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couverture
pagetitre

A Linda West.
Pour sa gentillesse, son humour,
son indéfectible amitié.

Prologue

Vendredi 13 mars 1987,
Lac Ray-Hubbard,
Dallas, Texas.

Encore un effort. Quelques mètres de plus… Jane Killian s’arrêta enfin de nager, au bord de l’épuisement. Le cœur tambourinant et le souffle court malgré l’énergie de ses quinze ans, elle ne put réprimer un sourire de satisfaction. Le soleil parait la surface du lac, lisse comme un miroir, de mille reflets d’argent.

Aveuglée de lumière, elle colla une main sur son front en guise de visière et se tourna du côté de la berge. Un nuage esseulé traversa le ciel d’azur. Profitant de l’ombre fugace, elle agita triomphalement les bras en direction de sa demi-sœur.

De deux ans son aînée, Stacy l’avait mise au défi de plonger dans l’eau glacée. Ses amis, une bande d’adolescents arrogants et narquois, avaient surenchéri entre deux ricanements. Impossible de se défiler. Pour une fois qu’ils l’acceptaient parmi eux…

Jane ne s’était pas contentée de se mouiller : elle avait nagé. D’abord jusqu’au ponton. Puis elle s’était enhardie et avait dépassé la parcelle de terre qui s’avançait loin dans le lac, marquant la frontière entre nageurs et plaisanciers.

Plus âgée, mais aussi plus forte et plus athlétique qu’elle, Stacy ne perdait jamais une occasion de railler son penchant pour les livres et la rêverie.

Mais Jane tenait sa revanche.

Jamais plus sa sœur ne la traiterait de froussarde, de rat de bibliothèque. Son exploit allait lui clouer le bec pour de bon.

Dans son dos, le grondement d’un moteur vint troubler ses pensées et le calme du matin. Jane fit volte-face. Fendant l’eau à pleine vitesse, un hors-bord se dirigeait droit sur elle. La pratique du ski nautique lui avait enseigné les réflexes à adopter en pareille situation : bras levés, elle signala sa présence au pilote du bateau, qui dévia légèrement sa course dans une gerbe d’écume. Soulagée, elle s’apprêtait à regagner la terre ferme quand il reprit soudain sa trajectoire initiale.

Que faisait-il ? Se pouvait-il qu’il ne l’ait pas vue ? Jane signala de nouveau sa présence.

Sans résultat.

Affolée, elle jeta un regard vers la berge, où Stacy et ses amis gesticulaient en hurlant.

Elle les imita avec l’énergie du désespoir.

Mais le bateau lui fonçait toujours dessus.

Exprès.

Un cri de terreur monta en elle, aussitôt couvert par le vrombissement du moteur. Jane vit un dernier pan de ciel bleu disparaître sous la masse sombre de la coque. Alors les ténèbres l’envahirent.

Les ténèbres, puis la douleur, atroce, inhumaine…

L’hélice du bateau lui déchiquetait le visage.