C'est maman qui a tué le père noël

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« Ils ne pensent pas à mal et au fond ce sont des gens bien, notion que vous avez apprise par cœur même si ce sont des personnes que vous ne connaissez pas, qui ne se sont jamais mouillées pour vous et à qui vous hésiteriez longtemps à donner un rein même en sachant qu’ils en ont besoin. La famille. Finalement c’est un peu comme la religion : si ça n’existait pas, il y aurait moins de tarés. »
Huis-clos familial tragi-comique, C’est maman qui a tué le Père Noël réunit pour les fêtes de fin d’année trois femmes issues de générations différentes, la grand-mère, la mère et la fille, chacune en proie à ses névroses, pas nécessairement compatibles avec celles des autres. Les squelettes sortent du placard tandis que tout le monde déballe sa hotte à l’occasion de la Nativité, et, comme le veut la coutume, ça sent le sapin.
Alexandra Varrin est l’auteur de Unplugged. Apprivoiser l’éphémère (2009), Omega et les animaux mécaniques (2010) et J’ai décidé de m’en foutre (2011), tous trois publiés aux Éditions Léo Scheer.
Publié le : mardi 3 mars 2015
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EAN13 : 9782756106885
Nombre de pages : 208
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Alexandra Varrin
C’est maman qui a tué le
Père Noël
roman


« Ils ne pensent pas à mal et au fond ce sont
des gens bien, notion que vous avez apprise
par cœur même si ce sont des personnes que
vous ne connaissez pas, qui ne se sont jamais
mouillées pour vous et à qui vous hésiteriez
longtemps à donner un rein même en sachant
qu’ils en ont besoin. La famille. Finalement
c’est un peu comme la religion : si ça n’existait
pas, il y aurait moins de tarés. »
Huis-clos familial tragi-comique, C’est maman
qui a tué le Père Noël réunit pour les fêtes de
fin d’année trois femmes issues de générations
différentes, la grand-mère, la mère et la fille,
chacune en proie à ses névroses, pas
nécessairement compatibles avec celles des
autres. Les squelettes sortent du placard tandis
que tout le monde déballe sa hotte à l’occasion
de la Nativité, et, comme le veut la coutume,
ça sent le sapin.


Alexandra Varrin est l’auteur de Unplugged.
Apprivoiser l’éphémère (2009), Omega et les
animaux mécaniques (2010) et J’ai décidé de
m’en foutre (2011), tous trois publiés aux
Éditions Léo Scheer.

Photo de couverture : Alexandra Varrin par Fabrice
Fouque. (DR).

Photo : Alexandra Varrin par Thierry Rateau. (DR).


