Chahar

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La directrice de publication toisa Amir avec un regard circonspect, dédaignant volontairement la personne assise à ses côtés qui semblait visiblement se trouver ailleurs, celle-ci n’ayant toujours pas pipé mot depuis qu’elle les avait reçus dans son bureau voici une quinzaine de minutes.
Des histoires étranges, elle en avait déjà lu pas mal, mais cette fois, elle était décontenancée ; elle peinait, malgré ses vingt-quatre années d’expérience, à trouver une cohérence dans les récits envoyés le mois dernier par le gracieux personnage qui se trouvait face à elle, dont l’aspect jurait avec la fonction qu’il prétendait avoir.
— Je ne pourrai jamais publier ceci, à moins que cela ne soit fait sous la forme d’un roman !
Puis elle tourna la tête vers l’insignifiante bombasse brune accompagnant Amir, se disant que le mélange des genres était douteux, et ceci, à tous les niveaux.
— Et comment vous appelez-vous, Mademoiselle ? appuya-t-elle sur un ton condescendant.
Les yeux de la brunette se fixèrent sur elle instantanément comme le regard d’un faucon sur sa proie, et l’intensité de son regard la paralysa.
— Je m’appelle Chahar, et je suis inarrêtable.
Elle ne comprit pas tout de suite d’où lui arriva cette voix glaçante, mais elle sentit chaque veine de son corps rétrécir au point de lui bloquer la circulation sanguine, et dut faire un effort inouï pour prendre sa prochaine inspiration.
Publié le : mercredi 29 juin 2016
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EAN13 : 9791026205999
Nombre de pages : non-communiqué
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Olivier Ferrer Chahar Au-delà des étoiles
© Olivier Ferrer, 2016
ISBN numérique : 979-10-262-0599-9
Courriel : contact@librinova.com
Internet : www.librinova.com
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Merci à
Barry, pour m’avoir rapporté certains faits relatés dans cet ouvrage, en espérant que la vérité l’emporte
Zachary, chroniqueur scientifique travaillant de l’autre côté de l’Atlantique
Nathalie, pour ses contacts privilégiés au SETI
Geralt pour son soutien et l’image de sa couverture
***
Les faits relatés ont été transcrits sous la forme d’une œuvre de fiction. Les personnages, lieux et événements décrits dans ce roman proviennent de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement.
Toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des événements existants ou ayant existés est entièrement fortuite.
Tout droits réservés. Cette œuvre ne peut être reproduite, de quelque manière que ce soit, partiellement ou dans sa totalité, sans l’accord express de l’auteur, qui publie ici sous un pseudonyme.
Avertissement : Cette œuvre dépeint des scènes d’initimité entre adulte dans un language adulte, ne vise qu’un publique averti et ne convient pas aux mineurs. L’auteur décline toute responsabilité
***
Août 20XX
Chahar profitait de l’appartement de Mère pour sa dernière semaine de vacances, tandis que celle-ci s’était rendue dans le Vieux-Lille, chez sa cousine, en quête d’un peu de fraîcheur. Assise depuis le début de l’après-midi sur la terrasse du dernier étage en compagnie de son ordinateur portable, elle sirotait un café glacé dans son mug Sigg en peaufinant une présentation qu’elle devait rendre prochainement, cherchant à illustrer au mieux ses idées et mettre en valeur une suite de mots-clés qui devraient, en principe, faire leur petit effet.
Des mots et aussi des chiffres.
Les premiers appelleraient les seconds, ils paveraient la route aboutissant à une représentation mentale que son auditoire serait à même de cerner, et les chiffres les décoreraient, tels des brillants harmonieusement disposés pour embellir une table de fête, et l’appétit viendrait tout naturellement, pour se conclure par l’ivresse.
Business is business !
Son rapport initial comportant six cent quarante-cinq pages de texte en Arialcondensé, elle était parvenue à le compiler en trente-deux diapositives, mais c’était encore trop, elle devrait descendre à vingt-quatre en y incluant deux représentations graphiques.
Bien qu’elle fût protégée des rayons du soleil par une toile bleu marine cent pour cent en polyacrylonitrile, la chaleur pesante du mois d’août l’accablait ; toutefois, son mental affiné lui permettait de rester pleinement concentrée sur son activité.
Enfin, presque, son esprit laissant seulement passer les chants des oiseaux qu’elle affectionnait tant. Depuis que le trafic s’était considérablement réduit dans Paris, la Nature avait retrouvé force et vigueur, et elle écoutait, enchantée, les sifflotements d’un merle noir qui avait pris ses quartiers sur le toit de la maison voisine depuis quatre jours, en compagnie de deux nouveaux congénères qui l’avaient rejoint depuis la veille.
