D'un Rouge Incomparable

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Dans le Montpellier de 1791, Élisabeth Coste, drapière, décide d’adopter une petite fille abandonnée. À cette occasion, elle retrouve Joseph Durand revenu en ville après 25 ans d’absence et devenu juge de paix. Leurs retrouvailles les bouleversent.

Harcelée parce qu’elle est la sœur d’un prêtre réfractaire, elle voit injustement tous ses biens confisqués par les autorités. Joseph Durand est chargé de poser les scellés sur ses meubles et sa boutique.

Alors que les Espagnols sont annoncés aux portes de la ville et que la rumeur d’une famine sans précédent s’amplifie, Élisabeth, acculée financièrement, décide de faire cuire des galettes pour nourrir sa fille. Mais en période de crise, l’acte le plus insignifiant peut devenir un acte politique. Artisan du malheur d’Élisabeth et révolutionnaire convaincu, Joseph parviendra-t-il à l’aider dans son combat contre l’injustice ? Ses rêves de liberté et d’égalité résisteront-ils à la réalité ?


Librement inspiré de faits réels, ce roman dépeint avec une grande fidélité un épisode de la Terreur à Montpellier.

L’écriture limpide et soignée de Véronique Chouraqui donne une dimension psychologique particulière aux personnages qui, malgré eux, sont sommés, non pas de choisir, mais d’appartenir à un camp.


