Coup de folie

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Quand l’ancienne actrice Angélina Caroit tombe sous le charme du séduisant Esteban, elle ignore les terribles conséquences qui vont suivre. Surexposée, sa liaison extraconjugale avec ce danseur bien plus jeune suscite un véritable déferlement médiatique. Après qu'ils aient revendiqué le droit de s’aimer, un incendie criminel plonge Angélina dans un coma profond. Qui peut bien lui en vouloir à ce point ? Le mari trompé et maladivement jaloux ? À moins que l’ex petite-amie du prodige, un fan hystérique, sa rivale ou son ancien agent ne soient à l’origine de ce drame... Pris aussi pour cible, son frère Maxime et son jeune amant coopèrent avec la police pour retrouver le coupable. Une intrigue aux multiples rebondissements avec son lot de révélations, pour un final haletant.


Publié le : vendredi 19 juin 2015
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EAN13 : 9782332868848
Nombre de pages : 240
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ISBN numérique : 978-2-332-86882-4

 

© Edilivre, 2015

Dédicace

 

A mon père que j’aimais, que j’aime et que j’aimerai toujours ; qui est et restera éternellement dans mon cœur.

1

Le ton monte entre Angélina et son agent, des désaccords profonds engendrent une animosité perceptible dans le son de leurs voix. Les mots provocateurs, indécents, querelleurs et agressifs de cet homme sont intolérables. Simplement parce que la belle et charmante actrice de 38 ans, a fait le choix de mettre un terme à sa carrière en pleine gloire. Comédienne reconnue par toute la profession, adulée par le grand public, elle se retire du monde privilégié du show-biz pour revenir à sa toute première passion qu’est la danse.

C’est cette semi-reconversion qui est à l’origine de cette vive altercation, une décision impensable, inimaginable et totalement inconcevable pour M. Gaillot qui dirige sa carrière depuis une dizaine d’années. Impétueux, il tente de l’en dissuader au regard de tous les enjeux financiers que cela implique pour lui.

Impossible pour lui de se résoudre à cette volonté soudaine mais Angélina Caroit ne bronche pas, sa décision est prise, ferme et définitive. Une divergence d’opinions qui mène à une impasse manifeste, chacun restant inflexible. Avec véhémence et virulence, l’impresario s’emporte, déchire de rage quelques pages du dernier script qu’il était venu lui présenter.

Les injures fusent, des mots qui doivent sûrement dépasser sa pensée, quoi que… Une personnalité fougueuse et impulsive qui le conduit parfois à dépasser les limites. L’agent est dans une colère noire, à la hauteur de l’énorme somme d’agent qu’il va perdre si son contrat est abrogé. Son acerbité ne retombe pas et effraie de plus en plus la jeune femme qui recule d’un pas, apeurée par des propos devenus agressifs.

Il ne comprend pas et lui en veux de vouloir arrêter leur collaboration. « Tu n’as pas le droit de me virer comme ça, tu ne peux pas me laisser sur le carreau comme un moins que rien. Tu t’en mordras les doigts. ». Devenu incontrôlable, il flanque par terre d’un mouvement brusque et rapide son verre d’eau pétillante, déposé sur la table basse. L’objet se casse en mille morceaux, les nombreux débris de verre éparpillés sur le carrelage blanc-crème du salon montrent toute la violence du geste.

La tension monte encore d’un cran lorsqu’il donne sous l’effet de l’énervement, un coup de poing rageur dans la porte du salon. A cet instant Angélina se demande jusqu’où cet homme aigri est capable d’aller tellement il est hors de lui. Angélina ne reconnait plus celui qu’elle a côtoyé pendant si longtemps, celui-ci lui fait maintenant carrément peur. Mais heureusement, l’arrivée de son mari Frédéric va calmer cet état de furie. L’agent quitte les lieux dans un état d’irascibilité excessif. Angélina espère que ces menaces ne sont que de l’intimidation sous l’emprise de son courroux. De toute manière elle n’a plus le choix, elle s’est déjà engagée et ne peut plus reculer.

Quelques jours après, la presse fait courir des rumeurs, fondées comme d’habitude sur des spéculations. Les médias avancent des raisons plus farfelues et loufoques les unes que les autres concernant son absence encore inexpliquée. Des commérages avec leur lot de paroles parfois médisantes, ont vite déchaîné les chroniques. Lasse de ces allégations à son sujet, elle souhaite maintenant s’expliquer, rétablir enfin la vérité. Elle est attendue aux studios 117 pour dévoiler son nouveau et grand projet artistique.

