l'amitié entre les peuples français et vietnamien. Je suis bien convaincu que la communauté scientifique vietnamienne a toujours en mémoire les contributions importantes d'Henri à l'assistance au Viet Nam en matière de formation des cadres scientifiques de haut niveau. Au cours de l'embargo mis sur le Viet Nam par des forces hostiles, des amis internationaux nous ont aidés à briser cet isolement, et Henri comptait parmi ces amis de bonne volonté. Avec la création du Comité pour la coopération scientifique et technique avec le Viet Nam, Henri et ses collègues ont ouvert une porte, alors presque unique, pour que le Viet Nam puisse communiquer avec le monde scientifique et technologique contemporain à travers la France. Je m'attends à ce que les amis intimes d'Henri, Français comme Vietnamiens, continuent l'œuvre qu'Henri avait poursuivie de son vivant: aider le Viet Nam à développer la science et la technologie afin de le libérer de la pauvreté et de son retard.

LE SCIENTIFIQUE

HENRI VAN REGEMORTER ET LA SCIENCE par Nicole Feautrier et Sylvie Sahal-Bréchot
Henri Van Regemorter nous a quittés le 24 novembre 2002 après quarante années passées au service de la science et en symbiose avec les hommes et les femmes qui la font et la soutiennent. Henri Van Regemorter est entré au CNRS en 1953, pour y préparer une thèse à l'institut d'astrophysique de Paris sur le thème alors en émergence (pour employer un mot à la mode aujourd'hui) des méthodes astrophysiques de la classification stellaire. La spectroscopie et les données atomiques nécessaires au développement de ce thème de recherche étaient alors extrêmement ftagmentaires et Henri, amoureux du travail étayé sur des bases solides, en fut vite convaincu et devint l'apôtre en France de la création d'un thème nouveau pour l'époque. Les hypothèses ad hoc l'écœuraient et les rares données approchées disponibles à l'époque le convainquaient de le développer. Après sa thèse soutenue en 1958, il alla effectuer un premier séjour postdoctoral chez le professeur Seaton à Londres (University College), au moment où se mettaient en place les méthodes modernes en théorie des collisions atomiques. il fit ensuite un deuxième séjour postdoctoral en 1960, au Joint Institute for Laboratory Astrophysics (JlLA), nouveau laboratoire d'interface en création à Boulder (Colorado). C'est pendant ce séjour qu'Henri Van Regemorter mit au point la méthode approchée de calcul de sections efficaces de collisions atome ou ion-électron (méthode du g) qui lui a valu une très grande notoriété, grâce à sa simplicité d'utilisation et sa précision remarquable pour l'époque. Même si Henri Van Regemorter considérait ce travail comme d'un intérêt secondaire du point de vue de la physique fondamentale, cette méthode est encore de nos jours largement appliquée par les astrophysiciens et les physiciens des plasmas.