EAN numérique : 978-2-7561-0687-8978-2-7561-0688-5

EAN livre papier : 9782756104003



www.leoscheer.com C’ESTMAMANQUIATUÉLEPÈRENOËLDU MÊMEAUTEUR
Unplugged. Apprivoiser l’éphémère, Éditions Léo Scheer,2009
Omegaetles animaux mécaniques,Éditions Léo,2010
J’aidécidé de m’en foutre,Éditions Léo Scheer,2011
© ÉditionsLéoScheer,2012
www.leoscheer.comALEXANDRA VARRIN
C’ESTMAMANQUIATUÉLEPÈRENOËL
roman
ÉditionsLéo ScheerÀmon grand-pèrePREMIÈREPARTIE—T’es-tujamaisditquelesparentsnesontquedesenfants
quiontgranditropvite,jusqu’aujouroùleurspropresenfants
lesforcentà se rendre compte qu’ilssont des adultes?
Je fisnon de la tête.
—Jevaistedirelefond de ma pensée, reprit-il.Jecrois
qu’une part de la fonctiondeparentconsisteàtenter de
tuer lesgosses.
StephenKing, Christine1.
«Autant le Joker dansBatman»
Quandelle entend la sonnerie du réveil,une partie de son
cerveau,encoreendormiparlesvapeursd’alcool,comprend
qu’ilnes’agitpasdelasienne.Unefoistraitée,l’information
devrait normalement lui fairel’effet d’unseaud’eau froide
jeté en pleine gueule, circuler nerveusement le long de ses
bras et dansses nerfs optiques, ce qui l’amènerait ensuite à
seruerd’unbondsursontéléphone,danssonsacàmainau
piedd’unlitquin’estpaslesien,pouressayerdecomprendre
pourquoisaproprealarmen’apassonné:sic’estparcequ’il
est trop tôtpour ça–auquel castout ira bien– ou si c’est
parcequ’ellenel’apasentendue,voire,pire,parcequ’ellel’a
carrémentéteinte–auquelcaslaTerrepourraitbiens’ouvrir
pourl’engloutirqueceseraitencorelemoindremal.
Au lieu de ça, son cerveau la trahit, ballotte danssaboîte
crânienneetdiffuseunnouveaunuageéthyliquedanssatête
qu’ellecachesousl’oreiller.
—Alice?
—Mmhh.
—Tusaisquelleheureilest?
—Mmhh.
—Ilestseptheures.
Seaud’eaufroide.
—Non. Non,c’estpaspossible.
13Ellealabouche pâteuse, les mots qu’elle s’entend ânonner
luisemblentprovenird’outre-tombemaiselles’occuperade
la gueule de bois plus tard, quand elle serasortie du mode
survieetqu’elleauraletempsdegérerdetellesfutilités.
Le téléphone, tiré du sacà main,lui indique effectivement
qu’il est septheures mais encorequ’elleasuccessivement
désactivélestroisalarmesqu’elleavaitprogramméeslaveille.
Letempsdecomprendrequ’elledisposeentoutetpourtout
detrente-cinqminutespourqu’unevoitureviennelachercher
là où elle se trouve– chose qu’en tout état de cause elle
ignore–etl’amèneàlagareenfaisantaupréalableundétour
par son appartement afin qu’elleyrécupèreson sac, elle est
déjàencommunicationaveclacompagniedetaxi.Laterreur
atoujoursexacerbélavivacitédesesréflexes.
Ellearticulesilencieusementsaquestionàl’attentiondutype
–c’estquoitonadresse?–et,letéléphonecoincéentrel’épaule
et la joue, elle commenceàregrouper ses affaires alorsque
dansunmondeparallèlesoncerveautented’expulsersesyeux
horsdesesorbitespours’enécoulerparesseusement.
Les mainsdutype se posent sur ses hanches tandis qu’elle
luttedésespérémentpourenfilersarobe–àl’évidenceiln’a
riencompris.Ellel’agrippeparlespoignetsenluilançantun
regardqu’ellevoudraitéloquentmaisqui,incrustédansson
visageblafard orné de coulures de mascara qui la balafrent
jusqu’aumenton,ressemblesurtoutàceluid’unefolle.
—Lavoiturearrivedanscinqminutes.
Autempspourlagauledumatin.
—Tebilepas,tuvasyarriver.BonvoyageetjoyeuxNoël.
Sa cheville manque se tordre alorsqu’elle glisse ses pieds
nus dansses escarpinsetqu’elle sent son corps se raidir en
conséquencedubonvœu.
14Le vingt-quatredécembredeux mille onze,àseptheures et
sixminutes précisément,Alice Deschain claque la
portede
l’appartementd’unquasi-inconnuetfoncedansletaxiomnipotent dont la bonne volontéduchauffeur lui sembleseule
enmesured’influencersondestin.
Septheuresetvingt-deuxminutes.
Elle remonteénergiquement la fermeture éclair de son sac
de voyage, se félicitantd’y avoirentassé quelques affaires la
veille carelle n’aura pas le temps d’entrierd’autres. Les
quelques secondes qu’elle consentàgaspiller avantdesortir
dechezellepourrejoindreletaxiquil’attenddanslaruelui
serventàs’emparer d’une bouteille d’eau d’unlitreetdemi
qui devrait partiellement colmaterles brèches de sa boîte
crânienne qui menace constamment d’exploser.Lorsque le
chauffeur redémarre, sa passagèrefébrileà bord,ilnereste
plus qu’une dizainedeminutes avantl’heuredudépart
annoncédutrain.Trèsexactementquatrelorsqu’illadépose
enfindevantlagare.
Sonsacdevoyageenbandoulièresuruneépauleetsonsacà
main sur l’autre, elle repère en un éclair le numéroduquai
etsprinteendirectiondutrainquisematérialisepeuàpeu,