L’immeuble d’à côté était, lui, le théâtre d’un pugilat entre un couple de rougegorges qui avait manifestement un différend à régler avec un étourneau sansonnet, et le cri continu d’une pie agrémentait l’ambiance musicale.
Chaque vingtaine de minutes était ponctuée par un goéland en quête de nourriture qui effectuait inlassablement des cercles de six kilomètres au-dessus de la capitale, et saluait en émettant des vagissements sonores chaque fois qu’il passait au-dessus de la terrasse.
Elle essayait de donner un sens au ballet des oiseaux qu’elle suivait depuis une semaine, et les avait tous identifiés en les numérotant de A1 à L9. Dans un premier temps, elle avait voulu leur donner des noms, mais comme elle n’était pas certaine de différencier à coup sûr les genres, elle avait jugé préférable d’utiliser cette nomenclature. Malgré le fait qu’elle visualisait parfaitement les circuits aériens de tous les volatiles qu’elle entendait, elle n’arrivait pas encore à saisir la logique qui caractérisait les différentes espèces, même si certaines tendances se dessinaient.
Un jour, elle s’y attellerait, mais pour le moment, elle apprenait encore à se connaitre et mieux comprendre les autres, ce qui n’était pas si simple, bien qu’elle eût pourtant l’impression d’avoir un regard à la fois suffisamment équilibré pour distinguer toutes les nuances de gris
composant l’individu, et raisonnablement acéré pour percevoir la sincérité qui se logeait dans le cœur de ses semblables.
Elle avait compris depuis longtemps que la nature humaine était un puzzle si compliqué qu’il y manquerait toujours une pièce quelque part, soit qu’elle n’ait pas été livrée à la réception de l’ensemble, ou qu’elle se soit bêtement égarée lors d’uncombat sans doute aussi vain qu’inutile. Elle s’était fait une raison et avait choisi d’apprivoiser cet état, sans passer son temps à fouiller les tiroirs à la recherche d’un hypothétique pan d’elle-même disparu, probablement jeté parmi les objets encombrants à l’occasion d’une brusque remise en question.
Pour être efficace dans la vie, il ne fallait jamais faire dans le détail, que cela concerne soi-même ou ceux qui nous entourent, et son approche analytique avait toujours pris l’ascendant sur le côté relationnel, sa mère notant toutefois une légère amélioration ces deux dernières années.
Elle regarda machinalement la trotteuse en forme d’éclair de sa Milgauss, qui lui rappela soudainement que la journée touchait à sa fin et qu’il était l’heure de reporter son taf au lendemain.Au lendemain après-midi seulement, car elle avait bien l’intention de dormir jusqu’au déjeuner pour conclure en beauté sa semaine de vacances, et ensuite, elle devrait rentrer pour remettre le pied à l’étrier.
Les rayons du soleil rasant pénétraient à présent le vieil appartement jusque dans ses moindres recoins, dévoilant une collection de bibelots constituée sur plusieurs générations, allant de tables basses sculptées de motifs religieux recouvertes d’une nappe garantie sans cha'atnez, de divers objets d’art, de rayonnages interminables arqués sous le poids de leurs livres, de tableaux, jusqu’au piano, surtout, qui lui arrachait toujours une certaine mélancolie lorsqu’elle n’y prenait pas garde, lui rappelant son enfance dorée et pleine d’amour, et notamment Grand-mère, qui lui avait tant appris.
En cuisine, Martha lui avait préparé une assiette végétarienne avec duo de légumes, céréales, tofu et mozzarella, généreusement arrosée d’huile de sésame et de sauce soja. Elle contempla la joyeuse composition colorée dans son assiette et remercia, par la bénédiction appropriée, de pouvoir bénéficier de cette nourriture dont elle appréciait chaque teinte, chaque nuance.
Elle n’était pas complètementveggie, mais dans la famille, on ne mangeait pas de viande, et c’était très bien ainsi ; le règne animalier n’était pas, selon elle, égal au règne humain, mais la Justice voulait qu’il soit respecté.
