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Cacophonie

De
242 pages
Je ne suis pas choqué, certes le spectacle est déplaisant (un corps sans tête disloqué) mais c'est propre. A côté du tronc se trouvent les bras et les jambes qui n'ont pas été arrachés mais découpés avec méthode, idem pour les mains détachées des bras. Du bel ouvrage, le fruit du travail de quelqu'un qui sait. Je remarque une bague en diamant sur un doigt, cet indice exclut le crime crapuleux, le vol n'est pas le mobile du meurtre. Il règne un silence de mort, je lève les yeux et réalise que je suis seul. Mes hommes sont à environ trente mètres de moi, ils forment un cercle, je m'approche d'eux et c'est là que je la vois: une tête. La tête supposée former un ensemble cohérent avec le reste. Une tête de vieille qui repose sur une nappe fleurie, le crâne est en partie scalpé et ouvert apparemment au niveau du cervelet selon mes maigres connaissances en anatomie humaine. Personnes âgées évaporées et mitonnées pour oeuvre policière saignante qui brouille les codes du genre. Avec son entrecroisement de voix intérieures qui enferre le lecteur et se joue de lui, Nathalie David fait preuve d'une belle maîtrise de l'art du rebondissement et de la manipulation. Elle signe ici une polyphonie noire et étourdissante qui nous emmène sur les traces d'un ogre épicurien tout droit sorti de nos cauchemars de grands enfants pas sages.
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Cacophonie
Nathalie David Cacophonie
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119170.000.R.P.2013.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2014
Il sait qu’il va mourir. Ce matin, il a eu du mal à se lever. C’est vrai, il n’a plus vingt ans depuis longtemps ni de femme dans son lit non plus. Pourquoi se lever, il n’a rien à faire, rien ne presse. Les jours se suivent et se ressemblent, tous pareils. Il est un peu perdu, il oublie. Une fois debout en pyjama froissé et charentaises fatiguées, il se demande ce qu’il fait là. La faim lui rappelle qu’il doit aller déjeuner. C’est écrit près du réveil posé sur la table de chevet mais il lui faut retrouver le chemin de la cuisine car c’est bien dans la cuisine que se trouvent la cafetière et le réfrigérateur, non ? Sur son frigo, il découvre un amoncellement multicolore de Post-it lui indiquant ce qu’il doit faire et à quelle heure il doit le faire. Il ne reconnaît pas son écriture, ce qui est logique vu que ce n’est pas la sienne. C’est celle d’une femme, comment s’appelle-t-elle déjà? Patience? Hortense? Elle vient chaque jour. Elle le lave, elle l’habille, elle lui fait la cuisine, son mar-ché et son ménage, elle s’occupe de tout. Comment s’appelle-t-elle déjà? Ce n’est pas très important, avant c’était une autre, cela change tout le temps… avant il y avait Augustine ou Clau-dine ou Marine… Il a fini son bol de café noir, il entend la clé tourner dans la serrure de la porte palière. «Bonjour !C’est Clémence. Com-ment ça va aujourd’hui Monsieur Chalut? Vous avez bien dormi ?…Pouah !On va vous laver… vous sentez pas la rose ce matin !… après vous irez faire vot’ p’tit tour, hein ?… cher-cher le pain… pendant que j’fais l’ménage. » Il est propre maintenant et sent bon l’eau de Cologne.
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Il sait qu’il va mourir. Il descend chercher le pain à dix heures trente tous les jours, c’est écrit. Dans la rue, il voit la boulangerie sur le trottoir d’en face. Heureusement car il avait oublié ce qu’il devait faire de-hors. Il traverse. Que doit-il demander ? Une baguette ? Une ban-nette ?Cela n’a pas d’importance, la boulangère sait ce qu’il prend. Soudain il a conscience que quelqu’un s’approche de lui. L’autre lui sourit et entrouvre des bras qui lui paraissent gigan-tesques pour lui donner l’accolade. Il ne sait pas qui c’est. De toute façon, il ne reconnaît plus personne mais il est en con-fiance. L’autre lui, le reconnaît et paraît sympathique, certainement l’enfant d’un de ses anciens amis ou collègues ou… — « Comment vas-tu ? Tu as l’air en pleine forme ! — Je me maintiens. — Quel bonheur de te rencontrer ici par hasard ! — J’allais chercher le pain. — Ca faisait longtemps que je voulais te voir. Tu as le temps de venir avec moi? J’ai quelque chose à te montrer absolu-ment ! — Pourquoi pas ! Je n’ai rien à faire. — Alors, allons-y ! » Il sait qu’il va mourir. La personne qui l’a amené dans cette maison ne lui a rien montré du tout. Elle lui a dit de s’asseoir. Il y avait un fauteuil, il s’est assis et maintenant il attend. L’autre est parti, il se trouve dans la pièce voisine qui ressemble à un laboratoire à moins que ce soit une cuisine… il n’y a pas de fenêtre. Il attend, aucune importance, il n’est pas pressé, il a oublié ce qu’il a à faire, d’ailleurs a-t-il quelque chose à faire ?
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