Dégagements

De
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L'essentiel, qui est un certain style, se niche dans les détails. C'est le ton de l'écrivain, celui qui vivifie les mots et stylise la vie.
Régis Debray joue aux quatre coins avec les accidents de la vie. Entre figures tutélaires (Julien Gracq ou Daniel Cordier), et artistes redécouverts (Andy Warhol ou Marcel Proust), entre cinéma et théâtre, expos et concerts, le médiologue se promčne en roue libre, sans appręt ni a priori. Ręveries et aphorismes cruels se męlent aux exercices d'admiration. Les angles sont vifs, la lumičre crue, mais souvent, ŕ la fin, tamisée par l'humour.
Ainsi l'exige la démarche médiologique, tout en zigzags et transgressions, selon la définition un rien farceuse qu'en donne l'auteur : ŤUn mauvais esprit assez particulier qui consiste, quand un sage montre la lune, ŕ regarder son doigt, tel l'idiot du conte.ť
Publié le : jeudi 4 mars 2010
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EAN13 : 9782072405631
Nombre de pages : 294
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ENTS
RÉGIS DEBRAY
DÉGAGEMENTS
G A L L I M A R D
Extrait de la publication
Œuvres littéraires
DU MÊME AUTEUR
LA FRONTIÈRE, suivi d’UN JEUNE HOMME À LA PAGE, nouvelles,Le Seuil,1967. L’ INDÉSIRABLE,roman,Le Seuil,1975. LES RENDEZ-VOUS MANQUÉS. Pour Pierre Goldman,Le Seuil,1975. J OURNAL D’ UN PETI T BOURGEOI S ENTRE DEUX FEUX ET QUATRE MURS,Le Seuil,1976. LA NEIGE BRÛLE,roman,Grasset,1977 (prix Femina). COMÈTE MA COMÈTE,Gallimard,1986. LES MASQUES. Une éducation amoureuse,trilogie « Le temps d’apprendre o à vivre »,I,Gallimard,19882348, 1992).(« Folio », n o CONTRE VENISE,Gallimard,19953014, 1997).(« Folio », n LOUÉS SOI ENT NOS SEI GNEURS. Une éducation politique, trilogieo « Le temps d’apprendre à vivre »,II,Gallimard,1996(« Folio »,n 3051,2000). PAR AMOUR DE L’ ART. Une éducation intellectuelle, trilogie « Le temps o d’apprendre à vivre »,III,Gallimard,1998(« Folio », n 3352, 2000). SHANGHAI, DERNIÈRES NOUVELLES. La mort d’Albert Londres,Arléa,1999. LE SI ÈCLE ET LA RÈGLE. Une correspondance avec le frère Gilles-Dominique, o.p.,Fayard,2004 (prix François Mauriac). LE PLAN VERMEIL,Gallimard,2004. JULIEN LE FIDÈLE OU LE BANQUET DES DÉMONS,théâtre,Gallimard,2005. AVEUGLANTES LUMIÈRES. Journal en clair-obscur,Gallimard,2006. UN CANDIDE EN TERRE SAINTE,Gallimard,2008 (prix Nomad’s).
Œuvres philosophiques
LE SCRIBE. Genèse du politique,Grasset,1980. C RI T I QUE DE L A RA I S ON P OL I T I QUE OU L’ I NC ONS C I ENT o RELIGIEUX,Gallimard,« Bibliothèque des Idées »,1981113, 1987).(« Tel », n
Suite des œuvres de Régis Debray en fin de volume
Extrait de la publication
D É G A G E M E N T S
Extrait de la publication
R ÉG I S DEBR AY
DÉGAGEMENTS
G A L L I M A R D
Extrait de la publication
Il a été tiré de l’édition originale de cet ouvrage quarante exemplaires sur vélin pur fil des papeteries Malmenayde numérotés de1à40.
© Éditions Gallimard, 2010.