Dans la loge, le staff de la production s’occupe de ses longs cheveux blonds cendrés qui mettent en valeur ses superbes yeux verts émeraude. Elle semble ailleurs, totalement absente, évasive, regardant avec persistance dans le vide. Certainement un brin de nostalgie, un pincement au cœur avant de faire sa déclaration en public et en direct. Un joli chapitre de sa vie se ferme mais ce rendez-vous a surtout pour objectif de remercier ses nombreux fans puis d’annoncer ses nouvelles aspirations.

Malgré la célébrité, le monde des strass et des paillettes qui l’entoure, elle ressent comme un manque de liberté, songeant à son rêve d’adolescente inaccompli. Sa vie est évidemment luxueuse mais cette existence ne lui convient plus. Ses choix, sa vision de la vie, ont permutés pour évoluer au fil du temps qui passe inexorablement trop vite. Toutes ces mondanités et ce qui en résulte, ne représentent plus son idéal, du moins ne l’est plus. L’actrice garde un excellent souvenir de cette période qu’elle décrit comme fantastique, mais ses envies sont désormais différentes.

L’opulence ne mène à rien sinon à la déraison et la perdition de l’essentiel. Elle ne renie en aucun cas tout ce qu’elle a vécu, ce que cette reconnaissance lui a apporté et permis de faire. Poursuivie, voir même traquée par des paparazzis sans scrupule qui s’immisçaient constamment dans sa vie privée, elle n’en pouvait plus. Ce revers de la médaille a pris le dessus sur ses motivations à continuer dans ce métier et a considérablement pesé dans sa décision finale. A un moment donné il faut passer à autre chose, Angélina est convaincue que cet instant est venu.

Cette proximité avec les gens et la tranquillité qu’elle recherche sont devenues incompatibles avec l’exposition médiatique à laquelle elle est sujette. Angélina a tranché en toute connaissance de cause, après une totale remise en question, après avoir longuement considéré le pour et le contre. Direct dans cinq minutes, tout le plateau est en effervescence, ça s’active de toutes parts.

– Présentatrice : Angélina, vous êtes venue en compagnie de votre frère pour nous expliquer votre extrême discrétion du moment et faire taire certaines rumeurs.

– Angélina : C’est exact, je ne suis ni malade, ni enceinte ou autres calomnies inimaginables que j’ai pu lire et entendre à mon sujet. Je vous confirme néanmoins que je mets un terme à ma carrière d’actrice. Je vais désormais me consacrer à l’académie de danse que je viens de créer avec le soutien de mon frère Maxime ici présent. La mise en place et les autorisations administratives ont été longues à obtenir, je ne pouvais rien dévoiler avant que tous les détails ne soient réglés.

– Présentatrice : Vous abandonnez totalement le cinéma ?

– Angélina : On n’est jamais sûr de rien, la vie nous réserve parfois des surprises mais à priori, la réponse est oui. C’est un nouveau départ que je considère comme un retour aux sources et aux fondamentaux qui me sont maintenant indispensables. C’est pour moi une question d’équilibre de vie. Vous savez j’étais danseuse à mes débuts, il n’y a donc finalement rien de si surprenant.

– Présentatrice : Pourquoi ce choix au moment ou votre carrière est en pleine ascension ?

– Angélina : Cette discipline artistique est toujours restée ancrée au plus profond de moi et demeure de plus en plus présente dans mon esprit. Avec Maxime, nous avions secrètement ce rêve étant adolescents. J’ai alors tout mis en œuvre pour qu’il se concrétise aujourd’hui. C’est tout simplement un accomplissement personnel.

– Présentatrice : Maxime Demez, vous êtes un danseur professionnel reconnu et aux multiples titres, qu’est-ce qui vous a motivé pour vous lancer dans cette aventure ?

– Maxime : C’est une nouvelle expérience. Partager ma passion avec de jeunes danseurs prometteurs et talentueux est très enrichissant. C’est un réel plaisir que de pouvoir les aider à s’épanouir dans la danse.

– Présentatrice : Vous êtes un champion et un compétiteur dans l’âme, il ne va pas y avoir une certaine frustration ?

