Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Chaos blanc

De
88 pages

Un petit village des Ardennes, deux tueurs de la pire espèce, un jeune Rom de 15 ans qui a « le don », un ancien flic auquel personne ne peut mentir, quand tous ceux-là sont réunis, il en résulte le chaos. Lorsque chacun laisse libre cours à ses pulsions les plus noires, il arrive que le plus banal des humains se découvre des pouvoirs aussi inattendus que terrifiants.


C’est au cœur d’une véritable apocalypse que vont être plongés les habitants de La Fosse, petit village des Ardennes belges, pour leur plus grand malheur. Un roman dans lequel Christophe Kauffman évolue entre noirceur et humour cynique, dans une description de la nature humaine sans concessions, et qui fait frémir.

Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Résumé

Un petit village des Ardennes, deux tueurs de la pire espèce, un jeune Rom de 15 ans qui a « le don », un ancien flic auquel personne ne peut mentir, quand tous ceux-là sont réunis, il en résulte le chaos. Lorsque chacun laisse libre cours à ses pulsions les plus noires, il arrive que le plus banal des humains se découvre des pouvoirs aussi inattendus que terrifiants.
C’est au cœur d’une véritable apocalypse que vont être plongés les habitants de La Fosse, petit village des Ardennes belges, pour leur plus grand malheur. Un roman dans lequel Christophe Kauffman évolue entre noirceur et humour cynique, dans une description de la nature humaine sans concessions, et qui fait frémir.

Du même auteur
Les Modifiés, science-fiction, Édition Numeriklivres
Troublerêve, fantasy, Édition Numeriklivres

Christophe Kauffman

CHAOS BLANC

Polar

ISBN : 978-2-89717-413-2

numeriklivres.info

1.

Vassylievsky se retourna trois fois dans son lit. Trois fois, c'était son rituel du matin. La première fois était une sorte de sursaut, presque une décharge électrique, comme si tout son corps se mettait en alarme brutalement, lui faisant faire un tour sur lui-même si rapide qu'il aurait aussi bien pu voler par dessus le bord de son sommier. La deuxième était une tentative, depuis toujours inutile, pour se replonger dans le sommeil, son bien le plus précieux. Son trésor, le sommeil. Parfois, entre le deuxième et le troisième tour, Vassylievsky rêvassait à l'inscription qu'il faudrait graver sur sa pierre tombale : « Il dort. Enfin ». Mais dans ces moments-là, son esprit se désengluant déjà des restes poisseux d'une nuit agitée, généralement il sentait le froid piquer ses pieds et ses chevilles découverts, dépassant des bords du matelas, inconfortablement posés sur la barre d'un sommier toujours trop petit pour l'invraisemblable longueur de son corps. Et le troisième tour ne servait qu'à l'aider à ramasser ses deux mètres douze, puis les déplier et amener le tout jusqu'à la station debout.

Vassylievsky se leva donc à 7 h 2 dans un silence presque parfait. Il posa ses pieds nus sur les lattes de bois avec une telle légèreté qu'elles semblaient retenir leur grincement juste pour lui. Vêtu d'une grande chemise de nuit (jamais assez grande néanmoins pour le satisfaire tout à fait), il alla se pencher à la fenêtre pour observer les alentours de son chalet.

Il le faisait tous les matins, sans jamais allumer la lumière. Ombre parmi les ombres, il prenait le temps nécessaire à s'assurer qu'aucun intrus ne venait gâcher son paysage. Ses yeux d'un gris trop pâle pour ne pas être remarqués fouillaient l'étendue visible de son jardin, cherchant presque par réflexe quelque chose qui aurait changé, une trace, une branche brisée, une grille mal refermée.

Lorsqu'il avait emménagé ici, au village de La Fosse, il avait choisi ce chalet expressément pour son emplacement. De la petite terrasse en bois sur le devant, il dominait une grande partie de la vallée en contrebas. La vue était éblouissante, esthétiquement parlant, mais elle était surtout le gage d'une tranquillité parfaite. Et si Vassylievsky avait besoin de quelque chose, c'était de tranquillité.

Satisfait de son inspection, il descendit d'un étage pour prendre son petit déjeuner.

Aujourd'hui, il allait devoir sortir. La veille déjà, Vassy avait constaté avec un fort grognement de mécontentement qu'il commençait à manquer de tout. Du liquide vaisselle au sucre en passant par les yaourts, dont il faisait une consommation que n'importe qui aurait qualifiée de pathologique… Le livreur n'était plus passé depuis deux semaines. Ça le tarabustait pas mal. Depuis son arrivée dans ce village, presque deux années auparavant, le gamin (un gamin qui n'avait pas moins d'une trentaine d'années, mais Vassy considérait comme gamin tout ce qui n'avait pas atteint les quarante ans, le vrai commencement de la sagesse !) n'avait manqué sa tournée qu'une seule fois en plein hiver.