deux gros yeux jaunes qui fendent le brouillard,locomotive
gris sinistre:c’est encorepossible, ça n’est qu’une question
deminutesetc’étaittellementstupidedesejeterdesgodets
jusqu’às’enrouler par terretout ça pour quoi faire? Diluer
l’angoisseduretouraubercail?Poursapeine,elles’enprend
unedosemassive,d’angoisse,sansparlerdescoupsdemarteau
àl’intérieurdufront,desespoumonsquiluiremontentpar
les bronches et que son organismetented’expulser via les
quintes de toux qu’elle réprime parce qu’elle n’apas,mais
alorscertainementpas,letempsderespirer.
15LavoixmétalliquedelaSNCFannonceledépartdutrainet
elle se précipite danslepremierwagon. La double portese
referme lourdement derrière elle et elle chancelle sur des
jambesencoton.
Elleyest,ellearéussi.
Hagarde,elles’agrippeaudossierd’unsiègepourassurerson
équilibrealorsqueletraindémarre.Savisionperdenacuité
jusqu’àdevenirfloue, la toux lui coloreles joues, elle se
délestedesessacsqu’elleempilesurlesiègevacantavantde
se laisser choirsur celui d’à côté. Elle n’apas de réservation
mais par chance le compartiment est quasiment
vide.Évidemment:qui est assezstupide pour prendre un train le
vingt-quatredécembreàseptheuresquarante-deux?
—Excusez-moi…
Le regard que lui lance le contrôleur est un trèsbon
avantgoûtdes retrouvailles familiales:ilexprime un mélange
de
désapprobationetdeconsternation.
Elleseditqu’iladesraisonsetquiplusestdesbonnes;ellediffusedanslewagondeseffluvesodorantesdestupreetd’alcool,
lesmotsqu’ellearticulesontquasiinaudibles,elles’accrocheà
sa bouteille d’eau comme une mouleàson rocher,son visage
estceluid’unfantômeetellefrissonneparcequ’elleestjambes
nuesdanssapetiterobed’étéenpleincœurdel’hiver.
—J’aioubliédecompostermonbillet.
Le contrôleur soupire, griffonne quelque chose sur le ticket
et le lui tend,évitantdecroiser ses yeux qui s’écarquillent
lorsqu’unenouvelleidéefolleluitraversel’esprit.
—Cetrain.C’estbienceluipourBelfort,hein?
—Ouimademoiselle.
Sansrépondreelles’enfoncedansledossierdusiègeenfermant
lesyeux,momentanémentsoulagée.
16Le contrôleur s’éloigne et les lumièresdeParis disparaissent
peuà peu, remplacées par le sinistre paysagedes friches
industriellesquijouxtentlabanlieue.
Il faudra qu’elle aille se changer d’icipeu, déjà parce qu’elle
afroid mais surtout parce qu’elle ne peut pas se permettre
d’arriverdanscettetenue,etqu’elletentedefairedisparaître
le mascara sur ses jouesàl’eau froide et au savonSNCF
puisquesatrousseàmaquillageestrestéesurlemeubledans
sasalledebains.Ilfaudraqu’ellefasseçaetleplustôtserale
mieux puisqu’elle ne s’accorde aucune confiance quantàsa
capacitéàseréveilleravantsadestinationsiparmalheurelle
venaitàs’endormir.Maispourl’instantc’esttrop.Troploin,
trop tôt. La pression se relâche et l’ébriété revient,elle ne
sait pas où sont les toilettesdanscetrain,nimêmesielle
aurasuffisammentdeforcespourramperjusque-là.Alorsen
attendantellevajusteboireunegorgéed’eau,unelongue,la
moitiédelabouteille,etsereposerunpeu.Quelquesminutes
salutairesavantderevenirdanslemondedesvivants.
Sonsommeilestentrecoupéparlessoubresautsdutrain.
Soussespaupièresfermées,sesglobesoculairess’agitentdans
touslessensetlamagieoniriqueluifaitpercevoirunesorte
deméga-mixdesamèresurlequaidelagare–lapartieplus
oumoinsconsciented’elle-mêmeluisoufflequelemontage
ferait une trèsbonne vidéoYoutube, drôle en plus de
ça,
drôleàs’enjeterparlafenêtre.
Sa-mère-sur-le-quai-de-la-gare,version2004:visagerenfrogné,
airmaussade,ellemarchedevantsafillequifaitroulerderrière
ellelesdeuxénormessacsbourrésàcraquerdelinge,d’ustensilesdecuisine,delivres,dedisques,dumaximumdesavie
qu’elleapuyentasseralorsqu’ellequittela Franche-Comté
natalepour poursuivreses études dansleSud de la France.
17clefsqu’ilafiniparapprendreparcequ’ilestimportantpour
lui.Lorsque la femme AÈRE,elle s’échappe ensuite dansle
salonpournepassubirlesCOURANTSD’AIR.Etlui,d’unsimple
petitgestedelapatte,peutalorsouvrirunpeupluslafenêtre
etsepostersurle rebord,lepelagefrémissantaucontactdu
ventfroid,l’impulsionfaisantbattresontoutpetitcœuràun
rythmequialarmeraitn’importequelvétérinaire.
Sielle AÈREaujourd’hui,ilessaieradenouveau.
Ilirasurlerebordetpuisilsautera.
Biensûrilsaitd’avancequecelaneluiserviraàrien,pasencore,
pas aujourd’hui,qu’il passeraaumieux pour un casse-cou,
aupirepourunmaladroit,maisceseralasixièmefoisetaprès
ça,plusquetrois.
En ce qui le concerne, la principaledifférence entre la folie
deshumainsetsaconditiondechat, c’est qu’au moinslui
n’aqueneufvies.

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