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Henri Van Regemorter

À son retour en France à l'observatoire de Meudon en 1961, il décida de créer une équipe dédiée à la théorie des collisions électroniques dans des milieux complexes tels ceux de l'astrophysique. Il avait l'ambition de mettre en place en France, à l'image du JILA, un groupe étudiant les processus fondamentaux à l'échelle microscopique, essentiels à la compréhension de la physique des atmosphères stellaires. Ce champ de recherche en astrophysique, avec l'introduction des écarts à l'équilibre thermodynamique dans les milieux dilués, était à l'époque en plein développement. En France, l'enjeu majeur était l'introduction de la physique des collisions électroniques et atomiques. Ce domaine, pratiquement inexistant à cette époque dans notre pays, a pu se développer grâce à l'entraînement stimulant d'Henri Van Regemorter, à un effort concerté de collègues physiciens et grâce au soutien actif de plusieurs personnalités de l'astrophysique. Le succès du développement de l'équipe d'Henri Van Regemorter, avec l'adjonction d'autres groupes, de théoriciens en physique, d'expérimentateurs et d'astrophysiciens instrumentalistes l'encouragea à créer dix ans plus tard à l'Observatoire de Paris, le groupe de recherche Processus atomiques et moléculaires de l'astrophysique qui fut soutenu à la fois par la physique et l'astrophysique au CNRS. En créant son groupe de recherche à l'Observatoire de Paris, Henri Van Regemorter s'est toujours attaché à préserver un équilibre entre développements originaux en physique de base et astrophysique. Il a su communiquer son sens de la rigueur et ses motivations à la pépinière de jeunes qu'il a formés, en dirigeant de nombreuses thèses et en développant avec eux des méthodes originales qui sont encore utilisées aujourd'hui et ont été à la base de travaux nouveaux et importants. Certains de ces jeunes ont ensuite essaimé ailleurs en France (Nice, puis Bordeaux et ensuite Rennes) et créé de nouvelles équipes, tout en restant fidèles aux lignes directrices qu'il avait initiées. Ces idées ont aussi inspiré de nombreux autres groupes, tant en physique qu'en astrophysique, qui ont contribué à développer en France cette physique atomique et moléculaire dans les milieux complexes, qui avait été complètement ignorée avant. Plus récemment, il avait poursuivi des recherches sur plusieurs problèmes liés au rayonnement dans les systèmes collisionnels et sur les méthodes de calcul des sections efficaces ou des élargissements de raies spectrales, toujours aussi indispensables à la

Le scientifique

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modélisation des atmosphères stellaires, notamment la haute atmosphère du soleil dans l' i.nffarouge lointain. Henri Van Regemorter a également été très actif pour le développement et l'organisation de la physique au niveau international et pour l'analyse de son rôle dans la société. De 1971 à 1973, il a été le premier président de la section de physique atomique de la Société européenne de physique. De 1979 à 1981, il a été président de la commission Physique et société, et l'un des membres fondateurs du groupe interdivisions sur la Physique pour le développement de la Société européenne de physique. TI a été membre de la commission Physique pour le développement de l'International Union of Pure and Applied Physics. il coopérait depuis de nombreuses années avec le ministère des Affaires étrangères (MAE) et le CNRS pour les relations scientifiques et techniques avec les pays francophones et en voie de développement, notamment le Viet Nam. Militant syndical, militant politique, il mettait ainsi en accord sa vie scientifique remarquable et sa conviction de citoyen du monde.

Réunion du Mouvement Henri Van Regemorter

de la paix, début des années cinquante est au centre, le menton sur le poing

Le 14 juin 1974 à la Faculté des Sciences d'Orsay, réception de Mme la ministre de la Santé du GRP : le Dr Duong Quynb Hoa; avec des membres de la délégation du GRP, des membres du Collectif intersyndical universitaire d'Orsay, des membres de la section d'Orsay de l'Union des Vietnamiens de France

HENRI VAN REGEMORTER ET LA GUERRE FRANÇAISE D'INDOCHINE

HENRI VAN REGEMORTER ET PROPOSITIONS, journal du Conseil de la paix du Quartier latin 1950-1954 par Nicole Simon-Cortés
Henri, après avoir passé son baccalauréat à Angoulême est arrivé à Paris après la Libération, dès septembre 1944. Inscrit d'abord en hypotaupe au lycée Henri IV, puis à la faculté des sciences à la Sorbonne, il résidait à la Cité universitaire, au pavillon belge (il avait alors la nationalité belge). TIy a côtoyé des étudiants venant d'Afiique, d'Asie, en particulier ceux qu'on appelait alors les « coloniaux », les étudiants des colonies et protectorats français, dans un climat où les guerres de libération coloniales se multipliaient (Inde, Malaisie, Philippines, Indochine, Madagascar, Afrique) et où la guerre froide s'installait progressivement; ce fut l'origine de son engagement intemationaliste et politique. TI a raconté son itinéraire militant d'alors, et particulièrement contre la guerre du Viet Nam dans cette brève note: Peu de temps après la fin de la terrible guerre mondiale 39-45, la France qui avait connu l'occupation nazie, se met à faire la guerre au Viet Nam! Il était normal qu'une partie de la jeunesse manifeste son indignation. Dans les universités se formèrent des groupes de militants qui sur le plan parisien se regroupèrent dans le Conseil de la paix du Quartier latin, dont je fus l'un des responsables. Ce Comité, composé d'étudiants communistes, chrétiens, socialistes, en liaison avec les étudiants anticolonialistes et avec le Mouvement de la paix, participa à toutes les manifestations contre « la sale guerre du Viet Nam », en particulier au grand Congrès mondial de la paix en 1949. Il fut particulièrement actif à partir de 1950 quand la guerre s'intensifia. De 1950 à 1954, le Conseil eut son propre journal pour informer les étudiants sur les grands problèmes de la

