Auberville la sanglante

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Que ce soit aux abords de Port 2000, ou au fin fond de la campagne havraise, comment expliquer la découverte de ces corps atrocement mutilés ? Quel mystère plane au sein du Palais des Expositions de la grande ville ? Comment relier l’interprétation du nom d’un moine du Moyen Âge et les dérives d’une confrérie, à la manière d’élever le plus apprécié de nos gastéropodes ? Autant de questions sans réponses pour la police !


Publié le : lundi 4 mars 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332524812
Nombre de pages : 196
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-52479-9

 

© Edilivre, 2013

 

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existées ne saurait être que fortuite ».

 

Rivales

Sur les hauteurs de Sainte-Adresse, la villa des Kermeur domine les environs, avec sa vue sur l’estuaire et la mer.

En cette fin d’après-midi, c’est l’heure des révisions… Bientôt le bac pour deux jeunes filles qui s’y préparent sérieusement ; enfin presque ! La plus jeune, Marie, est penchée sur un livre ; sa sœur Maryse bronze au soleil, avec son portable dans une main, tandis qu’elle pianote de l’autre sur sa tablette tactile… À bientôt dix-huit ans, elles sont jumelles, et se ressemblent comme deux gouttes d’eau… Aussi blondes aux yeux bleus l’une que l’autre, elles ont vraiment tout pour plaire. Cependant, Maryse estime que Marie lui fait de l’ombre…

Il est vrai que cette dernière, plus jeune de quelques minutes seulement, est souvent en première ligne, avec d’excellentes notes. Ses parents sont très fiers d’elle. Alors que pour Maryse, préférant le flirt et l’ambiance des cafétérias aux études, l’avenir est plus incertain…

Ceci étant, leur mère les confond souvent l’une avec l’autre… En fait, seul un minuscule grain de beauté, ou plutôt une petite marque bleue, placée derrière l’oreille droite de Maryse, permet de la différencier d’avec Marie. Autant dire qu’il faut une loupe pour le voir ! Évidemment Catherine Kermeur ne regarde jamais derrière ladite oreille ; elle se fit à son « instinct »…

Elles partagent un spacieux loft au second étage, avec une belle terrasse, sur toute la longueur… À l’intérieur, un énorme bureau en bois exotique sert pour les deux. Beaucoup de livres et un presse-papiers en verre le séparent en son milieu, avec l’ordinateur. Ce dernier, qui ne devrait d’ailleurs servir qu’aux « études », est surtout utilisé par Maryse, pour « chatter » tout à loisir. Si le côté de Marie est plutôt en ordre, celui de Maryse, un peu moins : des revues et des photos d’elle avec ses amis s’étalent un peu partout… Et pour finir, une cloison amovible, en verre fumé, sépare le coin chambre de leur salle de bains…

Mais voilà, depuis peu tout a basculé pour l’une d’elle : Marie ! L’amour a frappé son cœur, et sa vie s’en trouve complètement bouleversée. Ce qui a pour effet d’engendrer une rancœur évidente chez sa jumelle ! Conséquence : pourtant si assidue dans ses études, Marie se perd quelquefois dans ses pensées ; et le sourire béat qu’elle affiche alors, a le don d’exaspérer sa jumelle…

En dehors de cela, cette promiscuité facilite l’échange des confidences entre « filles »… Particulièrement aujourd’hui, Maryse qui se doute qu’elle ne pourra pas sortir ce soir… Il faut pourtant qu’elle puisse voir son petit ami : elle a quelque chose d’important à lui dire… Elle est tant de fois sortie le soir en cachette, avec la complicité de sa sœur, que maintenant, un événement imprévu va l’obliger à le faire au « grand jour ».

– Marie, tu lis ou tu rêves encore à ton « prince charmant » ? On perçoit de l’impatience chez Maryse au ton de sa voix. Elle continue n’obtenant pas de réponse.

– Et ne fais pas semblant de travailler, réponds-moi !… Tu le vois bientôt ?… Et, est-ce qu’il ferait tout pour toi, si tu lui demandais ?

Cette fois Marie se retourne et répond.

– Pourquoi tu me demandes cela ? On avait dit qu’on gardait le secret sur lui à la maison !… Suppose que maman arrive ! Et tu sais bien que c’est seulement le mercredi, que je le vois !

– Je veux bien garder ton secret, à condition que tu gardes le mien ! Mais d’abord réponds à ma deuxième question !

– Oui, je pense qu’il ferait le maximum, si je lui demandais ! Je suis sûre qu’il m’aime !

