//img.uscri.be/pth/d3141f84ff6e1722694e3fcd6b33075e0b574734
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 7,90 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Cauchemars à Kermouël

De
197 pages
Antoine se préparait à passer une semaine tranquille, dans la jolie maison de son amie Mathilde, sur la côte bretonne. Mais dès le premier jour, il se retrouve au coeur d'une toile d'événements inexplicables : miraculeusement sorti indemne d'une chute spectaculaire dans l'océan, il voit les statues du fond du jardin prendre vie et Kermouël, la maison familiale de Mathilde, semble hantée. Il décide alors de mener l'enquête avec l'aide de Mathilde. Son premier témoin, un historien amateur, est assassiné et commence alors une course effrénée pour découvrir ce qui est arrivé dans cette maison au passé chargé.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Cauchemars à Kermouël
2 Cauchemars à Kermouël

Cauchemars
à Kermouël

3Cauchemars à Kermouël
Armelle Emereau

Cauchemars
à Kermouël

Polar
5Éditions Le Manuscrit
Cauchemars à Kermouël























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00706-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304007060 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00707-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304007077 (livre numérique)

6 Cauchemars à Kermouël
8 Cauchemars à Kermouël






Je me baladais sur les falaises, un matin bru-
meux de novembre. Je m’étais levée à l’aube.
La mer s’étant déchaînée toute la nuit, je
n’avais pas réussi à dormir, je l’avais écoutée
sans bouger, allongée dans mon lit. J’étais plu-
tôt nerveuse à cette heure matinale de la jour-
née. Sans savoir pourquoi, j’avais un sentiment
bizarre. Je me sentais oppressée, une sourde
angoisse s’insinuait en moi. Je me suis tournée
vers l’océan, espérant ainsi détourner mon an-
xiété. Le tumulte de la nuit s’était calmé, lais-
sant la place à une mer d’huile. Cette vision me
rassura. Soudain, je sentis une main légère se
poser sur mon épaule. J’ai sursauté et me suis
retournée vivement. Personne n’était derrière
moi, je n’ai vu que l’herbe verte et le chemin
de terre qui conduisait à la route. J’étais dans
un endroit désert, difficile d’accès, j’y venais
justement parce que peu de gens s’y aventu-
raient. Malgré tout cela, j’avais senti un frôle-
ment sur mon épaule, j’en étais sûre. Je scrutai
les environs, mais je ne vis rien, j’étais seule sur
cette falaise. Je décidais de rentrer, percevoir
cette présence m’avait encore plus agitée. En
marchant vers la maison, je me rassurais en me
9 Cauchemars à Kermouël
disant que tout cela devait être le fruit de mon
imagination. De plus, j’étais fatiguée puisque je
n’avais pas dormi de la nuit.

