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Charlie

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Charlie Le Bel est flic de la capitale, une des meilleures de la brigade criminelle du pays et sa réputation n’est plus à faire. Lors d’une simple enquête sur un multiple homicide homophobe, Charlie se retrouve plongée dans une affaire plus compliquée que prévu, qui l’entraîne dans son passé douloureux d’enfant battue.
Essayant coûte que coûte de protéger le secret qui la lie à sa mère, elle se verra confrontée aux démons de son passé et devra faire des choix pour survivre et pour protéger sa famille du pire. Accompagnée de son partenaire Léo, avec qui elle entretient une relation tumultueuse qui aura des répercussions sur le déroulement de l’enquête et sur leur vie en général, Charlie ira jusqu’au bout sans se soucier des conséquences.
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© Fanny Kim, 2017
ISBN numérique : 979-10-262-0909-6
Courriel : contact@librinova.com
Internet :www.librinova.com
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1
Charlie tomba à terre et se recroquevilla en position fœtale. Elle avait laissé les coups pleuvoir sans essayer de se défendre. Joël, son tor tionnaire, suait à grosses gouttes et titubait, ivre mort, une bouteille de whisky aux tr ois-quarts vides dans la main. Il éructa deux ou trois mots incompréhensibles puis se tourna vers Jessica, la sœur adoptive de Charlie, qu’il avait attachée à une chaise à moitié nue, ses longs cheveux noirs détachés le long de son cou.
— Bois un coup ma jolie, dit-il en lui versant le goulot de force dans la bouche. Ce n’était pas la première fois que Joël l’obligeai t à boire et l’odeur du whisky lui soulevait le cœur. Elle secoua la tête en criant et renversa du whisky un peu partout. — Encore mieux, marmonna-t-il avant de lui lécher le cou.
Jessica se mit à hurler, s’agita sur sa chaise, ten tant désespérément de se dégager mais Joël l’avait fermement attachée. Charlie avait maintenant perdu connaissance et personne ne pouvait l’aider, elle éclata en sanglot.
— À nous deux ma jolie, marmonna-t-il.
La jeune fille était sur le point de s’évanouir à s on tour, lorsque Robert, le père de Charlie, rentra chez lui en coup de vent, presque aussi ivre que Joël mais furieux et lucide. Il foudroya du regard son compagnon de beuverie.
— Qu’est-ce que tu fais chez moi ? Tonna-t-il.
— Je t’attendais…
— Et tu t’occupes en battant mes filles pendant que je suis pas là ? Tu te crois où ? — Bah… — T’a pas à t’incruster chez moi quand bon te semble, t’es pas chez toi ici ! Silence. — Casse-toi !
Robert défit les liens de Jessica qui bondit de sa chaise pour se rhabiller mais Robert n’était pas un pervers et il détourna les yeux sans rien dire. La jeune fille traîna ensuite Charlie par les pieds jusque dans sa chambre puis ferma la porte, elle resta aux aguets un moment mais Robert semblait en avait fini pour ce s oir. Elle l’entendit se laver les dents puis attendit le rot bruyant qui précédait les ronflements sonores.
Charlie se réveilla à ce moment-là et tenta d’ouvri r les yeux mais un seul lui obéit. L’autre, rouge et boursouflé resta obstinément ferm é. Elle gémit doucement, il ne fallait surtout pas réveiller son père.
Pendant que Jessica se faufilait dans la cuisine po ur chercher des glaçons, Charlie tenta de se relever mais une douleur au côté gauche lui arracha un cri. — Je crois que j’ai une côte cassée, gémit-elle lorsque Jessica revint. Celle-ci se pencha alors sur sa sœur et regarda son flanc gauche qui était devenu bleu.
— Faut que je t’emmène à l’hôpital. Sans attendre de réponse, elle disparut pendant de longues minutes puis revint, plus déterminée que jamais. — Robert a laissé sa voiture ouverte, on se casse ! — Mais…
— Pas de mais, il te faut des soins. Jessica avait raison et Charlie décida de la suivre, il était rare de la voir aussi décidée à agir. — Je vais t’aider à te relever. Mords ton poing, faut pas que tu fasses de bruit.
Charlie parvint à se relever avec l’aide de Jessica, elle s’accrocha à elle et commença à marcher avec difficulté. Chaque pas lui coûtait, et , la douleur perçante lui donnait l’impression qu’on lui enfonçait une lame dans le flanc gauche. Malgré tout, elle réussit à étouffer ses cris.
