Au milieu des piranhas

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Diriger de nombreux collaborateurs est une tâche valorisante et passionnante. Mais il y a aussi le revers de la médaille... Dans la solitude et sans attendre de reconnaissance, il faut être disponible pour écouter les autres et trouver des solutions. Le moindre moment d’inattention ou de fatigue peut être interprété comme un signe de faiblesse. Surgissent alors : trahison, manipulation, cynisme, jalousie... Les hommes se transforment en piranhas, féroces poissons d’Amazonie, et sont prêts à dévorer leurs semblables.
C’est la situation à laquelle est confronté Arnaud Montero, directeur d’une agence bancaire à Paris, lorsqu’une enquête est ouverte après la mort d’un de ses salariés noyé dans la Seine. Accident, suicide ou crime ? Au lecteur de le découvrir !


Publié le : mercredi 29 janvier 2014
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EAN13 : 9782332648365
Nombre de pages : 146
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-64834-1

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

« L’erreur est aussi grande de se fier à tous que de se défier de tous »

Sénèque
(Cordoue 4 av. JC – Rome 65 ap. JC)

 

1

La banque Brinder-Tracy est un établissement financier prestigieux dont le siège est à Paris. Elle possède des filiales dans tous les grands pays. Son directeur des relations internationales, Arnaud Montero, est âgé de 45 ans. Il a fait toute sa carrière dans cette banque où il est entré après ses études dans une école de commerce. Il voyage dans le monde entier. Ouvert aux autres, il aime découvrir et comprendre des modes de pensée et de vie différents. Depuis plusieurs années, il se rend en Amérique du Sud pour réorganiser les filiales de la banque afin qu’elles s’adaptent aux nouveaux enjeux économiques auxquels elles sont confrontées.

Lors d’une récente mission en Amazonie, après une réunion de travail, le responsable d’une succursale l’a invité à découvrir un écomusée dédié aux piranhas. Au cours de cette intéressante visite, le guide a tenu des propos qui l’ont marqué : « les piranhas sont des poissons carnivores qui vivent en bandes dans les fleuves d’Amazonie. Ils ont une réputation de tueurs sanguinaires, à tel point qu’ils sont potentiellement dangereux pour l’homme et n’hésitent pas, non plus, à manger leurs congénères… ».

Le soir, en rentrant à son hôtel, Arnaud n’a pu s’empêcher de penser aux piranhas qui dévorent leurs semblables par instinct de survie et non par cruauté. Il a fait le parallèle avec certains humains rencontrés au cours de sa carrière, des gens sans scrupule, prêts à détruire les autres par jalousie ou pour assouvir leurs ambitions. Il s’est alors souvenu d’une histoire vécue lorsqu’il était directeur d’une agence de la banque Brinder-Tracy à Paris.

2

C’était un lundi matin de novembre. Une pluie glaciale tombait sur Paris. Les dernières feuilles mortes des platanes jonchaient les trottoirs et les rendaient glissants. Arnaud se rendait à son travail. Sous une forêt de parapluies, il essayait de se frayer un chemin.

Après avoir atteint la station de métro Voltaire, il descendit les escaliers, franchit la porte automatique et se rendit sur le quai, direction Pont de Sèvres. Immédiatement submergé par une marée humaine, il se sentit oppressé. Le métro arriva, les portes s’ouvrirent brusquement. Une foule bruyante et impatiente se précipita dans les wagons déjà saturés. Entrainé par ce flot incontrôlable, Arnaud se retrouva noyé au milieu de gens indifférents. Ils avaient tous les yeux rivés au plafond pour éviter de croiser le regard des autres. Uniquement préoccupés par eux-mêmes, ils s’agrippaient là où ils pouvaient, afin de ne pas perdre l’équilibre lorsque le convoi freinait brutalement. Mais ils n’y parvenaient pas toujours. Certains tombaient alors sur les autres ou leur écrasaient les pieds ; ce qui provoquait des hurlements ou des gestes d’énervement.

Arnaud était coincé entre deux personnes au gabarit imposant. La plus grande écoutait sur son baladeur une musique violente et agressive, dont tous les passagers profitaient sans nécessairement le souhaiter. A la station République des voyageurs descendirent. La rame fut aussitôt prise d’assaut par un essaim de touristes, bardés de sacs à dos, qui occupèrent tout l’espace disponible. Arnaud eut à peine le temps de reprendre sa respiration qu’il se retrouva de nouveau bloqué contre la paroi du wagon.