J’oubliais vite cette mésaventure. Quelques
jours passèrent, sans que rien de particulier ne
me trouble l’esprit. Et puis, une nuit, je fis un
rêve étrange. Je me trouvais sur la falaise à
contempler la mer, quand un jeune homme
s’approcha de moi et me dit :
– Bonjour Mathilde. Veux-tu venir avec moi
et plonger dans les profondeurs de l’océan?
Cette requête m’a surprise, je me suis alors
tournée vers lui. Il me dévisageait d’une façon
étrange. Son visage était beau et juvénile, il pa-
raissait avoir vingt ans, pas plus. Mais dans son
regard, je lisais une haine féroce. Ses traits
étaient pourtant fins, délicats, ils exprimaient la
tendresse et la douceur. Seuls ses yeux avaient
la couleur de l’enfer. Après l’avoir examiné
avec soin, j’ai à nouveau dirigé mon regard
vers le sien et je me suis sentie happée dans un
tourbillon, un puits sans fond, et je tournais, je
tournais… Je me suis alors réveillée en sueur
et grelottante de froid.
Ce rêve m’a hantée pendant des jours. Je ne
parvenais pas à l’extirper de mon esprit.
10 Cauchemars à Kermouël
1
– On y est presque. D’après la carte, il nous
reste encore une dizaine de kilomètres.
– Merci, mais je connais la route. Ce n’est
pas comme si c’était la première fois que je ve-
nais ici.
Ils arrivaient aux abords du village de Ker-
mouël. La propriété où ils se rendaient portait
le même nom. Antoine leva les yeux de la carte
et regarda par la vitre de la voiture. Il tombait
des trombes d’eau. Aucune chance de profiter
du paysage.
– Dommage, ça a l’air beau par ici, murmu-
ra-t-il comme pour lui-même.
– C’est vrai, c’est une belle région. Mais ce
n’est pas aujourd’hui que tu feras une escapade
sur les rochers, répondit Mathilde, un brin iro-
nique.
Elle avait décidé d’aller passer deux semai-
nes à Kermouël. Elle avait encore des recher-
ches à effectuer pour son article. Elle enquêtait
sur un personnage qui avait vécu dans la ré-
gion au milieu du 19è siècle. Elle écrivait, à
11 Cauchemars à Kermouël
l’occasion, pour un magazine d’histoire et cet
article devait être publié dans deux mois. En
comptant les relectures et les corrections, il ne
lui restait donc plus beaucoup de temps pour
terminer sa première mouture. Quand elle en
avait parlé à Antoine, il lui avait demandé s’il
pouvait l’accompagner. Il semblait tellement
désireux de changer d’air et de découvrir le Fi-
nistère, qu’elle avait finit par accepter.
– Je te promets que je ne te dérangerai pas
dans ton travail. J’ai surtout besoin de me
changer les idées et de faire des randonnées,
lui assura-t-il.
– Alors tu as choisi le coin idéal, tu pourras
te balader sur les rochers et les sentiers pédes-
tres. Il existe plusieurs circuits, c’est très touris-
tique, mais à cette époque de l’année, c’est dé-
sertique et pas toujours très praticable.
– Aucune importance, j’y vais pour me res-
sourcer, avait ajouté Antoine en écartant les
bras avec grandiloquence et en écarquillant les
yeux.
Mathilde avait éclaté de rire :
– Kermouël va te plaire.
C’était la maison de son grand-père, elle ap-
partenait à la famille depuis des générations.
Elle se situait non loin de la baie des Trépas-
sés, au bord de l’océan, là où les rochers
étaient les uns sur les autres et s’avançaient
dans la mer, jusqu’à former des pointes. Il y en
avait tout le long de la côte. Ces "mini pres-
12 Cauchemars à Kermouël
qu’îles" et des petites criques s’alternaient pour
former un littoral toujours plus surprenant et
parfois dangereux. C’était un endroit magique,
un monde surnaturel, tout droit sorti des lé-
gendes bretonnes. Mathilde y avait passé son
enfance jusqu’à la mort de ses parents. Elle y
retournait donc après des années d’absence et
se demandait dans quel état elle allait retrouver
la maison. Elle devait être plus ou moins à
l’abandon. Roger, le fils de l’ouvrier agricole de
son grand-père, devait s’en occuper, mais Ma-
thilde avait quelques doutes sur ses capacités à
entretenir une maison de cette taille.

Ils arrivèrent enfin à Kermouël. Le paysage
qui s’étalait devant les yeux de Mathilde lui fai-
sait toujours le même effet à chaque fois et
pourtant, Dieu sait qu’elle y était habituée.
Après avoir traversé le hameau qui porte le
même nom que la propriété, ils prirent une
route étroite et toute en virages. Le panneau
indiquant "Kermouël" apparut bientôt au bout
d’un chemin tout cabossé et plein de gros cail-
loux. Il fallait encore parcourir presque un ki-
lomètre pour parvenir à la maison. Le paysage
était plat, comme tout paysage de bord de mer.
Des champs cultivés bordaient le chemin. Ils
avaient autrefois appartenu au grand-père de
Mathilde, Yann Le Tallec, qui était agriculteur.
Il avait cultivé ses terres jusqu’au décès de sa
fille unique, la mère de Mathilde. Cet événe-
13 Cauchemars à Kermouël
ment tragique l’avait meurtri, au point qu’il
avait pris sa retraite aussitôt. Il n’avait pas vou-
lu rester dans cette demeure qui lui rappelait
tant de souvenirs et il avait finalement loué
dans une petite maison à Quimper. Au-
jourd’hui, il avait plus de 80 ans et sa santé se
dégradait. Mathilde l’avait installé dans une
maison de repos où il avait son propre loge-
ment. Il était encore suffisamment indépen-
dant, mais elle préférait le voir entouré et pris
en charge par le personnel médical, au cas où il
arriverait un accident.
Revenir à cette endroit était toujours pour
Mathilde, un moment symbolique, un retour
aux sources en quelque sorte. Ce jour-là en-
core, elle éprouvait ce sentiment indéfinissable.
Un mélange de bonheur enfantin, souvenir de
ses aventures bucoliques à travers les prés avec
le vieux labrador obèse qui la suivait partout,
mais aussi une tristesse infinie. Au bout du
chemin, se dressait la grande bâtisse, construite
en pierres de granit dans un style typiquement
breton. Elle comportait deux étages, le
deuxième était en fait une lucarne et trois fenê-
tres apparaissaient sur le toit tel un animal my-
thique sur la proue d’un navire.