– Décidément, tu as vraiment trop de chance !…

Maryse se renfrogne, et lâche rapidement : « D’abord tu as toujours eu plus de chance que moi, c’est exaspérant ! »… Puis en levant les yeux au ciel : « Évidemment, c’est facile pour toi ! Tu es tellement plus belle et plus intelligente, que moi ! »

Marie éclate de rire en la regardant. « C’est vraiment ridicule ce que tu viens de dire : tu es ma copie conforme ! Et si tu travaillais un peu plus !… »

– Oui, peut-être ! Mais c’est toujours toi qu’on regarde en premier, moi je passe après !

– Arrête tes enfantillages ! Alors, c’est quoi ton secret ?

– C’est quelque chose d’important !

Le visage de Maryse s’assombrit, elle quitte la terrasse et referme la porte-fenêtre. Puis en mettant un doigt sur ses lèvres, elle chuchote : « Écoute et ne crie pas : je crois que je suis enceinte ! »

Marie écarquille les yeux…

– Tu crois, ou tu en es sûre ?

– J’ai fait un test et l’analyse à la pharmacie : c’est positif !

– Ce n’est pas possible, comment as-tu pu être aussi imprudente ! Tu as oublié ta pilule ?

– Oui, mais juste une seule fois…

– Tu sais bien qu’il ne suffit que d’une fois !

Marie regarde sa sœur. Elle n’arrive pas à comprendre l’inconséquence de sa jumelle… Un bébé ! Elle n’a même pas fini ses études !… Comment vont réagir leurs parents ?

Pour couronner le tout, Maryse lui avoue que sur la feuille de maladie, elle a mis son prénom à elle, à la place du sien.

Marie explose : « Cette fois tu exagères ! Tu aurais pu au moins assumer tes responsabilités ! » Mais devant la mine contrite de sa sœur, elle se radoucit.

– Est-ce que tu réalises au moins ce qui va t’arriver ?

Le silence règne dans la chambre. Maryse baisse la tête. Tandis que dans celle de Marie les questions se bousculent ? Maintenant, c’est elle qui se sent responsable ! Elle n’aurait jamais dû accepter de la laisser sortir… Sa sœur n’en serait peut-être pas là, aujourd’hui !

– Tu comptes garder le bébé ? lui demande-t-elle.

– Je ne sais pas encore, cela va dépendre…

– Est-ce que tu sais au moins qui est le père ?… Je le connais ?

– Oui, ce n’est pas un garçon « de la haute » comme le tien ! C’est Armand le livreur de journaux, il a vingt-deux ans et il est gentil !

– Tu as l’air d’oublier qu’il a été suspecté dans une affaire de meurtre !

– Oui je sais, mais ils n’avaient aucune preuve contre lui !

– Enfin tout de même, c’est grave, tu ne crois pas ?

– Attends, on n’en est pas encore là, il faut d’abord que je lui parle…

Puis elle continue l’air sérieux : « Je garderai le bébé seulement s’il accepte de m’épouser ! »

Puis elle persifle, l’air mauvais : « Parce que, je ne veux pas finir comme toi, tu comprends ; avec des livres plein la tête, et un homme qui ne m’épousera jamais ! Moi je te le dis, il vaut mieux te faire à l’idée tout de suite, ma pauvre, tu finiras vieille fille ! »

Cette soudaine hargne n’étonne pas Marie. La situation que vit Maryse a fait que les mots ont sûrement dépassé sa pensée…

– Et s’il ne voulait pas t’épouser, tu y as pensé ?

Maryse répond que ce n’est pas un problème ! Elle ira dans une clinique, en Angleterre, ou alors, elle trouvera une « bonne âme » qui voudra bien l’épouser, avant qu’il ne soit trop tard…

Mais justement, en disant ces mots, une idée diabolique germe dans sa tête. Elle a trouvé la solution à son problème : « l’amoureux » de Marie, voilà l’homme qu’il lui faut, pour elle et son enfant… Quand elle l’a vu avec sa sœur, elle a tout de suite flashé sur lui… Alors pourquoi devrait-elle se contenter de ce « pauvre » Armand ! Il n’y a pas de raison ! Quand ses parents le verront, ils seront ravis ! Et tant pis pour sa sœur, elle en trouvera bien un autre ! Sa ressemblance avec elle va enfin payer ! Mercredi à l’université, elle réserve une surprise de taille à sa jumelle…

– Quand vas-tu en parler aux parents ? lui demande Marie, qui la ramène à la réalité… Quand soudain la porte s’ouvre, et le visage de leur mère apparaît dans l’embrasure de la porte : « Et quand faut-il « en parler aux parents » demande-t-elle ? »

– Rien, rien maman ! Rien ! Des histoires de filles ! Marie et Maryse s’empressent de rire exagérément.

