Collusion

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Confronté à l'enchevêtrement des haines et des vengeances héritées de la guerre civile, l'inspecteur Jack Lennon s'allie avec Gerry Fegan le terrible tueur des Fantômes de Belfast.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743623944
Nombre de pages : 384
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Collusion de Stuart Neville traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau Éditions Rivages
Jack Lennon, policier d’Ulster catholique et à ce titre ostracisé par sa communauté et par les protestants loyalistes, cherche à retrouver Ellen, sa fille de six ans que son exfemme a cachée. Sa hiérarchie lui ordonne de laisser tomber, mais Jack n’obéit pas. Confronté à l’enchevêtrement des haines et des vengeances héritées de la guerre civile, Jack en vient à faire alliance avec Gerry Fegan, le terrible tueur des Fantômes de Bel fast, qui luimême ne parvient pas à solder les comptes de cette période. Sur leur route les attendent un vieux truand malade et son glaçant homme de main…
Stuart Neville, né en 1972 en Irlande du Nord, est l’une des révélations du roman policier britannique. Son ro man précédent,Les Fantômes de Belfast, a notamment remporté le Los Angeles Times Book Prize et le Prix Mystère de la critique.
« Neville pourrait bien avoir le talent de rivaliser avec son héros Ellroy. » Daily Mail
« Neville renouvelle le coup de maître qui avait conquis le jury du prix du Polar européen du Point. » Le Point
Du même auteur chez le même éditeur
Les Fantômes de Belfast Âmes volées
Stuart Neville
Collusion
Traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau
Collection dirigée par François Guérif
Rivages/noir
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Titre original :Collusion
© 2010, Stuart Neville © 2012, Éditions Payot & Rivages pour la traduction française © 2015, Éditions Payot & Rivages pour l’édition de poche 106, boulevard Saint-Germain – 75006 Paris
ISBN : 978-2-7436-3158-1
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« On est suivis », dit Eugene McSorley. La Ford Focus décolla au sommet de la côte et retomba lour-dement sur ses vieilles suspensions. McSorley ne quittait pas des yeux le rétroviseur, dans lequel venait de disparaître la Skoda Octavia gris métallisé qui les filait sur l’étroite route de campagne depuis qu’ils avaient traversé la frontière pour gagner le Nord. Assis à côté du conducteur, Comiskey s’agita. « Je ne vois personne. Non, attends… Putain, c’est les flics ? » La Skoda aux vitres teintées revint dans le rétro-viseur. McSorley ne pouvait en distinguer les occu-pants, mais c’était sans aucun doute la police. Avec la pluie qui s’intensifiait, la chaussée mouillée dérou-lait son ruban sombre au milieu des prés, sous un ciel chargé de lourds nuages gris. « C’est pas vrai ! gémit Hughes à l’arrière. On va se faire contrôler ? – Y a des chances, répondit Comiskey. Merde. » La route sinuait à présent entre des haies d’ar-bustes. McSorley surveillait le compteur et ne dé-passait pas le quatre-vingt-dix. « C’est pas grave, dit-il. On ne transporte rien de compromettant. Sauf si vous avez de la coke dans vos poches. – Mince, dit Hughes.
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– Quoi ? – J’ai trois grammes sur moi. » McSorley se tourna vers lui. « Connard. Jette ça tout de suite. » Il déclencha l’ouverture automatique de la vitre, se déporta vers la haie, et, gardant un œil sur son rétroviseur latéral, s’assura que les flics ne remar-quaient pas la main de Hughes qui lançait un petit caillou marron dans les arbres. « Connard », répéta-t-il. Comiskey risqua un regard par la lunette arrière. « Ils n’ont pas l’air de s’approcher. Peut-être qu’ils ne nous arrêteront pas. » McSorley ne répondit pas. Il remonta la vitre. La voiture sortit d’un virage et aborda une longue des-cente en ligne droite qui repartait à l’assaut d’une colline cinq cents mètres plus loin. Il mit les essuie-glaces en marche, ce qui eut pour effet d’étaler la crasse sur le pare-brise au lieu de le nettoyer. Depuis plus d’un an qu’il devait les remplacer… Il jura, pen-ché en avant et scrutant la route à travers les gouttes d’eau sales. Un peu plus loin, une camionnette blanche atten-dait au coin d’un chemin perpendiculaire. Elle avait largement le temps de passer, mais le conducteur ne semblait pas pressé de s’engager dans le carrefour. La bouche sèche, McSorley hésita, le pied sur l’accé-lérateur. Le moteur de la Focus tiendrait le coup, mais les amortisseurs ne valaient rien. Dès les pre-miers virages, la course serait perdue. Il relâcha la pression sur la pédale. La camionnette s’approcha. Deux hommes, assis à l’avant. L’estomac soulevé et contracté à la fois, éprouvant une décharge d’adrénaline depuis le bout des doigts
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jusqu’aux orteils, McSorley s’efforça de calmer sa respiration. « Bon sang, lâcha-t-il malgré lui. Pas de panique. On croise juste des flics. Ils vont nous contrôler, c’est tout. » À l’intersection, il aperçut le visage des hommes qui le regardaient passer dans la camionnette blanche. Il vérifia son rétroviseur. La Skoda grossissait à vue d’œil. Les feux de calandre s’allumèrent et la sirène retentit. La camionnette avança d’un mètre sur la route. La Skoda accéléra, disparut du rétroviseur, et resurgit à côté de la Focus. Chemises blanches, épau-lettes sombres. La femme policier assise à la place du passager fit signe à McSorley de se ranger. « Merde. » Il freina en douceur et rétrograda, déra-pant sur l’herbe boueuse du bas-côté. La Skoda le dépassa, s’arrêta quelques mètres plus loin, puis, les feux de recul allumés, vint se placer juste devant le capot de la Focus. « Bouclez-la, les gars, dit McSorley. Répondez quand ils vous parlent, mais ne les provoquez pas. Ne leur donnez aucune raison de faire quoi que ce soit. Compris ? – Compris, répondit Hughes à l’arrière. – Compris ? » insista McSorley en s’adressant à Comiskey. Comiskey sourit pour masquer sa peur. « T’in-quiète. » Deux policiers portant des gilets réflecteurs des-cendirent de la voiture. La femme était plutôt jolie, avec des cheveux châtain clair relevés sous sa cas-quette. L’homme, grand et athlétique, avait un visage bronzé qui détonnait sous le ciel gris. Il précéda sa collègue alors qu’ils s’approchaient de la Focus.
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Les balais des essuie-glaces grinçaient sur le pare-brise, en rythme avec les battements de cœur de McSorley. Au moment où il allait abaisser sa vitre, le policier ouvrit la portière sous la pluie qui s’infiltra dans la voiture. Il pleuvait depuis trois mois, tous les jours, sans interruption. McSorley cligna des yeux lorsqu’une grosse goutte s’écrasa sur sa joue. « Monsieur, bonjour, dit le flic avec un fort accent britannique. Veuillez éteindre votre moteur, s’il vous plaît. » McSorley tourna la clé. Les essuie-glaces s’immo-bilisèrent en travers du pare-brise. « Gardez les mains sur le volant, je vous prie », continua le policier. Intonation distinguée… Un officier supérieur, pensa McSorley. Le genre qu’on imagine plutôt au garde-à-vous dans des défilés de cérémonie, et pas en vulgaire agent de la circulation ou posté aux bar-rages routiers. Il s’inclina devant la portière pour s’adresser aux autres occupants de la voiture. « Vous aussi, mes-sieurs. Présentez vos mains de sorte que je puisse les voir. » Comiskey posa les mains sur le tableau de bord ; Hughes sur le dossier du passager. Pendant ce temps, McSorley observait le flic. Sa peau brûlée par le soleil n’évoquait pas le hâle qu’on obtient après une semaine à la plage. Il avait appliqué un baume sur ses lèvres gercées, comme après une expédition dans un pays au climat extrême. En une vision fugitive, McSorley se le représenta rampant à plat ventre sur le sable d’un désert, et sans qu’il sût pourquoi, l’image le terrifia. La main du policier apparut, moulée dans un gant de luxueux cuir noir, lorsqu’il tendit le bras pour prendre la clé sur le contact.
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