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Henri Van Regemorter
guerre ftoide: guerres du Viet Nam et de Corée, réarmement de l'Allemagne et autres conflits Est~Ouest. Dès 1953, les étudiants vietnamiens patriotes furent victimes de la répression: arrestations arbitraires, expulsion de Pham Huy Thong au Sud~Viet Nam, passage à la clandestinité de Nguyen Khac Vien et autres responsables [...]. Le Quartier latin avec l'aide de juristes démocrates et de députés progressistes mena à cette époque une action acharnée qui contribua au renversement d'opinion qui, après la défaite cuisante de Dien Bien Phu, conduisit aux accords de Genève.

Renvoyant aux témoignages de Pierre Brocheux, Luc Canet et Raphaël Elmaleh, ses camarades des luttes d'alors, nous parlerons du journal Propositions, paru de décembre 1950 à mars-avril 1953, qu'Henri a contribué à créer et dont il fut l'un des piliers. Ce n'est pas notre propos d'évoquer les origines et le déroulement de la guerre française du Viet Nam, et les origines du mouvement de libération de ce paysI. Rappelons seulement le contexte. À partir de la fin 1949, il y a un tournant dans le conflit indochinois et le climat international: on passe d'une guerre restée essentiellement coloniale à un conflit s'insérant dans la guerre froide. En France, dès 1945, le parti communiste avait mené la lutte contre la guerre d'Indochine dans ses différents journaux (Lettres françaises, Action, L'Humanité...). À partir de décembre 1949 et tout au long de l'année 1950, la campagne va s'intensifier contre la « sale guerre », (expression reprise d'un article d'Hubert BeuveMéry dans Le Monde du 17janvier 1948) mobilisant dockers et militants pour empêcher l'embarquement et la circulation du matériel militaire. C'est surtout « l'affaire Henri Martin » qui lance efficacement l'offensive communiste contre la guerre; ce jeune marin, ancien résistant, militant communiste, est arrêté le 14 mars 1950 sur la base de Toulon où il était affecté, et est condamné en octobre 1950 à cinq ans de réclusion pour distribution de tracts. n sera libéré en août 1953, mais pendant ces deux ans une formidable campagne sera menée autour des comités de soutien organisés par

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Lire particulièrement: Dalloz (l), La guerre d'Indochine, 1945~1954, Le Seuil, 2èmeéd., 2002; Ruscio (A.), La guerre française d'Indochine, 1945-1954, Les sources de la connaissance, Bibliographie et filmographie, Editions des Indes galantes, 2002; Brocheux (P.), Hô Chi Minh, du révolutionnaire à l'icône, Payot, 2003.

