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Dans les ténèbres d'Englewood

De
262 pages
Les villages les plus tranquilles cachent parfois les réalités les plus sanglantes. Port Charlotte est une petite ville de Floride surprotégée. Grâce à la récente création d’un programme répertoriant les délinquants sexuels, le nombre de meurtres dans la région avoisine le zéro. La découverte d’un corps en décomposition sur la plage de Port Charlotte bouleverse l’existence des habitants. Alors que les disparitions d’adolescents s’accumulent, Cass, jolie latino au tempérament explosif, engage un contre-la-montre avec un suspect à l’identité sexuelle trouble. Des personnages rock n’roll évoluent dans ce polar haletant où s’entrecroisent la minutie la plus extrême et la violence la plus sauvage.
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2 Titre
Les ténèbres
d’Englewood

3

Titre
Christelle Mercier
Les ténèbres
d’Englewood

Polar
5Éditions Le Manuscrit
Paris






















© Éditions Le Manuscrit, 2010
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-03404-2 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304034042 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03405-9 (livre numérique) 034059 (livre numérique)
6






.


.
« Le meurtre est un plaisir, il est un devoir,
il est l’un des moyens dont la nature se sert
pour parvenir aux fins qu’elle se propose sur nous »

1795. Donatien Alphonse Les ténèbres d’Englewood










Mes remerciements à tous ceux qui me soutiennent,
À mes enfants, ma famille, mes amis,
un grand merci à Sebastien Pouvesle, photographe,
pour m’avoir donné l’illustration du livre.
(www.sebastien-pouvesle.com)



9 Les ténèbres d’Englewood
CHAPITRE 1
Bill Perkins, cinquante-neuf ans, sentit que sa
dernière heure arriverait en quelques jours voire
quelques semaines, qu’il donnerait son dernier
souffle après que son cancer du pancréas l’ait
bouffé de l’intérieur, lui ait pourri les entrailles.
Il n’avait plus de doutes sur le fait qu’il irait
flamber en enfer.
Sa minable vie se résumait à attendre la mort
dans une pièce de quinze mètres carrés,
meublée d’un lit, d’un téléviseur et d’un fauteuil
situé près de la fenêtre. C’est là qu’il passait le
plus clair de son temps, à regarder le semblant
de vie qui défilait devant ses yeux, attendre que
le soleil se lève, observer les oiseaux et les
nuages pour deviner leurs formes comme
faisaient les gamins, jusqu’à ce que vienne la
nuit, l’obscurité qui lui laissait un goût amer
dans la bouche.
Rassemblant ses dernières forces, il se leva
du fauteuil d’un pas chancelant, il éructa
comme si ses bronches allaient lui traverser le
thorax. Ses jambes lourdes comme du plomb le
lâchaient, tout son corps d’ailleurs le lâchait.
11 Les ténèbres d’Englewood
Autrefois c’était un homme bien charpenté,
des cheveux bruns épais qui frisottaient par
temps humides, une mâchoire carrée, un nez
prononcé, des épais sourcils qui dessinaient
parfaitement le contour de ses yeux, une
démarche assurée.
Aujourd’hui il n’avait plus que la peau sur les
os, quelques rares cheveux se battaient en duel
sur son crâne lisse.
Il s’allongea péniblement sur son lit, sa
respiration était haché comme si l’oxygène se
faisait rare, chaque geste lui demandait des
efforts pénibles.
Il ferma les yeux.
Il aurait pu combattre encore quelques
années de vie grâce au traitement par
chimiothérapie mais il n’aurait pas supporté
toutes ces drogues qu’on vous injecte dans les
veines, il avait horreur des toubibs. De toute
manière, il voulait en finir avec la vie. À quoi
bon retarder l’inévitable.
Ses pensées furent pour Edward. Buddy,
c’était son surnom.
Qu’avait-il fait pour créer un tel monstre ?
Où avait-il échoué dans son rôle de père ?
Buddy n’avait pas mené sa vie comme l’aurait
souhaité Bill. Il était trop tard pour éprouver
des regrets, d’ailleurs son fils était-il capable
d’en avoir ?
12 Christelle Mercier
Regretter c’est avoir une conscience, Buddy
n’en avait pas, il ne connaissait pas la tristesse,
le remords, la culpabilité.
Bill ramena la couverture jusqu’à ses épaules.
Par moments il avait terriblement froid alors
que la pièce était chauffée même durant l’été.
Il songea aux bons côtés de son existence,
avant que tout ne devienne sombre.
Il avait grandi à Englewood en Floride, à sa
majorité il reprit la boutique de taxidermie de
son père suite au décès des ses parents, morts
subitement dans un accident de voiture.
À vingt-cinq ans, Bill devint populaire dans
sa région. Les affaires étaient florissantes, les
chasseurs et pêcheurs débarquaient des quatre
coins du pays pour venir faire empailler leurs
trophées. On le respectait, on appréciait sa
connaissance irréprochable des animaux, son
savoir-faire car c’était très tendance à l’époque
que les habitations soient truffées de cadavres
naturalisés, à son grand bonheur puisqu’il
gagnait bien sa vie.
Sa notoriété acquise, Bill rencontra beaucoup
de femmes, puis Margaret avec qui il se maria à
vingt-huit ans. Elle lui donna un premier
enfant, mort-né, et combla son chagrin dans
l‘alcool, les antidépresseurs. Un an plus tard, le
petit Buddy venait au monde. Un beau bébé de
quatre kilos aux cheveux dorés comme les blés.
13 Les ténèbres d’Englewood
Tous les trois formaient une parfaite petite
famille, Bill ne pouvait pas rêver mieux.
Seule ombre au tableau, sa femme.
Pour une raison qu’il avait longtemps
ignorée, elle avait changé, ses liens avec l’enfant
s’étaient détériorés comme si on avait
subitement balayé son instinct de mère. Moins
elle était en présence de leur fils, mieux elle se
portait.
Margaret les abandonna sans explication
alors que leur fils n’avait que trois ans, du jour
au lendemain. Bill était abattu et en colère.
Avait-elle comprise ce qui n’allait pas chez leur fils ?
Avait-elle pressentit le monstre qui grandissait en
lui ?
Bill ne se remaria jamais, il consacra sa vie
uniquement à son fils et la boutique.
Bill trembla encore, ses mains étaient froides,
ses membres engourdis.
Pourquoi la mort tardait à venir ?
Aurait-il mieux valu qu’il meure lui aussi à la
naissance ?
Buddy aurait dû mourir. Oui, cela aurait été mieux
pour tout le monde.
Son fils avait pourtant suivi une scolarité
plutôt normale, certes Bill avait été autoritaire
avec lui parce qu’il n’avait pas eu la chance de
faire de grandes études et la réussite de son fils
était importante, cependant Buddy était timide.
Il n’avait pas d’amis, les enseignants disaient
14 Christelle Mercier
qu’il était un enfant insociable, qui ne s’intégrait
pas en classe mais il était comme lui, il aimait la
nature avant tout.
Buddy adorait passer ses journées à la
boutique, Bill était si fier de percevoir
l’admiration dans les yeux de son enfant.
« – À quoi ça sert de jouer au ballon quand on
préfère disséquer un animal ? disait Buddy »
Qu’est-ce qu’il y avait de mal à ce qu’il aime mon
métier ?
Était-ce là les signes de la menace qu’il représentait ?
Buddy était si cultivé, bien qu’il s’amusât à
faire croire le contraire…
Ils vivaient toujours dans leur petite maison
en retrait de la ville près de la forêt de Myakka.
Bill possédait deux hectares qu’il avait refusé de
céder à l’État lors de la création du parc, même
en échange d’une somme d’argent faramineuse,
jamais il n’aurait vendu ses terres. Il était trop
attaché à ses racines.