— Et encore, il était grippé, grommela-t-il en jetant un dernier pot de yaourt pomme cannelle vers la poubelle qu'il manqua de trente bons centimètres.

Il faut dire que ses pourboires très généreux lui assuraient un service impeccable.

— Je crois que le gamin ferait la route en pleine tempête s'il le fallait… Alors, qu'est-ce qui a pu lui arriver ?

Vassylievsky jeta un regard peu amène à son pot de yaourt avant de le jeter à nouveau. Dans la poubelle, cette fois.

Ni radio, ni télévision dans son chalet. Il ne l'aurait pas supporté. Un étonnant silence régnait donc en permanence sur la maison du vieux célibataire.

Enfin, vieux… faut le dire vite, songea-t-il en se penchant pour voir son visage dans le miroir de la salle de bain, accroché trop bas pour qu'il puisse s'y mirer sans effort. Depuis qu'il avait atteint ses quinze ans, les miroirs avaient toujours été trop bas pour lui.

Le visage qui lui faisait face était tout en angles, pommettes hautes, sourcils en accents circonflexes, toujours en étonnement et en mobilité, nez droit surmonté de deux yeux gris qui lui semblèrent presque phosphorescents dans la lumière laiteuse de ce matin d'hiver. Une gueule. Pas vraiment une belle gueule, songea-t-il en se passant une main sur le menton, mais une vraie gueule. Cette gueule-là, avec son genre un peu marlou, avait eu son potentiel de séduction, c'est sûr… Mais c'était il y a bien longtemps.

— Une autre vie… et autre vie, autres mœurs !

Vassy ne s'attarda pas. Puisqu'il fallait sortir, autant y aller tout de suite. Rien ne servait d'attendre, les problèmes eux n'attendraient pas.

Bien qu'il fasse à peine deux ou trois degrés, Vassylievsky sortit en enfilant juste une veste légère sur un pull à col roulé. Une tenue qui lui donnait un vieil air de prof d'université de film américain, élancé, un peu égaré dans des pensées intenses, les cheveux d'un noir profond qu'éclairaient de façon presque artificielle quelques mèches poivre et sel sur la tempe droite. Ce type semblait n'avoir jamais froid. À moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'une forme de coquetterie…

— Tu parles ! Coquetterie pour qui ?

Mais Vassylievsky savait que lorsqu'il sortait de chez lui, lorsqu'il risquait de rencontrer des gens, il lui fallait être au mieux de sa forme. Et une bonne manière de commencer était sans doute de se sentir au mieux dans ses vêtements.

Pour atteindre le village, il lui faudrait marcher sur presque cinq kilomètres, l'affaire de quarante-cinq minutes au plus. Il aurait pu courir, son entraînement quotidien le lui permettait sans aucune difficulté, et il aurait gagné une bonne moitié du temps, mais il n'en avait pas envie aujourd'hui. Pas tout de suite. Autant profiter de la promenade.

 

***

 

Sylviana était vendeuse à la supérette de La Fosse depuis presque dix-sept ans. Elle en avait dix-huit à peine lorsqu'elle y avait fait sa première journée. En fait, elle ne les avait même pas tout à fait, mais le patron de l'époque, Albert Flammée, un type aussi gras dans le geste que dans le corps ne s'était pas arrêté sur un détail aussi insignifiant. Le fait est que lorsque Sylviana avait fait son apparition à la porte du magasin, tenant d'une main la petite pancarte où Albert avait écrit d'un feutre malhabile « cherche apprentie vendeuse », il n'avait plus rien vu d'autre que la réalisation d'un fantasme absolu.

Sylviana n'était pourtant pas une beauté fatale. Mais elle avait son charme. Le charme qui peut émaner des jeunes filles à la peau saine, aux cheveux noués en queue de cheval, aux joues toujours un peu roses d'une enfance qui se cache encore sous un maquillage léger.

C'est précisément cette innocence-là qui s'était révélée dévastatrice pour Albert.

À dater de cet instant, il fut entièrement sous la coupe de sa toute nouvelle vendeuse. Charmante devant les clients, elle traitait en privé son patron comme la plus lamentable des loques. Albert, perdu dans l'éternel espoir de se taper la jeunette, lui laissait faire et dire absolument tout ce qu'elle voulait, rageant parfois intérieurement contre sa faiblesse, mais incapable de réagir en sa présence autrement qu'en la bouffant des yeux, bouche bée et presque baveuse.