– Maxime : Du tout, le temps était venu pour moi de raccrocher. Je suis ravi d’avoir maintenant l’opportunité de promouvoir et démocratiser ma discipline.

– Présentatrice : Angélina, vous allez diriger cette académie de grande envergure, comment la décririez-vous ?

– Angélina : Je l’imagine comme un apprentissage de la vie, reposant sur le fait que l’art quelque soit sa forme, permet de s’évader, de s’exprimer, et même de se découvrir.

L’émission touche à sa fin, le présentateur remercie ses invités de s’être confiés à lui. Evidemment, Angélina sait qu’elle sera attendue au tournant à travers ce nouveau défi. Quoi qu’il en soit elle rentre le cœur léger, totalement apaisée, songeant au début de cette nouvelle vie, retrouvant comme un second souffle très apprécié.

Angélina est plus radieuse que jamais, se débarrassant d’une pression qui durait depuis longtemps, trop longtemps selon elle. Après avoir été sans cesse dirigée et conseillée durant ces dernières années, elle se sent totalement épanouie, satisfaite d’être à nouveau complètement libre, sans obligation et contrainte liées à sa carrière d’actrice.

2

L’académie propose un cursus complet et un suivi pour tous ceux qui se destinent à la danse, un domaine qui reste très concurrentiel. Les noms prestigieux d’Angelina et Maxime, suffisent à eux seuls pour insuffler une certaine notoriété à ce nouvel établissement unique en France.

Les candidatures affluent de tout horizon, les sélections sont particulièrement rudes compte tenu des places disponibles relativement limitées. Ces auditions revêtent un caractère impitoyable mais Maxime est agréablement surpris par le niveau des candidats. Notamment lorsqu’un jeune danseur prénommé Estéban, se présente face au jury en exécutant une danse contemporaine absolument parfaite.

– Maxime : Belle exécution, je te félicite. Tu as une gestuelle singulière et une technique déjà très intéressante. Quelle est ta danse préférée ?

– Estéban : Le paso-doble monsieur.

– Maxime : C’est une danse très exigeante, pourquoi ce choix ?

– Estéban : Il y a bien sur mes origines espagnoles mais j’aime surtout sa force, l’engagement et le côté altier qu’elle requière. Cela reste cependant un choix plutôt subjectif, qu’elle soit latine, standard ou contemporaine, chacune de ces danses me procure des sensations extraordinaires. J’ai eu la chance d’assister à votre dernier sacre de champion de France et j’avoue que vous m’avez donné l’envie de m’y consacrer. J’ai indirectement été guidé par vos pas, vous êtes en quelque sorte mon mentor et suis ravi d’avoir pu danser devant vous.

– Maxime : Ma plus grande satisfaction est sûrement de pouvoir contribuer à créer de nouvelles vocations et si c’est le cas pour toi, je m’en réjouis. Non seulement nous t’acceptons avec plaisir au sein de cette académie mais si tu es d’accord, je serais ton professeur attitré et veillerais personnellement à ta progression.

– Estéban ; Je ne sais quoi vous répondre mis à part que c’est un honneur pour moi d’avoir la possibilité d’évoluer à vos côtés. Je tâcherai d’être à la hauteur de votre confiance.

– Angélina : Dans ce cas, soit le bienvenu à l’académie Estéban. J’avoue que tu m’as fait forte impression. J’ai été séduite par la fluidité de ta prestation et la qualité de tes mouvements qui est remarquable. Tu as un avenir prometteur, à toi de le bâtir à la sueur de ton front.

Le jour J, lors de cette première rentrée, Angelina fait un petit discours inaugural, insistant sur l’enjeu et les débouchées possibles de cette formation. Maxime prononce aussi quelques mots qui ne laissent personne indifférent :

« Si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous avez les capacités pour réussir dans la danse. Il y aura des moments de doutes comme vous pouvez l’imaginer mais lorsqu’on y croit vraiment, rien n’est inaccessible. Nous serons à vos côtés pour vous emmener le plus loin possible dans vos ambitions artistiques. J’attends de vous de la rigueur, du travail, de l’envie, de la passion. Je serai intransigeant, parfois dur mais toujours dans le but de vous faire progresser, aller de l’avant. A vous de jouer maintenant, ne gâchez pas votre chance d’aller jusqu’au bout de vos rêves. »

