Bimbo

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Poussé par on ne sait quel démon destructeur, le héros de cette histoire, professeur de français dans un collège, se rend dans une boîte de strip-tease dont il sort au matin sous les yeux de ses élèves, au bras d’une « bimbo ». Chemin faisant, derrière le rire et le sarcasme, nous découvrons un être qui étouffe dans la médiocrité de sa condition, qui rêve d’un drame, d’un coup d’éclat, et peut virer facilement dans la mythomanie. Énumérer chez sa compagne Virginie, partie sans lui à Marrakech pour quinze jours, les « défauts de catégorie A » et ceux de « catégorie B », encourager avec une subtile perversité les pulsions suicidaires d’un collègue, deviennent ses passe-temps favoris.Premier ouvrage d’un jeune auteur brillant et ironique, Bimbo est une fable sur le désarroi d’une génération, un roman métaphysique qui ne se prend pas au sérieux, et plus encore, dans le sillage fébrile de Thomas Bernhard ou Witold Gombrowicz, une dénonciation jubilatoire de tous les conformismes sociaux.Arnaud Calvi est né en 1981, il vit à Paris. Bimbo est son premier roman.
Publié le : mardi 25 mars 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021143300
Nombre de pages : 160
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BIMBO
ARNAUD CALVI
BIMBO
r o m a n
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
© Librairie Arthème Fayard, 2011
pour la citation en exergue
ISBN 9782021106046
© Éditions du Seuil, mars 2014
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Et qu’arrivetil à ceux qui ne sont le souffle de personne ?
Peter Sloterdijk,Bulles, Sphères 1
I
Le fil m’avait échappé, à quel moment ? Je le tenais, là, bien serré, ceci est sûr, aussi sûr que tout le reste, que tout ce qui se fait de plus vrai et de plus réel, de plus évident et de plus scientifique. Je le tenais. À quel moment ? Il pouvait m’avoir échappé comme ça, grâce à une feinte, il y a des années. Et pendant des années j’avais marché à l’aise, le croyant dans mes mains, alors qu’il se défilait dans une lointaine prairie, ou une lointaine ville asiatique. Mais je m’interrogeais, aussi, sur son existence : l’existence du fil, et sur ces faits : ces faits prétendument avérés ; sur cette rassu rante facilité de langage. Fil perdu. Fil qui n’exista jamais. Méchante confusion d’esprit. Dans ce quar tier, moi, trentenaire, traînant, erratique, sublime, en houppelande, je savais que j’avais perdu le fil, et pour tant je renfermais encore sous ma carcasse des envies splendides, des envies d’édification, des cathédrales à
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construire pour réunir les fidèles en troupeau, sous un lustre de lumière et des peintures flamboyantes. Je vous réformerai, moi, vous allez voir. En arri vant à la boîte de striptease, toutes mes forces m’ont abandonné. Je regardais ma main pendre comme un gant vide, et je pensais : le fil, le fil, quand ? C’est cette main molle qui le tenait ? Alors il n’y a pas de quoi s’étonner… au fond, tu pourras le raconter à droite à gauche, ça ne surprendra personne, il y en aura même qui te diront l’avoir prédit ; des beaux parleurs, certes, mais enfin, avec une main comme ça on ne l’ouvre pas trop. Et cette confusion d’esprit me désolait. La confusion fait les ratés. Les grands hommes ont les idées claires. À quoi tient le raté ? Le grand homme ? Quelle différence ? Un rien, une poussière dans un rouage, ça grince ici, ça suffit, le grand homme vient de s’affaisser. Les raisons pour lesquelles j’avais décidé d’entrer dans une boîte de striptease me paraissaient désormais arbitraires et sans le moindre poids. J’avais repéré les lieux depuis bien longtemps, j’avais même tourné autour, en utilisant toutes sortes de véhicules. J’avais bien regardé ce qu’il y avait à voir, et ça ne faisait aucun doute, il s’agissait d’une boîte de strip tease. La première fois, elle m’était apparue entachée de contenus mythologiques, dus à des lectures suc cessives, à mes fatigues nerveuses. Je suis faible des nerfs. C’est à cause de ça, je crois, que je songe à ces
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