Cadavres chinois à Houston

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"Tête de serpent" aborde sur un rythme soutenu le problème des organisations criminelles impliquées dans l'immigration illégale, et celui du bioterrorisme. L'enquête plonge le lecteur dans deux univers parallèles : celui des chinois de Houston, milieu d'affaires, pègre, immigrés clandestins, et celui des scientifiques américains affolés par ce virus mortel dont la réapparition a, de toute évidence, été manigancée par un ennemi des Etats-Unis.


Publié le : mercredi 19 novembre 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782812608346
Nombre de pages : 320
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LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Au petit matin, sur une route déserte du Texas, l’attention du shérif adjoint Jackson est attirée par un camion frigorifique qui semble abandonné. Lorsqu’il décide de l’ins-pecter, il ne sait pas que dans la remorque, il va découvrir une cargaison qui lui fera regretter amèrement sa curiosité : les cadavres de quatre-vingt-dix-huit clandestins chinois morts asphyxiés. N’est-ce qu’un sinistre drame de l’immigration ou s’agit-il d’une affaire beaucoup plus grave ? Les pages du carnet trouvé sur l’un des corps, ainsi que d’étranges et inquié-tantes marques de piqûres, ne vont pas tarder à mettre en alerte toutes les autori-tés du pays. Qui a bien pu vouloir transformer ces malheureux, venus chercher des jours meilleurs en Amérique, en véritables « bombes humaines » ? Dans ce qua-trième volet de la « série chinoise » de Peter May, c’est aux États-Unis que nous retrouvons Elizabeth Campbell, maintenant médecin légiste à Houston, chargée d’or-ganiser l’autopsie des quatre-vingt-dix-huit corps, et Li Yan, dépêché par le gouver-nement chinois pour suivre l’affaire. Une fois encore, ils vont devoir travailler main dans la main et faire face aux sentiments complexes qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. En compagnie du FBI et des services de l’Immigration, ils vont plonger dans l’univers trouble des trafics de clandestins et s’engager dans une véritable course contre la montre. Car s’ils ne découvrent pas qui tire les ficelles de cette machina-tion, c’est toute l’humanité qui est menacée d’une terrible et collective agonie.
PETER MAY
Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot. Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écos-saise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie de Lewis (L’Île des chasseurs d’oiseaux, L’Homme de Lewis, Le Braconnier du lac perdu) qui l’a rendu célèbre.
DU MÊME AUTEUR
Meurtres à Pékin(Éditions du Rouergue, 2005) Le Quatrième Sacrifice(Éditions du Rouergue, 2006) Les Disparues de Shanghaï(Éditions du Rouergue, 2006) Jeux mortels à Pékin(Éditions du Rouergue, 2007) L’Éventreur de Pékin(Éditions du Rouergue, 2008)
Titre original :Snakehead © 2002, Peter May
© 2007, Éditions du Rouergue, pour la traduction ISBN997788--22-8-812162-60-20786-345-3 www.lerouergue.com
Peter May
Cadavres chinois à Houston
roman
Traduit de l’anglais par Ariane Bataille
À Dick et Michelle
Prologue
Une demi-heure plus tôt, un soleil gelé luisait dans le plus pâle des ciels bleus. Devant les visages emmitouflés pour résis-ter à une température de moins quarante degrés centigrades, des particules de glace colorée dansaient au rythme des respi-rations. Brusquement, le ciel s’est obscurci, le vent s’est levé. L’hiver arctique est imprévisible. Le créneau météorologique favorable s’est rétréci. Les silhouettes alourdies par le poids des équipements protecteurs se pressent sur la glace. Si les morts peuvent attendre éternellement, les vivants savent que la vie est brève. Des pétrels tournent en cercle autour du brise-glace. Leurs cris plaintifs s’envolent avec le vent qui secoue de plus en plus violemment les parois de la tente de décontamination. Les câbles en acier du bras de levage crissent et gémissent tandis que la glace bouge et que le sous-marin s’incline un peu sur bâbord, du côté où ont été installés à grand-peine les supports qui doivent l’empêcher de sombrer à nouveau dans son tom-beau. Une croûte gelée recouvre déjà le corail orange accu-mulé sur sa coque. De la tente émergent au ralenti cinq silhouettes mal-adroites, encombrées par leur équipement de protection. On dirait des astronautes. Derrière la visière incurvée des casques, les visages sont pâles et anxieux. Chaque membre de
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L’Équipe apporte au projet ses connaissances propres : micro-biologie, virologie, médecine, archéologie médicale, patholo-gie. Après douze mois de préparation, le but est proche. We all live in an orange submarine, orange submarine… * La voix discordante du Dr Ruben grésille dans les casques. – La ferme, Philip ! La voix du Dr Catherine Oxley exprime l’autorité du chef de l’Équipe, mais elle est nouée par le stress. Pourquoi tous les pathologistes partagent-ils ce même humour puéril ? LeSeadragondresse au-dessus d’eux sa masse menaçante. Au début, quand le navire a été sorti de l’eau, Catherine s’est étonnée de sa petite taille. Comment vingt-deux hommes avaient-ils pu vivre, travailler à son bord – avant d’y mourir ? À présent, elle trouve énorme cette carcasse de baleine échouée sur la glace avec ses vingt-deux Jonas dans le ventre. Ils escaladent lentement l’échafaudage recouvert de glace. Chaque mouvement doit être précis. En grimpant sur le kiosque, ils voient les gueules des quatre lance-torpilles légère-ment en saillie sur l’avant. L’écoutille principale a été nettoyée et graissée, mais pas ouverte. Catherine observe le Dr Ruben et le Pr Marlowe s’age-nouiller avec raideur et saisir le volant qui ferme l’écoutille. À leur grande surprise, il tourne presque facilement. L’équipage du brise-glace a fait du bon boulot. Mais déboîter le panneau de son joint est une autre affaire. Catherine détourne un moment les yeux vers les membres de l’équipage, debout en groupes dans leurs combinaisons rouges, comme des traces de sang sur la glace blanche, des étudiants bénévoles pour la plu-part. Le financement a été un cauchemar. Elle regarde le ciel, presque noir maintenant, et sait qu’il leur reste une heure, peut-être moins. En vingt ans d’archéologie médicale, elle a extrait de nom-breux corps de tombes diverses. Mais, pour la première fois, elle
* « Nous vivons tous dans un sous-marin orange… » (Allusion à la chanson des BeatlesYellow Submarine.)