Elle ne le toucha en vérité que deux fois, la seconde en lui arrachant une donation en sa faveur du magasin et du fonds de commerce. Une fois cette donation établie, la vie d'Albert prit un tour parfaitement infernal. Mais à qui aurait-il pu s'en plaindre ?

Albert ne survécut pas longtemps aux mauvais traitements de Sylviana et lorsqu'il finit par en crever, la jeune femme ne daigna pas se déplacer pour son enterrement.

Pendant quelque temps, la supérette subit un certain ostracisme de la part des villageois. Après tout, si personne ne savait exactement quelles avaient été les circonstances de la mort d'Albert, nul ne pouvait ignorer que ce qui s'était passé entre lui et sa jeune employée n'avait rien de très catholique. Puis le temps passa sur les mémoires. C'est qu'une supérette, c'est utile dans un village aussi reculé que celui de La Fosse. Suffisamment utile en tout cas pour qu'on finisse par oublier les détails les plus ennuyeux de son histoire. Ou par faire mine d'oublier.

Dix-huit années plus tard, Sylviana n'était plus tout à fait une jeune fille et les clients s'étaient faits plus réguliers au fil du temps.

Pour l'heure, engoncée dans un embonpoint dont elle se disait depuis des mois qu'elle allait se débarrasser, la patronne venait d'être prise d'une étrange envie.

— Faut que j'arrange tout ce bazar…

Ça lui était venu d'un coup en poussant la porte du magasin le matin à six heures trente.

La supérette de La Fosse avait tout du gourbi à l'ancienne. On y vendait de tout. Un vrai souk. Au fil des années, les choses les plus hétéroclites s'étaient accumulées dans tous les espaces disponibles. La patronne n'avait jamais rien jeté. Après tout, les objets les plus inattendus finissaient parfois par se vendre. On ne sait jamais de quoi on peut avoir besoin… Mais à force, son magasin avait fini par ressembler à l'entrepôt d'un collectionneur maniaque. Les vacances de Noël n'étant pas loin, elle avait ressorti sapins artificiels et décorations. Dès l'entrée, des caissettes de boules multicolores un peu ternies par la poussière côtoyaient les guirlandes lumineuses de toutes tailles. Juste à côté trônaient encore les décors et costumes d'Halloween (pourquoi les ranger ? Finalement, ils resserviraient dans trois ou quatre mois pour le carnaval). Puis, posés en équilibre instable sur un rayon débordant de jouets, subsistaient des chocolats, guimauves et massepains cuits de la Saint-Nicolas.

Tout ça n'avait jamais dérangé Sylviana jusqu'à ce matin. En poussant la porte, au moment d'allumer les néons de l'enseigne, elle avait suspendu son geste comme prise d'une inspiration subite. Si quelqu'un l'avait aperçue, il aurait vu la jeune femme immobilisée, l'oeil un peu vague, la bouche ouverte. Sans doute ce quelqu'un là aurait pu prendre peur : Sylviana avait tout de la fille qui vient de faire une attaque cérébrale. Mais c'était tout le contraire : dans le cerveau de Sylviana, les idées fusaient à une vitesse incroyablement nouvelle.

Elle avait toujours été bonne vendeuse à sa manière un peu aguichante (un peu vulgaire, disaient les anciennes du village), mais là, elle venait d'avoir une série d'illuminations qui allaient certainement décupler son chiffre d'affaires.

— Tout va partir, se dit-elle à haute voix. Et quand j'aurai tout vendu, y compris le magasin, je m'en irai loin d'ici, le plus loin possible… pour vivre !

Sylviana n'ouvrit donc pas son magasin ce matin-là.

Elle ferma portes et volets afin que nul ne puisse voir ce qui se déroulait à l'intérieur et après avoir disposé un écriteau avec un énorme point d'interrogation sur la porte, visible depuis la route et dans les deux sens, elle s'en était assurée, elle s'était enfermée et plongée dans une débauche d'activités dont ne filtraient que des bruits parfois un peu étranges.

ISBN 978-2-89717-413-2

numeriklives.info

Tous droits réservés
CHRISTOPHE KAUFFMAN
et Numeriklivres, 2012


eBook design : Studio Numeriklivres
Nous joindre : numeriklivres@gmail.com

Cette oeuvre est protégée par le droit d'auteur, nous vous prions de ne pas la diffuser, notamment à travers le Web ou les réseaux d'échange et de partage de fichier. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, de tout ou partie de cette oeuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivant du Code de la propriété intellectuelle.

Retrouvez-nous sur les réseaux sociaux
Facebook  |  Twitter  |  Pinterest

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin