Comme des chiens

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Après des années d’errance, Carlo Salinas revient dans sa ville natale. Devenu détective privé, il est engagé par l’épouse d’un écrivain qui n’a plus donné signe de vie après s’être frotté à un cercle de notables dépravés.Carlo Salinas se sent lui-même suivi et épié. Est-ce parce qu’il a couché avec Malisha, une jeune et séduisante Albanaise ? Pour le découvrir, il faudra que Salinas mette sa propre vie en danger.


Publié le : mardi 6 octobre 2015
Lecture(s) : 16
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782875600639
Nombre de pages : 280
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COMME DES CHIENS
Patrick Delperdange
ONLIT EDITIONS
CHApITRE UN
Elle déambulait dans la pénombre, passant de la chambre à la salle de bains, simplement vêtue d’une culotte de satin noir qui lui moulait les fesses. Elle semblait n’avoir jamais porté de soutien-gorge. Du moins, je ne lui en avais jamais vu. Mais après tout, cela ne faisait que huit jours que j’avais l’occasion de la contempler nue. Et encore ne l’avais-je pas fréquentée chaque jour de la semaine qui venait de s’écouler, puisque Malisha avait affirmé n’avoir pas un instant à me consacrer tout au long du samedi et du dimanche. J’avais passé plusieurs heures dans le bar où nous avions fait connaissance, mais elle ne s’était pas montrée, et je n’avais pas posé de questions, pour ne pas attirer l’attention. C’est elle qui avait proposé de louer un de ces bungalows d’ordinaire réservés aux touristes. Nous y serions tranquilles, à cette époque de l’année, puisque la saison ne battait pas encore son plein. J’avais trouvé l’idée intéressante. Allongé sur le lit en bataille, la poitrine encore humide, une agréable fatigue dans les jambes et les bras, je laissais errer mon regard sur les fissures du plafond et baissais les yeux vers Malisha à chacune de ses apparitions. D’après ce qu’elle disait, nous n’avions rien à craindre. Son frère ne penserait jamais à venir nous chercher ici, même poussé par le désir d’administrer à l’homme qui avait posé la main sur sa sœur la correction qu’il méritait. Elle avait pris toutes les précautions pour que nous soyons en sécurité. Et d’ailleurs, elle n’éprouvait aucun pressentiment néfaste, argument qui pour Malisha, semblait clore le sujet. Je me grattai la joue, où poussait un début de barbe. — Quelque chose te fait croire que j’ai peur de lui ? Elle eut un sourire. — Il en a tué pour moins que ça. — Code d’honneur albanais ? Elle disparut, après avoir haussé les épaules. — Tu aurais pu demander combien, cria-t-elle depuis la salle de bains. N’importe qui aurait voulu savoir. Une voiture s’approcha du bungalow par la route qui serpentait entre des massifs d’arbustes et des bandes de pelouse, à partir du bureau d’accueil. Je me levai pour aller jeter un coup d’œil, par la fente entre les rideaux. La voiture, une Saab décapotable conduite par un jeune cadre à la mode d’il y avait quelques années, chemise à fines rayures et bretelles noires, RayBans sur le nez, dépassa le bungalow et disparut à l’angle suivant, sans ralentir. Je passai dans la salle de bains. Malisha examinait ses seins dans le miroir du lavabo, un bras levé, l’air soucieux. — Ton frère a déjà tué des gens ?
Nos regards se croisèrent dans le miroir.
— Ah ! Ça t’intéresse, finalement.
