Après la guerre

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Bordeaux dans les années 50. La Seconde Guerre mondiale est encore dans toutes les mémoires et pourtant, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a déjà commencé : de jeunes appelés partent pour l’Algérie. C’est dans ce contexte qu’une série d’événements violents se produisent. Le commissaire Darlac, qui s’est compromis pendant l’Occupation, est lui-même bientôt happé par cette spirale de violence...
Publié le : mercredi 12 mars 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743627508
Nombre de pages : 523
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Bordeaux dans es années cinquante. Une vie qui porte en-core es stigmates de a Seconde Guerre mondiae et où rôde ’inquiétante sihouette du commissaire Darac, un lic pourri qui a fait son beurre pendant ’Occupation et n’a pas hésité à coaborer avec es nazis. Pourtant, déjà, un nouveau conlit qui ne dit pas son nom a commencé : de jeunes appeés partent pour ’Agérie. Danie sait que c’est e sort qui ’attend. I a perdu ses parents dans es camps et est devenu apprenti mécanicien. Un jour, un inconnu vient faire réparer sa moto au garage où i travaie. L’homme ne se trouve pas à Bordeaux par hasard. Sa présence va décencher une onde de choc mortee dans toute a vie. Pendant ce temps, d’autres crimes sont commis en Agérie…
Hervé Le Corre frappe fort avec ce roman à a construction magistrae. Révéé à un arge pubic parL’Homme aux lèvres de saphir (Prix Mystère de a critique), i remporte tous es suffrages avecLes Cœurs déchiquetésMystère, Prix du (Prix roman noir Nouve Obs/Bibiobs et Grand Prix de Littérature poicière). I vit dans a région de Bordeaux où i enseigne.
« Une écriture minutieuse et lamboyante. » Le Magazine littéraire
« Hervé Le Corre renoue avec son écriture aux accents y-riques pour nous faire vivre de ’intérieur a tragédie de deux êtres bessés. » ParisMatch (à propos des Cœurs déchiquetés)
Du même auteur chez e même éditeur
L’Homme aux lèvres de saphir Derniers Retranchements Les Cœurs déchiquetés
HERVÉ LE CORRE
Après la guerre
RIVAGES/THRILLER Collection dirigée par François Guérif
RIVAGES
Retrouvez ’ensembe des parutions des Éditions Payot & Rivages sur
www.payot-rivages.fr
Si l’arrièreplan de ce roman repose sur des faits histo riques connus de tous, les personnages et les situations qu’ils vivent relèvent de la seule imagination de l’auteur. Toute ressemblance avec une personne vivante ou ayant vécu serait purement fortuite.
© 2014, Éditions Payot & Rivages 106, bouevard Saint-Germain – 75006 Paris ISBN : 978-2-7436-2755-3
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Un homme est sur une chaise, es mains iées dans e dos. I ne porte qu’un sip et un giet de peau, i ne bouge pas, mâchoire pendante, menton sur a poitrine, et i respire par a bouche d’où s’étire, depuis es èvres écatées, un fiet de bave sanguinoente. Sa poitrine est secouée à chaque inspiration par des sangots, peut-être, ou des haut-e-cœur. Son arcade sour-ciière droite est ouverte et saigne sur ’œi gonfé qui n’est pus qu’un œuf noirâtre. À son front beuit une bosse énorme. Du sang a coulé de sa figure sur son maillot de corps. Il y en a aussi par terre. La pièce est seulement éclairée par la lampe suspendue au-dessus du billard qui dispense un cône de lumière jaune et laisse dans l’ombre le reste : quatre tables de bistrot, rondes, et leurs chaises rangées autour, un tableau de marque, un meuble de rangement. Il y a bien des appliques fixées aux murs, avec de petits abat-jour verts, mais sans doute personne n’a-t-il jugé bon de les allumer. Autour de l’homme assis se tiennent trois types qui pour le moment ne disent rien et se contentent de fumer, debout. Ils sont un peu essoufflés, on entend leurs respirations saccadées s’apaiser peu à peu. L’un d’eux, surtout, corpulent et grand, tousse et s’étouffe presque et finit par écraser sa cigarette sous son soulier. Manches retroussées sur des muscles puissants. Son ventre proéminent tend les pans de sa chemise et tire sur les boutons qu’on croirait sur le point de sauter. Il a des che-veux très noirs, bouclés, et ça donne à sa face ronde l’air d’un séraphin de méchante humeur, sourcils froncés, bouche tordue, yeux très clairs percés de grosses pupilles clouées en cet ins-tant dans la nuque de l’homme inanimé sur la chaise. – Bon, qu’est-ce qu’on fait ?
