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D'accord

De
98 pages

Le vieil Abraham écoule la fin de stock de sa vie dans le grand blanc d’Alzheimer, entre les murs d’une paisible et gentiment sinistre maison de retraite sise au coeur des pâturages de Normandie. Son fils, le narrateur, et son petit-fils lui rendent visite. Pas sûr qu’il les reconnaisse. Ni que ce ne soit pas la dernière fois. Ni que cela change quelque chose au vertigineux vide de son existence. Mais, au moins, il est d’accord.


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couverture

Le point de vue des éditeurs

Un homme rend visite à son vieux père, peut-être pour la dernière fois. Il emmène avec lui Vlad, son jeune homme de fils, tout en regrettant de lui imposer une telle promenade de santé. Mais face au vide, au froid, au silence que la maladie – la fuite de l’esprit, l’effacement de la mémoire – ne suffit pas à expliquer, c’est Vlad qui prend les choses en mains.

Avec un art consommé du funambulisme, Denis Beneich trace une géométrie intime des éclipses de la transmission. Et nous offre un bijou d’humanité, d’émotion combattue et d’humour salvateur. Comme une posologie délicate et généreuse contre les violences du bilan familial, D’accord propose une économie alternative des échanges, une petite fugue espiègle, traversée d’une poésie d’avant la nuit.

DENIS BENEICH

 

Denis Beneich est l’auteur de sept romans, dont Le Plus Grand Rabbin du monde (Denoël, 2002) et Le Sérieux des nuages (Actes Sud, 2010). Il est également traducteur et éditeur. Il a dirigé la collection “Nouvelles Angleterres” chez Balland, qui a fait connaître des auteurs comme Nicholson Baker, Stephen Dixon, Dave Eggers ou Edward Saint Aubyn.

 

DU MÊME AUTEUR

 

SOFTWAR (avec Thierry Breton), Robert Laffont, 1984 ; Le Livre de Poche no 6092.

FAUSSE DONNE, Balland, 1990.

L’IMPOSTEUR, Balland, 1992.

L’ANNIVERSAIRE DE LIZ LAPIN, Balland, 1993.

LE PLUS GRAND RABBIN DU MONDE, Denoël, 2002.

LES CORBEAUX DE PROVIDENCE, Denoël, 2006.

LE SÉRIEUX DES NUAGES, Actes Sud, 2010.

 

Illustration de couverture : © Alessandro Gottardo

 

© ACTES SUD, 2017

ISBN 978-2-330-08081-5

 

DENIS BENEICH

 

 

D’accord

 

 

roman

 

 
ACTES SUD
 

À Joséphine-Parker B.-B.

À Myriam Anderson.

Au Dr J.-É. Pagenel.

 

Puisque l’espace de vie que nous avons à parcourir est court, tu retrancheras les longs espoirs.

 

HORACE, Odes, I, XI.

 

Dans le lointain, une musique militaire de fifres et de tambours joue le Kol Nidré.

 

JAMES JOYCE, Ulysse.

 

Chez nous, les dîners de famille, c’était toujours la grande affaire. Que le calendrier fût religieux, scolaire ou Dieu sait quoi, ils obéissaient à un rituel qu’on aurait cru gravé dans la pierre ; peut-être sur les murs de notre salon. Personne cependant n’aurait été en mesure de dire la raison d’un tel cérémonial ni pourquoi, de saison en saison, on retrouvait les mêmes têtes autour de la table. Comme si ces évènements primaient tout et que, parmi les nôtres, on ne tombait jamais malade ; absences, disparitions, décès et enterrements ne touchant qu’arrière-grands-tantes et autres parents éloignés. Dès lors, les conditions semblaient réunies pour que, de toute éternité, il en soit ainsi. Nul mystère là-dedans ; c’était comme ça. La répétition de ces fêtes était une fête en soi, un fait accompli. Malgré l’attente routinière des invités ; quelques heures en forme de prélude qui ne suffisaient jamais aux préparatifs de la soirée.

