Chowringhee

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Quand le jeune Sankar, commis d’avocat au chômage, trouve du travail à l’hôtel Shahjahan situé près de la grande esplanade de Calcutta nommée Chowringhee, il ne se doute pas que toute son existence tournera bientôt autour des vies qui se croisent dans cet établissement de luxe, véritable ville dans la ville de la mégapole indienne, au lendemain de l’indépendance du pays.
D’abord homme à tout faire, il vit sur place, sur le toit de l’hôtel. Il grimpe vite les échelons, naviguant entre l’énigmatique directeur Marco Polo, qui cherche désespérément sa femme disparue afin de pouvoir divorcer, et le méticuleux réceptionniste Bose dont il devient l’ami. Il se retrouve ainsi au centre de mille intrigues, témoin de petites et de grandes trahisons, et observateur discret mais perspicace des hôtes de l’établissement.
Mais lorsque ses deux protecteurs quittent l’hôtel, l’un pour s’installer en Afrique avec sa fiancée qu’il ne peut épouser en Inde, l’autre pour se marier avec une hôtesse de l’air, rencontrée à l’hôtel bien sûr, sa vie prend un autre tournant, sur l’esplanade Chowringhee…
Chowringhee possède l’énergie narrative d’un grand roman choral, mettant en scène des morceaux de vie, des personnages tragiques, d’autres comiques, tout autant qu’un regard délicat sur la comédie humaine universelle. Une découverte majeure d’un auteur injustement oublié en Occident.
Publié le : jeudi 20 juin 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072493997
Nombre de pages : 569
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Du monde entier
SANKAR
C H O W R I N G H E E
r o m a n
Traduit du bengali par Philippe Benoît
G A L L I M A R D
Titre original :           
© Mani Sankar Mukherjee, 1962, 2007. Tous droits réservés. © Éditions Gallimard, 2013, pour la traduction française.
R E M E R C I E M E N T S
Lhonorable étranger qui ma poussé à écrireChowringheenest plus. Nombreux sont ceux qui mont aidéquils soient vivants ou dispa rus, indiens ou étrangers, connus ou inconnus, à leur manière, certains publiquement et dautres en coulisses. Jadresse mes plus sin cères remerciements à chacun dentre eux.
S 10 juin 1962
Our life is but a winters day: Some only breakfast and away; Others to dinner stay and are full fed; The oldest man but sups and goes to bed; He that goes soonest has the least to pay.
A.C. M
C H A P I T R E 1
Ils disent « Esplanade ». Nous disons « Chowringhee ». Curzon Park, non loin de ce fameux Chowringhee. Cest là que je trouvai refuge, épuisé par une journée entière à parcou rir la ville, mon corps refusant désormais tout mouvement. Le vénérable et historique lord Curzon sest attiré les malédictions du Bengale. Lhistoire de nos malheurs a commencé, diton, le jour où lui vint en tête lidée de diviser en deux notre pays * verdoyant et fertile . Mais cest un passé lointain ! Pour ma part, e au cœur du Calcutta dusiècle, par cet aprèsmidi canicu laire du mois de mai, je rendis hommage à ce sahib au génie maudit par lje priai pour le salut de son âme danshistoire ; lautre monde. Je rendis aussi hommage à Ray Hariram ** Goenka Bahadur, Kt., CIE, dont la statue porte sur son piédes tal linscription suivante : « Né le 3 juin 1862, décédé le 28 février 1935. »
* Allusion à la première partition du Bengale, en 1905, sur une base religieuse, distinguant les régions à majorité hindoue des régions à majorité musulmane, à linitiative de lord Curzon (18591925), viceroi des Indes à lépoque. Cette première division fut pérennisée en 1947, lors de lindépendance, quand le Bengale oriental devint Pakistan Oriental et le Bengale occidental un État de lUnion indienne. (Toutes les notes sont du traducteur.) ** Le lecteur pourra se reporter, en fin douvrage, aux glossaires que nous avons établis.
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Vous souvenezvous de moi ? Ce jeune garçon dun village, encore tout naïf, venu visiter le Palais de justice, après avoir franchi le Gange sur le vapeurAmba, depuis Ramkeshtopur Ghât, pendu à la main de Vibhutida. Javais obtenu un emploi chez un avocat anglais. Et laffection de Chhokada, un de mes collègues plus âgés. Apprécié de tous, juges, avocats et clients, je métais adonné avec délectation à la belle vie demployé de bureau, debabu, jouissant, émerveillé, des beautés et des saveurs dun monde inconnu jusqualors. Dans cette oasis offerte par mon employeur anglais philan thrope, au milieu du désert sans fin dinfortune et de pauvreté où ma vie sétait épuisée jusquelà, javais oublié du jour au lende main le passé. Je crus même avoir trouvé un refuge pour toujours. Mais, en ce monde, il est des commissaires aux comptes qui, toujours vigilants, traquent sans cesse la moindre erreur. Celle me concernant ne tarda pas à être repérée. Les yeux de mon bienfaiteur anglais se fermèrent à jamais. Un simple orage suffit à emporter la tente plantée dans loasis pour le bien des malchan ceux de notre espèce. « Allez ! En avant, marche ! » ordonna au prisonnier vaincu limpitoyable général de la Providence victo rieuse. Bien malgré moi, je dus me remettre en route, chargeant sur le fardier de mon corps fatigué mon esprit meurtri de toutes parts sous les coups. « En avant, marche ! Sans te retourner ! » Derrière moi, devant moi, rien dautre que la route. Comme si, ayant trouvé abri, la nuit venue, dans une auberge inconnue dOld Post Office Street, je navais dautre demeure que la route à nouveau, dès les premières lueurs de laube. Les employés du Palais de justice étaient venus verser des larmes. Chhokada sétait lamenté : « Perdre son protecteur à cet âge, encore si jeune ! » Pour ma part, je ne pleurais pas. Pas une larme. La foudre qui sétait abattue sur moi avait dû tarir mes yeux. Chhokada mavait fait asseoir près de lui. Il avait commandé du thé chez le Sikh. Il mJe comprends, petit, je: « avait dit
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