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Les deux autres regardent eux aussi ’homme inanimé, ’air songeur, et is sembent n’avoir pas entendu a question. Le plus âgé s’approche de l’homme inconscient. Il examine le visage tuméfié, claque des doigts près d’une oreille. – Il faut le réveiller. Il tient pas le choc, ce con. Il se redresse et frappe l’homme du plat de la main sur le haut du crâne. L’homme sursaute, écarquille son œil encore valide. – Tu sais où tu es ? Tu sais pourquoi t’es là ? Tu te rappelles ? Ho ! tu m’entends ? L’homme gémit en hochant la tête. Peut-être un oui produit au fond de sa gorge. – Penot, tu connais ? Bien sûr que tu connais. Nous, on veut celui qui l’a saigné l’autre jour. Rien d’autre. Alors tu nous dis où est Crabos et on te laisse rentrer chez toi. T’as compris ? Le gros soupire, se racle la gorge puis crache par terre. Il respire mieux, il rallume une cigarette. Son briquet américain cliquette. Le troisième type s’est assis sur une chaise, accoudé à une table, les jambes étendues, pieds croisés. Il regarde sa montre. On n’entend que le halètement du supplicié. – On perd du temps, observe celui qui a regardé l’heure. Presque minuit, putain. Il dira rien. – Mais si, il va parler. Hein, que tu vas parler ! Tiens-lui la tête ! Le type se lève, ôte sa veste, remonte ses manches et saisit l’homme par le cou et l’étrangle au creux de son coude. Le plus âgé allume une cigarette, aspire vivement la fumée et regarde rougeoyer le tabac incandescent, puis s’approche de l’homme qui pousse à présent des cris étouffés par le bras en étau qui lui serre la gorge. – Où est Crabos ? On le sait qu’il aurait massacré Penot à la première occase vu ce que l’autre a fait à son frangin pendant l’occupation. On sait que c’est lui, ou un de ses copains. Alors dis-nous, putain, ou on te fait morfler jusqu’à tant que t’en crèves.
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I promène a cigarette autour de ’œi droit de ’homme. L’autre parvient à râer qu’i ne sait pas. Un crachotement de mots. Des postions sangants. Puis i hure quand e bout de a cigarette s’écrase juste sous son œi, et ceui qui e tient a du ma à ’empêcher de secouer a tête et de se convuser au point que a chaise bouge, dont es pieds grincent faibement sur e parquet. Le gros vient à a rescousse et ui paque es mains sur es tempes avec ’air contrarié de ceui que ce genre d’obigation routinière asse et agace. – Ferme ta gueue, i ajoute. Et réponds à Abert si tu veux pas rester borgne. I a paré sans éever a voix, sur e ton du consei impatient. Ses pognes sur cette tête ensangantée font comme un casque dont es doigts épais seraient a visière. Ceui qui se nomme Abert éoigne a cigarette et en tire une bouffée. Odeur de peau et de chair brûées. De a fumée fotte sous a ampe du biard, épaisse et nonchaante. I fait signe aux deux autres et s’approche à nouveau. I pointe a braise de tabac tout près du coin de ’œi. – Tu vois, si c’était Penot, i t’aurait déjà fait ta manucure, i faisait toujours ça aux tapettes quand i en fairait une, et ees se mettaient pus de vernis aux onges pendant un moment ! Et ta queue serait déjà branchée sur e 110. Tu vois, c’est mieux qu’i soit mort, d’un côté. Mais nous, on sait faire aussi. D’autres trucs. On va te travaier au canif, comme un goret. Le type secoue a tête. I geint qu’i n’a rien fait, que ce n’est pas ui. Qu’i ne sait pas. Des armes couent sans cesse sur ses joues. – Arrête de chiaer, ça nous fait de a peine. Dis-moi juste où je peux trouver e Crabos ou je te fais bouiir ’œi en écra-sant ma cope dedans, pauvre con. Tu vas me servir de cendrier toute a nuit, s’i faut. Les deux autres immobiisent ’homme comme is ’ont fait précédemment. Is sont cames, méthodiques. Appiqués. Is ne trahissent aucune impatience, aucune coère. Peut-être un