Quelques minutes plus tard, elles respiraient l’air chaud du mois de juin et franchissaient le portail du jardin. Jessica laissa Charlie sur la pelouse du champ d’à côté à quelques mètres et retourna dans le jardin pour pousser la voiture de Robert jusque sur la route. Il lui fallut de très longues minutes mais elle parvint à hisser Charlie sur le siège passager, à lui boucler sa ceinture et à démarrer sans réveiller Robert. De là, elle roula à toute vitesse à travers les routes vides de la campagne. L’hôpital était à six kilomètres. — Faut qu’on se casse d’ici, ça peut plus durer, murmura Jessica. — Pas encore, tu sais très bien que j’ai besoin de mon diplôme.
Jessica leva les yeux au ciel avant d’allumer une cigarette et d’ouvrir la fenêtre. — Franchement, ça ne te servira à rien. Robert ne t e paiera jamais une école pour continuer tes études. — On en a déjà parlé Jessica, je ne veux pas contin uer mes études. Il me faut finir le lycée pour rentrer dans l’école de police et me barrer de cette ville !
— Je persiste à dire qu’il faut se casser de là… Maintenant ! — Et pour faire quoi ? Errer dans la capitale et te rminer prostituées pour pouvoir bouffer ? Non merci ! Son flanc gauche la lança et elle se tu, ce n’était pas le moment de s’énerver alors elle s’enfonça dans son siège et ne parla plus. Elles n’étaient pas d’accord sur ce que le futur leur réservait. Charlie avait l’ambition de devenir flic et savait quoi faire pour y parvenir alors que Jessica était perdue et ne savait pas quelle direction prendre. Elle avait suivi ses conseils et avait accepté de poursuivre ses études qui pouvaient lui donner accès à des métiers de bureau mais elle manquait de discipline et ne s’y intéressait absolument pas. Malheureusement, les remontrances de Charlie ne pou vaient faire le poids contre Laure Rallier, la meilleure amie et camarade de classe de Jessica qui ne pensait qu’à s’amuser, à boire, à flirter et qui exerçait une très mauvais e influence sur elle. Laure venait d’une famille relativement normale, avait accès à un futur plutôt sécurisé et Jessica ne semblait pas se rendre compte qu’elle avait beaucoup plus à perdre. Jessica était en dernière année et allait passer son diplôme à la fin du mois mais personne ne se leurrait, elle n’allait jamais l’avoir et il était peu probable qu’elle accepte de redoubler.
Le reste du trajet se fit en silence, les deux jeun es filles n’avaient plus eu de conversations depuis des années. Jessica était sa s œur adoptive que Robert avait ramenée à la maison des années auparavant, et le fossé entre elles se creusait de plus en plus. Elles savaient au fond d’elles-mêmes que leur choix de vie n’allait jamais correspondre et que leur chemin se séparerait un jo ur sans qu’elles ne puissent rien y faire. Arrivées devant l’hôpital, Jessica se gara à l’empl acement réservé aux urgences et aida sa sœur à sortir de la voiture. Deux femmes en blouse se précipitèrent à leur rencontre et les aidèrent à rentrer. Elles allongèrent ensuite Charlie sur un lit blanc, dans
une chambre individuelle et partirent chercher le médecin de garde.
— On aurait dû prendre la glace avec nous, ton œil a triplé de volume.
— Je sais, ça me fait un mal de chien.
Dix minutes plus tard, un médecin d’une quarantaine d’années se présenta à elles. Brun, les yeux bienveillants, il était un spécimen rare dans une ville corrompue comme celle-ci et quelque chose chez lui indiquait qu’il était nouveau en ville et qu’il ne savait absolument rien de ce qui l’attendait.
Il se dirigea vers les jeunes filles et se pencha vers Charlie :
— Qu’est ce qui s’est passé ? Demanda-t-il d’une voix calme.
— Je suis tombée de mon vélo, mentit-elle.
Il haussa les sourcils.
— Jamais vu un vélo faire des dégâts pareils… Visiblement, il ne la croyait pas du tout mais il n’ajouta rien de plus. — Relevez votre tee-shirt s’il vous plaît, je dois palper. — Vous pouvez palper à travers le tee-shirt non ? Demanda Charlie faussement timide. — Fais pas ta prude ! Lança Jessica sans laisser le temps au docteur de répondre, relève donc ton tee-shirt. Il a déjà vu des soutifs le monsieur !
