Croix de sang au Grand Hôtel

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Entre la mort suspecte de Bertrand Comas,retrouvé gelé, cervicales brisées, sur l’étang du Diable et le meurtre sanglant de son père, Raymond, découvert nu, attaché sur une chaise, des croix gammées tracées avec son sang sur les murs de sa salle de bains, quelle terrible fatalité s’abat sur le clan de la plus riche famille de Font-Romeu ?

L’inspecteur Jepe Llense et son compère José Trapero devront interrompre leurs vacances aux sports d’hiver, pénétrer au coeur de la société cerdane et réveiller les fantômes du Grand Hôtel et du maquis de Llo pour comprendre.



Daniel Hernandez fait revivre le mythique Grand Hôtel.

Publié le : dimanche 1 janvier 2006
Lecture(s) : 17
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782908476479
Nombre de pages : 261
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JOUR 1
Même si elle n’avait rien de comparable aux grandes stations alpestres, son ensoleillement, son his-toire et le tracé de ses pistes au milieu de la forêt dans l’écrin de la Cerdagne, élevaient la station au rang de fleuron des Pyrénées.
Début février, l’inspecteur Jepe Llense avait choisi une période hors vacances scolaires pour mieux pro-fiter de ses atouts et glisser sur la neige. Arborant une combinaison sang et or qui amplifiait le caractère colossal de sa silhouette, il godillait en sou-plesse à la recherche de la neige non damée. Dans une tenue plus discrète, José Trapero s’appli-quait à le suivre dans un style moins académique. L’ancien international de rugby n’était pas avare de conseils : – Prends la pente ! Rentre ton cul ! Et mille autres conseils que José avait du mal à mettre en pratique. Ce n’était pas tant pour skier que pour faire un break avec sa compagne que José avait accepté l’invitation de son ami. Après deux années idylliques
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de vie commune, sa relation avec Luce traversait une mauvaise passe. Tout allait pour le mieux lorsque, une semaine plus tôt, elle lui avait annoncé qu’elle était enceinte. Alors qu’elle rayonnait de bonheur, une réaction négative s’était emparée de lui. Il avait simulé la joie, mais dans sa tête les vieux arguments culpabilisants avaient resurgi. Pour avoir par deux fois donné la mort, il esti-mait qu’il n’avait aucun droit dans le domaine de la vie.
Ce jour-là, Luce s’était faite belle. Elle avait com-mandé un plateau de fruits de mer. Ils l’avaient accom-pagné de leur vin blanc préféré, un muscat sec de Baixas. D’ordinaire ces repas intimes se terminaient par un délire affectif débordant de bonheur et de frissons d’amour. José sonna faux. Luce s’en aperçut et doucement, avec sa patience habituelle, elle avait dénoué l’éche-veau emmêlé de ses pensées. Il l’entendait encore mettre le doigt sur ses doutes. – José, je te sens triste. C’est cet enfant qui te fait peur ? Il répondit maladroitement, avec des arguments bateau, comme s’il voulait écarter l’évènement. – Je ne sais pas. Tu ne crois pas qu’on est trop vieux ? Tu vas faire quarante ans l’année prochaine et moi j’en ai déjà quarante-quatre ! Tu crois pas qu’on devrait… Il ne finit pas sa phrase, s’en voulant déjà d’une réaction aussi malhabile et irréfléchie. – Qu’est-ce que tu entends par-là ? rétorqua-t-elle, tu veux que j’avorte ? Pourquoi ? On a tout pour élever un enfant. Un enfant à nous, tu te rends compte !…
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Son enthousiasme lui fit encore plus peur. Il crai-gnit de ne pas être à la hauteur de l’amour de Luce et de celui qu’allait lui demander cet enfant. Percevant sa crispation, Luce n’insista pas et tenta de désamorcer sa bombe. – De toute façon, rien n’est certain, je n’ai pas encore fait de test de grossesse. José revit les fioles pharmaceutiques dans la salle de bains. Il eut la certitude qu’elle était enceinte ; pour le rassurer, elle lui mentait. A cause de sa réaction, quelque chose venait de se casser entre eux. Quand ils s’étaient couchés, il lui avait fait l’amour comme un naufragé qui se raccroche à un radeau. L’illogisme de son angoisse ne la rendait que plus dan-gereuse. Il n’avait pas pu s’endormir. Il avait vu défiler les visages des femmes