Elle pensait que tuer un animal pour se nourrir n’était pas une option si d’autres possibilités s’offraient à elle, même si elle savait que cette idée n’était pas encore partagée par une majorité de ses congénères, dont elle jugeait la prise de conscience insuffisante ; elle était pourtant persuadée que ces règles ancestrales finiraient par changer, cela s’appelant le progrès. Toutes ces considérations ne l’empêchaient pas de consommer occasionnellement des protéines animales qu’elle jugeait indispensables à ses besoins nutritionnels, et quelquefois, il fallait aussi faire bonne figure.
Le timbre d’une cloche lointaine lui rappela le temps qui s’écoulait inexorablement avec la précision d’un métronome, et qu’il était maintenant le moment de passer à la salle de bain pour se préparer.
***
Elle se contemplait sous différents angles dans le grand miroir de la tête au pied, éclairée par des ampoules Oled reproduisant les teintes d’un matin de printemps vers sept heures lorsque les dominantes bleutées irradient d’un ciel limpide, et, pleinement satisfaite du résultat obtenu après sa séance de maquillage, elle se dit qu’elle ressemblait à une figurine de porcelaine, la peau lisse et ferme. À cet âge, on n’avait de toute manière pas besoin de chercher à dissimuler des défauts qui n’apparaîtraient que beaucoup plus tard.
Mais elle devait respecter le code.
Le soulignage large des yeux par deux traits mauves dégradés épais lui donnait un petit air exotique, et elle mima, en s’amusant déjà, les différentes postures qu’elle prendrait. Elle n’aurait plus besoin de penser, et ce, durant deux heures et demie, voire un peu plus, où elle profiterait de l’instant présent pour déconnecter complètement.
Ella releva ses cheveux en un chignon et se regarda encore une fois, puis maugréa légèrement en se remémorant son nom de code qui était apparu sur le carton qu’elle avait tiré la dernière fois, Fée Sunniva. Pensive, elle se dit qu’avec un nom nordique, celle-ci devait être plutôt blonde, et comme dans la soirée il y aurait quelques intellos qui ne se laisseraient pas entourlouper, il était préférable de garder une certaine cohérence pour ne heurter personne. Elle fit une moue devant le miroir ; certes, ses cheveux tiraient sur un brun du plus bel effet, mais elle n’était assurément pas blonde. Tant pis, elle se montrerait plus prévoyante la prochaine fois, et se teindrait les cheveux si le besoin se faisait sentir !
Elle se contempla encore une fois avec un regard malicieux.
Hum... Avec le chignon, le mélange des genres n’était pas fameux. Elle se dit qu’elle ressemblait davantage à une geisha que l’on croise en fin de journée dans les ruelles de Kobe, et elle se sentit un peu hors sujet sur ce coup-ci. Elle défit la construction pour élaborer quelque chose de plus moderne, et opta pour deux couettes de côté ; effectivement, cela passait mieux, même si elle ne respectait pas parfaitement ledressing codede la soirée.
Bah ! Elle n’aurait qu’à changer de surnom… sauf qu’il était nécessaire de l’annoncer à l’entrée, sous peine de recevoir une sacrée correction, car il y avait des règlements qu’il valait mieux ne pas transgresser.
Elle enfila des sous-vêtements Chanel et un tailleur de la même marque, avec un top ouvrant dans le dos sur un magnifique tatouage aux motifs étranges, mais parmi lesquels on pouvait distinguerl’ouroboros, un ancien symbole égyptien, surmonté d’une lune et d’un soleil.
Si le premier lui rappelait qu’elle avait été esclave dans l’Égypte antique, il évoquait également la continuité de la Nature, son renouvellement et sa foi éternelle dans le recommencement. Et ce, à n’importe quel prix.
Les deux astres incarnaient l’actif et le passif, la force du soleil éclairant la lune, celle-ci reflétant timidement ses rayons tout en changeant constamment de forme, comme si elle essayait désespérément de lui échapper, avec le succès que l’on sait.
Ce ballet planétaire illustrait tant une danse nuptiale entre deux personnalités aux affinités très improbables qu’une course éperdue dans le ciel entre deux êtres qui n’avaient pas grand-chose de comparable, pour lesquels une vie commune ne pourrait que rapidement s’avérer très compliquée ; et lorsque rencontre il y avait, elle ne pouvait que terrifier le genre humain.
La lune… un astre diabolique qui ne pouvait que séduire les sorcières des temps reculés.
Elle actionna le bouton rotatif de l’éclairage, se projetant cette fois dans la lumière jaunâtre de l’après-midi d’un joli mois de septembre, et l’image que sa silhouette lui renvoya la satisfit pleinement. Merde, quand on est belle, on le montre !