 

Ces festivités mobiles se déplaçaient avec tantes et oncles, ou vice-versa. Tout à coup, du fin fond d’on ne savait quelle lointaine province, ils s’éveillaient pour converger vers le sixième étage d’un appartement moderne de la rue Pradier dont les grandes baies vitrées donnaient sur le gris lumineux d’un ciel parisien et les toits de zinc d’immeubles anciens que la pente des collines du 19e arrondissement entraînait pêle-mêle, depuis les hauteurs de la place des Fêtes, un peu sur la gauche, vers la rue Fessart de mon école communale, la pistoche Pailleron et les Buttes, jusqu’aux contrebas du gibet de Montfaucon d’autrefois ; quartier de la Grange-aux-Belles aujourd’hui et confins de toute ma vie d’alors.

À l’exception d’un antique canapé de cuir naturel dont un ressort était apparent, d’un fauteuil club à clous, en moleskine noire, dépareillé, d’un lampadaire droit et d’une table ronde à rallonges avec ses quatre chaises, le salon paraissait presque aussi nu que le parquet sans tapis. On oubliait de remarquer le paysage à l’huile peint par l’oncle Max, accroché un peu haut sur le mur. Le piano droit de ma mère occupait un coin de la pièce, embaumant la cire d’antiquaire. Les teintes rougeâtres de l’acajou scintillaient de reflets capiteux.

 

J’occupais la chambre d’enfant, au fond de l’appartement. J’aimais mieux dire : “l’aile nord” depuis qu’un jour, dans un livre, cette tournure m’était tombée sous les yeux. Tout au bout d’un couloir en T qui faisait une sorte de tuyau coudé où les bruits de l’appartement confluaient pour venir jusqu’à moi, amplifiés et d’une clarté saisissante, comme ceux qui s’abattent sur nous en plein milieu de la nuit.

“Dora ! Dora ! Dora !” grognait mon père, roulant les r par-dessus ses voyelles.

Il sortait de sa chambre, martelant le sol.

“Mais, Dora, mais Dora, répétait-il. C’est pas possible, ce bordel ! T’as pas l’air de bien te rendre compte de l’heure qu’il est…”

J’entendais ses pas se presser dans le couloir.

“Adieu la valise ! s’écriait-il, une fois parvenu au salon. La table est même pas mise ? Mais tu attends quoi ? Le messie ? Ta putain de famille va arriver et c’est encore à moi qu’ils vont faire des réflexions à la con…”

Puis, comme s’il ne s’était adressé à personne en particulier ou qu’il n’avait rien dit qui méritât une quelconque attention, il faisait volte-face, happé par un souci pressant, et s’en retournait d’une même démarche pesante et agitée vers sa chambre dont il enfonçait systématiquement la porte avant de la claquer derrière lui.

 

Que ma mère l’ait entendu ou non, on ne le savait pas. Peut-être laissait-elle parfois les ustensiles de cuisine répondre à sa place : le cliquettement d’une casserole, le demi-coup de cymbale d’un couvercle, le raclement d’une marmite sur la gazinière, entrecoupés par la rumeur de l’eau qui coule, s’arrête puis reprend, la succion de ventouse d’une porte de frigo qu’on ouvre. Dans ces fragments sonores, pareils à des lampions suspendus le long d’un cordon tendu entre la cuisine et l’aile nord, il y avait l’écho de son attente à elle ou d’un silence qui en disait long, mais dont j’ignorais tout. Esseulée, une voix humaine, insouciante, parlait sans début ni fin, échappée d’un poste de radio.