qu’il avait abandonnées lorsque ce manque d’assurance l’étreignait. Il ne voulait pas que cette fuite de lui-même se reproduise avec Luce. Le lendemain matin, il y avait eu le coup de fil de Llense. C’est Luce qui avait décroché. Le Catalan les invitait à passer une semaine au ski à Font-Romeu. – Ce sera super de se retrouver. Démerde-toi pour déplacer tes cours à la fac ! Luce ne s’était pas démerdée. A l’inverse, elle avait prétexté de son travail pour manœuvrer et expédier José. En substance, elle lui avait fait comprendre qu’une coupure était nécessaire. – Tu es traumatisé par le fait que je sois enceinte. T’as pas encore oublié la mort de Jean-Claude ni celle du dealer. Quand finiras-tu par ne plus te sentir aussi irrémédiablement coupable ? Tu as le droit d’être
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heureux et d’avoir un enfant, enfin, si tu le désires… Va prendre l’air, réfléchis… Une semaine entre céliba-taires, ça ne peut que te faire du bien… En revenant, tu auras les idées claires… Avorter est une décision grave… Moi j’y tiens à notre enfant… Encore une fois, elle avait tout deviné. Elle lui laissait l’initiative mais elle avait eu l’habileté de lui décocher le “notre enfant” qui, immédiatement, l’avait rendu vivant.
Le duo en avait terminé avec la descente de laPoule au Pot. Llense estimant l’échauffement suffisant décida de s’attaquer à des pistes plus difficiles. – C’est bon maintenant! Allons sur laRecord. Le tire-fesses les hissa jusqu’au sommet du Gallinera. Tout en haut des remontées mécaniques, ils prirent le temps de contempler le paysage. Au sud, la plaine de la Cerdagne s’étalait bordée par les massifs du Cambre d’Aze, du Puigmal et les montagnes espa-gnoles jusqu’aux falaises du Cadi. Au nord, le Carlit dominait sa chaîne bornée par les lignes pures du Col Rouge et du Tossal Colomers. Bourdon incongru, un hélicoptère rouge grossit dans le ciel et les survola. Il filait en direction du Mortiers. L’hélicoptère de la sécurité civile avait décollé depuis le parking de l’école d’Odeillo. A son bord, outre le pilote et le mécanicien, il y avait le maire de la ville, Sauveur Pages, le chef de la brigade de gendarmerie, Jacques Authier et le docteur des pompiers, Georges Sastre. Des randonneurs avaient signalé un accident mortel au pied du Mortiers. Informé sur l’identité de la victime, Pages avait insisté pour se joindre à l’équipe. L’Alouette eut tôt fait de surplomber l’étang du
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Diable. Le pilote ne se risqua pas à se poser sur la glace de l’étang ; il choisit un espace dégagé près des berges. La grande hélice finissait tout juste de tourner que, le buste en avant, Sastre et Authier se précipitaient en courant. Le docteur fut le premier à se pencher sur le mort. Il l’examina, soulevant sa tête et déplaçant ses membres. La cause première du décès, était évidente, la nuque était cassée ! – Le coup du lapin ! déclara-t-il. Son cou est com-plètement démonté… des fractures au bras droit et à la jambe gauche mais sans importance si l’on peut dire. – C’est bien le fils Comas, confirma pour sa part le maire. Il a eu de la chance que des randonneurs le découvrent ce matin ; avec une nouvelle chute de neige, on ne le découvrait qu’au printemps ou jamais… Alors que le docteur et le pilote enlevaient le cadavre, Authier et Pages examinaient les environs. La montagne dressait ses flancs verticaux jusqu’au Mortiers et au Terrers. Une mini-avalanche s’était déclenchée depuis une corniche supérieure. Sa trajec-toire dégoulinait jusqu’au lac ; des blocs de neige avaient roulé sur sa glace. Authier jumela. Il repéra un ski planté dans la pente. Comme il était accessible ; ils prirent le temps de le récupérer. Il était identique à celui projeté à plusieurs dizaines de mètres de là. On pouvait facilement imaginer ce qui s’était produit : une impru-dence de débutant ou d’un skieur trop sûr de lui ! – La cause du décès est évidente, un accident. Tu crois qu’il est nécessaire d’amener le corps à la morgue ? émit Sauveur en s’adressant à Authier. Ce serait mieux de le rapatrier directement chez lui ; cela éviterait des complications, proposa-t-il.
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