Les élèves écoutent avec une attention toute particulière ces allocutions qui se déroulent dans l’amphithéâtre, la grande salle de spectacle de l’académie. Parmi eux, le talentueux Estéban âgé de 23 ans, universitaire en droit qui a décidé de tout plaquer pour s’adonner exclusivement à sa passion. Visiblement il a bien fait, ayant fortement impressionné le jury lors de son évaluation. Il semble subjugué en regardant sa directrice aussi ravissante que séduisante dans sa petite robe aux couleurs violacées. A savoir s’il était captivé par ce qu’elle disait ou par son charme et sa beauté, la réponse reste en suspens. Angélina lui rend son sourire de manière totalement anodine et désinvolte, se souvenant parfaitement de lui et son époustouflante performance.

L’ancienne actrice s’investit beaucoup dans son nouveau rôle, comme dans tout ce qu’elle entreprend, à tel point que son mari commence à le lui reprocher, comme hélas beaucoup d’autres choses. Leur relation est tendue depuis un moment, synonyme d’incompréhensions avec un côté presque acariâtre. Même si c’est loin d’être un fleuve tranquille, le couple semble en apparence surmonter ces difficultés.

Cependant, la routine, les non-dits finissent par nuire petit à petit au couple qui en pâtit sans vraiment s’en rendre compte ou vouloir l’admettre. Frédéric qui a épousé Angélina avant qu’elle ne connaisse un succès fulgurant, n’a jamais vraiment accepté l’engouement qu’on lui porte, même encore aujourd’hui. La jalousie démesurée de ce dernier n’a pas pour vocation d’arranger les choses. Cette attitude mal appropriée irrite considérablement Angélina qui étouffe parfois sous le poids des interdits. Elle doit continuellement supporter ses remontrances à tord et à travers, des reproches totalement injustifiés.

Les premiers cours se déroulent avec enthousiasme, mêlant effort et plaisir, l’entente entre Maxime et le jeune Estéban est immédiate. Les heures passées ensemble, leur permettent d’apprendre à se connaitre mais surtout de s’apprécier mutuellement.

Tous les deux ont un tempérament de feu mais cachent une grande sensibilité intériorisée. Ils se ressemblent beaucoup avec ce subtil dosage de force intérieure et de maîtrise. Ils ont également des valeurs en commun, notamment celle du travail, du partage et de la tolérance. Des qualités qui en font des personnes appréciées et attachantes, dégageant une sincérité apparente.

Le jeune et talentueux danseur se donne à fond dans chacun de ses mouvements, dans chacune de ses attitudes, mettant immédiatement en pratique les conseils de son professeur de renom.

Alors que plusieurs semaines se sont écoulées depuis la rentrée, un évènement va bouleverser la tranquillité qui règne au sein de l’académie. Angélina surprend le jeune prodige en train de danser seul en attendant le début de son cours. Sous le charme, elle s’assoie sur le banc et le prie de ne pas faire attention à elle. Elle est béate devant l’évolution du jeune homme à moitié dénudé comme beaucoup de danseurs le sont lors de l’entraînement.

Elle constate qu’en plus de son talent, de son charisme et d’une indéniable présence, Estéban a un véritable corps d’athlète. Un torse qui laisse apparaitre de saillants abdominaux qu’elle ne peut s’empêcher d’admirer. Au bout d’un petit moment, Estéban vient saluer cordialement sa directrice. Avec son regard de braise, il foudroie cette dernière qui en rougit légèrement. Angélina est complètement envoûtée. Elle a du mal à se détacher de lui, charmée, ensorcelée, submergée par des sensations troublantes. Elle relativise, tentant de se persuader qu’il n’y a aucun mal à admirer un beau garçon et essaie de rester professionnelle avec une feinte décontraction.

Cette supercherie n’échappe pas à son mari qui passe comme par hasard dans les couloirs au même moment. Sa réaction est totalement disproportionnée, Frédéric s’énerve comme souvent lorsqu’un homme s’approche un peu trop de son épouse. Il la regarde avec méfiance même s’il n’y a pas lieu de polémiquer. Ce n’est tout de même pas un esclandre, un scandale, encore moins un crime.

Soupçonneux, il décide malgré tout de l’attendre dans son bureau pour avoir des explications. Retournant à ses obligations après avoir brièvement discuté avec son frère, Angélina est surprise de l’apercevoir installé dans son fauteuil de direction.