Afin de se libérer de cette atmosphère étouffante, il descendit à la station Miromesnil qui précédait son habituel arrêt. Une fois sur le quai, il grimpa en courant les escaliers et se retrouva à l’air libre. Sous une pluie battante, il parcourut à pied le reste du trajet jusqu’à son bureau. L’itinéraire était programmé dans sa tête. Il avait l’impression, comme beaucoup de citadins, d’être une espèce de robot.

Un quart d’heure après, il arriva devant l’immeuble abritant l’agence bancaire qu’il dirigeait. Il introduisit son badge dans le lecteur, la porte automatique s’ouvrit. Il pénétra dans le hall et salua l’agent de sécurité.

Celui-ci répondit :

– Bonjour monsieur Montero. Comment allez-vous ?

– Bien et vous ?

– Ça va, mais quel temps pourri !

– Cela ne va pas durer. D’après la météo, la pluie va s’arrêter demain.

– Tant mieux. Avez-vous vu les résultats du championnat de rugby ?

– Oui.

– Vous devez être content de la victoire de Perpignan sur le Stade Toulousain.

– C’est une bonne nouvelle ! dit Arnaud avec un large sourire.

La météo et le sport étaient les principaux sujets de conversation d’Arnaud avec les personnels de la sécurité, des gens polis et discrets. Cela lui permettait de parler avec eux, tout en ne disant rien qui puisse être interprété, commenté, déformé par d’autres collaborateurs toujours à l’affût de la moindre parole susceptible d’empoisonner un climat social déjà lourd. En effet, des rumeurs de suppression de l’agence bancaire couraient depuis des mois.

Après avoir gravi l’escalier central et atteint le palier du premier étage, Arnaud pénétra dans son bureau. Comme par réflexe, il mit en marche son ordinateur. En attendant qu’il se connecte au réseau de la banque, Arnaud prit les journaux financiers que sa secrétaire avait déposés sur sa table de réunion et commença à les parcourir. Il ne parvint pas à se concentrer sur sa lecture. Il pensait sans cesse à ce qu’il devait dire à ses collaborateurs sur l’avenir de l’agence. En effet, le directeur du réseau commercial de la banque Brinder-Tracy, Amaury De La Hure, l’avait informé par téléphone, le vendredi précédent, alors qu’il était en mission à Madrid, de la fusion de son établissement avec une autre succursale parisienne. Il avait précisé qu’aucun licenciement n’était prévu et lui avait demandé de réunir les syndicats ainsi que les salariés pour leur donner ces informations. Cette démarche était pour Arnaud la priorité de la semaine.

Sabine, une des secrétaires de direction, entra. Ils échangèrent les propos habituels du lundi.

– Bonjour monsieur Montero.

– Bonjour Sabine.

– Avez-vous passé un bon week-end ?

– Oui, et vous ?

– Moi aussi. Je suis allée au théâtre voir une pièce avec…

Il n’entendit pas la fin de sa phrase, son esprit était ailleurs. Voyant qu’Arnaud ne l’écoutait plus, Sabine sortit du bureau. Elle avait senti qu’il n’était pas disponible.

C’était une très bonne collaboratrice dont l’intelligence et la loyauté n’avaient d’égal que la discrétion et le professionnalisme. D’habitude, Arnaud prenait plaisir à discuter avec elle de l’actualité culturelle parisienne. Mais, ce lundi-là, il était préoccupé car la semaine s’annonçait houleuse. Il s’y était préparé en courant plus de deux heures, la veille, dans le bois de Vincennes. Cette longue sortie lui avait permis d’être en bonne condition physique et d’avoir les idées claires. C’était sa façon de se ressourcer car il était rentré de Madrid, dans la nuit du samedi au dimanche et avait peu dormi.