 

Depuis que je lisais des romans policiers pour la jeunesse, j’étais convaincu que mon père n’aurait pas fait un bon détective. Où qu’il aille, quoi qu’il fasse, on l’entendait arriver, s’arrêter, repartir, être simplement quelque part dans l’appartement, comme trahi par l’agitation d’un persistant feuillage autour de lui. Hors vociférations, s’entend. Car si on ne le voyait que rarement, on l’entendait toujours plus qu’on ne l’aurait souhaité. Au repos, par exemple, lisant son journal dans le fauteuil du salon, il ne pouvait s’empêcher de le faire à voix basse, se donnant pour ainsi dire lecture d’un article, avec marmonnement du titre, sous-titre, nom, prénom du journaliste, légende de l’illustration et pause entre les paragraphes. En regagnant sa chambre, il rudoyait habituellement la poignée de porte avant d’entrer. Sa cachette elle-même s’entendait.

“Alors là, mais c’est… Machin ! Ta sœur déconne à plein tube !” rugissait mon père, sorti une fois de plus en bourrasque de sa chambre, une menace assourdissante à la bouche.

 

Dans l’aile nord, quartier général du bruit de l’appartement, penché sur mes devoirs de classe, je comptais les exercices de grammaire à faire ; le jeu consistant à tous les finir avant l’arrivée des invités. Quand ils étaient nombreux, du coup, j’étais content. Noir sur blanc, l’impeccable numérotation du livre échelonnait pour ainsi dire les étapes d’une attente au terme de laquelle je savais qu’un dîner de fête, invariable et certain, aurait lieu. Et qu’il se déroulerait à merveille, comme tous les autres que j’avais jusque-là connus. Moment pour moi simple et naïf, plein de promesses. Quant au va-et-vient des colères de mon père, criant dans le couloir comme du trottoir d’en face, cela faisait partie de son attente à lui. Question d’habitude. Ça aussi, c’était comme ça.

 

“Maintenant, c’est clair et net, elle se fout de la gueule du monde, ta sœur ! Et dans les grandes largeurs, en plus !

— Si tu tiens à faire les questions et les réponses…, répliquait ma mère, placidement, d’une voix retranchée, lointaine.

— C’est ça, te gêne surtout pas, vas-y : fais-nous ta sourde oreille quand ça t’arrange pendant que je parle aux murs…

— Calme-toi un peu, veux-tu, et dis-moi plutôt ce qui te met dans un tel état.

— Me calmer ? Tu veux que je me calme ? Mais comment tu veux que je me calme ?

— En commençant par parler moins fort…

— Mais c’est parce que tu es sourde… Et maintenant, c’est de ma faute à moi si tu es sourde ?” fulminait-il.

 

Les braillements de mon père, quand ils reprenaient, me faisaient parfois relever la tête de mes livres et cahiers, mais pas forcément. Quand ils se poursuivaient, je retournais à mes exercices sans même attendre qu’ils s’achèvent. Comme si la familiarité de ces bruits finissait par créer une sorte d’angle mort pour mes oreilles. D’ailleurs, j’en connaissais la trame, les courbes, les gros mots, sans surprise. On aurait dit qu’il aboyait, sans mordre. Ça durait ce que ça durait ; le temps de ses “sautes d’humeur”, disait ma mère. Une manie de la personne, faite d’émotions tonitruantes et de colères rouges qui passaient comme la vague sur la vague pour recommencer. Par ailleurs, un enfant s’attend à tout.

“C’est ma famille que tu attends ou le résultat de tes courses de chevaux ?” demandait ma mère en le voyant trépigner d’impatience.

“Tu parles, tu parles, et tu sais même pas de quoi tu parles en plus…, bouillonnait-il. Qu’est-ce que je joue ? Une misère pour gagner une misère ! Voilà ma putain de vie ! Parce que si j’avais pas ces putains de chevaux pour me changer les idées, tu m’aurais déjà rendu fou, fou, fou à lier ! Bon pour le cabanon, ni une ni deux, direct !”

 

Avec un grognement d’impuissance qui lui pliait la nuque, mon père s’interrompait, suffocant, congestionné, donnant les signes d’une attaque à deux doigts de l’emporter. On aurait dit aussi que, d’un coup de sang à l’autre, il se trompait chaque fois de colère ou qu’il les passait en revue, sans distinction, étourdi lui-même par l’éclat de sa voix.