— Je ne suis pas n’importe qui, trésor. — N’empêche que tu commences à t’inquiéter. J’étais contre elle. Mes mains glissèrent le long du torse nu de Malisha et remontèrent jusqu’à ses seins, que je pris dans mes paumes pour les soulever légèrement. — Cesse de me caresser, dit-elle d’un ton sans grande conviction. Je suis déjà en retard. Elle ferma les yeux et passa la main derrière elle. Je me penchai pour lui embrasser le creux de l’épaule, puis la nuque. Je sentis mon sexe réagir à la pression de ses doigts. — Qu’est-ce qu’il fait, ton frère, à part tuer les gens qui couchent avec toi ? Elle s’éloigna aussitôt en écartant mes bras, et sortit de la salle de bains. — Tu n’auras qu’à lui poser la question quand tu le verras. Je dois filer. Tu me déposes ? Le néon installé au-dessus du lavabo me donnait le teint livide. Mon ventre n’était pas aussi plat que je l’espérais mais, en retenant ma respiration, je parvenais à rentrer l’estomac pour le faire disparaître presque entièrement. Je ne pouvais malheureusement pas garder cette position très longtemps. Je pliai le bras pour faire saillir mon biceps. — Je n’ai pas l’intention de rencontrer ton frère. — Un peu tard pour y penser, déclara Malisha à voix basse. Je revins dans la chambre. Mes vêtements étaient étalés sur le sol. Malisha était en train de boutonner sa robe blanche à pois noirs. Je me penchai et saisis mon pantalon. Un bruit de pas se fit entendre dans les graviers du sentier menant au bungalow. Mon regard croisa celui de Malisha. — Je crois que c’est lui, dit-elle. Quelqu’un donna trois petits coups sur la vitre à côté de la porte. Les rideaux empêchaient de voir de qui il s’agissait. La porte s’ouvrit alors que j’enfilais mon pantalon. Le jeune cadre en chemise rayée fit un pas dans la pièce, souleva ses lunettes noires et se les cala sur le front. Il portait des bottes de cuir, semblables à celles d’un cavalier. Il eut un geste du menton à l’adresse de Malisha, qui termina rapidement de s’habiller et sortit du bungalow sans un mot. — Nous n’avons pas été présentés, je pense, déclarai-je après avoir enfilé mes chaussures. Un large sourire sur les lèvres, l’homme s’avança vers moi et tendit le bras à une allure stupéfiante. De deux doigts, il pinça un de mes tétons et tordit ma chair. Je voulus réagir, mais l’homme m’envoya un coup de genou dans l’entrejambe, qui me coupa instantanément le souffle. Je me penchai en avant, recroquevillé par la douleur, la bouche grande ouverte. Du coin de l’œil, je vis l’homme sortir une courte matraque de la poche de son pantalon. Il la brandit et me frappa à la nuque, de deux coups violents. Je m’affalai sur le sol. Une coulée de lave me traversa le crâne. Comme si mon cerveau se mettait à bouillir et que ma tête voulait se fendre. J’essayai néanmoins de me remettre debout. Je sentis un poids se poser sur mon bras, à hauteur du biceps. L’homme se pencha sur moi, en me prenant les doigts, comme s’il avait l’intention
de m’aider à me relever. Mais avec le pied qui écrasait mon coude, c’était impossible. — Plus t’approcher, me souffla-t-il à l’oreille. Après quoi, il tira d’un seul coup sur mes doigts, en me tordant le poignet. Il y eut un bruit d’os. La pointe d’une botte me frappa à la tempe et je fermai les yeux sous la douleur.
Patrick Delperdange
Patrick Delperdange vit et travaille à Bruxelles. Il est notamment l’auteur deCoup de froid, un roman noir paru chez Actes Sud, ainsi que deChants des gorges, publié en 2005 par Sabine Wespieser Éditeur, roman qui a remporté le Prix Rossel, prix littéraire le plus important de Belgique francophone. Il a également publié plusieurs ouvrages en littérature jeunesse (la trilogieL’œil du Milieu etIshangoNathan, chez Julien d’OmbresGallimard, chez Comme une Bombe etTombé des nueschez Mijade). Du même auteur : Chants des gorges, Sabine Wespieser, 2005 Coup de froid, Actes Sud (Babel Noir), 2006 Mirador, ONLIT Editions, 2012 Patrick Delperdange est un sale type, ONLIT Editions , 2014 Chants des gorges, Espace Nord (poche), 2014 Comme des chiens, ONLIT Editions, 2015 Si tous les dieux nous abandonnent, Gallimard (Série Noire), 2016 Plus d’infos surwww.patrickdelperdange.be
ONLIT Editions est une maison d’édition belge, basée à Bruxelles, qui se consacre à explorer et diffuser la création littéraire contemporaine, en phase avec l’évolution des nouvelles technologies. Tous les titres ci-dessous sont disponibles en versions papier et numérique. Patrick Delperdange est un sale typede Patrick Delperdange Son parfumde Jacques Mercier Les fées penchéesde Véronique Janzyk Faux témoignagesde Lorenzo Cecchi Sur la grued’Olivier Bailly Le Pape a disparude Nicolas Ancion À vivre couchéde Pauline Hillier Eaux perduesde Daniel Adam Dérapagesde Véronique Deprêtre On est encore aujourd’huide Véronique Janzyk Comment le chat de mon ex est devenu mon ex-chatd’Edgar Kosma Impasse du 30 févrierde Luc Delfosse Petite fleur de Javasuivi deDeux migrationsde Lorenzo Cecchi S’enfonçant, spéculerd’Antoine Boute Comme des chiensde Patrick Delperdange Compte à reboursde Juan d’Oultremont Le Vampire de Clichyde Véronique Janzyk Les Fantômes sont des piétons comme les autresd’Aliette Griz
ISBN : 978-2-87560-063-9
Première édition : 14 octobre 2015
Coordination éditoriale : Jennifer Duvinage
Composition de la maquette : Benoit Dupont
Composition de la couverture : Studio Alvin
Versions epub & kindle :LEC Digital Books
© 2015 Patrick Delperdange & ONLIT Editions
Découvrez l’ensemble de notre catalogue sur
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Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles
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