69, année politique

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Quelques mois après Mai 68, la lutte fait rage dans le clan gaulliste entre les prétendants à la succession du Général. Nombreux sont ceux qui ne veulent pas voir Georges Pompidou devenir président. Mais lui s'y voit déjà. C'est alors qu'éclate l'affaire Markovic, du nom d'un garde du corps d'Alain Delon, retrouvé mystérieusement assassiné. Bientôt, des bruits circulent : Markovic aurait pris des photos de Mme Pompidou en galante compagnie... et en tenue assez légère pour ruiner les ambitions électorales de son époux. La rumeur enfle, le piège se resserre, la machination est en place.


Quarante ans plus tard, impliqué dans un autre coup tordu, un ancien barbouzard des services secrets et du SAC livre enfin le dessous des cartes. Il raconte comment, sur ordre de ses supérieurs directs, lesquels obéissaient eux-mêmes aux plus hautes sphères de l'Etat, il a instrumentalisé la presse, manœuvré l'opinion publique, piétiné les lois et la morale, à seule fin d'abattre le dauphin pressenti du général de Gaulle.


Un roman édifiant, terriblement crédible, qui jette une lumière crue sur la vie politique d'hier et d'aujourd'hui.



Récit haletant d'une manipulation devenue un modèle du genre, 69, année politique est, après Le Boucher de Guelma (Seuil, 2007), le sixième roman noir de Francis Zamponi.


Publié le : jeudi 25 décembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021232547
Nombre de pages : 323
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69, ANNÉE POLITIQUE
FRANCIS ZAMPONI
69, ANNÉE POLITIQUE
roman noir
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
L’auteur a bénéficié pour la rédaction de cet ouvrage d’une aide du Centre national du Livre.
ISBN9782021233827
© Éditions du Seuil, juin 2009
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www.editionsduseuil.fr
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COURDAPPELDEPARIS TRIBUNALDEGRANDEINSTANCE CABINETDUJUGEDINSTRUCTION
PROCÈSVERBAL D’INTERROGATOIRE DE PREMIÈRE COMPARUTION
Vu l’article 116 du Code de procédure pénale,
Le premier juillet 2008
Devant nous, Aline Prossac, juge d’instruction au tribunal de grande instance de Paris, étant en notre cabinet, assistée de Marcel Delonde, greffier, A comparu la personne, qui nous fournit les rensei gnements d’identité suivants : M. Cladère Joseph, né le 8 avril 1937 à Boufarik, Algérie, de Cladère Antoine et de Élise Debord, e déclarant résider 2 rue de Reims, à Paris 13 , général du cadre de réserve, veuf, de nationalité française, antécédents judiciaires inconnus,
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Qui déclare savoir lire et écrire en langue française. Après avoir constaté l’identité de la personne, nous lui faisons connaître expressément chacun des faits dont nous sommes saisis en vertu d’un réquisitoire introductif de monsieur le procureur de la République pour lesquels elle comparait devant nous, ainsi que la qualification juridique de ces faits. Nous informons la personne que nous envisageons de la mettre en examen pour les faits dont nous venons de lui donner connaissance.
Les deux policiers de la brigade financière avaient poussé Joseph Cladère dans le couloir de l’instruction du Palais de Justice. Pas vraiment brutalement, mais sans ménagement. Il les regarda dans les yeux pendant qu’ils frappaient à la porte du cabinet. – Je crois, messieurs, que mon silence durant la garde à vue vous a un peu vexés. Vous l’avez sans doute inter prété comme du mépris. Ce n’était pourtant pas le cas du tout. Je suis très respectueux des forces de l’ordre mais j’avais de bonnes raisons de ne vouloir parler que devant le juge d’instruction. Les policiers ne répondirent pas et firent entrer leur prisonnier dans le bureau. Pendant le trajet, en se préparant à cette première com parution, Joseph Cladère avait imaginé un bureau vieillot, solennel et un peu obscur. À l’image qu’il se faisait de la justice. Il avait découvert une pièce moderne, lumineuse et sans personnalité. Ressemblant à ces locaux anonymes que louent les hommes d’affaires en déplacement. La juge non plus ne correspondait pas à son attente. Il
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savait bien qu’il s’agissait d’une femme, il avait entendu les policiers en parler entre eux, mais il n’avait cependant pas imaginé qu’elle serait aussi jeune. Elle devait à peine sortir de l’École nationale de la magistrature. D’emblée, il la soupçonna de faire semblant de com pulser son dossier afin de se donner une contenance. Il attendit en se demandant pour quelle raison il avait été placé entre les mains d’une débutante. Hasard du tableau de roulement des magistrats instructeurs ou stratégie conçue en haut lieu ? La juge leva enfin les yeux et lui fit signe de s’asseoir. Les policiers restèrent debout. – Vous êtes général de l’armée de terre, du cadre de réserve. Cette affirmation n’appelant aucune réponse, Joseph Cladère ne broncha pas. La juge tripota ses papiers, toussa et poursuivit : – Lorsque vous avez été placé en garde à vue, vous avez gardé un silence absolu. Pourquoi avoir adopté cette attitude ? – Disons que, même si elle commence à dater, j’ai une certaine expérience en matière d’interrogatoire. Je me méfie de la façon dont les policiers interprètent les propos de leurs clients. Et des préjugés que les magistrats adoptent après avoir lu leurs PV d’audition. – Avezvous l’intention de persister dans votre mutisme ou souhaitezvous faire une déclaration ? – Cela dépendra beaucoup de vous, madame le juge. Pour le moment, je n’ai aucun a priori. – Vous avez le choix : vous taire ou faire des déclara tions, mais, à ce stade de la procédure, je ne puis vous interroger qu’avec votre accord et en présence d’un avocat de votre choix.
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– Avant de vous répondre, si vous le permettez, j’aime raisquenousréglionsunpetitdétail. – Lequel ? – Comme vous le savez sans doute, la simple lecture de la presse suffisait à me faire pressentir une interpel lation. Même si je n’étais pas nommé, les journalistes sont parfois prudents, je pouvais deviner que j’étais la personnalité dont on annonçait l’arrestation depuis des semaines. La juge se pencha de nouveau sur son dossier. – C’est possible. Et alors ? – Je dispose encore de quelques relations et d’une identité de rechange. En l’occurrence, un vraifaux pas seport. Si je ne me suis pas enfui lorsque cela m’était possible, pourquoi le feraisje maintenant ? Je vous fais confiance en ne réclamant pas la présence d’un avocat. Rendezmoi la pareille en demandant à mon escorte de me débarrasser de ces menottes et de nous laisser seuls. La juge hésita puis fit un signe de tête aux deux poli ciers qui encadraient Joseph Cladère. Ils lui libérèrent les poignets et sortirent. – Voilà. Maintenant, je vous écoute. J’espère au moins que la présence de mon greffier ne vous pose pas de problème ? – Elle fait partie de la règle du jeu. – Je dois vous rappeler qu’il ne s’agit pas d’un jeu mais d’une information judiciaire. Je vais vous mettre en examen pour dénonciation calomnieuse, corruption active, trafic d’influence, faux et usage de faux. – D’après les journaux, c’était un point déjà pratiquement réglé avant même mon interpellation. Je n’ai pas l’in tention de le contester. Si nous étions aux ÉtatsUnis, je vous ferais gagner du temps en plaidant coupable et il ne
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