Enfin, ça, c’était le modus operandi de la soirée.
Mère était une lève-tôt et elle était certainement déjà couchée, ce qui était une bonne excuse pour ne pas la déranger, et lorsqu’elle lui dirait le lendemain qu’elle avait dû sortir, elle ne lui en tiendrait pas rigueur, enfin, pas trop, même si elle était mise au courant des détails de la soirée. Dès son premier jour, elle avait été différente, et Mère avait, depuis, eu le temps de s’y accoutumer. Entre elles, concernant certains sujets sensibles, la ligne de conduite était plutôt DADT –Don’t ask, don’t tell– et c’était très bien ainsi.
Elle devait se rendre du côté de Jean-Jaurès pour une petite fête privée, dans laquelle il y aurait sans doute quelques surprises bienvenues pour pimenter la soirée. Le coin ne se prêtant pas vraiment aux promenades nocturnes, elle choisit de s’y rendre en taxi ; c’était préférable et beaucoup plus discret.
Elle ne se voyait pas appeler son chauffeur attitré, en congé le vendredi soir, qui ne se déplaçait alors que pour des raisons d’urgence, et faire la teuf, cela n’entrait pas dans cette catégorie, enfin, en tout cas, pas pour l’aller. Pour le retour, cela pouvait toujours être négociable si elle arrivait à produire des circonstances aggravantes.
Elle appela une centrale et commanda un taxi pour vingt-trois heures au coin de la rue, à une centaine de mètres du bâtiment, et tout de suite après, en appela une autre pour formuler la même requête.
***
Elle sortit du petit immeuble par la cour arrière et déboucha dans le parking couvert de la résidence, saluant un gardien en tenue d’assaut qui effectuait sa ronde, équipé à lui tout seul d’une puissance de feu équivalente à celle d’un commando desNavy Sealsmission de en survie dans le sud de l’Irak.
Il semblait se déplacer dans un monde imaginaire, courbé en effectuant de longues enjambées, comme s’il traversait un champ de minesen cherchant à éviter les feux ennemis.Le personnage n’était habituellement pas très causant et ne posait jamais la moindre question ; toutefois, au vu de l’heure tardive, il se redressa promptement et lança :
Madame, souhaitez-vous aller quelque part ? Je peux appeler une voiture.
Merci, j’ai un taxi qui vient me chercher.
Il réfréna un commentaire
inintelligible, puis l’escorta vers le portail blindé. Posant
brièvement sa main sur une plaque, il composa un code sur un clavier, puis la lourde porte coulissante métallique s’ouvrit lentement sur un mètre.
Le garde sortit d’abord sur le trottoir et effectua une inspection circulaire, s’attardant sur les coins d’ombre qui se terraient derrière les voitures parquées au bord de la chaussée.La rue était parfaitement déserte, sa lunette à amplification de lumière ne distinguant aucune signature ennemie pouvant représenter une éventuelle contradiction à sa mission – qu’il était de toute manière prêt à mener jusqu’au sacrifice –puis il lui fit signe de sortir. Elle s’engagea dans la rue sous la vision synthétique du gardienmêlant réalité virtuelle et attention quasi surhumaine.
Tournant au coin de la rue, elle aperçut les deux taxis et aborda le premier chauffeur.
Je dois aller en direction de Jean-Jaurès, mais je vais prendre la seconde voiture et je vous demande de nous suivre jusqu’à destination. Je vous paie la course maintenant et vous nous laisserez dès que je descendrai. Combien cela fait-il ?
Le chauffeur fit mine de réfléchir, puis annonça cent quatre-vingts euros, qu’elle régla avec deux billets, avant de grimper dans l’autre véhicule.
La caravane se mit en marche, slalomant dans des rues quasiment désertes, animées seulement par quelques voitures de police qui leurfaisaient signe de ralentir ou de s’arrêter pour effectuer un contrôle visuel succinct de la passagère et de son chauffeur.Même circuler en taxi la nuit était devenu problématique, et il était préférable de le faire suivre par un autre véhicule au cas où le vôtre tombait en panne, ou que son chauffeur décidait simplement de vous séquestrer.
La situation avait bien changé en l’espace de trente-six mois, et sillonner le centre n’était plus si anodin, tandis que sortir dans le Grand-Paris était devenu une entreprise plutôt risquée.
Elle quitta le Pletzl et ses petites rues pour se diriger en direction du boulevard Garibaldi. Ce n’était pas très loin ; en pleine journée, elle aurait fait ce trajet à pied pour flâner et visiter quelques boutiques, mais à cette heure-ci, tout était fermé depuis longtemps et il y régnait d’autres règles, incompatibles avec celles du monde diurne.