Elle lui demande avec sa gentillesse habituelle ce qu’il veut mais reçoit en retour, une réponse agressive, un peu trop directe.

– Frédéric Caroit : Je voulais t’inviter à déjeuner mais tu avais l’air trop occupée avec ce charmant danseur. Comment peux-tu oser ?

– Angélina : Qu’est-ce que tu vas encore t’imaginer, tu m’exaspères avec tes allégations à cause de faux-semblants. Il va falloir que tu arrêtes de surveiller mes moindres faits et gestes, ce n’est plus possible.

Une jalousie quasi maladive qui éclate à la vue de nombreux étudiants passant à proximité. Cet incident alimente quelques temps la conversation mais tout finit par rentrer dans l’ordre.

Estéban a un indéniable talent, c’est un « performeur » qui a également la capacité de surveiller son égo, ravaler sa fierté pour continuer d’avancer sans jamais regarder derrière lui. Il fait preuve d’introspection, se remettant sans cesse en question à chaque fois qu’il le faut. Une étonnante maturité pour son jeune âge. L’essentiel pour lui est de toujours être en accord avec ses pensées, ses intimes convictions.

Maxime porte beaucoup d’espoirs en ce jeune homme, au point de voir en lui un digne successeur, certain de son potentiel. Un danseur au talent à l’état brut, qui a pour devise d’aller toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort pour atteindre ses objectifs.

3

Véritable forcené, Estéban s’entraîne d’arrache-pied, répétant inlassablement sa chorégraphie sur une chanson très rythmée. La danse de salon peut facilement se pratiquer sur des musiques des plus actuelles contrairement à ce qu’on imagine. Maxime l’a largement démontré, contribuant à la modernisation et à l’expansion de son art. Interpelée par cette chanson aussi audacieuse qu’inattendue, Angélina observe Estéban. Toujours aussi impressionnée par tant de fougue et d’agilité, elle entre discrètement avant que ce dernier ne s’avance vers elle. Il prend sa serviette, s’essuie avec sensualité le front puis s’approche d’elle.

Le jeune danseur lui fait un tendre baisemain en remerciant sa directrice de passer lui rendre visite. Relativement près l’un de l’autre, immobiles, leurs regards ne se quittent plus. Estéban s’approche encore davantage, prend délicatement le visage d’Angélina entre ses mains et s’aventure à l’embrasser du bout des lèvres.

La directrice ne peux le repousser, une irrésistible envie l’en empêche. Un moment fort agréable dont elle profite finalement sans rien dire ni y faire d’objection. L’inconcevable devait bien finir par arriver, depuis des semaines ils se tournent autour sans vraiment le concevoir.

Une étrange et forte attirance qu’Angélina essayait de nier jusqu’à ce jour où tout bascule.

A la suite de ce qui pourrait être un simple égarement, Estéban prononce quelques mots surprenants. Cette situation est loin d’être anodine, c’est pour lui bien plus qu’un simple jeu de séduction.

« Vous êtes belle comme le jour, dès le premier instant où je vous ai vu, mon cœur a chaviré. » Une bien jolie phrase, qui engendre une position bien embarrassante pour Angélina, aussi inexpliquée qu’improbable.

Une déclaration que n’entend pas Maxime qui arrive quelques secondes après dans la salle, mais qui perçoit tout de même l’émotion sur le visage de sa sœur et son embarras. Elle fait rapidement la bise à son frère en guise de bonjour et s’éclipse pour les laisser travailler. Dans le doute, Maxime garde le silence mais sent bien qu’il s’est passé quelque chose.

Estéban est totalement déconcentré lors de son cours, ce que ne manque pas de faire remarquer son professeur. Estéban est extrêmement distrait, encore dans ses pensées. Il a l’air complètement ailleurs, à tel point que Maxime lui demande si tout va bien. Comme tout bon élève il recommence, essaie de se remettre au travail avec sérieux et application sans y parvenir. Impossible pour lui d’oublier ce qui s’est produit. Estéban est gêné, totalement déstabilisé et perturbé par son geste qui peut paraître quelque peu déplacé. Il a du mal à comprendre lui-même ce qui est arrivé, à expliquer la raison de son surprenant baiser inopiné.