Charlie la foudroya du regard, Jessica était parfaitement au courant des bleus et des coupures partout sur son dos et elle voulait que le docteur le voie, peut-être pour qu’il fasse quelque chose… Seulement, personne ne faisait jamais rien, et même si ce gentil docteur prenait une quelconque initiative, elle serait tuée dans l’œuf. Personne ne voulait s’intéresser aux enfants battus et personne ne voulait s’attaquer à Robert le Bel qui était craint de tout le monde.
Doucement, le docteur releva le tee-shirt de la jeune fille et la tourna doucement sur le côté, puis il émit un cri de surprise qui se transforma en hoquet, le dos de sa patiente était bleu, rouge et jaune, strié de coups de fouet mal cicatrisés. — C’est votre vélo qui vous a fait ça aussi ? Deman da-t-il avec une pointe de sarcasme. — C’est un très vieux vélo, répondit-elle.
Charlie ferma les yeux, il avait les mains douces, chaudes et même si la douleur la tenaillait, elle savoura ce simple contact qui lui faisait du bien. À part Axel, son petit ami, personne ne la touchait pour lui faire du bien. Si quelqu’un s’approchait d’elle, c’était uniquement pour lui mettre une raclée.
— Je vais vous faire passer une radio pour être sûr que votre poumon n’a pas été touché mais je peux vous dire que vos côtes sont cassées.
Charlie hocha la tête, pas vraiment surprise. — Je vais vous prescrire des antalgiques pour la do uleur et enserrer une bande large pour les premiers jours… Je vais préparer la radio, je reviens. Jessica attendit que la porte claque pour prendre la parole sans se rendre compte que le médecin l’avait discrètement rentrouverte et qu’il écoutait derrière, peu convaincu par l’histoire de chute à vélo.
— Il faut que tu arrêtes de me défendre Charlie. — Tu sais très bien qu’il n’a qu’une idée en tête… — Je sais ce que tu fais, coupa-t-elle. Tu l’occupe s, tu l’affrontes, tu le détournes de
moi pendant qu’il finit sa bouteille. — Jess… — Une fois qu’il a fini son whisky, il ne tient plu s debout et sa petite queue ne fonctionne plus. Incapable de bander… Incapable de me toucher…
Charlie garda le silence. — Tu ne peux pas continuer, tu finiras par en mourir et tu le sais très bien. — Tu sais ce qu’il fera si je n’interviens pas… Jessica hocha la tête et Charlie continua : — Aujourd’hui, il s’est pointé à la maison tout seul. Il est en train de prendre ses aises et un jour viendra où papa ne sera plus assez fort un jour pour l’arrêter.
— Nous serons partie avant.
— Je ne crois pas non.
Le gentil docteur s’éloigna, terriblement inquiet. La radio confirma alors la cassure des os mais le résultat releva d’autres anomalies et il fallait absolument cicatriser la peau du dos. Le mé decin resta ensuite seul avec Charlie pendant que Jessica était partie fumer une cigarette dehors.
— Vous ne pouvez plus vous permettre de « tomber à vélo » dit-il simplement.
— Il est trop grand pour moi ! Lança-t-elle alors c onsciente qu’il était inutile de mentir plus avant. Le vélo était devenu une personne et le médecin jouait le jeu. Le médecin hocha la tête et griffonna son numéro de téléphone sur un morceau de papier. — Je veux que vous reveniez me voir la semaine proc haine. Vous avez besoin de soins, quelqu’un doit vous remettre en l’état. Charlie prit le papier, le parcourut rapidement et le déchira en petit morceau, le docteur la regarda, effaré. — Votre vélo va vous tuer Charlie. Vous devez me la isser vous aider et déchirer mon numéro ne vous aidera pas. Elle récita le numéro qu’elle venait de lire à haute voix puisqu’elle l’avait déjà mémorisé. — Je n’ai pas besoin d’un bout de papier et je ne veux pas que Jo…
Elle s’interrompit brusquement, conscient qu’elle était sur le point de se trahir.
— Que mon vélo le trouve, compléta-t-elle.
— Vous êtes mineure Charlie. Légalement, je dois re porter vos blessures à la protection des enfants. La jeune fille hocha la tête sans conviction puis regarda le petit badge qu’il avait attaché à sa blouse d’hôpital. — Elliott… Commença-t-elle en lisant son prénom, vous venez d’arriver n’est-ce pas ?
— Oui il y a deux semaines.
Charlie hocha la tête.
— Renseignez-vous sur un homme nommé Robert Le Bel et quand vous en saurez assez, vous m’oublierez. - Ce n’est pas dans mes habitudes d’oublier mes pat ients les plus amochés, surtout
lorsqu’il s’agit d’une adolescente de seize ans qui se fait fouetter. Charlie ne se laissa pas démonter : — Nous verrons bien… En attendant, renseignez-vous bien avant d’entreprendre la moindre initiative… — Très bien.
La porte claqua derrière eux et Charlie devint brus quement livide. Le docteur se retourna, surpris de la panique qu’il venait de voi r dans les yeux de sa patiente. Aussi décida-t-il de faire comme si de rien n’était et ap procha Robert Le Bel avec la courtoisie d’un médecin professionnel.
— Je peux vous aider monsieur ? Robert l’ignora et se dirigea droit vers sa fille q ui savait qu’elle ne risquait rien dans l’immédiat mais qu’elle allait payer cette petite escapade au prix fort. — Qu’est-ce que tu fais là ? — Je me suis cassé une côte, répondit-elle d’une toute petite voix. — Comment ?
— En tombant à vélo.
Robert se tourna vers le docteur qui faisait semblant de la croire en hochant la tête.
Il était parfait.
— Plus de vélo pour votre fille monsieur. Il semblerait qu’elle ait fait plusieurs chutes et il ne faut surtout pas qu’elle retombe.
— Pendant combien de temps ?
— Pour toujours. Interdite de vélo.
Le père de Charlie regarda le nouveau docteur penda nt quelques secondes mais ne put rien lire dans ses yeux. Il était impossible de deviner si le docteur avait découvert la vérité ou pas. — Voilà la prescription d’antalgique. Veillez bien à ce qu’elle se repose pendant ses vacances d’été. Il lui arracha le papier des mains puis Elliott s’éloigna pour aider Charlie à se relever et à marcher dans le couloir pendant que Robert prenait de l’avance pour faire démarrer la camionnette avec laquelle il était venu. — Vous en avez fait assez maintenant, murmura-t-ell e en marchant. Pour votre sécurité, oubliez tout ça je vous en prie. — À une seule condition.
Charlie haussa les sourcils. — Vous revenez me voir à la seconde où vous tombez de nouveau à vélo et je vous soignerais dans la plus grande discrétion. Elle hocha la tête sans répondre.
Il l’aida à monter en voiture avec Jessica puis il regarda s’éloigner les deux jeunes filles qu’il ne devait jamais oublier. Les jours qui suivirent furent plutôt calmes. Robert passait ses soirées chez Joël et ne rentrait que très tard pour dormir. Jessica s’était fait gifler pour la petite escapade à l’hôpital mais les hostilités s’étaient arrêtées là et les deux jeunes filles vivaient en paix
depuis. Elles savaient que Joël allait revenir à la charge et que Charlie ne pouvait rien faire pour l’en empêcher cette fois. Elle était res tée au lit pendant près d’une semaine, incapable de bouger ou de manger toute seule et ell e avait dû se résigner à se laisser nourrir par sa mère, Émilie, qu’elle avait fini par détester pour avoir laissé sa famille sombrer. Peu de gens le savaient mais Charlie avait eu une e nfance heureuse jusqu’à ce que Joël vienne s’installer dans la maison d’à côté l’année de ses onze ans. Les deux hommes avaient tout de suite sympathisé et Joël avait exercé une influence considérable sur son ami qui l’avait suivi dans ses escapades sans hésit er. Joël était vite devenu le dealer d’argent de la ville, il prêtait de l’argent à qui en avait besoin et il partait réclamer le remboursement lui-même avec de gros intérêts si tou t n’était pas payé à temps. Robert était devenu son associé et il gagnait des sommes c onsidérables dont il ne faisait pas profiter sa famille. Émilie, sa femme, avait laissé faire, ne s’était jamais défendue et n’avait rien fait pour protéger ses filles. Elle avait cess é de travailler des années auparavant et restait cloîtrée à la maison pour cacher ses bleus aux autres.
Ce matin, Émilie était venue à huit heures pour lui apporter son omelette mais Charlie n’était pas du tout d’humeur à la supporter.
— J'ai pas faim.
Émilie posa le tableau sur sa table de chevet sans répondre et partit aussi vite.
Le téléphone de Charlie vibra alors, annonçant un a ppel. Charlie n’était pas censée avoir de téléphone portable mais Axel avait insisté pour lui en payer un et lui rechargeait son crédit dès qu’elle en avait besoin. Il était le seul, en dehors de sa famille, qui savait qu’elle se faisait battre et il l’aidait à s’en sortir, à lui donner courage et la faisait rêver en lui racontant leur futur ensemble lorsqu’ils seraient tous les deux policiers faisant régler la loi et la justice dans la capitale. Ils s’asseyaien t dans la grange de ce dernier et s’inventaient des histoires. — Allô ? — Salut ma petite chérie.