Dès l’âge de huit ans Bill apprit à son fils à
manier le fusil à pompe, un Winchester calibre
12 et le couteau, une dague d’une longueur de
25 centimètres à bords doubles tranchants.
Avant d’être un bon taxidermiste, il faut
apprendre à chasser, à tuer sans abîmer l’animal.
Tous deux passaient des journées entières à
guetter, la faim au ventre, une potentielle proie
innocente. Buddy apprit à différencier chaque
15 Les ténèbres d’Englewood
empreinte de pas, des traces fraîches laissées par
les cerfs, les sangliers, de toute âme qui vivait
dans les bois.
Il était parfait pour devenir comme moi.
Il aurait pu connaître le même succès, reprendre la
boutique.
Bill ouvrit les yeux, les souvenirs étaient
pénibles.
Comment pouvait-il empêcher son fils à présent ?
Je veux que cela cesse. Je veux qu’on le neutralise.
Il sentit le froid disparaître peu à peu de son
corps, sa tête bouillonnait.
Il ferma les yeux. Une chaleur se propagea
dans ses veines.
Il sourit. La mort approchait bientôt.


16 Les ténèbres d’Englewood
CHAPITRE 2
S’il y a bien une chose qu’Allan Beck n’aurait
manqué pour rien au monde c’était son jogging
matinal qu’il pratiquait chaque jour à cinq
heures trente.
C’était l’heure à laquelle l’horizon offrait la
beauté de ses couleurs, où une fine brise
caressait sa peau hâlée et faisait virevolter ses
cheveux grisonnants. Il croisait rarement
quelqu’un, ce qui lui donnait l’impression que
cette vue magnifique, la mer et la plage de sable
fin, n’étaient que pour lui. Une sensation de
liberté qu’il n’éprouvait plus dès le lever du
soleil, l’endroit commençait à grouiller de
monde s’arrachant le moindre carré de sable. À
cinquante ans, il était fier de son allure mince et
athlétique, une santé saine qu’il avait entretenue
tout au long de sa vie, s’autorisant parfois le
plaisir de déguster quelques vins raffinés mais
toujours sans abus. Il se félicitait de n’être
jamais tombé dans le piège du tabac.

