Avant le gel

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Fin août 2001, dans la forêt aux abords d'Ystad, la police fait une atroce découverte: une tête de femme coupée, deux mains jointes comme pour la prière reposent près d'une bible aux pages griffonnées d'annotations. Ce crime intervient après une série d'incidents macabres, notamment l'immolation d'animaux par le feu. Le commissaire Wallander est inquiet. Ces actes révoltants seraient-ils le prélude à d'autres sacrifices, humains cett fois, et de plus vaste envergure? Linda Wallander arrive à Ystad, impatiente d'endosser l'uniforme de la police. Contre l'avis de son père, dont elle partage déjà l'anticonformisme et l'irascibilité, elle se lance dans une enquête parallèle, qui l'entraîne vers une secte religieuse fanatique, résolue à punir le monde de ses péchés. Linda va bientôt le regretter...


Après avoir connu un immense succès avec son héros Kurt Wallander, Henning Mankell entame avec Linda un chapitre nouveau et excitant de la littérature policière.



Traduit du suédois par Anna Gibson.



Publié le : mardi 25 mars 2014
Lecture(s) : 5
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021178722
Nombre de pages : 444
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A V A N T L E G E L
Henning Mankell, né en 1948, est romancier et drama turge. Depuis une dizaine d’années, il vit et travaille essentiel lement au Mozambique – « ce qui aiguise le regard que je pose sur mon propre pays », ditil. Il a commencé sa carrière comme auteur dramatique, d’où une grande maîtrise du dia logue. Il a également écrit nombre de livres pour enfants cou ronnés par plusieurs prix littéraires, qui soulèvent des pro blèmes souvent graves et qui sont marqués par une grande tendresse. Mais c’est en se lançant dans une série de romans policiers centrés autour de l’inspecteur Wallander qu’il a défi nitivement conquis la critique et le public suédois. Cette série, pour laquelle l’Académie suédoise lui a décerné le Grand Prix de littérature policière, décrit la vie d’une petite ville de Scanie et les interrogations inquiètes de ses policiers face à une société qui leur échappe. Il s’est imposé comme le premier auteur de romans policiers suédois. En France, il a reçu le prix Mystère de la Critique, le prix Calibre 38 et le Trophée 813.
H e n n i n g M a n k e l l
A V A N T L E G E L
r o m a n Tr a d u i t d u s u é d o i s p a r A n n a G i b s o n
Éditions du Seuil
T E X T E I N T É G R A L
T I T R E O R I G I N A L Innan frosten É D I T E U R O R I G I N A L Leopard Förlag, Stockholm © original : 2002, Henning Mankell Cette traduction est publiée en accord avec Leopard Förlag, Stockholm, et l’agence littéraire Leonhardt & Høier, Copenhague ISBN91-7343-003-X
ISBN978-2-0211-7871-5 (ISBN2-02-058835-8, 1republication)
© Éditions du Seuil, septembre 2005, pour la traduction française
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P R O L O G U E
Jonestown, novembre 1978
Les pensées fusaient dans son cerveau telles des gerbes d’aiguilles chauffées à blanc. La douleur devenait insoute-nable. Pour éloigner la panique, il tenta désespérément de réfléchir. Qu’est-ce qui le tourmentait le plus ? Pas besoin de chercher. Il savait. C’était la peur. Que Jim lâche ses chiens sur lui, comme sur une proie terrorisée, aux abois. Il était devenu gibier. Toute cette longue nuit du 18 au 19 novembre où il resta terré, à bout de forces, sous un arbre déraciné, il crut entendre les chiens. Jim ne laissera personne lui échapper. L’homme que j’ai choisi de suivre, l’homme qui dégageait un amour sans limites, est devenu quelqu’un d’autre. Il a changé de place avec son ombre, ou alors avec le Diable, celui-là même contre lequel il nous mettait constamment en garde dans ses prêches, le démon égoïste qui nous empêche de servir Dieu dans le respect et l’obéissance. Ce que je croyais être de l’amour s’est transformé en haine. J’aurais dû com-prendre plus tôt. Jim lui-même ne cachait rien. Il nous a livré la vérité, par fragments. Nous n’avons pas voulu admettre ce qu’entendaient nos oreilles. C’est ma faute, je ne voulais pas comprendre. Tous ces rassemblements, ces sermons, ces messages n’évoquaient pas que la préparation spirituelle à laquelle chacun de nous devait s’astreindre avant le Jugement. Il a bien dit que nous devions être prêts à mourir.
Il se figea dans le noir, en alerte. Ne venait-il pas d’en-tendre un aboiement ? Mais les chiens, pour l’instant,
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étaient à l’intérieur de lui, enfermés dans sa propre peur. Ses pensées confuses, effarées, revinrent une fois de plus aux événements de Jonestown. Il devait comprendre. Jim avait été leur chef, leur berger, leur pasteur. Ils l’avaient suivi pendant l’exode de Californie, quand ils n’avaient plus eu la force de subir la persécution des autorités et des médias. En Guyana, ils allaient réaliser leur rêve d’une vie de liberté en Dieu, en communion les uns avec les autres et avec la nature. Au début, tout avait été conforme aux paroles de Jim. Ils se répétaient entre eux qu’ils avaient réellement trouvé leur paradis. Le changement était inter-venu peu à peu. Peut-être ne serait-il pas possible, tout compte fait, de réaliser leur grand rêve en Guyana. Peut-être étaient-ils aussi menacés qu’ils l’avaient été en Cali-fornie. Peut-être deviendrait-il nécessaire de quitter non seulement ce pays, mais la vie même, pour atteindre enfin l’existence qu’ils s’étaient mutuellement promise. « J’ai vu au-delà de ce que je percevais avant, avait dit Jim. Le Jugement est proche. Si nous ne voulons pas être entraînés dans le tourbillon atroce, nous devons peut-être mourir. Par la mort nous survivrons. »
Ils allaient se suicider. Jim leur avait expliqué que cela n’avait rien d’effrayant. D’abord les parents donneraient à leurs enfants du cyanure dilué, que Jim conservait dans de grands bidons en plastique dans une pièce fermée à clé, à l’arrière de sa maison. Ensuite ils prendraient eux-mêmes le poison ; les hésitants, ceux dont la foi vacillerait in extremis, seraient aidés par Jim et ses assistants. Si les quantités de cyanure se révélaient insuffisantes, il resterait les armes à feu. Jim veillerait personnellement à ce que tout le monde meure avant de diriger son arme contre lui. Il haletait, couché sous son arbre, dans la moiteur étouf-fante, à l’affût des chiens de Jim, les monstres aux yeux rouges qui affolaient toute la communauté. Jim avait été très clair : ceux qui avaient pris part à l’exode de Califor-nie, ceux qui avaient choisi de le suivre jusqu’au fin fond de la Guyana n’avaient pas d’autre chemin à suivre que
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