Dans la route

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Des travaux sont engagés, pendant un long été, sur une route départementale, pour y aménager un rond-point. La narratrice y assiste en voisine, dans ce lieu-dit appelé Fontaine-de-Jarrier, un hameau où tout le monde se connaît. Il y a Sasso, vieux râleur malheureux, et la Thomas, veuve, née en Tunisie mais d’origine italienne, ou encore la veuve V, déjà partie depuis longtemps mais odnt les traces perdurent. Il y a aussi Reine, celle qui tient le restaurant un peu plus loin, et Gaby, à la fois midinette et romantique. Mais il y a surtout la route, lieu de passage autrefois bien fréquenté, dans cet endroit frontalier, près de Nice, longtemps tiraillé entre la France et le Royaume de Sardaigne, et dont l’histoire est riche en anecdotes, comme celle de ces brigands qui voulurent détrousser quelques nobles dans leur diligence, se faisant bientôt rattraper par la police et condamnés à mourir dans des conditions atroces. Une route aujourd’hui encore mortelle, quand on y roule à tombeau ouvert. Une route où se sont déposés tant de pas et de destins, avec son lot de contrebandiers, de révolutionnaires et de paysans, les accidentés célèbres ou anonymes, les ouvriers qui creusent en 1782 sur ordre du roi et ceux du chantier actuel avec leurs énormes machines qui ont toutes un prénom comme on nomme un animal domestique. Les saisons s’abattent sur cette forêt de signes, feux provisoires, tracés jaunes, panneaux de signalisation jusqu’à ce que l’asphalte luisant soit étalé : le récit peut se terminer, le calme le calme est revenu.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
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EAN13 : 9782021078879
Nombre de pages : 144
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D A N S L A R O U T E
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Fi c t i o n & C i e
M a r y l i n e D e s b i o l l e s
D A N S L A R O U T E
Seuil e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
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c o l l e c t i o n « Fiction & Cie » fondée par Denis Roche dirigée par Bernard Comment
Iŝ : 978-2-02-107888-6
© Éditions du Seuil, mars 2012
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À mon père
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Au début on était au bord. C’était il y a peu et je ne m’en souviens déjà plus avec précision. Tout était blanc, comme sur une photo surexposée, les contours bouFés, les détails avalés par la lumière. Crayeuse, la lumière. Mais si je dis « crayeuse » c’est sans doute à cause de la poussière qui s’élève de la route. Et j’aurais dû com-mencer par elle, car c’est la poussière en vérité, plus que la lumière, qui blanchit la mémoire. La poussière de la route sens dessus dessous : on construit un rond-point juste là, à l’embranchement des voies pour Blausasc et pour le col de Nice, justelà, avant les lacets, avant la grimpée entre les dunesde marne grise ou plutôt argentée sous le soleil qu’elles semblent recueillir dans leurs bosses de chameau, si bien qu’il ne sort d’elles qu’une végétation rare, torse, comme rescapée de l’incendie. C’est un rond-point modeste, quoique baptisé pompeusement giratoire et dont l’amé-nagement est annoncé en aval sur un énorme panneau,
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mais les travaux ont commencé au mois de mai, tout le printemps et l’été de travaux, et la journée que je dis dans la lumière blanche est en octobre, dans une arrière-saison encore chaude, pas longtemps avant qu’on revête la chaussée d’enrobé, mot que j’ai appris à l’occasion, et qui n’est ni le goudron ni l’asphalte mais un mélange de graviers, de granulats concassés, de sable, le tout lié par du bitume, caramel enrobé de chocolat, mot dont la douceur ne dit rien des trois nuits de grand cham-bardement, des trois nuits qu’il faudra pour recouvrir cent cinquante mètres de route, le rond-point et le bout de départementale qui passe devant les trois maisons du lieu-dit La ontaine de Jarrier. Le jour d’octobre blanc, il y a des grosses machines sur la route, bruits des moteurs, scraper, bulldozer, marteaux-piqueurs un peu plus loin, gueulements des hommes, comment s’entendre ? de plus en plus forts comme s’il s’agissait d’annoncer un désastre imminent, gueulements et percée de l’alarme lancinante des engins qui reculent, sans compter la poussière qui aurait tout occulté, tout eFacé, s’il n’y avait eu Sasso assis sur une chaise qu’il a sortie de chez lui, et qui depuis ce qui reste de trottoir assiste sans bouger à ce qui est somme toute un spec-tacle faramineux, plein la vue, plein les oreilles, pleinla îgure, on peut imaginer qu’au soir il sera recouvert de poussière, blanc lui-même, est-ce qu’il a décidé vraiment d’assister au spectacle ou est-ce qu’il prend le soleil,
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