Sachant bien qu’elle était mariée, il est soucieux de la réaction d’Angélina. Peut-être a-t-il simplement préféré l’ignorer pour se livrer en toute sincérité, même si cela semble maladroit voir incorrect et inconvenant.

Ce contexte l’empêche malgré lui de se concentrer comme il le souhaite. Il ne peut plus faire machine arrière, il y a incontestablement quelque chose entre eux. Ce baiser l’obsède, partagé entre gêne et satisfaction. Il est incapable d’effectuer le moindre mouvement correctement. Le cours est immédiatement abrégé par Maxime qui ne le sent pas du tout apte à continuer. Un fait totalement inhabituel pour lui, ordinairement exemplaire dans tous les sens du terme.

« Bon, on va arrêter là pour aujourd’hui, tu ne sembles pas bien dans ta tête, par conséquent pas bien dans ton corps. Je suis continuellement à faire des éloges sur toi tellement tu as du talent mais là, j’avoue que tu es complètement à l’ouest, à côté de la plaque. Ce n’est pas possible de continuer ainsi, tu n’arriveras à rien de bon ainsi. Je te dis à demain en espérant que tu sois dans un meilleur état d’esprit, que tu seras plus concentré au prochain cours ».

La gorge serrée, Estéban ravale sa salive puis s’excuse auprès de son mentor. Chacun range ses affaires, Estéban sort de la salle avec une mine perplexe tandis que Maxime va voir sa sœur. N’étant pas dupe, il veut savoir ce qui s’est passé et frappe à la porte en verre sablé du bureau d’Angélina qui l’invite à entrer.

– Angélina (étonnée) : Ton cours est déjà fini ?

– Maxime : Oui et c’est ce qui m’amène ici. J’ai perçu comme un malaise tout à l’heure quand tu es venue puis Estéban a été invraisemblablement hors du coup pendant le cours que j’ai dû annuler. Que s’est-il passé ?

– Angélina (après un moment d’hésitation) : Il m’a juste embrassé et fait une déclaration. C’est la première fois de ma vie et je dois bien l’avouer, j’ai beaucoup apprécié.

– Maxime : Oh, c’est un jeu dangereux, tu as pensé aux conséquences, à ton couple ?

– Angélina : Mais ça fait deux ans que je m’acharne de toutes mes forces à le sauver et je continue contrairement à ce que tu peux penser. J’essaie de le préserver du mieux que je peux mais j’admets qu’il n’est pas au beau fixe. Frédéric est devenu invivable. Je subis constamment ses reproches et sa possessivité excessive. Une attitude que je pourrai qualifier d’obsessionnelle, il guette mes moindre faits et gestes et m’épie continuellement. Il me suit à longueur de temps, ça en devient presque offusquant. J’étouffe littéralement Maxime.

– Maxime : Je suis désolée de l’apprendre, je ne pensais pas que ton mariage battait de l’aile à ce point. Je crains que cette histoire envenime un peu plus cette situation.

– Angélina : Ce n’est qu’un petit baiser de rien du tout, ne t’y mets pas toi aussi.

– Maxime : J’espère que tu sais ce que tu fais. J’avais des petits doutes en voyant votre complicité mais là, je suis fixé et un peu éberlué. Je ne t’imaginais pas comme ça.

– Angélina : Tu ne me croyais pas comment ? Etre une cougar ? Attirée par un minet qui a pratiquement l’âge d’être le fils que je n’ai jamais eu ?

– Maxime : Ma réflexion avait une toute autre signification. Tu sais très bien que je t’ai toujours soutenue et continuerai à respecter tes choix. Je pensais juste que tu ne te laisserais pas embringuer dans une histoire pareille.

– Angélina : Ce n’est aucunement une histoire Maxime. Je t’assure, ce baiser n’a pas la moindre signification. Certes, j’aurai dû le repousser et je ne sais pas ce qui m’a pris. Sûrement le plaisir d’être à nouveau courtisée mais soit rassuré, cela ne se reproduira pas.

– Maxime : Qu’est-ce que tu comptes faire maintenant ?

– Angélina : Oublier ce petit incident, c’était une erreur, une bévue et une méprise.

– Maxime : Le problème, c’est qu’Estéban semble avoir quelque peu succombé à ton charme.

– Angélina : Mais non, ne t’inquiètes pas, il va vite réaliser que c’est impossible, qu’il y a 15 ans d’écart entre nous. Je ne m’en fais pas pour lui.