“Je sais pas, je sais pas ce qui me retient…, répétait-il d’une voix de stentor, serrant les poings.

— Pourquoi ne pas aller faire un petit tour aux Buttes pour te détendre ?

— Aux Buttes ! Non mais, aux Buttes ? Et puis quoi encore ? Pour me faire égorger par les voyous qui traînent là-bas ? Non, non et non, ta famille et toi, vous vous débarrasserez pas de moi aussi facilement. Ils en ont déjà pris six millions, ça suffit pas comme ça ? Faut me rajouter à la liste ? Putain de famille, tiens… Et de merde !

— Pourquoi tant de grossièretés ?

— Pourquoi ? Tu oses me demander pourquoi ? Mais va demander ça à ta sœur Huguette, pas à moi. Avec ses grands airs de machin de mes deux… Elle peut toujours s’excuser pour le retard. Tu sais où je me les mets, ses excuses ? C’est ça : au cul ! C’est un hôtel ici, dis-moi ? Alors, comme ça, Madame arrive quand ça lui chante ? Et nous, on est ses larbins ?

— De quoi s’agit-il, exactement ?

— Aller chercher la tante Perla à Clichy, quand on l’attend pour dîner, tu trouves ça poli, toi ?

— Délicat, oui.

— Et les taxis ? C’est fait pour les chiens délicats, les taxis ?

— C’était gentil de…

— Gentil ? Gentil à d’autres, ouais ! Quand tu as ta Huguette qui ouvre tellement pas sa gueule de la soirée qu’on sait même pas ce qu’elle pense en douce et la Perla, sourde comme un pot, qui parle pour rien dire, où tu vois que c’est gentil, toi ? Où ? Et ce putain de magot que lui a laissé son abruti de mari qu’elle a tué, c’était pas gentil, ça ? Bravo la vieille, qu’est-ce qu’elle veut de plus ?

— Toi aussi, un jour, tu seras vieux et peut-être seul comme elle…

— Moi ? s’égosillait-il. Mais, alors là, tu te mets le doigt dans l’œil et profond, parce que, écoute-moi bien, Dora… Une bonne fois pour toutes, je préfère mille fois crever tout de suite la gueule ouverte, rien que pour pas lui donner ce plaisir !”

 

Profitant d’une accalmie, je quittais mon bureau d’écolier pour aller chercher un verre d’eau. Le silence revenu dans l’appartement faisait paraître le couloir immensément long et désert. En entrant dans la cuisine, je voyais quelquefois ma mère accoudée à la fenêtre, fumant rêveusement, le regard captivé par les rubans de fumée de sa cigarette ; dénoués dans l’air, ils s’envolaient l’un après l’autre vers les lointains verdoyants du parc des Buttes-Chaumont. Elle m’entendait, tournait insensiblement son visage vers moi, le temps d’esquisser un sourire. Déjà, la cigarette entre ses doigts la rappelait ailleurs. Des effluves de crème hydratante pour les mains laissaient à la traîne comme une petite odeur de souvenir.

Je remplissais mon verre d’eau à ras bord, le buvais lentement, jusqu’à la dernière goutte.

“Je peux mettre la table, si tu veux, disais-je, brisant le silence.

— Penses-tu ! répondait-elle sans se détourner. Merci, mais ça ne me prendra que deux minutes…”

 

Dans le couloir, je croisais mon père. D’un gros doigt court plaqué sur le milieu du verre de ses lunettes, il repoussait d’épaisses montures qui glissaient sans cesse. De larges bretelles tiraient son pantalon vers le haut, fendant de part et d’autre ses épaules étroites tout en accentuant son bedonnement. D’une main, il agitait un journal plié à la rubrique des courses hippiques tandis que, de l’autre, il tenait une liasse de petits papiers griffonnés de haut en bas, de chiffres, de colonnes et de ratures.

“C’est quoi, ça ? demandait-il en se penchant vers moi.