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sent un malaise planer autour de l’ouverture de ce tombeau accidentel ; elle essaye de ne pas visualiser les horreurs qu’elle s’attend à trouver enfermées dans ses entrailles obscures. Elle se retourne quand le panneau d’écoutille s’ouvre finale-ment ; des gaz s’échappent de l’intérieur avec un gémissement qui leur fait dresser les cheveux sur la tête. Ils restent un moment immobiles face aux ténèbres avant que Catherine n’allume sa lampe torche et repère les barreaux de l’échelle qui les conduira au cœur du sous-marin. Elle amorce prudemment la descente. Le pied de l’échelle baigne dans une trentaine de centimètres d’eau. Au fil des ans, la mer a rongé les rivets et s’est infiltrée lentement. L’Équipe suit. Catherine pénètre dans le compartiment batterie. Elle pointe sa lampe vers le cabestan et le moteur immobile au-dessus de sa tête, puis sur les casiers personnels des membres de l’équi-page. Elle a déjà effectué plusieurs fois des visites virtuelles de ce sous-marin de fabrication canadienne, mais la réalité est très différente. Elle pénètre dans le mess et ne peut s’empêcher de laisser échapper un petit cri à la vue du visage momifié qui la regarde de l’autre côté de la table. Il a le teint terreux, les yeux desséchés, le nez enfoncé ; des traces de sang et de vomi se voient encore autour de la bouche. Son uniforme est presque intact mais, là où les pieds et le bas des jambes ont séjourné dans l’eau, la chair a disparu depuis longtemps, laissant à nu les os blancs délavés. – Nom de Dieu… Le juron étouffé de Marlowe vient de l’avant. Elle se hâte de le rejoindre. Dans les faisceaux croisés des lampes, elle voit les corps ratatinés des marins se balancer doucement, en silence, dans des hamacs. Ils sont enveloppés de couvertures et de manteaux. L’horreur de la mort qui les a saisis près d’un siècle plus tôt s’est figée sur leurs visages pour l’éternité. Catherine frémit à l’idée que la maladie qui a emporté ces hommes va revenir, d’une manière ou d’une autre. Ce n’est qu’une question de temps.
Chapitre premier
Le shérif adjoint J.J. Jackson, Jayjay pour ses collègues du comté de Walker, planta entre ses dents une allumette qu’il se mit à mâchonner. Puis il ouvrit sa braguette et projeta un jet jaune dans le lit asséché du Bedias. Un peu de vapeur s’éleva dans l’air frais du matin tandis qu’il s’efforçait de viser la limite du comté de Madison. Quelque part au nord, au-delà des arbres qui rompaient la plate monotonie du paysage texan, les prison-niers de Ferguson Unit sortaient des cellules à l’appel de leur nom pour affronter une nouvelle journée d’incarcération. Lui, il était libre de pisser dans le vent ; il lui restait un peu plus d’une demi-heure avant d’aller pointer, avant la fin de son long ser-vice de nuit. Ensuite, il retrouverait son lit vide. Il cracha l’allu-mette et regretta d’avoir arrêté de fumer. Sûr qu’il mourrait d’un empoisonnement au bois. Les voix des Dixie Chicks s’échappaient par la portière ouverte. Absolument contraire au règlement, mais, merde, il fallait bien se tenir éveillé. Il enfila sa grande carcasse derrière le volant, engagea sa voiture de patrouille sur la 45, complète-ment déserte, et fila vers le sud. Avant, Martha lui laissait des crêpes à la mélasse et une assiette de gruau de maïs sur la table. Mais depuis qu’elle avait filé avec son vendeur de clim, il allait prendre son petit déjeuner à Huntsville, au Café Texan, en face du tribunal du comté, sur Sam Houston Avenue. Il s’asseyait
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