Publié le : jeudi 17 septembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782366520910
Nombre de pages : 412
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Table des matières
TITRE
PREMIERE PARTIE
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
DEUXIEME PARTIE
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
TROISIEME PARTIE
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
QUATRIEME PARTIE
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
EPILOGUE
NOTES DE BAS DE PAGES
PREMIERE PARTIE « S’aimer bien plus qu’on ne le croit1»
-1-Midi venait à peine de sonner ce 3 novembre 1791. L’agitation de la ville commençait à retomber. Les marchandes, venues de tout le département et même des départements voisins, remballaient leurs marchandises. On entendait les charretiers hurler après leur cheval ou leur mule, les fouetter, et partir à toute allure sans prendre garde aux passants. Élisabeth venait de fermer la porte de sa boutique. L’hiver, qui s’annonçait précoce et rigoureux, lui avait permis de vendre dans la matinée une dizaine de bas et de bonnets de laine, des mouchoirs de nez et quelques mouchoirs de cou. Elle avait demandé à Catherine, sa domestique, de porter le repas à son père. Depuis quelques mois, le vieil homme, malade, ne quittait pratiquement plus sa chambre. Elle s’apprêtait à déjeuner avec sa voisine et amie de toujours, Louise Ballard. Du lard avec un morceau de pain, quelques châtaignes et des noix, du vin généreusement coupé d’eau. Contre un repas partagé le midi, des petits cadeaux de temps en temps, le lavage de son linge par Catherine et l’achat du charbon l’hiver, Louise secondait Élisabeth dans sa boutique. Ce n’était pas un marché qu’elles avaient conclu, c’était plutôt une situation qui s’était installée progressivement, des services qu’elles se rendaient. Pour s’entraider. Pour éviter que l’une croule sous les responsabilités et que l’autre s’enlise dans l’ennui. Pour briser leur solitude, surtout. Veuve depuis de nombreuses années, à la mort de sa fille et après le départ de son gendre pour Nice, Louise s’était retrouvée seule. Son fils, soldat, devait toujours servir dans l’armée. Elle n’en savait rien, elle n’avait plus de nouvelles. On frappa à la porte. Sans attendre de réponse, un garçon entra, âgé d’une dizaine d’années à peine. Il balbutia quelques mots en patois. Elles comprirent : « Ma mère va arriver, je dois partir ». Avant même qu’elles n’aient eu le temps de voir son visage, le garçon avait filé, laissant un paquet au sol devant la porte. Élisabeth ne bougea pas, pétrifiée devant le sac de toile grossière et sale qui gisait devant elle. Louise, affolée, appela Catherine et partit en courant, aussi vite que ses pauvres jambes le lui permettaient, à la poursuite du garçon qui avait déjà disparu. Catherine l’avait rejointe et dépassée, mais elles revinrent bredouilles. Élisabeth n’avait pas touché le sac. Elle n’en avait pas besoin. Les trois femmes savaient bien ce qu’il contenait. De tels paquets, il y en avait des dizaines abandonnés chaque semaine devant une église, l’hôpital de charité ou, mais beaucoup plus rarement, devant des maisons qu’on pensait riches. Il y avait quelques années déjà que les Coste ne comptaient plus parmi les riches de la ville, mais personne ne le savait encore si ce n’est Élisabeth et son amie. Même le père Coste, qui avait assisté au lent déclin de son entreprise, ne pouvait imaginer l’état de leur appauvrissement. Élisabeth se battait contre vents et marées pour que personne, surtout pas ses fournisseurs, ne connaisse la situation financière réelle de sa famille. Louise saisit le paquet, l’entrouvrit avec précaution et découvrit le visage d’un nourrisson pâle et maigre qui n’avait même pas la force de pleurer. Elle posa le paquet sur la table, puis se tourna vers son amie : —C’est un nouveau-né ! ajouta-t-elle, que va-t-on en faire ? On ne peut pas le garder ici ! Élisabeth ne s’était même pas déplacée pour le voir. —Il faut avertir la municipalité, à moins qu’il faille le porter directement à l’hôpital ? demanda encore Louise. —À l’hôpital ? Mais elle va mourir ! —Écoutez Élisabeth, nous allons avertir un officier municipal ! Ce genre d’histoire peut attirer des ennuis. —Envoyez plutôt Catherine chercher une nourrice, cet enfant doit être nourri. Pour le reste, nous verrons plus tard.
Louise sortit et cria à Catherine, qui s’apprêtait à partir demander des renseignements sur le garçon au voisinage, d’aller trouver une nourrice et de la ramener de toute urgence. Lorsqu’elle rentra, elle trouva Élisabeth assise sur la chaise à bascule avec le paquet, qu’elle n’avait même pas défait, dans les bras. Elle le serrait fort comme si elle avait peur de le lâcher. La petite tête dépassait à peine. Élisabeth semblait lui chanter une berceuse, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Louise s’approcha : —Vous n’auriez pas dû le toucher Élisabeth, cet enfant peut être porteur de maladie. Personne ne sait depuis combien de temps il n’a pas été langé et lavé, ni dans quelles conditions déplorables il devait vivre. N’allez pas attraper une maladie ! Elle fit mine de saisir le baluchon, mais son amie crispa ses mains dessus pour l’en empêcher. Louise insista : —Je vais m’en occuper Élisabeth, donnez-moi l’enfant ! Élisabeth regarda son amie : —Non ! —Comment non, mais qu’est-ce qu’il vous prend ? Il faut emmener l’enfant à l’hôpital ! Peut-être que sa mère viendra le réclamer, ou son frère, peut-être qu’un membre de sa famille apprendra qu’il… —Elle n’ira pas à l’hôpital ! Vous savez très bien ce qui l’attend là-bas. Vous savez très bien que c’est faux, que personne ne viendra la chercher ! Elle n’a aucune chance de survivre dans cet endroit. Elle crèvera de faim ou de maladie ! —C’est possible, mais nous n’y pouvons rien. Nous ne pouvons aller contre la volonté du Seigneur. Il est le seul à pouvoir décider de son avenir. Personne n’a le sort de cet enfant entre ses mains. Ni vous, ni moi ! —Je n’ai pas cette prétention, mais je peux au moins tenter de l’aider. On ne sait même pas si elle a été baptisée… Si elle venait à nous quitter sans avoir reçu les saints sacrements ? Et puis, qui sait ? Peut-être que le garçon va revenir, il a dit qu’il allait chercher sa mère. Je pourrais… —Pourquoi dites-vous elle ? Vous ne savez même pas si c’est un garçon ou une fille ! —C’est une fille, je le sais ! Louise dévisagea longuement son amie. Comment pouvait-elle être aussi affirmative ? Malgré le désarroi qu’elle lisait sur son visage, elle devait rester ferme. Il était inutile d’alimenter de faux espoirs. —Je ne crois pas que vous puissiez faire quoi que ce soit pour elle, ou lui d’ailleurs, à part l’aider à vivre, et c’est à l’hôpital pour enfants qu’on en prendra soin. —La petite ne quittera pas la maison. Elle paraît trop fragile. Il fait trop froid. —Écoutez, nous verrons bien. En tout cas, dès que Catherine reviendra, je l’enverrai déclarer l’exposition2. Je ne veux pas avoir d’ennui avec les autorités ! Catherine arriva. La nourrice ne pourrait pas venir avant cinq heures ! Alors qu’elle était encore essoufflée de sa première expédition, Louise l’envoya se renseigner sur les démarches qu’elles devaient accomplir pour signaler un abandon d’enfant. La jeune fille ne savait pas à qui elle devait s’adresser. Elle demanda de l’aide au premier volontaire de la garde nationale qu’elle rencontra. Il lui expliqua qu’elle devait se rendre chez le juge de paix, rue de la Valfère. Jolie comme elle était, il l’aurait volontiers accompagnée, mais il ne pouvait pas abandonner son poste. Une autre fois, il se ferait une joie et un honneur de le faire. Elle lui répondit qu’elle n’avait pas l’intention de trouver un nouveau-né empaqueté tous les quatre matins. Il fit un geste pour signifier que cela pouvait lui arriver à nouveau, après tout, c’était
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