Dans les jours à venir, il fallait qu’il informe les représentants du personnel et les salariés de la suppression de l’agence. Il savait qu’ils auraient du mal à admettre qu’elle soit absorbée par la succursale de Paris-Ouest, moins prestigieuse à leurs yeux. Il était certain que les syndicats feraient de la surenchère et mobiliseraient les personnels. Mais il avait un argument important pour les rassurer. Ils étaient tous repris dans la nouvelle structure, personne ne perdait son emploi. C’était une bonne nouvelle dans un contexte économique dépressif.

Ses collaborateurs ignoraient, car il était d’une loyauté sans faille à l’égard de son employeur, qu’il avait plaidé le maintien de son établissement auprès des dirigeants de la banque Brinder-Tracy. Il avait invoqué, à plusieurs reprises, divers arguments : le chiffre d’affaires en constante progression, l’importance des clients, la qualité des prestations assurées…

Il avait dépensé beaucoup d’énergie, mais en vain. Dans ce genre de situation, la logique économique et le bon sens ne l’emportent pas toujours sur les réseaux d’influence, les manœuvres occultes, les intérêts personnels des uns et des autres… Aussi, après des mois de tergiversations au siège social, la décision de fusion des deux agences avait fini par être prise.

Maintenant que cette opération était officielle, Arnaud éprouvait un certain soulagement de pouvoir enfin clarifier la situation auprès de ses collaborateurs qui ne supportaient plus le manque de visibilité sur leur avenir. En effet, les rumeurs sur une éventuelle fermeture de l’agence suscitaient de nombreuses inquiétudes. Elles étaient largement entretenues par les syndicats ainsi que par des cadres qui jouaient double jeu. Ces derniers affirmaient qu’ils étaient contre la fusion, mais ils intriguaient pour qu’elle se fasse.

Ils étaient persuadés qu’ils obtiendraient des postes plus importants dans la nouvelle entité. Mais, ils ne se doutaient pas qu’après la fusion, la nouvelle direction arriverait avec ses propres cadres et se débarrasserait d’eux sans le moindre scrupule. Cela permettrait de mettre en place une autre organisation et de resserrer les effectifs afin d’améliorer la marge bénéficiaire.

Le rôle d’Arnaud était de tout mettre en œuvre pour que la transition se réalise sans heurt. Il devait faire en sorte que ses collaborateurs ne se démotivent pas et que les syndicats n’entravent pas la bonne marche du service. Il savait qu’il y aurait de nombreuses réunions et de longs conciliabules dans les couloirs ou près des machines à café. Mais, il était certain que cela n’empêcherait pas les personnels de faire leur travail car ils avaient, dans l’ensemble, une grande conscience professionnelle.

Contrairement à ce qui se faisait habituellement lors des opérations de restructuration, la maison mère ne lui avait pas fourni d’argumentaire. Son supérieur hiérarchique, Amaury De La Hure, lui avait indiqué, par téléphone, que le siège social n’avait pas eu le temps d’en préparer un. Il lui avait simplement dit :

– Monsieur Montero, nous savons pouvoir compter sur vous pour mener à bien cette fusion.

Arnaud savait qu’il fallait entendre ces propos comme une marque de confiance. Mais, il connaissait leur signification concrète : « Faites en sorte qu’il n’y ait pas de vague et s’il y a un problème, réglez-le à votre niveau ! »

3

Donc, ce lundi matin de novembre, Arnaud était préoccupé. Il savait que tout reposait sur lui et qu’il n’avait aucune aide à attendre de sa hiérarchie. En lisant les messages reçus pendant le week-end, il constatait à nouveau leur vacuité. Ils ressassaient les mêmes informations et présentaient peu d’intérêt. Leurs auteurs, des cadres en fonction au siège social, faisaient du zèle en venant travailler le samedi. Ils voulaient que cela se sache. Dans ce but, ils demandaient des chiffres, des statistiques, des graphiques, des tableaux de bord…

L’incapacité à prendre des décisions et l’incompétence de certains d’entre eux, qui occupaient parfois des postes clés, étonnaient toujours Arnaud. Ces cadres compensaient leurs carences par une activité intense et désordonnée. Ils organisaient des réunions à toute heure et s’écoutaient beaucoup parler. Ils aimaient compliquer les choses simples et s’évertuaient à ne jamais répondre à la moindre question de peur de se compromettre. Le fait de penser à eux accentuait l’humeur maussade d’Arnaud.

