2620

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2620, c'est le nombre d'enfants de M. Yves. L'homme n'a pourtant rien d'un séducteur. Il s'est contenté de profiter de son emploi dans une société de reproduction assistée pour substituer sa semence à celle de géniteurs défaillants. Il a très bien compris que si la vie n'a pas de prix, tout le reste peut s'acheter.
Publié le : lundi 1 février 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782917843574
Nombre de pages : 250
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Extrait



Kroupachtov a toujours rêvé d’être journaliste, d’être au coeur de l’événement, de réaliser des reportages d’actualité sur des sujets brûlants. Il est toujours en train de rêver, mais dans son lit, lorsque la sonnerie du téléphone le réveille en sursaut. Il décroche. À son oreille, la voix ensommeillée d’un responsable de la chaîne qui, entre deux bâillements, lui demande de se déplacer pour couvrir un événement. En entendant ce mot, Kroupachtov ne peut retenir un amer sourire ; et, tandis que son interlocuteur enchaîne les phrases, il se demande sur quel accident de la route, sur quelle rixe de bar on va une fois de plus l’envoyer. Il se trompe cependant. C’est l’explosion d’une maison, en périphérie de la ville, qui nécessite instamment son transport sur les lieux. Le sourire amer de Kroupachtov devient une grimace quand il songe que pour une fois le sujet à couvrir est vraiment brûlant. La voix dans le combiné conclut en précisant que la voiture de l’équipe sera chez lui dans dix minutes.


Kroupachtov est déjà au pied de son immeuble, à attendre, lorsque le véhicule de la chaîne s’arrête devant lui, sept minutes plus tard. La voiture est conduite par Enrique, accessoirement cameraman ; à ses côtés se tient Mario, le preneur de son, qui a également comme fonctions celles de maquilleur, de régisseur et de porteur de café. Kroupachtov s’installe derrière eux et ils roulent sans dire mot dans les rues endormies.

Quelques minutes plus tard, les traînées lumineuses d’une myriade de gyrophares, orange, bleues, vertes, les guident vers les lieux du sinistre. Un piquet de police empêche les badauds (une dizaine de personnes) et les curieux (les mêmes) de s’approcher. Bien qu’il soit déjà connu par presque tous les policiers présents, Kroupachtov exhibe sa carte de presse. C’est le seul moment où il se sent en accord avec ses ambitions premières. On le salue avec goguenardise et les reporters roulent doucement vers un amoncellement fumant de débris entouré par une douzaine de véhicules de pompiers et de secours.

Ils ont de la chance car, à peine le matériel déballé, un cri attire leur attention. On a retrouvé une survivante ! Avec hâte, presque frénésie, ils jouent des coudes au milieu des sauveteurs pour pouvoir filmer la scène. Tous les trois savent que ce genre de prise de vue permettra à ce reportage de dépasser l’audience de leur chaîne privée urbaine et d’être diffusé dans tout l’État, voire dans toute l’Europe Unie.
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