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peu de assitude se it-ee sur eurs visages uisants. L’homme essaie de se débattre, mais ça ne sert à rien, vu ’espèce de camisoe de bras et de mains qui ’enserre. Deux ou trois cis grésient déjà et ça sent aussitôt e poi grié. Le hurement que pousse ’homme es fait sursauter tous es trois. Abert recue d’un pas, tenant sa cigarette entre pouce et index. L’homme gémit et râe et s’étrange, des gaires pein a gorge, et ne se débat même pus, trop occupé à respirer, puis i éructe, proje-tant son buste si vioemment que a chaise manque bascuer. – Rue du Pont-de-a-Mousque ! I est chez Roande avec sa pute dans une piaue pour a nuit ! Demain, i part en Espagne passer ’hiver. I dort pus chez ui depuis une semaine, i dit que c’est pas sûr parce que es autres is e cherchent à cause de Penot. I demeure hors de souffe, affaissé, a tête basse. Sa poitrine est secouée d’une respiration hachée, ses poumons siffent comme des chambres à air crevées. – Ça nous aisse un peu de temps, dit Abert. I fait un signe au gros et ’autre sort de sa poche de pantaon un couteau dont i dépie a ame et i reste debout à regarder uire ’acier, e présentant sous tous es anges à a umière chiche. L’homme sur sa chaise tord sa gueue de peurs sien-cieux. Puis i parvient à articuer, d’une voix geignarde, qu’is ne peuvent pas faire ça, qu’i eur a dit ce qu’is vouaient savoir. Le gros se cure un onge de a pointe du couteau. I se marre. – Faire quoi ? demande-t-i en jouant es étonnés. Tu crois qu’on va te charcuter ici ? Qu’est-ce que t’imagines ? Pour en mettre partout ? Saoper e pancher avec ton sang pourri ? C’est toi qui fais e ménage peut-être ? La daronne va gueuer si on ui dégueuasse sa sae de biard. – C’est bon, on y va, maintenant. Francis, va chercher a voiture. Abert ui ance des cés. Francis essuie avec un grand mouchoir e sang qu’i a sur es mains et es avant-bras puis
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enfie son veston et passe un manteau qu’i a récupéré sur une tabe. La rue traîne queque part derrière a gare, bosseée de gros pavés, coupée souvent par des rais où viennent des fois gronder des motrices diese remorquant des wagons de mar-chandises. Personne. On entend au oin grincer de a ferraie, un chien gueuer. Is poussent eur prisonnier à ’arrière de a voiture. I peure. Is rouent sans rien dire. Abert au voant, Francis à côté de ui. Derrière, e gros et ’homme qu’is ont torturé. Is ont appeé e gros Jeff, tout à ’heure, en démarrant. Is ont paré à ’homme sans jamais e nommer. Is ui ont ié es mains dans e dos avant de e faire s’asseoir. Is n’ont pas pris e temps de e aisser se rhabier aors maintenant, en sous-vêtements sur e skaï de ce siège de voiture, i greotte de froid et i renife et i caque des dents. Son nom ? On e ira sans doute dans queques jours à a rubrique des faits divers, ou peut-être même en première page deSud Ouest, quand son corps aura été retrouvé et identifié. En revanche, i est utie de savoir pourquoi Abert a insisté pour prendre e voant : a voiture, une 403 pratiquement neuve, appartient au service de poice judiciaire où i est commissaire. Commissaire Abert Darac. Is raentissent sur un bouevard obscur qui se perd au nord de a vie dans un quartier pein d’usines et d’ouvriers, coincé entre des marécages aux chemins inondés et e feuve boueux qui roue sa vase vers e nord. De a misère es pieds dans ’eau. Is tournent sur une piste bétonnée qui mène à a base sous-marine que es Aemands ont aissée derrière eux au bord des bassins à fot. On devine sa masse gigantesque qui absorbe a nuit et a condense en impénétrabes ténèbres. Is stoppent dans une zone défoncée d’ornières au ras d’un terrain vague envahi de chardons et de ronciers. Francis et e gros ouvrent es portières arrière de a voiture et font descendre ’homme, qui tombe à genoux dans une faque d’eau. Francis e souève
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