Assan

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'Faire la paix avec les Tchétchènes, ils ne seraient pas contre non plus. Une très longue paix… Les Tchétchènes sont des gens comme les autres. Les soldats pourraient aller à la pêche. Il paraît qu’il y a beaucoup de poisson dans les rivières de montagne, du bon poisson, pas bien gros, il est vrai.
Malgré tout, l’opinion générale penche du côté de la guerre.'
Alexandre Jiline est commandant de l’armée russe en Tchétchénie, chargé de l’approvisionnement des troupes en essence. Un poste stratégique, qui lui permet de se livrer à un trafic de barils avec l’ennemi tchétchène. Mais Jiline a aussi bon cœur, et les villageois l’apprécient pour cela. En signe de respect, ils transforment alors son prénom en Assan : dans le folklore tchétchène, Assan est une idole de la période préislamique du Caucase qui incarne la vengeance. Mais son histoire personnelle prend un tournant décisif quand il décide de prendre sous son aile deux jeunes soldats devenus inaptes au service en les planquant dans un de ses dépôts de carburants...
Assan évoque avec brio la sale guerre de la Russie en Tchétchénie, mais ce cadre contemporain, très précis, contient aussi un roman universel qui dépeint avec force les contradictions de tout être humain dans des situations extrêmes.
Publié le : jeudi 7 mars 2013
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EAN13 : 9782072486531
Nombre de pages : 479
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D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
L A F R A Y E U R L A B R È C H E L E P R I S O N N I E R D U C A U C A S E E T A U T R E S N O U V E L L E S U N D E R G R O U N D O U U N H É R O S D E N O T R E T E M P S L A R O U T E E S T L O N G U E
Aux Éditions Alinéa
L E S V I E U X L I V R E S L E S V O I X L A P E R T E
Aux Éditions Actes Sud
L E P R E C U R S E U R
Aux Éditions Flammarion
L E C I T O Y E N E N F U I T E
Aux Éditions Belfond
L E R E T A R D A T A I R E D E U X S O L I T U D E S
Du monde entier
VLADIMIR MAKANINE
A S S A N
r o m a n
Traduit du russe par Christine ZeytounianBeloüs
G A L L I M A R D
Titre original :    
© Vladimir Makanine, 2008. © Éditions Gallimard, 2013, pour la traduction française.
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Sur les rails désertésEn ce lieu désormais vacant, ils sont seuls, en foule, les jeunes soldats. Personne dautreIls se voient soudain euxmêmes, tels quils sont. Voyez comme nous sommes ! Nombreux !Quant au train (deux wagons seulement) qui les a transportés, ce modeste petit convoi est aussitôt reparti à grand bruit on ne sait où. C!est la guerre Pour sûr, ils en avaient marre du train, à force de rouler tout le temps. Les wagons étou ffants, pourris, pareils à un mauvais rêve qui nen finit pas. Là, en revanche, lair est enivranton respire bien par ici !Les voilà qui fraternisent sous le ciel du Caucase. Hourra ! Hourra ! Ils se tiennent par les épaules. La première section et la deuxièmeLimpor tant, cest quils ont toujours leurs armes (malgré lalcool. Ou grâce à lui !). Soldats, haut les cœurs !Leurs faces sont cou leur de brique. Leurs joues assez rouges pour allumer une cigarette, haha. Pourquoi deux sections, incomplètes qui plus est ?Et pourquoi un seul officier pour encadrer tous ces soldats ? Un officier quon a dû évacuer du train avant même darri ver à Rostov, victime dun étranglement herniaireQuoi ?
