Dans l'antre des Dragons

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A une heure du coup d’envoi d’un match des Dragons Catalans au stade Gilbert-Brutus, Richard Murray, journaliste anglais, est assassiné. Le lendemain, le corps sans vie d’un ancien dirigeant de rugby à XV est retrouvé dans son appartement. Deux meurtres qu’apparemment rien ne relie, et pourtant…


Chargé de l’enquête, le lieutenant de police Nuria Puigbert se retrouve vite confrontée aux vieilles rancœurs entre le XIII et le XV. Et alors que les Dragons se préparent pour la finale à Wembley, la mafia russe débarque dans l’enquête. Rancœurs et rivalités toujours présentes dans le monde du rugby, influence mafieuse en Catalogne, Nuria doit résoudre cette affaire le plus vite possible, finale de la Cup oblige.


Après Meurtre à Aimé-Giral, Philippe Ward signe ici son deuxième polar, transformant un nouvel essai sur la terre des deux rugbys.

Publié le : mardi 1 janvier 2008
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782361330101
Nombre de pages : 185
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CHAPITRE 1
Dans les haut-parleurs,Els Segadorsretentit, repris en chœur par les milliers de supporters déjà installés dans les tribunes du stade Gilbert-Brutus de Perpignan. L’hymne catalan était joué et chanté avant chaque match qui se disputait dans l’antre de l’équipe desDragons Catalans. Et cette ferveur s’expliquait : le club phare du rugby à XIII en Catalogne était la seule équipe non-anglaise à jouer dans laSuper League, la plus importante compétition professionnelle des clubs de rugby à XIII. Richard Murray sentit un frisson parcourir tout son corps quand les milliers de voix reprirent à l’unisson les paroles du refrain :Bon cop de falç, bon cop de falç, 1 defensors de la terra, bon cop de falç ! C’était la première fois qu’il assistait à un match de XIII et son baptême avait lieu à Perpignan. Des amis lui avaient vanté l’atmosphère enf iévrée qui régnait
1. Un bon coup de faux, un bon coup de faux, défenseurs de la terre, un bon coup de faux.
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avant, pendant et après le match tout autour du stade. Il réalisait maintenant que cela dépassait tout ce qu’on avait pu lui raconter. Les supporters arboraient leurs drapeaux sang et or frappé d’un dragon crachant le feu et des groupes de musiciens - lespeñas- entamaient des morceaux aux abords du stade. Malgré la foule et l’enjeu du match, l’ambiance demeurait bon enfant, sans tension aucune dans cette foule pourtant partisane. Murray marchait au milieu des supporters anglais deSaint Helens. Ils étaient presque deux mille à chanter, boire de la bière et agiter les fanions de leur équipe. Habitué aux matchs de football anglais, Richard eut pendant une fraction de seconde peur que l’animo-sité ne vienne agiter les deux clans, mais rien de tel ne se produisait. Dans la rue, même les commerçants sortaient sur leur pas de porte sans appréhension : bien au contraire car le contact entre Catalans et Anglais était toujours convivial : ils échangeaient des chansons, des poignées de mains ou des drapeaux. Le journaliste prenait mentalement des notes. Rédacteur dans un magazine britannique, il n’avait jamais pensé un jour enquêter sur ce monde du rugby à XIII ; son domaine étant plutôt l’investigation f inan-cière et l’activité des multinationales. Seulement, depuis quelques années, le sport drainait des fortunes. Sponsors, équipementiers, médias et même d’impor-tantes sociétés investissaient des sommes colossales pour acheter des clubs, voire même des joueurs. C’était une nouvelle ruée vers l’or, un autre Far-West où s’af-frontaient des acteurs économiques du monde entier. Ce nouvel Eldorado l’intéressait et il avait commencé à se documenter sérieusement sur le sujet. Depuis peu, il avait choisi le rugby à XIII car, bien moins connu que son cousin à XV ou que le football, c’était un domaine d’avenir qui, justement, commençait à intéresser les financiers très conscients de sa popularité croissante.