La guerre française d'Indochine

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A. Marty et le Secours populaire2. Cela contribuera certainement au retournement progressif de l'opinion française contre la guerre coloniale, comme aussi sans doute le mouvement étudiant où Henri Van Regemorter joua un rôle éminent. C'est le 13 décembre 1950 que paraît le premier numéro de Propositions: journal des étudiants de la Cité universitaire, avec pour sous-titres Qui veut la paix, prépare la paix et Unis pour déjéndre la paix. Fanny, la sœur d'Henri nous a dit qu'elle avait suggéré ce nom pour le nouveau journal. Henri est parmi les six secrétaires de rédaction, avec deux autres résidents du pavillon belge, et deux du pavillon Deutsch de la Meurthe. Ce premier numéro tourne essentiellement autour du thème de la défense de la paix, contre le réarmement allemand, pour l'interdiction de l'arme atomique; il rappelle l'Appel de Stockholm et se situe d'emblée dans l'orbite du Mouvement des combattants de la paix, mouvement créé deux ans plus tôt lors de la Conférence internationale des intellectuels pour la paix à Wroclaw. Dans le second numéro de janvier 1951, Henri cosigne un très long article sur «Le danger allemand» ; mais surtout on sent sa patte dans l'éditorial (non signé) avec déjà le souci d'un travail concret basé sur une réflexion menée en commun : Nous pensons en effet que c'est l'étude de la situation elle-même, faite dans un esprit scientifique, plus que la confrontation loin des faits des opinions de chacun, qui doit nous permettre, en confrontant nos opinions respectives avec les faits qui sont les mêmes pour tous, de départager les opinions contradictoires, d'écarter les hypothèses sans fondement, et surtout de parvenir à un accord tant en ce qui concerne l'appréciation de la situation que le choix des moyens à mettre en œuvre pour aboutir à ce qui reste et doit rester notre but principal, la défense de la paix.

À l'initiative de ce groupe d'étudiants, des Journées étudiantes pour la recherche de solutions pacifiques aux conflits actuels furent organisées les 17 et 18 février à la Schola cantorum réunissant près de 1 200 étudiants; les archives d'Henri conservent la composition assez précise de cette assemblée: les étudiants en lettres sont les plus nombreux, 215; puis vient Droit (137), Sciences (112), l'EN SEP (120) ; représentés aussi: Médecine, les lycées, Sciences politiques, l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, Saint2 Une journée d'études « La guerre française d'Indochine et l'affaire Henri Martin» s'est tenue le 17 janvier 2004; les actes devraient en être publiés.

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Henri Van Regemorter

Cloud, Sèvres, Beaux-arts, Langues Orientales, Fontenay, Dentaire, Ponts et Chaussées, Pharmacie, Arts et Métiers. Les comptes rendus paraissent dans le numéro de février-mars 1951 ; quelques opinions divergentes s'y font jour; on y voit en particulier un article du socialiste Pierre Fataud, « Une supercherie », auquel répond Jacques Guillou avec « Un acte de foi et de raison» ; mais les étudiants communistes et leurs « compagnons de route» ont entraîné la majorité dans leur lutte pour la paix et contre les guerres. Le Conseil de la paix du Quartier latin est issu de ces Journées étudiantes et Propositions en devient le journal dès le numéro de mai-juin 1951. Un bureau est élu; le Bulletin intérieur témoigne de l'activité intense déployée pour multiplier les actions et les comités locaux dans les facultés, grandes écoles et à la Cité universitaire; Henri y joue un rôle important; en mai 1951 par exemple, il écrit: Le bureau du Conseilde la paix du Quartier latin doit être tenu au courant de toutes les actions entreprises(méthode et résultats) et de toutes les difficultésrencontrées dans leur action par tous les comités locaux [...). Le journal Propositions étant devenu le journal du Conseil a besoin de tous ces renseignementspour faire connaîtreaux
uns les méthodes employées et les résultats obtenus par les autres. Dans le numéro de mai-juin 1952, un grand article « Responsabilité de la France, non Ridgway, nous ne marchons pas », est signé V. Henri (Henri Van Regemorter) : Nous publions dans ce journal trois textes de la plus haute importance: la résolution du Conseil national de la paix, un manifeste contre la guerre au Viet Nam, un appel pour la sauvegarde de la culture ffançaise, trois textes qu'il faut méditer car ils exposent à notre avis très bien la responsabilité particulière de la France dans la tension internationale, c'est-à-dire notre propre responsabilité.

L'éditorial signé Propositions, est certainement aussi de la plume d'Henri; on y lit une analyse lucide des difficultés à mobiliser la base étudiante: Il faut le dire, peu d'étudiants ont compris qu'une véritable contributionà la défensede la paix devait être en tout premierlieu un effort inlassable de compréhension réciproque, d'explication et de
discussion à la lumière des faits, et par-delà la propagande de guerre.