— Ça, quoi ?

— Te fous pas de ma gueule, tu veux, oui ? s’impatientait-il en secouant sa paperasse. Qu’est-ce que tu fiches ?

— Mes devoirs.

— Tes devoirs ? Tes devoirs, tu les fais dans le couloir, tes devoirs ? T’as rien trouvé de plus pratique…

— J’avais soif, l’interrompais-je.

— Et là, maintenant, t’as soif ?

— Non.”

Ce n’était pas exactement ce que j’aurais voulu dire, mais l’idée était là.

 

Je regagnais ma chambre, retrouvais mon cahier et les innombrables exercices de grammaire entassés dans le petit volume du Bled à couverture grenue dont la teinte vert moisissure lui donnait l’aspect d’un coquillage moussu et plat, avec des perles à l’intérieur ; cette “aile nord”, par exemple, trouvée là, et qui faisait depuis mes délices, surtout quand, l’évoquant pour moi seul, je me sentais irrésistiblement élevé au rang de jeune châtelain.

“Ça va durer encore longtemps, ce petit jeu ?” s’indignait une fois de plus mon père en repassant par le couloir.

Ou lorsque, dans le même livre, aux côtés de La Fontaine, Colette et Alphonse Daudet, il était fait mention d’un nom d’auteur semblable à celui de notre famille et dont l’exercice 929 rapportait une phrase de sa main : “Le printemps ! Aussitôt le vert apparaît partout.” Bon.

“Oui, répondait ma mère.

— Merci, mon Dieu ! c’est un miracle !

— Quel miracle ?

— Celui qui a débouché tes putains d’oreilles !”

 

Cet homonyme ne figurait pas sur la liste des ancêtres de notre tribu. En matière de généalogie, les membres de ma famille n’y connaissaient rien, s’en vantaient, ne serait-ce que pour remettre en question et à qui mieux mieux la vertu d’une regrettable arrière-grand-mère. “La pauvre, s’apitoyaient-ils, elle est morte depuis longtemps, mais…” Un “mais” au tour talmudique qui, à peine lâché, fournissait le prétexte à une foule d’anecdotes ; les soi-disant vraies, les autres, pas forcément fausses, connues de tous, qui déclenchaient des quintes de rire parmi les invités, les faisant se lever précipitamment de table et courir tour à tour aux toilettes.

 

Le sens des propos échangés lors de ces dîners, le plus souvent, me passait sous le nez. J’en avais pris mon parti. Pourtant, je croyais reconnaître la plupart des termes, même si, à l’évidence, la charge comique de certains m’échappait. À moins que ce fût là une question d’intonation ; chacun s’appliquant à moduler sa voix suivant une mélodie hassidique, d’autres fois en épousant la courbe des sommets et des creux d’une montagne russe.

“Vraiment, vraiment, ta famille dépasse les bornes ! reprenait mon père en beuglant. Toutes les bornes ! Tu m’entends ? Et laisse-moi te dire que c’est pas la première fois !”

 

À mon âge, il était normal de ne pas tout à fait comprendre ce que les adultes faisaient ou se racontaient. Curieusement, il en allait un peu de même avec les idées qui me passaient par la tête. Par exemple : Quand tout cela finirait-il ? me demandais-je. Par “tout”, je n’entendais rien de bien précis, malheureusement. Les cris de mon père, sûrement, en faisaient partie. Ou encore, si l’enfance avait une fin, comme les uns et les autres ne cessaient de le regretter déjà pour moi en me regardant droit dans les yeux, ces dîners de fête connaîtraient-ils le même sort ou me poursuivraient-ils jusqu’à ce que, à mon tour, j’atteigne l’impossible âge de mes tantes et oncles ? Une chose cependant résistait à cette confusion : tout compte fait et généalogie mise à part, il n’y avait peut-être pas de raison pour moi d’être davantage lié à cette famille qu’à cet écrivain qui, dans mon livre de grammaire, s’appelait comme nous.