Allan était un ancien directeur de casino
à Las Vegas, il avait gardé de son métier, sa
17 Les ténèbres d’Englewood
rigueur, son dynamisme et méritait une retraite
plus que confortable. Après tout il avait risqué
plusieurs fois sa vie au cours de quelques
braquages, des transactions d’argent qui avait
failli mal tourner et il dirigeait plus de deux
cents personnes allant de la simple femme de
ménage, au voiturier, au croupier… Bref toute
catégorie sociale. Cela pesait lourd sur ses
épaules.
Tout ce stress, cette vie intense, ne lui avaient
pas permis de fonder une famille, d’avoir des
gosses. Ses deux mariages n’avaient pas duré
plus de deux ans mais ses ex-femmes lui avaient
soutiré le maximum en frais d’avocats. Il ne leur
en voulait pas, il n’avait pas été un mari idéal,
toujours absent, le peu de temps qu’il avait
passé avec ses femmes se comptait sur les
doigts de la main. Néanmoins, il avait toujours
su comment placer son argent, l’immobilier
était un bon investissement et il ne regrettait
rien, il avait su remonter à la surface, par chance
il n’avait pas eu de gosses et donc pas de
pension alimentaire à payer jusqu’à la fin de sa
vie.
Depuis deux ans, Allan s’était installé en
Floride pour fuir une vie rude, séduit par la ville
la plus moderne de la région dont l’unique parc
de plage se situait en bordure de Charlotte
Harbor.
18 Christelle Mercier
De l’autre côté du fleuve Peace, la petite ville
faisait face à Punta Gorda, offrant des motels
charmants, un club de golf et des boutiques
attirantes.
Punta Gorda était la plus ancienne et plus
grande communauté située à l’embouchure du
fleuve Peace dont les habitations furent
construites en bordure de l’eau, ce qui lui
rappelait l’âge d’or de la grande vie.
Allan avait craqué pour cet endroit,
notamment pour ces édifices en briques et ces
bungalows peints dans des couleurs vives.
Il n’avait pas hésité à investir dans un
luxueux cottage face à la mer, s’offrant une vie
sauvage, une tranquillité douce et silencieuse.
C’était comme un endroit secret pour ceux qui
cherchaient à échapper au rythme rapide de
l’existence.
Il s’arrêta un moment pour reprendre son
souffle, sentir l’air marin s’engouffrer dans ses
poumons, c’était si bon de se sentir libre. Il
pouvait faire ce qu’il voulait, n’avait de compte
à rendre à personne, s’envoyer en l’air quand ça
lui chantait, claquer son fric sans qu’on ne
vienne lui faire des reproches.
Au sud se trouvait une chaîne d’îles dont on
apercevait la plus grande, Gasparilla Island, où
il pratiquait son passe-temps favori, la pêche.
L’année dernière il avait participé au tournoi
organisé au printemps et dont la saison prenait
19 Les ténèbres d’Englewood
fin en automne, la pêche du puissant tarpon.
Un gros poisson qui traversait les eaux de Boca
Grande pouvant mesurer jusqu’à deux mètres
cinquante, un beau spécimen argenté muni de
grosses écailles, vorace prédateur de poissons et
de crustacés.
À Gasparilla, on découvrait également des
colonies d’iguanes qui fournissaient une
attraction s’ajoutant aux excursions organisées
pour assister au coucher du soleil sur des
bateaux.
Allan aimait la solitude, partir en mer
plusieurs jours ne lui faisait pas peur. À ses
heures perdues il pratiquait le golf, voyageait
aux quatre coins du pays, il possédait ce dont il
avait toujours désiré bien qu’aucune femme ne
partageait sa vie. Il s’en fichait. Les femmes qui
vous aimaient pour vous-mêmes étaient rares, il
avait bien conscience que son fric attirait toutes
celles qui ne voulaient pas d’une relation stable
avec un type de cinquante ans.
Le soleil commença à montrer ses premières
lueurs, il se remit à courir à petites foulées, prêt
à débuter une nouvelle journée.
À deux cents mètres, une masse sombre à
demi enfouie dans le sable semblait se
rapprocher de lui. Certains jeunes dormaient
parfois sur la plage malgré les panneaux
d’interdiction, cependant au fur et à mesure de
20 Christelle Mercier
qu’il s’approchait une odeur qu’il ne saurait
décrire le répugna.
Encore un de ces mammifères échoués,
c’était une chose courante dans la région à
cause des changements climatiques qui
intervenaient au fil des saisons, Allan s’en était
accommodé.
Cent mètres.
La chose ne bougeait pas.
L’odeur était de plus en plus forte.
Il commença à ralentir le pas.
Cinquante mètres.
Trop petit pour être un mammifère.
Lorsqu’il fut assez près de la chose, il
éprouva du dégoût.
Il ne toucha pas à la chose recouverte par un
liquide à l’aspect gluant.
Il reprit sa course, il devait prévenir la police.