Extrait de la publication
Les échappées plus ou moins saugrenues que je livre chaque trimestre à la revueMédiumsous le titre « Pense-bête » forment la matière de ce livre. Elles relèvent d’un mauvais esprit assez particulier qui consiste, quand un sage montre la lune, à regarder son doigt. Faire ainsi l’idiot, comme dans le conte chinois, est le vice propre au médiologue, dont il fait une vertu, et dont je fais mon miel, à tout bout de champ. Ces sauts et gambades en long et en large des travaux et des jours doivent leur air de famille à ce renversement du regard et de nos bonnes habitudes. C’est la marque distinctive d’une confrérie qui, rétive à la communication, se voue à l’étude des faits de transmission. Transmettre, c’est faire traverser le temps à une infor-mation, d’hier à demain. Communiquer, c’est lui faire traverser l’espace, d’ici à là-bas. La première opération est affaire de civilisation ; la seconde, de clic et d’écran. Les confidences ci-après, qui doivent autant à l’humeur qu’à la réflexion, aspirent plutôt au bonheur de faire trace qu’au plaisir de faire sensation. C’est pour nous un article de foi que le sensationnel jamais n’abolira la bouteille à
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la mer. Le contenu de celle-ci a quelque affinité avec un genre littéraire mélancolico-farceur qui n’a pas beaucoup d’amis. Ce qui n’en donne que plus de mérite à l’éditeur, sans lequel elle n’aurait pu tenter de franchir le fleuve de l’oubli.
Anniversaire
Quarante ans juste, au jour près. Souvenir, que me veux-tu ? Avant même d’être identifié, dans un hameau perdu du sud-ouest bolivien, je me fais tabasser par des sous-offs hors d’eux. Ils me cueillent totalement à froid. Tombés en embuscade les jours précédents, ils ont le trouillomètre à zéro. La peur est de l’adrénaline. Ils s’en déchargeront en tapant jusqu’au sang. Un étranger, c’est l’idéal. Ma première rencontre physique avec la haine, petite apocalypse, nouvelle naissance. Avril 1967. Quarante. J’ai la phobie des anniversaires, mais mon ami Jean-François Colosimo m’indique que telle est, dans la Bible, la mesure de la durée parfaite, accom-plie en ère cyclique ou en période d’attente homolo-guée. D’où les quarante jours et ans du déluge, de Moïse au désert, de Jésusibidem, la quarantaine du jeûne, le carême, la quarantaine du grand deuil, la mise en qua-rantaine des malades contagieux et des exclus du groupe, la crise de la quarantaine dans le pedigree commun, et, en liturgie, les prières expiatoires dites de
Extrait de la publication
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quarante heures. Le Front populaire tombait pile avec la « semaine de quarante heures ». L’Académie fran-çaise aussi respecte le protocole. Et les royalistes qui se moquaient de ceci ou de celacomme de l’an quarante, parce que jamais à leurs yeux la République ne pour-rait atteindre la quarantaine. Le délai de publication des archives diplomatiques au Quai d’Orsay est de qua-rante ans (et j’ai beaucoup appris sur ce que je croyais connaître, mon propre sort, avec le dernier volume de la série, composé et publié sous l’égide de l’historien Maurice Vaïsse). Le quarantième anniversaire de la mort du Che (1967) voit fleurir en France, en Espagne et ailleurs articles et livres qui remettent brutalement en cause la béatification passée. Un hallali vindicatif, qui fait l’affaire de beaucoup. « Alors, c’est vrai que le Che était un assassin ? » me demande par téléphone une amie affolée. Je lui réponds : « Non, un révolutionnaire, ce qui n’est pas exactement la même chose. En général, un homme qui sacrifie sa vie à une cause a moins de scrupules à sacrifier celle des autres. Relisez l’histoire des croisades et des moines-soldats du Christ roi... » Un pendule sans âge fait succéder la légende noire à la légende rose alors que l’image du fusilleur fanatique ne correspond pas plus à la réalité que celle de l’inof-fensif Robin des Bois. On revient de l’adorable pour passer à l’exécrable, comme si le bâton ne pouvait se remettre droit qu’après deux torsions, deux injustices de sens contraire, s’appelant l’une l’autre mécanique-ment. Le curieux, c’est que ce classique de l’histoire des mentalités continue d’observer, nonobstant l’« accélé-ration de l’histoire », la norme des quarante ans.
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