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Comment ?Il ne reste donc plus dofficiers sans hernie dans l?armée russe ?Sans hernie ni appendicite Pas dofficier non plus pour les accueillir sur le quai pous siéreux. Mais à bien y penser, il ne ferait que nous gêner ! Qu!il aille se faire foutre Pas dofficierEn revanche, il y a là une espèce de pedzouille aux yeux injectés de sang. Avec un brassard rouge. Comme il se doit, il presse les nouvelles troupes : allez, bougezvous !Dégagez le quaiIl veut se débarrasser au plus vite de ces gamins éméchés avec leurs fusils dassaut. De cette horde de bleusbites en goguette qui ne se sont encore jamais fait tirer dessus. Et plus générale ment de toute cette guerre à la con. Le Brassard Rouge na pas dautre souci en tête. Grouillez vous, bordel de merde !Dégagez la voie !Oui cest par là, devant la gare bombardée, sur la place elle aussi quelque peu bombardéeCest là quattendent les transports blindés : oui, cest pour vous, les gars ! Pour vous !En avant marche ! Ils sont où, les blindés ? LàbasTout le monde làbas, c!est votre convoi Un énorme soldat, de ceux qui résistent à l:ivresse, rugit Quel convoi ? Où ça ? Il n!y a pas de convoi Cest vous qui formez le convoi. Tous ensembleLe convoi, cest vous, explique le Brassard Rouge. Ce sont vos blindésEt les deux camions vides du commandant Jiline. Et trois camions avec des fûts dessenceLessence aussi appartient au commandant Jiline. Ce nom inconnu agace les soldats. Tout nom prononcé avec respect a le don dirriter les nouveaux arrivantsIls vocifèrent : Putain !! Ils font chierLes mecs Il faut quon escorte quelquun. Vous ne lescortez pas, vous voyagez dans le même convoi. Sans vous dilodiscodisloquer.
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Le Brassard Rouge sembrouille dans les verbes, dans lun des verbes principaux de la guerre. Les soldats, sans se mettre en rangs, évacuent les rails en ordre dispersé. EnfinLa place est creusée de trousLes soldats montent dans les blindés avec lenthousiasme de livresse, quatre transports blindés qui, lun après lautre, salignent sur la route avec les camions. Ils doivent prendre la direction de Bamout. Rejoindre lunité numéro. Allezallez ! Le convoi se forme tant bien que malAllezallez ! Et voici les camions dessence ! Nayez pas peur, on ne va pas cramer ! Apparaît un doux vieillard tchétchène. Un insigne de por teur sur la poitrine. La tête chenue. Un tic nerveux lui déforme le visage. Il essaye dagripper le Brassard Rouge par la manche pour lobliger à se retourner. Sachik ne sera pas content. Qu?estce que tu veux Pourquoi envoyer ces soldats avec son convoi ? Sachik va se mettre en colère. Je men contrefiche? Tu voisTu es aveugle ou quoi cette meute ? Tous deux la voient très bienÀ peine montés dans les blindés, les soldats sautent à terre. Cherchent une meilleure placeIls rigolent et se congratulent. Ils ont beau être ivres comme des cochons, beaucoup de visages rayonnent. Tant de jeunes regards brillants dexcitation ! Le Brassard Rouge manque dautorité. Et voilà un trou fion particulièrement déjanté. Cette andouille mériterait un bon coup sur la caboche !Il sélance vers des cheminots qui passent par là, tchétchènes et russescouverts de cam bouismal réveillésIl court de lun à l:autre en criant « Papaaa !Papaaa !» Le soldat cherche son père, il na pas eu le temps de lui dire au revoirCet abruti simagine
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être encore dans son bled au bord de la Volga, il croit que sa maison et sa famille sont là, tout près. Il ne comprend pas quVous nil est en Tchétchénie. « ?avez pas vu mon vieux Papaaa !» Le géant réfractaire à livresse sest autodésigné pour don ner un coup de main. Il sappelle Jora, une incroyable force de la nature. Jora sempare du fiston perdu, lécrase à moitié et lui répète tendrement, en le poussant du poing vers un blindé : On le retrouvera, ton papaPlus tard, pas de panique, soldat, arrête de chialer ! Le Brassard Rouge a conscience de la situation, ce qui explique sa hâte. Livresse tapie dans lestomac des jeunes recrues est en passe de se déchaîner à pleins tubes. Cest couru davanceUne ivresse carabinée va déferler dans ces cervelles juvéniles. Sacré bordel de merdeLalcool est par ticulièrement efficace à cet âge. Pas moyen dy couper. Bien tôt, ils seront totalement incontrôlablesBande de petits saligauds. Jora en revanche! Un drôle deJora tient bon la rampe malabar. Il y a aussi un sergent qui arrive à la rescousseLe sergent à double nom, BorzoïBabkine, vient juste de se réveiller. Il ne se souvient de rien. Même pas de son nomNi de sa section. ! hurle le sergent.Hé, les gars Malgré tout, deux têtes valent mieux quune. Le sergent BorzoïBabkine et Jora commencent à prendre la mesure de la situationCalmer une meute de hardis soulards, ce nest pas de la tarte : dans cet état, les soldats, qui continuent à fraterniser, narriveront jamais à leur garnison. Le Brassard Rouge les rassure dun ton sarcastique : Ils arriveront à destinationMais pas tousIci, il y a toujours plus de monde au départ quà larrivée.
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