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Délire d'amour

De
397 pages
La vie tranquille de Joe Rose, faite de bonheur conjugal et de certitudes scientifiques, bascule le jour où il est impliqué dans un accident mortel. Parce qu'il se sent coupable, mais surtout parce qu'il fait ainsi la connaissance d'un jeune homme, Jed, qui lui voue sur-le-champ un amour aussi total qu'inexplicable, aussi chaste que dévorant. Car Jed, qui veut guérir Joe de son athéisme, est convaincu que leur rencontre a été voulue par Dieu, et que cet amour est forcément réciproque. Débute alors un harcèlement terrifiant, qui bouleverse l'existence de Joe et le confronte à ses propres démons...
Délire d'amour, sommet d'humour noir et de cruauté, constitue un nouveau tour de force de Ian McEwan, qui nous plonge au cœur d'une obsession destructrice et contagieuse, où l'amour est plus dangereux que la haine.
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C O L L E C T I O N
F O L I O
Ian McEwan
Délire d’amour
Traduit de l’anglais par Suzanne Mayoux
Gallimard
Titre original :
E N D U R I N G
L O V E
©Ian McEwan, 1997. ©Éditions Gallimard, 1999, pour la traduction française.
Ian McEwan est né en Angleterre en 1948. Il a reçu le Somerset Maugham Award en 1976 pour son premier recueil de nouvelles, Premier amour, derniers rites. Depuis il a publié, entre autres,Le jardin de ciment, Un bonheur de rencontrequi a été adapté à l’écran, et L’innocent, tous accueillis par une presse enthousiaste. Publié en 1987 en Angleterre,L’enfant voléa reçu le prestigieux Whitbread Novel of the Year Award et, en France, le prix Femina étranger 1993. En 1998, il a reçu le Booker Prize pourAmsterdam.
À Annalena
U N
Le début est facile à situer. Nous sommes au soleil sous un chêne chevelu, qui nous protège un peu des bourrasques de vent. Agenouillé dans l’herbe, j’ai un tire-bouchon à la main et Clarissa me tend la bouteille — un daumas gas-sac 1987. C’est là qu’est plantée l’épingle sur la carte du temps : j’allonge le bras et, au moment où ma main entre en contact avec le verre froid du goulot et la noire capsule métallique, nous entendons un homme crier. Nous nous tour-nons pour regarder vers l’autre bout du pré et nous découvrons le danger. Et puis, je me retrouve à courir dans sa direction. La méta-morphose est absolue ; je ne me souviens pas d’avoir lâché le tire-bouchon, de m’être relevé, d’avoir pris une décision ni entendu Clarissa me lancer une mise en garde. Quelle bêtise de fon-cer ainsi tête baissée dans cette histoire et ses dédales, de m’éloigner à toutes jambes du bon-heur que nous goûtions au pied du chêne dans l’herbe fraîche du printemps. Revoilà le cri, dou-
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blé d’une plainte d’enfant, affaiblis par le vent qui mugit le long des haies à travers les grands arbres. J’accélère. Et là, soudain, surgis de tous les coins du pré, quatre autres hommes conver-gent en courant comme moi. Rétrospectivement, je nous perçois d’en haut, à la verticale, par les yeux de la buse observée un peu plus tôt, tandis qu’elle prenait son essor, tournoyait et piquait dans les turbulences : cinq hommes se ruant en silence vers le milieu d’un pré de quatre hectares. Je venais du sud-est, vent dans le dos. À deux cents mètres environ sur ma gauche, ils étaient deux à courir côte à côte. Des ouvriers agricoles qui réparaient la clôture au sud du pré, là où il longe la route. Deux cents mètres plus loin accourait John Logan, dont la voiture était rangée sur le bas-côté, avec sa portière, ou ses portières, grandes ouvertes. Sachant ce que je sais aujourd’hui, il est trou-blant d’évoquer la silhouette de Jed Parry droit devant moi, débouchant d’une rangée de hêtres à l’autre bout du pré, à quelque quatre cents mètres, vent de face. Du point de vue de la buse, Parry et moi, avec nos chemises d’un blanc écla-tant sur le fond vert, nous étions deux créatures minuscules lancées l’une vers l’autre tels des amoureux, inconscientes des souffrances qui naîtraient de leur enchevêtrement. Dans quelques minutes il y aurait cette rencontre qui devait nous terrasser, d’une ampleur que nous masquait la barrière du temps, mais aussi ce
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