Elle pensa à Nadia, sa copine d’enfance du quartier, qui l’avait branchée sur la soirée de ce jeudi ; elles se voyaient moins souvent depuis que Chahars’était domiciliée à l’étranger, mais comme elle revenait encore chaque mois en France pour y passer quelques jours, leurs rencontres avaient gagné en intensité.
Nadia possédait également la double nationalité, et elle aussi se serait bien tirée, mais voilà, ses parents n’auraient jamais lâché Paris et leurs biens. Ainsi, elle habitait avec eux dans une ancienne bâtisse transformée en camp retranché, avec gardes armés et tout le toutim, un peu comme tout le monde, enfin, tout le monde qui vivait intra-muros, et à qui il restait encore quelques deniers après avoir été ponctionné par les élites.
Arrivée vers Garibaldi, elle donna quelques instructions et le taxi, suivi de sa doublure, emprunta de petites rues parallèles pour finalement s’arrêter devant un immeuble banal.Un gros bras entouré par deux chiens se tenait debout, droit comme un piquet, et à la vue du maquillage de la miss,il sut que celle-ci ne venait pas là par hasard.
D’où venez-vous ? demanda-t-il.
Chahar n’eut qu’à donner le mot de passe qui se trouvait sur son carton d’invitation.
Mozambique ! lança-t-elle.
Il tapa sur un petit terminal incrusté dans la façade et ouvrit la porte d’entrée de l’immeuble.
Passez une bonne soirée, Madame !
Chahar emprunta l’ascenseur et monta au dernier étage, parcourut une dizaine de mètres pour buter sur un autre gardien qui bombait le torse, équipé, quant à lui, d’une simple phablette. La dévisageant de haut en bas, il lui lança un « Bonsoir Madame » particulièrement distingué.
Bonsoir. Mon accréditation est Chamunda.
Le gardien consulta la petite tablette et fit un signe négatif de la tête.
Désolé, il n’est plus l’heure de recevoir des invités, vous vous êtes présentée trop tard…
 Trop tard, mon cul, oui ! Il n’y a pas de règlement concernant l’heure d’arrivée des invités, maugréa-t-elle. De toute manière, j’étais inscrite sous le pseudonyme de « Fée Sunniva » et je souhaite modifier mon accréditation, car il n’est pas en adéquation avec ma tenue.
Le gardien la regarda de la tête aux pieds, et dit, en surjouant :
 Exceptionnellement, je vous laisse entrer, mais à cette heure-ci, toute modification du protocole est normalement proscrite, et je vais devoir aviser le maître d’hôtes, qui se chargera de comptabiliser les pénalités.
Sentant que les dés étaient pipés, elle réfréna son sursaut de colère avec un petit sourire pour faire bonne figure. Un peu jaune quand même, le sourire, car elle détestait perdre quand on modifiait les règles du jeu sans préavis.
Il posa la paume de sa main sur le lecteur biométrique, ouvrit la porte et s’inclina respectueusement.
Passez une bonne soirée, Madame, lui murmura-t-il en posant sur elle un regard coquin.
Chahar entra dans l’appartement, puis se retrouva dans un long hall qu’elle parcourut tranquillement pour déboucher sur un vaste espace accueillant, d’un style contemporain très minimaliste. Le maître des lieux y vivait seul, occupant une grande partie de son temps à organiser des fêtes pour agrémenter ses soirées et soigner son réseau, sa vie étant devenue bien moins monotone depuis qu’il était célibataire.
Ses enfants avaient grandi, et toute la famille – épouse comprise – avait choisi d’émigrer à Londres, une habitude pour bon nombre de Français désormais, à croire que Paris allait définitivement être vidée de sa substance, enfin, seulement de la crème.
En entrant, elle vit qu’une vingtaine de personnes remplissaient les lieux, habillées genre sport chic, voire très chic, toutes les fantaisies y étant autorisées, à l’exception du bleu de Gênes,qui y était formellement proscrit. On apercevait pas mal de dos nus, des tatouages, et une collection de bracelets en toc, alors que les messieurs arboraient des montres automatiques de luxe en acier, l’or n’étant pas suffisamment sportif pour la soirée, à moins qu’elles ne soient en or blanc, le platine restant toutefois un matériau acceptable.
L’appartement avait été récemment rénové, et les larges baies en verre traité au Sakandil –
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