Après plusieurs heures de route Antoine
était courbaturé, mais satisfait de découvrir en-
fin cette fameuse maison dont Mathilde lui
avait parlé. Elle était plus belle encore qu’il ne
14 Cauchemars à Kermouël
l’avait imaginée, avec ses pierres de granit rose,
ses fenêtres à petits carreaux. Elle dégageait
une force incroyable, une présence imposante.
Peut-être était-ce dû à sa grandeur. Il est vrai
qu’elle avait des dimensions importantes, mais
pas plus que les anciennes maisons de maître
devant lesquelles ils étaient passés sur la route.
Il y avait autre chose, mais il n’arrivait pas à le
définir. Tout ce qu’il savait, c’est que cela lui
donnait une impression bizarre. Dans un éclair
fugitif, il pensa à l’Overlook Palace.
Après avoir déposé leurs bagages et bu un
café pour se réchauffer, Mathilde lui fit visiter
la maison, puis les alentours. A l’intérieur, les
pièces étaient vastes. Bien que personne n’ait
habité cette maison depuis plus d’un an, elle
était propre et bien rangée. Pas un brin de
poussière. Le chauffage avait même été allumé
puisqu’une douce chaleur régnait dans les piè-
ces principales. Mathilde avait appelé Roger
quelques jours plus tôt pour le prévenir de leur
arrivée. Elle devait bien admettre qu’elle l’avait
sous-estimé, elle ne pensait pas qu’il avait pris
soin de la maison de cette manière. Au rez-de-
chaussée se situaient la cuisine, l’immense salle
à manger, le salon et un bureau où Mathilde al-
lait travailler. Elle lui précisa que ce bureau
était l’ancienne bibliothèque. Il substituait en-
core quelques rayonnages et des livres, qui
étaient au moins centenaires, si ce n’est plus.
D’après ce que Antoine avait pu constater, il
15 Cauchemars à Kermouël
n’y avait aucun ouvrage récent. La pièce était
petite pour une bibliothèque, mais Mathilde lui
expliqua qu’autrefois, le salon et la bibliothè-
que n’étaient qu’une seule et même pièce.
– La cloison ne date que de l’année der-
nière. J’ai demandé à des maçons de venir éle-
ver ce mur. Je me sens beaucoup mieux main-
tenant, la pièce était trop grande à mon goût.
Son visage avait pris une expression de
froide détermination. Cela ne dura qu’un ins-
tant, mais toutes ces émotions firent l’effet à
Antoine, un bref instant, d’avoir devant lui une
personne inconnue. Pendant une seconde, il se
senti décontenancé, c’est pourquoi il ne lui
demanda pas d’autres explications. Il la regar-
dait et il vit qu’elle avait repris son attitude ha-
bituelle. Elle se tourna vers lui et lui fit un
grand sourire. Il se dit alors qu’elle pouvait
avoir ses mouvements d’humeur et ses petits
secrets sans qu’il en ait forcément connais-
sance. Les femmes étaient comme ça. Il ne fal-
lait pas toujours chercher à comprendre. Du
point de vue d’Antoine, Mathilde n’était pas
vraiment une femme très compliquée. Il avait
connu pire.
Ils s’étaient rencontrés lors d’une fête entre
amis et avaient passé une bonne partie de la
soirée à parler littérature, histoire et cinéma.
Une conversation des plus banales, mais cela
leur avait permis de se trouver les mêmes cen-
tres d’intérêts. Antoine était bibliothécaire et
16 Cauchemars à Kermouël
Mathilde faisait des études d’histoire. Leurs
vies culturelles étant similaires et ayant des
amis en commun, ils avaient commencé à se
voir plus souvent. Leur relation avait été ami-
cale et platonique jusqu’à cette fameuse soirée
deux mois plus tôt, où ils avaient bu plus que
d’habitude, surtout Mathilde. Si Antoine avait
été honnête avec lui-même, il aurait avoué
avoir profité de la situation. Seulement, lors-
qu’il s’était réveillé le lendemain matin, il avait