Dans ce même numéro un grand article « Mettre fin à la guerre au Viet Nam: pourquoi et comment », est signé Pierre David, pseudonyme de Pierre Brocheux, né et élevé à Saigon qui venait de faire connaissance d'Henri dans les cellules communistes de la Cité. On y trouve aussi le manifeste lancé par le journal « Paix au Viet Nam? Tout dépend de vous », dont voici les dernières lignes:

La guerre française d'Indochine

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Nous pensons que tous ceux qui veulent mettre un terme à la guerre au Viet Nam peuvent se mettre d'accord pour faire aboutir les solutions suivantes: I° Négocier la paix avec le gouvernement Hô ChiMinh. gouvernementlégal et reconnu commetel par la France [...]. 2° Retirer d'Indochine tout le corps expéditionnaire,clause indispensable à l'indépendance effective réclamée par le peuple vietnamien.3° Établir sur un pied d'égalité des relationséconomiques et culturelles avec le Viet Nam, ce qui permettrait à la France et au Viet Nam de faire du commerce profitable aux deux parties, ce qui assurerait le prestige de la culture fTançaise l'épanouissementde la et culture du Viet Nam. Le numéro de Propositions de mars-avril 1953 publie un long article d'Henri «Grave péril en Indochine », où il dénonce «l'extension de la guetTe par l'internationalisation du conflit d'Indochine », et marque ainsi son attachement croissant à ce combat. À la même date le gouvernement français expulsait Pham Huy Thong et dix-huit étudiants et travailleurs vietnamiens. La maison de l'Indochine à la Cité universitaire était investie par la police et des étudiants cambodgiens interrogés, d'autres se voyant supprimer leur bourse. Propositions publie dans ce même numéro l'appel de plusieurs organisations étudiantes « pour la défense des droits des étudiants vietnamiens et cambodgiens à l'occasion de la semaine de solidarité avec les étudiants coloniaux }) : Conseil de la paix du Quartier latin, Union des étudiants juifs, Fédération française des associations des étudiants chrétiens, un groupe de jécistes universitaires parisiens, étudiants membres du parti communiste, étudiants membres du parti MRP. Mais c'était bientôt la fm de Propositions. PietTe Brocheux en explique les circonstances dans son témoignage. Cependant Henri restait indéfectiblement attaché au combat anticolonialiste et internationaliste; il le prouva dans les années et décennies qui suivirent, par ses amitiés avec des Vietnamiens, Cambodgiens, Africains, Haïtiens... et à partir de l'année 1965 dans son engagement dans le Collectif, puis le CCSTVN.

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Henri Van Regemorter HENRI VAN REGEMORTER À LA

CITÉ UNIVERSITAIRE INTERNATIONALE DE PARIS, 1952-1954, SOUVENIRS par Pierre Brocheux
Ma première rencontre avec Henri date de 1952; nous résidions tous deux boulevard Jourdan, lui au pavillon franco-belge et moi-même à la maison de l'Indochine (aujourd'hui de l'Asie du Sud-Est). Henri avait commencé son doctorat d'astrophysique et je faisais une licence d'histoire à la Sorbonne. Nous fimes connaissance dans l'action militante des trois cellules qui réunissaient les membres du Parti communiste français dans la Cité. Mes souvenirs s'inscrivent dans un registre anecdotique mais ils sont nourris du contexte politique où nous fUmes impliqués avec d'autres étudiants. Dans ces années, lutte anticolonialiste, lutte contre la guerre d'Indochine et guerre froide s'enchevêtraient. À cet égard, la Cité offrait un terrain très propice aux étudiants d'extrême gauche. En effet, la maison d'Outre-mer qui rassemblait les étudiants d'Afrique noire, la maison de Tunisie et bientôt celle du Maroc, avaient une population réceptive à l'agit-prop du PCF. Estil besoin de préciser que la DST avait la maison de l'Indochine dans le collimateur; un matin de 1953, à « l'heure du laitier », ses agents firent une descente pour interroger des camarades vietnamiens et cambodgiens qui venaient de rentrer d'un voyage en Roumanie. Habituellement, la Maison était le théâtre d'affrontements verbaux acharnés mais où chaque camp se gardait d'en venir aux mains, sauf une exception lorsqu'un baodaïste, futur ambassadeur de Ngo Dinh Ziem, agressa physiquement un de nos camarades, futur ingénieur et cadre supérieur de la république démocratique du Viet Nam. Les règlements des pavillons de la Cité étaient sévères mais ils dépendaient de leur application c'est-à-dire de qui les appliquait;
sans parler de la ségrégation garçons