– Pourtant j’ai bien cru entendre !… Vous ne me cachez pas quelque chose au moins ?

Après avoir échangé un regard avec sa sœur, Maryse éclate en sanglots convulsifs, et se jette dans les bras de sa mère. Cette dernière la calme et l’amène à se confier ; c’est un choc terrible pour la pauvre femme, et une rude épreuve, car elle va devoir expliquer la situation à leur père.

Le soir, Catherine Kermeur met son mari au courant. Il s’en suit une sérieuse dispute : le père rejette la faute sur la mère jugée trop laxiste avec « sa » fille… « Voilà ce qui arrive quand tu cèdes à tous leurs caprices ! Que va penser ta famille, tu as pensé à notre réputation ?… Il n’y a vraiment pas de quoi être fiers ! »

La dispute continue, avec exagération de la part du père, blessé dans son amour-propre… Il croyait lui avoir donné une bonne éducation, et le sens du respect des principes religieux, et voilà la récompense : une « fille mère » ! C’est plus qu’il ne peut supporter, et quoi qu’il en soit, il n’est pas question de la faire avorter. La seule issue : qu’elle se marie rapidement, ou qu’elle quitte la maison familiale…

Catherine Kermeur essaie de temporiser. Elle explique que l’arrivée de cet enfant n’est quand même pas un crime, et que sa fille n’est pas la première, ni la dernière à qui cela arrive. Au lieu de la blâmer, et de rejeter la faute sur elle seule, il ferait mieux de considérer que le garçon a aussi sa part de responsabilité. De plus, que fait-il de l’indulgence, au nom de ses principes chrétiens !

– En attendant, il faut que Maryse consulte un médecin pour savoir si tout va bien, pour elle et le bébé, on verra après… Quoi que tu en penses, il n’est pas question que j’abandonne ma fille dans son état ; elle aura toujours sa place dans cette maison… Catherine Kermeur est bien décidée à faire face à son époux.

Le père sort en claquant la porte… La partie est loin d’être terminée.

Maryse, qui a entendu la scène depuis l’escalier, remonte en pleurant de chaudes larmes.

Maintenant, en plus de l’avenir de Maryse, celui de toute la famille risque fort d’être chamboulé. Cette révélation a fait l’effet d’une bombe, pour tous… Et même si la vie de tous les jours doit reprendre son cours, désormais, l’ambiance ne sera plus jamais la même…

La flèche de Cupidon

Enfin mercredi ! Malgré l’émotion provoquée par l’annonce de Maryse, Marie se fait belle pour l’homme qu’elle aime. Elle souligne ses yeux d’un trait de khôl prune, c’est tout ! Pas d’autre maquillage : elle est ravissante. Son regard brillant illumine son visage, et la rend encore plus désirable.

Elle se trouve attirante dans ses sous-vêtements de dentelle pêche. Elle glisse par-dessus un tee-shirt légèrement échancré, et pour finir un jean très ajusté. Elle se regarde et s’adresse un clin d’œil de satisfaction.

Assise sur le lit, elle sort un carnet de son chevet. Puis en roulant son stylo entre ses doigts, les yeux au ciel, elle cherche le vocabulaire le plus approprié, pour décrire la passion qui l’habite…

Elle est si amoureuse que son cœur bât la chamade dès qu’elle pense à lui. Voilà six mois, la première fois qu’elle l’a vu, elle ne pensait même pas qu’il puisse la remarquer. Il y avait tant de jolies filles autour de lui. Mais finalement c’est sur elle qu’il avait flashé. Quelle joie !…

Les yeux mi-clos elle revoit ce soir merveilleux, où elle avançait sous la pluie, en tenant son classeur sur la tête. C’est là qu’une voiture s’était arrêtée à sa hauteur. En souriant, il avait proposé : « Montez ! Vous allez être trempée !… Je peux vous déposer quelque part ?… ». Puis il avait ouvert la portière.