Il les connaissait bien car il avait travaillé deux ans au siège social, à la direction des ressources humaines. Il n’avait pas du tout apprécié l’ambiance qui y régnait. Qu’ils soient cadres ou employés, les gens passaient beaucoup de temps à s’épier et à se nuire. Soit pour obtenir une promotion ou une augmentation, soit uniquement par jalousie ou méchanceté. Ceux qui étaient reconnus n’étaient pas toujours les plus compétents, mais souvent les plus flagorneurs. Aussi, lorsqu’on lui avait proposé de prendre la direction d’une agence importante à Paris, Arnaud n’avait pas hésité un seul instant. Il était ravi de quitter cette ambiance délétère.

Vers 10h00, alors qu’Arnaud était en train de consulter le dossier d’un client, Sabine entra dans son bureau. Elle lui annonça que deux gendarmes en civil venaient d’arriver au secrétariat et souhaitaient le rencontrer. Elle paraissait inquiète. Il la rassura en disant qu’ils voulaient certainement obtenir des renseignements sur un compte ouvert à la banque Brinder-Tracy. Sabine les fit entrer et les laissa seuls avec Arnaud qui se leva pour les accueillir.

Il fut aussitôt frappé par la mine grise du gendarme le plus jeune, en harmonie avec la météo du jour. Celui-ci, âgé d’environ trente-cinq ans, était grand et sec. Son crâne chauve et son visage blafard accentuaient la dureté de ses traits. Il avait des yeux bleu-gris et un regard fuyant. Il portait une veste en velours noir, un pull à col roulé et un jean délavé. Il était chaussé de baskets usées. Il lui rappelait un collaborateur qu’il avait eu dans un précédent poste qui était fort avec les faibles et faible avec les forts.

L’autre gendarme, qui devait avoir une quarantaine d’années, était plus petit et trapu. Arnaud comprit immédiatement que c’était le plus gradé. Il portait un costume sombre, une chemise bleue à fines rayures et une cravate assortie. Ses cheveux gris étaient coupés en brosse, il avait le teint mat. Ses yeux noirs perçants dévisageaient Arnaud. Celui-ci avait l’impression que son visiteur cherchait à lire dans ses pensées.

– Bonjour messieurs, asseyez-vous, je vous prie, dit Arnaud d’un ton affable, en désignant les sièges disposés autour de la table de réunion.

– Merci, dit le plus âgé. Je suis le capitaine Rousseau de la Gendarmerie Nationale. Le gendarme Chassaing, qui m’accompagne et moi-même, appartenons à la section de recherches de Paris.

Ils montrèrent leurs cartes professionnelles barrées de traits bleu, blanc, rouge. L’officier poursuivit :

– Nous venons vous voir car les pompiers ont repêché, hier matin, dans la Seine, le corps d’un homme. Il avait dans sa poche un badge comportant son identité, sa photo et l’adresse de votre banque.

Le capitaine déposa, sur la table de réunion, un rectangle en plastique blanc revêtu du logo de la banque Brinder-Tracy.

Après un instant de réflexion, Arnaud dit aux gendarmes, la voix chargée d’émotion.

– Je le reconnais. Il s’agit de Fabien Liberi, un collaborateur de la sous-direction des prêts. Est-ce un accident ?

– A priori non, répondit le capitaine.

– Que lui est-il arrivé ? demanda Arnaud.

– Nous l’ignorons, ajouta l’officier. L’enquête nous permettra d’en savoir plus. Hormis ce badge, il n’avait ni portefeuille, ni argent sur lui. Les poches de son veston étaient retournées après avoir été vidées.

– Où se trouve le corps ? demanda Arnaud.

– A l’Institut Médico-Légal, répondit le capitaine. Une autopsie est en cours. Pour l’instant nous ignorons s’il s’agit d’un suicide ou d’un crime. Nous n’avons aucun renseignement sur lui. Pouvez-vous nous donner des informations ?

– Je vais demander son dossier personnel, répondit Arnaud. Nous y trouverons les coordonnées de ses proches. Ont-ils été prévenus de ce drame ?

– Non, dit l’officier.

– Si vous le permettez, je le ferai moi-même, proposa Arnaud.

– Vous avez notre accord, répondit le capitaine.

Arnaud appela...

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