- filles,

il était interdit de tenir

des réunions à caractère politique ou soupçonnées de l'être. C'est ainsi qu'un beau jour où nous étions réunis à cinq dans la chambre d'Henri, le directeur, au courant des activités de Van Regemorter, et qui avait suivi deux des invités depuis son bureau du rez-dechaussée, fit irruption sans frapper et ne trouva rien d'autre à nous

La guerre française d'Indochine

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dire que: «Vous êtes assis à trois sur ce lit et vous en dégradez le matelas et les ressorts! » La plupart d'entre nous étions des étudiants des premières années de fac ou d'écoles d'ingénieurs. Henri faisait figure d'aîné auquel nous reconnaissions une autorité intellectuelle et morale. Cette réputation avait certainement renforcé chez lui un penchant à être directif et protecteur. L'activité politique d'Henri était orientée dans deux directions principales: la formation théorique des étudiants communistes et la participation au Mouvement de la paix. À côté des réunions de cellules consacrées à l'analyse des situations et à la répartition des tâches pratiques, Henri organisait des séances de lecture et de discussion des écrits comme l'Anti-Dühring de F. Engels, Matérialisme et Empiriocriticisme de Lénine; il portait la contradiction dans les réunions des cercles des étudiants catholiques avec lesquels il entretenait de bonnes relations, avec l'intention de les convaincre de participer aux actions en faveur de la paix, puis contre la Communauté européenne de défense (réarmement de l'Allemagne). La volonté unitaire très forte qui animait Henri nous frappait tous, surtout ceux qui étaient sectaires; Henri n'avait rien d'un sectaire. Se consacrer au combat pour la paix conduisit Henri à être la cheville ouvrière du journal du Comité de la paix du Quartier latin Propositions. Son ouverture au monde l'amena à fréquenter beaucoup d'étrangers du Proche-Orient, d'Haïti et surtout d'Indochine, plus précisément les Vietnamiens. C'est sans aucun doute de ce moment-là que date son attachement au Viet Nam et un engagement qui ne fit que se renforcer par la suite. Les liens avec les Vietnamiens n'étaient pas confinés aux relations de camaraderie de parti mais avec certains d'entre eux, Henri tissa des liens personnels d'une amitié durable et solide car la dimension affective était importante chez lui, au-delà des apparences. Dans cette période de guerre froide, les dirigeants du PCF (comme d'autres) étaient enclins à soupçonner la présence d'ennemis dans le Parti. C'est à ce moment-là qu'éclatèrent les affaires Marty et Lecœur, deux dirigeants reconnus qui furent exclus du PCF. En 1953, Staline meurt et les ouvriers de la République démocratique allemande se révoltent à Berlin-Est. Les militants qui prenaient des initiatives, ceux qui étaient réticents ou opposés à la ligne du Parti étaient regardés avec méfiance. Les camarades du Proche-Orient, des Caraïbes et même des Vietnamiens passaient pour des gars «pas clairs» (Tran Ngoc