21 Les ténèbres d’Englewood
CHAPITRE 3
En grandissant Buddy apprit à écouter les
bruits qui l’entouraient, avoir l’œil vif, repérer
les faiblesses d’un animal et lui décocher une
balle en plein cœur pour ne pas abîmer la peau,
cela rendrait le travail de naturalisation difficile.
Il s’ennuyait à l’école bien qu’il était doué en
sciences naturelles, il termina ses études à seize
ans et travailla à temps plein à la boutique.
Il adorait chaque phase du métier, la
première œuvre qu’il naturalisa avec lui était un
lapin, Bill se rappela combien son fils était
excité. Avec un couteau Buddy avait incisé le
ventre puis l’intérieur des pattes pour décoller la
peau soigneusement. C’était comme retirer
l’enveloppe charnelle, toute forme d’âme.
Cela plaisait à Buddy.
Bill élimina toute la graisse, la chair, afin de
passer au tannage de la peau qui consistait à la
rendre plus résistante aux attaques organiques,
lui rendre un aspect naturel en baignant la peau
dans divers produits. Bill utilisait l’alun de
23 Les ténèbres d’Englewood
potasse, à l’époque il n’existait pas
1d’anticryptogamique .
À l’aide d’armature en bois ou de fil de fer
galvanisé, Bill sculptait la forme de l’animal car
parfois il n’y avait pas assez d’os, cela permettait
de recréer le squelette.
Une fois l’armature faite, Bill enduisait la
peau de graisse afin qu’elle s’enfile facilement
dans la peau, peu à peu l’animal reprenait son
apparence d’origine comme s’il semblait revivre.
Buddy aimait s’occuper des finitions, il
passait des heures à reconstituer les expressions
de l’animal, placer des yeux de verre, limer leurs
dents.
C’était de si beaux moments.
Ils étaient si complices, Buddy ne cessait de sourire.
J’étais si fier.
Pour la première fois de sa vie, Bill sentit ses
yeux s’embuer de larmes.
La mort tardait encore.
Il en avait assez de souffrir tant
physiquement que moralement.
Tous ces rêves sanglants revenaient en
continu.
Ce que Bill n’avait pas compris, c’était que
Buddy nourrissait, à travers le métier de son
père, une fascination obsessionnelle pour ces
procédés qui figeait la mort, et qu’il y voyait une
occasion d’étendre cet art pour assouvir ses

1 Produit utilisé pour tanner la peau afin d’éviter la rétractation de celle-ci.
24 Christelle Mercier
fantasmes. Buddy s’était lassé de naturaliser les
animaux, bien que la nature et la faune soient
vastes, il était difficile de trouver de belles
proies.
La nouvelle civilisation, les complexes
immobiliers sortant de terre de jour en jour
avaient éloigné son gagne-pain. Certaines
espèces étaient protégées, voire en danger de
disparition. Il était clairement apparu à Buddy
que chaque jour il avait sous les yeux des proies
bien plus faciles à tuer. Les humains.
À défaut de chasser le gibier, il se mit en
quête de ce qui allait faire de lui un homme. Un
vrai.
Bill ne soupçonna pas de quel mal souffrait
son fils, pourquoi il n’avait pas eu d’amis,
pourquoi il n’avait jamais eu de petites amies,
toute cette pudeur que Buddy préservait jusqu’à
ce qu’il découvre la vérité.
Durant son enfance, son adolescence, Buddy
était sans cesse repoussé. Son style de vie
marginale ne plaisait pas. Son physique ne
plaisait pas. Il était mince, un nez droit et fin,
des joues creuses, des dents qui se
chevauchaient sur la mâchoire inférieure
résultant d’un visage trop étroit, il avait dû
porter un appareil dentaire durant deux ans.
Ses cheveux longs, blonds et bouclés étaient
ternes, il ne savait pas plaire, ni prendre soin de
25 Les ténèbres d’Englewood
son apparence. Il ne savait pas parler aux
femmes, elles restaient un mystère pour lui.
Bill admet que son fils savait peu de choses
sur le sexe hormis les films pornographiques
qu’il visionnait à son insu.
Quel gosse ne l’avait pas fait ?
Comment aurais-je pu savoir ce qu’il était devenu ?
Les larmes glissèrent le long de ses joues
brunies par le soleil.
Bill n’oubliera jamais la nuit où tout a
commencé.
J’aurais dû prévenir la police.
Comment ai-je pu laisser un tel monstre en liberté ?

Un soir de décembre alors qu’ils
s’apprêtaient à rentrer à Englewood, Bill
distingua une voiture sur le bas côté de la route
Manasota, feux de détresse qui clignotaient. Il
ralentit, distingua une femme qui faisait des
gestes pour qu’il s’arrête.
Il se gara juste derrière la Chevrolet noire,
Buddy qui venait d’avoir vingt ans insista pour
descendre l’aider. Il regarda son fils fureter
autour de lui.
La route était déserte.
Personne d’autre en vue.
La jolie blonde avait souri à Buddy, vêtue
d’un long manteau de fourrure qui dissimulait
un corps fin, de longues jambes, elle tremblait
de froid.
26