– Maxime : J’aimerai bien te croire mais j’en suis moins persuadé que toi. Son trouble de tout à l’heure montre que c’est bien plus révélateur que tu l’imagines.

– Angélina : Ça va s’arranger, il est jeune et passera vite à autre chose.

– Maxime : Si tu le dis… Fais tout de même attention, cette histoire pourrait mal se finir.

Maxime est loin d’être convaincu, mais espère intérieurement que ça soit vrai. Il a parfaitement conscience qu’une telle liaison peut être compliquée et préjudiciable pour l’un comme pour l’autre. Néanmoins, il sait aussi qu’il n’a pas à juger, qu’ils sont assez grands pour en mesurer les conséquences. Ce qui lui importe avant toute chose, c’est que sa sœur soit heureuse.

Le lendemain, le professeur retrouve son « poulain » dans de bien meilleures dispositions. Mais Estéban doit des explications à son professeur et ne tarde pas à rentrer dans le vif du sujet. Il fait preuve d’une grande audace et de cran en prenant cette initiative, avec le risque de déranger, de déplaire, de froisser. La franchise est le meilleur moyen de se faire comprendre, la confiance est primordiale.

« Je sais qu’Angélina t’a raconté ce qui s’est passé alors je vais être franc. Je suis effectivement et sincèrement tombé amoureux d’elle mais je sais aussi très bien que cette relation n’est pas très concevable ni raisonnable. Je reconnais toute la complexité de cette situation que je n’ai pas forcément souhaitée, c’est venu comme ça, tout naturellement, comme si ça devait se produire. Je vais laisser faire les choses sans exercer la moindre pression. Même si je n’ai d’yeux que pour elle, je ne souhaite en aucun cas briser son couple, l’influencer ou la mettre mal à l’aise. Ce qui se passera se passera, mais une chose est sûre, c’était un moment intense, un désir affriolant que ni l’un ni l’autre n’avons pu refouler. »

Une discussion qui a le mérite d’être claire, brève mais nécessaire entre deux hommes devenus amis et très complices. Tous deux ne tardent pas à reprendre le travail interrompu la veille.

4

Etonnamment, Estéban est en toute possession de ses moyens. Il exécute ses mouvements avec une remarquable précision qui fait plaisir à son professeur. Il semble avoir mis de côté cette forme de déconvenue, arrêtant de se poser des questions inutiles.

Au fond de lui il est certain qu’Angélina éprouve la même chose, il attendra juste patiemment qu’elle s’en aperçoive et vienne vers lui quand elle se sentira prête à assumer. Un jour viendra lui dit une petite voix intérieure, comme si leurs destinées étaient forcément liées.

Une petite semaine s’écoule, le quotidien reprend le dessus, Angélina et Estéban s’abstiennent de se voir pour éviter que les choses ne dérapent à nouveau. Malgré ces efforts, ce baiser « volé » reste inconsciemment dans l’esprit de chacun. Un fait révélateur dont il est bien difficile de faire abstraction.

C’est lors d’une cérémonie de remise des prix que la situation va se décanter. Estéban est plébiscité par le corps professoral et se trouve désigné meilleur espoir de cette première promotion. En tant que directrice, c’est naturellement Angélina qui lui remet son prix et l’embrasse affectueusement. Si chaleureusement que par mégarde ou volontarisme, ses lèvres frôlent, effleurent pour ne pas dire touchent celles du jeune danseur.

Ce bel athlète, aussi performant dans son art que séduisant, dégage une sensualité inouïe qu’on ne peut qu’apprécier et envier. Une flagrance, Angélina est terriblement attirée car on a beau chasser le naturel, il revient au galop. Elle recule avec un grand sourire dissimulé avec subtilité sous les applaudissements, comme si de rien n’était.

Passée inaperçue pour certains, cette petite supercherie n’a pas échappée à Maxime. Il regarde cette étreinte paraissant anodine sans mot dire, mais craint que cette fois ce petit jeu ne finisse par prendre définitivement le dessus sur la raison.

Frédéric, dans la salle avec le public et les invités, se trouve trop loin pour avoir pu distinguer ce nouveau baiser furtif. Mais ce rapprochement de trop a une nouvelle fois soulevé ses doutes. Cette connivence qui s’installe est indéniable et l’agace sérieusement.

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