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Henri Van Regemorter

Danh qui dirigeait la délégation de la République démocratique du Viet Nam à Paris s'enfuit à Prague puis retourna au Viet Nam; accusé de trotskisme pour avoir critiqué la politique d'unité nationale de Hô Chi Minh, il fut exclu du Parti des travailleurs vietnamiens). Henri, certes communiste convaincu, n'avait pas les doigts sur la couture du pantalon: il fut d'autant suspect que, si mes souvenirs sont exacts, il avait encore la nationalité belge, un étranger! Une personne qui sévissait à l'époque dans le secteur des intellectuels et qui, plus tard, devint une historienne reconnue et une chroniqueuse du journal Le Figaro, le fit mettre à l'écart des responsabilités. Cet épisode affecta Henri profondément et il nous demanda de faire une démarche auprès de la fédération de Paris. Un camarade, élève de l'ENSET et moi-même demandâmes à être reçus rue Lafayette au siège de la « fédé » ; une « permanente» fit un sermon maternel aux jeunots que nous étions pour dire que le Parti devait se défendre et nous recommander « d'être vigilants}). C'est sans doute à partir de ce moment-là qu'Henri, sans couper les ponts avec le PCF et sans se désengager politiquement, se consacra à sa thèse de doctorat et nous exhorta à nous occuper essentiellement de notre formation scientifique. En cela, sa recommandation rejoignait celle qu'une autre communiste, Jeanne Lévy, professeur de médecine et pharmacologie, me fit lorsque je fis sa connaissance à la section XIVe-Montsouris du PCF. Bien des années plus tard, lorsque la coopération fut bien engagée avec les Vietnamiens, j'entendis Henri recommander à ceux-ci de ne s'occuper que de la science et de laisser tomber l'idéologie.

HENRI DANS LE MOUVEMENT ANTICOLONIALISTE DES ANNÉES CINQUANTE par Luc Canet
Évoquer le souvenir d'Henri Van Regemorter me fait revivre la période des années cinquante. C'était celle de l'engagement dans ce vaste mouvement étudiant des Partisans de la paix qui militait alors autour de l'Appel de Stockholm contre les dangers de la bombe atomique et des nouvelles menaces de conflit. Ceci se passait cinq ans après la fin de la deuxième guerre mondiale, alors que la guerre

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froide prenait une ampleur inquiétante. À cette époque, nous avions lancé, à quelques-uns, dans la presse de gauche, un appel d' « étudiants chrétiens» invitant ceux qui partageaient notre sensibilité à rejoindre ce mouvement de masse. C'est à cette occasion que je rencontrai pour la première fois l'ami Henri. J'étais en fin d'études de médecine, je participais en bon militant de cette organisation, très choyée par les étudiants communistes du Quartier latin, à de nombreuses manifestations contre la guerre au Viet Nam, contre l'arme atomique mais aussi contre ce qu'on appelait alors les « déviations» titistes. Pris à l'une de ces occasions dans les violences de la répression policière, je fis un passage à Fresnes et fus condamné au cours d'un procès au palais de justice de Paris. Ceci m'engagea publiquement plus encore dans ce mouvement et j'accompagnai Henri dans les manifestations nationales et internationales du mouvement étudiant pour la paix, au cours des années cinquante, en particulier à l'Union internationale des étudiants qui siégeait alors en Tchécoslovaquie. Henri était notre véritable mentor. Je me rappelle de soirées studieuses au cours desquelles nous nous réunissions à quelquesuns autour de lui pour rédiger des motions à soumettre à notre délégation, avant leur publication ou leur lecture à la tribune. J'étais frappé par sa grande maturité politique, son écoute attentive et sa patience vis-à-vis de ceux qui ne pensaient pas comme lui, le sérieux qu'il apportait dans la rédaction de nos textes. il faisait preuve déjà d'une grande indépendance de pensée lui permettant de passer outre aux dogmatismes qui avaient cours, et qui impressionnaient les « compagnons de route» que nous étions devenus. Alors qu'il restait généralement dans l'ombre, il était le penseur, l'initiateur véritable de ce travail d' « agitation et de propagande» propres aux mouvements de masse, dans la proximité pour le moins du PCF du temps de sa force militante. Mais ce qui me paraissait le plus évident, c'était l'internationalisme de son engagement. Je rencontrais chez lui, lorsqu'il habitait encore rue des Rosiers, de nombreux étudiants de pays étrangers, militants internationaux, vietnamiens, antillais et bien d'autres. il était citoyen belge, non encore naturalisé français pour des raisons qui ne dépendaient pas de lui, semblait-il, mais sur lesquelles il restait toujours discret. il s'était déjà tout particulièrement dévoué à la cause de l'indépendance vietnamienne et je savais que ceci n'allait pas sans risques personnels pour lui et pour sa carrière de