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Babel nuit

De
135 pages
Aux origines de ce récit, un inavouable secret d’enfance : le narrateur n’a jamais compris un traître mot de ce que lui disaient ses parents, chacun usant d’une langue non seulement étrangère, mais d’origine inconnue. À l’âge de trente-huit ans, lors d’une visite à sa mère, tout bascule : plusieurs mots sortis de sa bouche à elle font soudain sens. Troublé par cette révélation, il prend la fuite, recherchant qui voudra prêter une oreille attentive à son histoire. Le voilà qui dérive dans la nuit parisienne, embrasse une belle endormie au fond d’un chantier, dérobe une truffe blanche dans un hôtel cinq étoiles, subit malgré lui une IRM à l’hôpital et ressuscite un amour oublié mais salvateur.
Avec ce troisième roman en forme d’autofiction, Philippe Garnier a choisi de partir d’une hypothèse biographique impossible. La rigueur loufoque et la gravité désinvolte de Babel nuit nous poussent à accepter la part de non-sens de cette quête existentielle, et même à y éprouver une inquiétante familiarité.
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pas du même auteur
David Goodis, La Vie en noir et blanc, Seuil, 1984 Maquis. Aperçu d’un autre paysage américain, Payot, 1993 Bon pied bon œil. Deux rencontres avec André de Toth, le dernier borgne d’Hollywood, Institut Lumière/Actes Sud, 1993 Honni soit qui Malibu. Quelques écrivains à Hollywood, Grasset, 1996 Les Coins coupés. Sous le rock : une allégorie, Grasset, 2001 Caractères. Moindres lumières à Hollywood, Grasset, 2006 Freelance. Grover Lewis à Rolling Stone : une vie dans les marges du journalisme, Grasset, 2009 L’Oreille d’un sourd. 30 ans de journalisme : L’Amérique dans le rétroviseur, Grasset, 2011
babel nuit
philippe garnier
babel nuit roman
© Éditions Gallimard, mars 2012.
À Roméo
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Chaque matin les voyelles s’ouvraient dans la lumière blanche de l’appartement et je me rendormais quelques minutes dans le magma deôôoooo, deûûuuuu, de ëëeeeequi accompagnait le départ de mon père, ensuite la douche coulait, le téléphone sonnait, les cuillers tintaient, le pain grillait et ma mère modulait des syllabes élastiques et obscures. Ce n’était pas un malentendu entre les générations mais une barrière phonétique. Les sons qui sortaient de la bouche de mes parents n’avaient pas plus de sens que la caresse de la pluie ou le chuin tement d’un essuieglace. J’attendais une phrase ou quelques mots dans un affût stérile qui pouvait durer un jour ou deux, j’en perdais l’appétit et le sommeil avant de me résigner à vivre avec mon père et ma mère sans les comprendre, comme s’ils avaient un vocodeur au fond de la gorge. Ces bruits qu’ils produisaient du matin au soir, j’ai mis des années à saisir qu’ils formaient une langue. L’intonation n’y changeait rien. Je ne cherchais pas à savoir pourquoi mes parents émettaient des sons
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énigmatiques, déjà heureux qu’il n’y ait pas d’enquête sur nous, évitant les questions gênantes et les confi dences. Je n’ai jamais su si mes parents comprenaient ce que j’essayais de leur dire. Je mélangeais des mots appris dans la rue avec des sons éclos spécialement pour eux dans l’appartement, des sons qui changeaient d’un jour à l’autre et que j’ai peu à peu oubliés. Ils devaient en déchiffrer la plus grande part, puisque mes besoins de base étaient couverts. Je grandissais dans des vêtements dont la taille changeait chaque année et qui ressem blaient aux vêtements des autres enfants. La coupe de mes pantalons se reflétait bizarrement dans le miroir, comme s’ils n’avaient pas été achetés avec des mots ordinaires. Très vite, je suis allé me fournir moimême. Lorsque je ne rentrais plus dans mes chaussures, je les déposais devant ma porte avant de me coucher et, muni de quelques billets, j’allais dès le lendemain en essayer une nouvelle paire au Monoprix. Mes succès scolaires ne déclenchaient aucune réaction visible, mes échecs non plus. J’étais un enfant anorma lement normal, l’école et le quartier suffisaient à mon apprentissage. Passants, voisins, caissières de super marché, chocs mats des poubelles au matin se fondaient dans cette rumeur de fond de classe où chaque septembre je reprenais pied comme sur une terre australe pleine de mots et de taches d’encre. À chaque rentrée, sur mon dossier scolaire, ma mère remplissait les cases réservées
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