compris son erreur. Mathilde le regardait d’un
air gêné et tentait de sortir du lit en protégeant
sa nudité d’un drap. Il décida alors que la meil-
leure option pour lui était de faire profil bas.
Cela avait évidemment jeté un froid dans leur
relation et Mathilde avait été inflexible. Pour
elle, c’était une erreur qu’il fallait vite oublier et
il n’était pas question que cela se reproduise, selon ses
propres termes.
– En plus, on était bourrés comme des cha-
meaux, ajouta-t-elle, comme une excuse ou
une bonne raison de mettre un terme à cette
liaison.
Par la suite, ils firent plus ou moins comme
si rien ne s’était passé. Mathilde était redeve-
nue la bonne copine, mais Antoine avait du
mal à intégrer cette notion. Il avait des flashs
dans des moments incongrus, comme mainte-
nant, quand elle lui parlait de chambre à cou-
cher, par exemple.
17 Cauchemars à Kermouël
– Viens, je vais te montrer l’étage mainte-
nant. Les chambres sont superbes, on les a
laissées telles quelles. On a bien sûr fait quel-
ques rénovations nécessaires, mais la plupart
sont restées en l’état.
Elle lui prit la main et l’entraîna dans l’esca-
lier. Elle lui montra la bibliothèque qui avait
été transférée dans une ancienne chambre. Elle
n’était pas grande, mais contenait assez d’ou-
vrages pour tenir un siège d’une année entière.
Les seuls meubles qui agrémentaient la pièce
étaient un guéridon et un fauteuil aux dimen-
sions importantes. Antoine songea qu’on pou-
vait facilement y tenir à deux.
Ils arrivèrent ensuite aux chambres. Elles
étaient en effet très belles, spacieuses et au
nombre de trois. Le plancher en lattes de bois
pleines de nœuds et le plafond avec les poutres
apparentes donnaient une ambiance chaleu-
reuse. Comme pour confirmer les pensées qui
traversaient l’esprit d’Antoine à ce moment
même, Mathilde ajouta :
– On a juste aménagé deux petites salles de
bain, auparavant c’était des sortes de bou-
doirs… enfin, tu vois ce que je veux dire, lui
dit-elle d’un air malicieux, des lieux de ren-
contre plutôt intimes…
Elle le faisait exprès ou quoi ? Antoine se
demandait si elle était perverse à ce point.
Quoi qu’il en soit, elle poursuivit sa visite sans
se douter un seul instant qu’elle venait d’instal-
18 Cauchemars à Kermouël
ler le doute dans l’esprit d’Antoine. A présent,
il se disait qu’elle voulait peut-être que cela se
reproduise. Il décida d’attendre le bon moment
pour tenter une approche tout en finesse.
Sous le toit, se trouvaient deux autres
chambres plus petites et une sorte d’immense
atelier sur lequel Mathilde ne lui donna pas
d’autre explication que celle-ci :
– C’était l’atelier de mon père. Je viens ra-
rement dans cette pièce et je te conseille de
l’éviter, c’est plein de rats.
Comme la pluie s’était arrêtée, elle l’emmena
ensuite dans le jardin derrière la maison. Il
n’était pas entretenu depuis longtemps et les
hautes herbes envahissaient tout. A travers ce
fouillis, Antoine remarqua des formes tout à
fait bizarres au premier abord. Il s’approcha
davantage et vit des ruines de statues, il ne
trouvait pas d’autres mots pour expliquer ce
qu’il découvrit à ce moment-là.
– Qu’est-ce que c’est ces statues, elles sont
grecques ?
– Non, surtout ne regarde pas ces sculptu-
res, elles portent malheur.
Après avoir lancé cette phrase énigmatique,
Mathilde le prit par la main et l’entraîna vers le
bois qui se trouvait au fond du jardin. Sans lui
poser la moindre question, il se laissait
conduire. Il lui faisait entièrement confiance,
bien qu’il ne comprenne absolument pas pour-
quoi elle s’était mise à hurler de la sorte et
19