Sa voix lui faisait du instantanément bien. Il avait réussi à décrocher un stage dans la capitale qui durait tout le mois de juin, il n’avai t pas pu l’aider à se remettre de cette période difficile et elle avait hâte de le voir.
— Tu rentres bientôt dis ? Demanda-t-elle.
— Je ne reviens que pour quelques jours malheureuse ment. Mon tuteur de stage m’a proposé de bosser au mois de juillet, ça me fera des sous.
Bien que malade a l’idée de passer quatre autres semaines sans Axel, elle ne pouvait que le comprendre puisque tous les deux avaient pour ambition d’intégrer l’école de police de la capitale et qu’ils devaient gagner le plus d’argent possible pour éviter de prendre un crédit trop lourd à la banque. Chaque centime était le bienvenu. Charlie avait l’intention de faire la même chose au pub du centre-ville, côte cassée ou pas. Il lui demanda de ses nouvelles, ils discutèrent un peu d’Elliott et de Joël. — Il est revenu à la charge depuis ? Demanda-t-il ensuite.
— Non, je crois qu’il est allé trop loin cette fois , je peux attirer l’attention des services sociaux et ça n’est pas bon pour leurs affaires.
— D’accord. Tu m’appelles si t’a un problème hein ?
— Oui Axel, comme d’hab.
— Je dois aller bosser, on se reparle ce soir ?
— Tu me manques.
— Tu me manques aussi. Charlie soupira puis, doucement, se leva pour faire quelques pas. Après une semaine cloîtrée dans sa maison, au fond de son lit, elle d evenait folle et avait besoin de prendre l’air.
À petits pas, elle sortit de sa chambre et se rendit en cuisine pour boire un verre d’eau quand des coups soudain portés à la porte la firent sursauter. Émilie regagna le salon aussi vite que possible et regarda Charlie, toutes deux avaient des yeux au beurre noirs et ne souhaitaient être vues de personne. — Je peux dire que je suis tombé à vélo. Sa mère fit la moue.
— Quoi ? T’a une meilleure idée peut-être ? Aboya-t-elle.
Elle secoua la tête et laissa sa fille se diriger v ers la porte d’entrée. Charlie mit deux bonnes minutes avant de l’atteindre mais leur visiteur ne semblait pas bien pressé et ne frappa à la porte qu’une seule fois suivante. Penda nt une fraction de seconde, la jeune fille espéra que le docteur aux mains douces était venu la chercher avec une armada d’uniformes et qu’il l’emmènerait loin. Elle cessa d’y penser dans la demi-seconde suivante, cela faisait des années qu’elle s’interdisait de compter sur quiconque.
Elle ouvrit brusquement la porte et ce fut Anya Pro ctor, une de ses camarades de classe, qui se trouvait devant la porte. Celle-ci sursauta lorsque la porte s’ouvrit mais se reprit vite, ignorant avec superbe l’œil au beurre noir de Charlie et elles se saluèrent ensuite avec politesse.
— Je suis venue t’apporter les leçons de la semaine. Je peux entrer ?
Charlie jeta un coup d’œil à sa mère qui s’éclipsa dans la seconde suivante et regagna sa chambre sans un bruit. Un court instant, la jeun e fille eut pitié d’elle, elle était si transparente et si insignifiante que ça en était devenu pathétique. Elle oublia tout ça pour le moment et ouvrit la porte, mais celle-ci resta sur le pas de la porte et lui tendit un paquet de feuillets.
— Tu as fait des photocopies ? Demanda Charlie.
Celle-ci la regarda d’une façon étrange. — Oui, mon père tient la paperasserie principale. Ils habitaient une petite ville et tout le monde le savait. Tout le monde sauf elle, tout simplement parce qu’elle n’en avait rien à faire. Charlie prit les photocopies, nota sur son agenda les devoirs à faire et les leçons à apprendre qu’elle allait devoir revoir en été car elle n’allait pas pouvoir retourner à l’école avant le mois de septembre. — Tu veux que je vienne une fois par semaine ou tou s les jours ? Demanda ensuite Anya. — Tous les jours si tu peux.
La vitesse à laquelle elle avait répondu la surprit elle-même. Elle n’avait besoin que d’une visite hebdomadaire pour rattraper son retard mais la perspective d’une visite journalière lui faisait du bien, même s’il s’agissa it d’une personne à laquelle elle n’avait jamais parlé.
— D’accord, je viendrais tous les jours en fin de journée. — Merci.