Ambition et Cie

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Il a la trentaine. Il est responsable marketing dans une multinationale de l'agroalimentaire. La volonté de réussir semble inscrite dans son ADN. Quand le président du groupe lance le «projet bonbon» (il s'agit de prendre pied sur le marché de la confiserie), il sent, au creux du ventre, la faim du chasseur. Une occasion pareille ne se présente pas deux fois dans une carrière. Il va montrer à ses patrons, à ses collègues, à son père qui l'a toujours considéré comme un minable, à sa femme, au monde entier et à lui-même de quoi il est capable ! Car ce jeune loup est un angoissé. Pourquoi fonce-t-il sans trêve, ni repos ? En une vingtaine de séances chez une psy, il nous dévoile avec une drôlerie décapante comment fonctionne, de l'intérieur, une multinationale et met à nu, avec une sincérité désarmante, les ressorts d'un jeune cadre d'aujourd'hui.
Publié le : samedi 25 octobre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021227949
Nombre de pages : 368
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Ambition & Cie
DU MÊME AUTEUR
Nous n’irons plus chez elle Éd. du Seuil,1987
THIERRY BIZOT
Ambition & Cie
r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
ISBN9782021227932
© Éditions du Seuil, avril 2002
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
Pour Anne. Et Louise, Jacques et Jeanne.
Première séance
Bonjour. « Bonjour. Asseyezvous dans le fauteuil, là. Voilà. Ditesmoi ce qui vous amène. Je vous écoute. »
Eh bien, pour vous dire la vérité, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là. C’est peutêtre ça, mon problème. Dans l’ensemble, je vais plutôt bien et, en même temps, j’ai l’im pression qu’il y a un tas de choses qui clochent chez moi. Vu de l’extérieur, je suis un type normal ; j’ai trente et un ans, je suis marié, j’ai un fils de quatre ans et je travaille à Béafrance. Je commence à avoir du ventre, parce que je bois du vin depuis deux ou trois ans. C’est venu comme ça. Sans doute une question d’âge. Je fume trop, aussi. Je ne fais pas assez l’amour à mon goût. Ça aussi, c’est peutêtre une question d’âge. Sinon, j’ai la chance d’avoir encore mes cheveux, alors que la plupart de mes collègues se déplu ment. Il y en a même qui se font faire discrètement des implants. Enfin, ils croient que le champ de poireaux qu’ils ont sur le crâne est discret. Sinon, que vous dire ? Je ne possède pratiquement rien. Quatre ou cinq costumes, quelques disques et une vieille voiture qui a le mérite de démarrer tous les matins. C’est tout. Ma principale qualité, c’est d’avoir le premier contact facile avec les gens. Mon frère dit que c’est un don ; selon lui, je peux entrer dans un restaurant, m’asseoir à n’importe quelle table avec des
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inconnus et m’en faire des amis. Mais je n’ai pas les grands diplômes dont j’ai longtemps rêvé. Maintenant, je m’en fous… Alors, vous voyez, je ne sais pas pourquoi je viens vous voir. Mais je suis venu. D’ailleurs, il est possible que vous me disiez, à la fin de cette première séance : « Mon vieux, vous êtes gentil, mais arrêtez de vous regarder le nombril, j’ai des patients qui ont de vrais problèmes, eux. Je ne vais pas vous garder et vous laisser espérer que vous avez réellement besoin d’une thérapie…» Je compren drais, vous savez. Après tout, je ne suis ni dépressif, ni paranoïaque, ni phobique, ni rien… Je n’ai pas non plus ce genre de petit défaut très ennuyeux dont on aimerait se débarrasser, comme de faire pipi dans sa culotte dès qu’on prend la parole en public ou de penser à la Deuxième Guerre mondiale quand on voit un enfant… Non, ça va, je réussis plutôt bien et je suis marié avec une femme que j’aime. Tout en le disant, je me rends compte que ça fait petitbourgeois de penser ça…
« Ça n’a pas d’importance. »
Non, bien sûr. D’ailleurs, je préfère l’avouer tout de suite, je suis un petit bourgeois. Mais un petit bourgeois qui a eu un vrai coup de foudre pour sa femme. Voilà. À côté de ça, je suis déjà chef de groupe chez Béafrance, la première multi nationale d’agroalimentaire. Évidemment, ça ne vous dit pas grandchose… Disons que c’est ce qu’on appelle un beau par cours. Dans le groupe Béafrance, on doit être à tout casser quatre ou cinq dans cette situation, à cet âge.
« Vous aimez votre métier ? »
Je fais du marketing. Je rénove des produits anciens et j’en crée de nouveaux. Le faire chez Béafrance, c’est bien, parce qu’on nous donne des moyens incroyables et une très grande autonomie pour développer. C’est la force de Béafrance. Et puis, on vous mute tous les deux ans, ce qui est bien aussi. Ça
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