Dégoulinante, elle s’était engouffrée dans le cabriolet rouge, sans le regarder, et n’avait rien dit de plus, tant elle était émue. Elle avait simplement indiqué le nom de sa rue… En descendant de voiture, elle l’avait remercié, du bout des lèvres, et leurs regards s’étaient enfin croisés. Elle s’était sentie défaillir, et semblait scotchée sur le trottoir… Lui, souriait toujours, devinant l’effet qu’il avait provoqué chez elle…

Enfin, rouge de confusion, elle avait couru jusque chez elle, sans se retourner… Puis, était montée comme une folle dans sa chambre ; pour se jeter sur son lit, au summum du bonheur, les joues en feu, et le cœur palpitant…

Comment aurait-elle pu imaginer vivre une pareille aventure ? Un tel prodige ne pouvait que tenir du miracle… Cet homme, grand, beau et blond, avec ses yeux bleus et ses cils incroyables ; celui dont toutes les autres rêvaient en secret, l’avait fait monter dans « sa » voiture !

Elle le revoit encore à l’université, élégant, toujours tiré à quatre épingles ; il avait toujours des élèves assidues et jamais aucune d’entre elles n’aurait manqué son cours pour rien au monde. Trop soucieuses de se faire bien noter par lui, pour avoir un petit compliment du « maître » !

Après l’épisode de la voiture, elle n’avait pas voulu se prendre au jeu, et était restée sur une prudente réserve. Elle ne soutenait jamais son regard plus d’une seconde ; alors que d’autres lui envoyaient des œillades, qui apparemment le laissaient indifférent. Lui s’arrangeait toujours pour la regarder, ou bien mettre sa main sur la poignée de la porte, en même temps qu’elle, tout en s’excusant… Le pauvre cœur de Marie n’en pouvait plus de battre la chamade, à chaque fois.

Et ce fut dans la cohue de cette fin d’après-midi de juin, qu’il avait renversé intentionnellement, ou pas, son paquet de copies au passage de Marie. Pour l’aider, elle s’était baissée en même temps, et leurs têtes s’étaient heurtées violemment… Après ce choc mémorable, elle s’était relevée en se tenant le front ; lui en avait fait de même. C’est alors qu’ils avaient éclaté de rire en se regardant. « Désolé, j’espère que je ne vous ai pas blessée ? lui avait-il dit, en lui entourant les épaules, de son bras… « Non, non, pas du tout, je vais bien ! » Elle s’était excusée en se dégageant rapidement, gênée par ce troublant contact : « En fait, c’est ma faute, je me suis baissée sans regarder ! »

Et voilà le premier pas était fait. Il avait tout de suite voulu l’emmener à l’infirmerie, mais elle avait refusé poliment. Il avait alors proposé de prendre un café. C’est en la soutenant par la taille « au cas où la tête lui tournerait » qu’ils s’étaient dirigés vers la cafétéria… Intérieurement, Marie était aux anges, et toutes les autres filles vertes de jalousie !

Quand il l’avait tenue contre lui, elle avait senti la chaleur de son corps à travers sa chemise, et involontairement la pointe de ses seins s’était durcie sous son chandail. Ce qui avait eu pour effet de lui provoquer un bref, mais fulgurant orgasme.

Le lendemain, et les autres jours, comme il pleuvait toujours, il l’avait raccompagnée à plusieurs reprises. Et un jour, alors qu’elle lui tendait la main pour lui dire au revoir, il l’avait gardée, et avait posé sensuellement ses lèvres sur les veines bleues de son poignet. Au même instant et pour la première fois, elle avait vu briller l’étincelle du désir, dans les yeux de cet homme. Elle n’avait pu détacher son regard de lui, et n’oublierait jamais l’exaltation de ce baiser charnel.

Ce premier geste d’amour restera à jamais gravé dans son cœur.

Par la suite, ils allaient faire durer le trajet, en traînant dans les environs… Puis un jour, à l’abri des regards, il avait installé un plaid sur l’herbe ; et l’avait langoureusement embrassée… Et c’est par un après-midi, baigné de soleil, qu’il lui avait fait l’amour pour la première fois. Avec une extrême douceur, il avait su l’amener vers ce bleu azur, dont on parle si souvent et qu’on appelle « le septième ciel » ! Après le bonheur d’être pénétrée par l’homme qu’elle désirait, c’était la découverte de cette zone inconnue de son corps, révélée par cette délicieuse sensation de va-et-vient, qui l’avait émue jusqu’aux larmes… Puis quand était venue l’exultation suprême de leurs deux corps enlacés, le voluptueux éblouissement de tous ses sens l’avait fait naître femme, à jamais…

Il n’avait pas eu besoin de lui dire des « je t’aime », l’amour étincelait au fond de ses yeux…

Rein qu’en évoquant cet instant de jouissance, Marie ressent une intense émotion l’envahir… Mais elle doit se ressaisir…

– Il est l’heure Marie, tu vas être en retard, je les entends, ils arrivent !

