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AVEC PLAISIR, FRANÇOIS
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L’eau froide efface les rêves Régine Deforges, 1989 Ancrages, 2000
Comment font les autres ? Seuil, 1994
Rassurezvous, tout le monde a peur Seuil, 1999
Beaufils prix VictorRossel Seuil, 2003
On ne va pas se quitter comme ça ? Seuil, 2010
ARIANE LE FORT
AVEC PLAISIR, FRANÇOIS
r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
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isbn9782021108453
© Éditions du Seuil, mai 2013
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue unecontrefaçon sanctionnée par les articles L. 3352 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
www.seuil.com
À mes parents, qui, toujours,
m’ont laissé la liberté d’agir et d’inventer
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Le seul détail qui gênait, c’étaient les fils électriques. Ils traversaient le paysage de part en part et empêchaient d’apprécier totalement la pente douce des vignobles, le lac en entier, les montagnes en face. Si on oubliait ces fils, tout était parfait. Du moins, c’était l’impression générale et c’était déjà ça. La terrasse du restaurant, ses tables garnies de nappes damassées blanches et de petits bouquets de fleurs – des fleurs des champs sans histoire, joliment assemblées dans de minuscules vases en porcelaine –, la température extérieure, et la vue si paisible et si belle qu’elle donnait envie de rester assis à table jusqu’à la nuit, si on oubliait les pylônes à haute tension.
Mon père était installé dans sa posture habituelle, les deux mains posées à plat entre ses jambes croisées, le
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AV E C P L A I S I R , F R A N Ç O I S
dos un peu raide, la tête penchée comme si ça pouvait l’aider à mieux apprécier ou à mieux comprendre toutes les finesses du discours de Charles. C’est en tout cas le message qu’il faisait passer à ceux qui se trouvaient là. À vrai dire, il était probablement en train de penser à autre chose. Mais qui s’en serait douté ?Il avait quatrevingts ans et tous étaient là pour lui.Une cinquantaine de personnes, au bas mot, se pressaient sur cette terrasse. Pas tellement de vieux, curieusement ; beaucoup d’enfants, des jeunes cousins tout de suite collés ensemble même s’ils se connaissaient à peine. Des fillettes se promenaient entre les tables d’un air un peu blasé ou conspirateur en se tenant par les épaules, elles parlaient tout bas pour ne pas empêcher les gens d’écouter Charles, qui faisait rire tout le monde et remplissait son office comme chaque fois. J’avais l’impression d’être la seule que les discours de Charles n’avaient jamais fait rire. La famille s’était déplacée en nombre, pas mal d’amis étaient venus aussi, je les connaissais presque tous. Et puis il y avait, un peu en retrait, un petit groupe d’hommes, quatre ou cinq, que je n’avais jamais vus. Accompagnés d’une femme. La soixantaine, peutêtre un peu plus. Ils étaient isolés du reste du monde, qu’ils ne semblaient pas connaître. J’aurais dû aller vers
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