Calais Blues

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Emmanuel Rondet, chirurgien plastique à la dérive, se retrouve à Calais où il rencontre une jeune policière, Ella Camino. Une série de morts suspectes de migrants va les amener à se rapprocher pour mener l'enquête...

Publié le : jeudi 12 février 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342034332
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342034332
Nombre de pages : 226
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Olivier Thérond CALAIS BLUES
Mon Petit Éditeur
Retrouvez notre catalogue sur le site de Mon Petit Éditeur : http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France IDDN.FR.010.0120094.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication par Mon Petit Éditeur en 2015
« Partir un peu, c’est mourir moins vite. »
Jean-Marie Pourpart, écrivain canadien.
« Au dire de Freud, un peu de différence mène au racisme. Mais beaucoup de différences en éloignent irrémédiablement. »
Roland Barthes, critique et essayiste français.
1. Sens Calais, le 10 juin 2012. 10 h 00 Il entend des bruits. D’abord diffus, ils se précisent au fur et à mesure apportant suffisamment d’informations pour tenter de réveiller son cerveau endormi. Il a une étrange impression, celle d’entendre « mieux ». Les sons forment des strates, du plus éloigné au plus proche. Il arrive à les décomposer, à les séparer et à les décortiquer. Le plus éloigné émet un grognement sourd et continu ponc-tué de coups de klaxons. C’est la route qui passe à une centaine de mètres de là et qui relie Calais à Coquelles. Ensuite, différentes voix. Certaines proviennent d’un café un peu plus loin sur sa droite. Il le sait car en même temps il per-çoit le tintement des verres ou des tasses qui s’entrechoquent. D’autres proviennent d’enfants. Ce sont des rires étouffés car un peu trop loin pour être plus audibles et chassés par la légère brise. Ils proviennent certainement des jeux aménagés qu’il avait aperçus hier soir en arrivant. Plus près de lui, le souffle léger du vent qui fait plier les oyats offre à ses oreilles un bruissement continu et léger assez agréable. Il entend le cri des mouettes qui doivent virevolter au-dessus de lui à la recherche de quelques restes à chiper avant de s’éloigner vers le large pour escorter les bateaux de pêche qui faisaient remonter une multitude de poissons à la surface dans leur sillage.
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Et puis le roulis des vagues s’échouant sur la plage, l’eau qui bouillonne au contact du sable et des coquillages, un bruit qu’il a toujours aimé. Depuis sa plus tendre enfance, le bord de mer était pour lui un Eldorado. Petit, il s’y amusait comme un fou, plus âgé, il a regardé l’horizon et a compris l’immensité du monde qui l’entourait, sa complexité aussi… Comme son corps engourdi se réveille peu à peu, les odeurs titillent ses narines. C’est un mélange un peu écœurant au pre-mier abord, il lui faut un petit moment pour en distinguer toutes les nuances. C’est d’abord l’odeur puissante des « laisses de mer » aban-données là par la marée descendante et qui, sous les rayons du soleil diffusent une odeur putréfiée qui agresse les narines mais s’atténue avec l’habitude. Et puis l’odeur particulière des embruns qui caressent la cloi-son nasale. Il se rappelle de ses traitements contre le rhume. Ce médicament à l’eau de mer dont il devait bien avouer user avec plaisir sans retenue. Il sort de son coma peu à peu et remue les lèvres. Il entre-ouvre la bouche. Son haleine est pestilentielle, un reste des ex-cès de la veille. Il passe la langue sur sa lèvre supérieure. Un goût de sel lui réveille les papilles. Certainement l’air marin qui a délicatement posé là un voile pimenté à moins qu’il ne s’agisse des résidus des nombreuses larmes qui avaient dû se frayer un chemin jusque-là. Il n’en savait trop rien. Peu lui importait de toute façon. Il entrouvre la bouche pour happer un peu d’air et, quand il referme la bouche, il sent de la matière craquer sous ses dents. Du sable s’est frayé un chemin jusque-là, il aurait bien besoin de cracher.
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De sa main droite engourdie, il tâtonne. La douceur du sable entre ses mains est agréable. Il enfonce sa main dans le sable tiède et y trouve de la fraîcheur. Cette sensation lui procure un bien-être indescriptible. Il ressort sa main de sa confortable cachette. L’extrémité de sa main bute sur une surface lisse et chaude. Il ramène vers lui cet objet en actionnant, au prix d’un effort herculéen ses doigts gourds. C’est la bouteille de Gin qu’il a avidement vidé la veille. Elle lui a tenu compagnie jusque-là. Triste compagnie. Il est ébloui par les rayons matinaux du soleil. Ils l’ont obligé à tenter d’ouvrir les yeux même s’il n’en avait aucune envie. Le mouvement des paupières lui a d’abord coûté un effort quasi surhumain, c’est qu’il fallait s’habituer à la lumière. Le soleil l’a tout d’abord empêché d’ouvrir les yeux en grand. Il a fallu qu’il décompose son action en plusieurs étapes. L’important était d’y arriver coûte que coûte. Alors il a d’abord eu le regard transpercé par un éclair blanc. Le souvenir de la photo de famille lors du mariage du cousin Alain lui revint brièvement à l’esprit. Quelle tête il avait sur cette photo ! Il avait été surpris par la rapidité du photographe et n’avait qu’entre-aperçu un flash et n’avait pas eu le temps de prendre la pause. Puis des couleurs sont apparues, du blanc et surtout du bleu. Les yeux grands ouverts maintenant il observait le ciel que ne traversaient que de rares nuages cotonneux. Une ombre vint ternir le tableau azur. C’était une mouette qui passait là-haut, dans son champ de vision, les ailes déployées se laissant bercer par le souffle léger du vent. Elle était belle, elle dégageait un puissant sentiment de liberté. Il ne voulait pas bouger. Non pas qu’il était bien, mais au moins, allongé là, sur le sable doux de la plage, il arrivait à faire le vide. D’ailleurs, depuis la veille, il évoluait dans un vide sidé-
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ral. Il ne voulait en aucun cas reprendre conscience. Il risquerait de ressentir à nouveau la confusion des sentiments qui amenait petit à petit au désespoir. Il avait été tout d’abord déçu puis très vite contrarié. Le dé-sappointement l’empêcha un moment de réfléchir. Tout s’entremêlait, le désespoir, la désillusion et surtout les regrets… Il avait revécu en accéléré le film de sa vie. La mer était là toute proche. Il eut un moment envie d’y noyer son chagrin, de s’y noyer complètement. Ne plus ressentir, ne plus chercher, ne plus souffrir. Cependant, il fallait un minimum de courage, il n’en avait pas une once. Alors l’alcool a remplacé la volonté. Une gorgée en a appelé une autre jusqu’à ce que son cerveau commence à s’engourdir et à ne donner que des informations incomplètes au reste de son corps. Et puis, son corps s’est noyé… Alors oui, il était aussi bien là, échoué sur cette plage. Il comptait bien rester là encore un bon moment. Au moins jus-qu’à ce que la vie ne le rappelle.
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