C’est sa mère qui la prévient.

Marie range son journal et recouvre sa tenue d’un ensemble de jogging blanc, classique. Dans son sac à dos elle place deux escarpins à petits talons, un classeur, et de quoi écrire. Elle termine en mettant ses baskets.

– Marie tes amis sont là !

– Merci maman, voilà, j’arrive !

Sa mère l’attend en bas. Marie l’embrasse, et disparaît en refermant la porte derrière elle.

Le petit groupe de jeunes gens part en discutant, et ce joyeux charivari disparaît au bout de la rue, comme d’habitude.

Passé le coin, Marie prend note du parcours que ses amis vont emprunter pour la journée. Elle devra en parler, en rentrant. Ensuite elle court vers l’abri de bus, et monte dans celui qui mène à l’université.
Voilà maintenant six mois qu’elle suit des cours de droit, et espère bien obtenir sa Capacité, d’ici les vacances. Elle travaille dur, mais c’est difficile, car « l’amour de sa vie » : c’est justement son professeur… Évidemment elle fait des efforts pour rester attentive, mais attend avec impatience la fin du cours, pour le rejoindre…

L’heure avance, elle doit se changer rapidement dans les toilettes. Elle ne veut surtout pas être en retard !

Le piège

Gabriel Durasse entre dans l’amphithéâtre. Il a vingt-six ans, grand et blond avec un regard clair. Il est beau comme un démon. Mais, aujourd’hui, quelque chose a contrarié sa vie, son regard d’azur est plus sombre…

Son père vient de le mettre en garde, il est au courant de sa relation, et lui demande de cesser de voir l’étudiante sur-le-champ : « Elle est mineure, et si le scandale devait éclater, c’en serait fini de ta future ascension ! »

Le jeune homme accuse le coup, mais se doit de réfléchir. Son avenir est-il si important pour lui ? C’est évident : l’aboutissement de tant d’années d’études et d’efforts, pour devenir le plus jeune juge de France. Il ne peut se résoudre à abandonner ce projet. Pourtant aujourd’hui, ce séducteur est réellement épris. Dès le premier regard échangé, il a tout de suite ressenti une indescriptible attirance pour la jeune fille. En fait, contre toute attente, c’est elle qui l’a séduit, sans artifice. D’ailleurs depuis, il a cessé tous contacts avec son encombrante maîtresse : la femme du pharmacien…

Aujourd’hui, il doit se rendre à l’évidence : l’amour ne fait malheureusement pas partie de ses priorités ! Pire même, cela risque de lui coûter un cuisant échec. Comment pourra-t-il oublier Marie, sa jeunesse, ses grands yeux et son sourire ! Il se sent lâche, car maintenant il doit trouver le moyen de rompre avec elle, sans trop la faire souffrir…

Justement, ils doivent se revoir tout à l’heure. La jeune fille l’a appelé, en lui proposant de le retrouver dans le bar de la rue Sadi-Carnot : « J’ai quelque chose à te dire ! » a-t-elle dit ! Lui aussi il a quelque chose à lui dire… Il devra refouler ses sentiments et s’efforcer d’être odieux… Qu’elle le déteste assez, pour moins souffrir !

Maintenant, il doit arrêter d’y penser, et se conduire comme l’attendent ses élèves ; en commençant son cours sur « la séparation de corps… »

Maryse, qui a imité la voix de sa sœur au téléphone, arrive en retard. Il la remarque et la suit un instant des yeux…

Maryse, sûre d’elle, s’installe près de la porte, pour sortir la première…

Tout au long du cours, Gabriel, pensant qu’il s’adresse à Marie, la regardera avec intensité, comme s’il voulait déjà la préparer au choc qu’il allait lui faire subir… Maryse, elle, n’y verra que du « Bleu » avec un grand « B » comme dans « Bonheur ». Elle jubile, il est encore plus beau que dans son souvenir. À présent, la seule chose qui compte pour elle, c’est que Gabriel soit là, et qu’il la regarde…

À la fin du cours, Maryse court à perdre haleine, jusqu’au bar de la rue Sadi-Carnot.

En poussant le battant de la porte, elle regarde à la dérobée ; non, il n’est pas encore arrivé. D’ailleurs, comment aurait-il pu aller aussi vite ? Elle soupire d’aise, et s’installe à une table, et commande deux cafés. Maintenant elle attend fiévreusement l’arrivée du jeune homme.

Elle se répète en boucle la phrase qu’elle va lui dire. Mais soudain son cœur s’arrête, une angoisse lui serre la gorge : et si Marie avait fini par...

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