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La foule s’agglutinait maintenant devant l’entrée du stade, les chants continuaient de retentir, amalgame de catalan et d’anglais, les drapeaux se mélangeaient joyeusement. Le journaliste fouilla sa poche intérieure à la recherche de son billet. Sa présence à Gilbert-Brutus n’était pas due au seul attrait du match opposant le premier de laLeagueauxDragons, deux équipes qui se retrouveraient dans quinze jours à Wembley pour la f inale de la coupe d’Angleterre. Non, il était venu en Catalogne pour rencontrer des chefs d’entreprise qui avaient investi dans ce sport et une autre personne qui avait, selon ses propres mots, « des révélations » à lui faire sur le passé de ce jeu. Parvenu à une trentaine de mètres des guichets, l’Anglais attendit patiemment son tour pour pénétrer dans le stade. Sur sa gauche, il aperçut un homme photographiant les supporters qui posaient f ièrement devant lui, Anglais et Catalans immortalisés côte à côte. Richard repensa aux circonstances qui l’avaient conduit ici. Il venait de boucler un article sur le scandale du dopage dans le Tour de France 2007 et sur les liens entre une équipe cycliste et un État de l’ex-Union Soviétique, lorsqu’il avait regardé par hasard sur sa télévision une chaîne sportive diffusant un match de rugby à XIII qui opposait deux clubs anglais. Il avait d’abord suivi l’affrontement d’un œil distrait, car ce sport ne l’intéressait pas spécialement, mais au fur et à mesure du match, il avait réalisé l’importance du nombre de spectateurs puis des annonceurs. Ce détail l’avait intrigué puis lui avait mis la puce à l’oreille et il avait commencé à se renseigner sur ce sport auprès d’un de ses collègues. Il avait ainsi appris que, si cette variante à XIII du rugby n’avait pas atteint les sommets du football ou de
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la Formule 1, elle commençait à brasser pas mal d’ar-gent. Toute une journée, Richard Murray avait donc réfléchi, sans trouver un angle pertinent qui justif iât des investigations. Le sport paraissait propre au premier abord, sans scandale ni détournement ; on n’y voyait pas encore de nouveaux riches issus des pays de l’Est ou d’Asie résolus à acquérir un club, mais cela pouvait arriver très rapidement. Il s’apprêtait à abandonner la perspective d’un repor-tage lorsqu’au hasard de ses recherches sur internet il était tombé sur un site évoquant un livre dont le titre avait retenu son attention :Le rugby interditde Mike 2 Rylance . Il avait pensé que cela ferait un excellent départ, car il y avait tous les ingrédients d’un bel article : l’argent, la politique, et la traîtrise. Il avait commandé le livre qu’il dévora en une journée. Il s’agissait de l’histoire occultée du rugby à XIII en France. L’auteur dépeignait en particulier la tragédie de ce sport : il avait eu, à ses débuts, un succès tel qu’il avait concurrencé le rugby à XV dans les années 1930 jusqu’à son interdiction par le régime de Vichy. Cette interdiction faisait de lui l’unique sport proscrit par le gouvernement du maréchal Pétain, fait hautement intriguant. Richard avait immédiatement contacté l’auteur anglais, grand spécialiste de cette discipline, apprenant de lui que le conflit entre les deux rugby français s’était éternisé pendant de longues années. En effet, en terre catalane, on se positionnait toujours par rapport à l’un des deux rugby ! Richard Murray avait donc décidé de poursuivre son enquête sur le terrain, convaincu qu’il s’agissait d’un bon sujet pour captiver les lecteurs anglais. Il avait pris de
2.The Fobidden gamepublié par League Publications Ltd.
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nombreux contacts grâce à l’auteur du livre, qui lui avait en particulier donné des noms en Catalogne. Cette région, réfractaire depuis toujours à l’action des pouvoirs centraux, était le berceau du rugby à XIII en France. La discipline n’y était jamais morte et elle revi-vait avec force depuis l’intégration desDragons Cata-lansdans le championnat anglais. Richard Murray avait commencé, un peu à tâtons, à communiquer avec plusieurs acteurs sans trop savoir quelle direction allait prendre son article, jusqu’au jour où un de ses correspondants lui avait envoyé un message alléchant : il lui promettait des révélations à la fois sur l’histoire de ce sport et surtout au sujet d’une affaire financière. Il avait donc rapidement pris la déci-sion de se rendre à Barcelone et à Perpignan. La veille, il avait commencé son enquête à Gérone où il avait interviewé un personnage important des milieux économiques. Dans l’après-midi, il avait rencontré un de ses contacts et, ce soir, il était sur le point d’assister à ce match et de s’imprégner de l’am-biance. Déjà, les révélations qu’on lui avait faites méri-taient une enquête plus approfondie car il avait quand même des doutes sur l’interférences de certaines personnes très peu recommandables dans ce sport. Richard Murray se trouvait à présent à moins d’un mètre du guichet, détendu et visiblement séduit par l’ambiance de liesse populaire. Il sortit son billet lors-qu’une douleur fulgurante le transperça. Son corps s’arqua, son cerveau frappé de plein fouet. Il sentit ses jambes se dérober avant que sa vision ne se brouille. Deux secondes après, il s’écroulait… mort.
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