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Dernier frisson avant la mort, épisode 1

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L’inspecteur Rolf Lundstrom n’a plus le goût de s’investir dans son métier. Puis, un soir, quelqu’un le suit. Il est sûr que c’est pour lui faire la peau.


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1Dernierfrissonavantlamort

DERNIER FRISSON AVANT LA MORT

épisode 1

Solveig Larsson




Edition originale 2017  

Copyright © Agnès Ruiz et Solveig Larsson pour le texte et la couverture  

ISBN : 979-10-96633-18-0

Episode 1

Chapitre 1

Chips errait sur le quai de Skeppsholmen insensible au charme pourtant puissant de sa ville natale, Stockholm. Il n’en avait pas toujours été ainsi. Il avait navigué à bord de plusieurs bateaux de pêche avant de commander son propre navire. Il avait fait faillite… Il était devenu amer, insupportable. Sa femme était partie. Chips s’était rebellée brièvement. Relief de fierté. Finalement, sa vie s’était ancrée dehors quand la banque avait saisi sa maison. Chips vivait en suspend, depuis de longues années. Seule réminiscence de cette existence d’autrefois, ses excursions sur les quais, comme ce soir d’hiver. 

Le vent pénétrait sa veste trop fine et trouée. Il avait froid. Faim aussi. Il voulait fouiller une dernière poubelle avant de rejoindre le cœur de Stockholm. Surtout un square, où il passait la plupart de son temps. Il s’était construit une sorte de cabane avec plusieurs cartons. Le tout s’accotait contre un buisson pour lui offrir son abri. Il y dormait assez tranquille. Puis, s’il avait vraiment trop froid, il quémandait une place dans un des foyers de la ville. 

Sauf que là, trop de monde, souvent ! Puis, la température se montrait encore assez clémente. Les nuits à la belle étoile, il aimait ça plus que tout finalement. Un sentiment de liberté même illusoire. Son œil se posa sur un navire à trois-mâts qui tanguait sous le roulis. Atmosphère paisible et envoutante ce soir. Quelques passants se pressaient pour rentrer chez eux.

Ils ne remarquaient pas Chips, le SDF. Ou ils ne voulaient pas le voir. Ce n’était pas la même chose. Quoique cela revenait au même. Le vagabond ne se plaignait pas. La journée s’était révélée fructueuse. Il avait vendu tous les exemplaires du magazine Situation Stockholm. Quelques sous en poche, voilà qui plaisait à ses oreilles.

Alors, il s’était offert cette excursion visuelle sur le quai. S’imaginer prendre la tête d’un de ces navires et partir sur les eaux…

Un sourire édenté égaya le visage de Chips. Le vent balaya pourtant l’image nostalgique qui s’imposait à son esprit. Il grelotta plus fort. Il était temps de rentrer, estima-t-il. 

En chemin, il plongea la main dans une dernière poubelle bien garnie. Prometteuse.

Elle se révéla plus généreuse qu’il ne l’avait même supposé. Il débusqua un reste de canette de bière et un demi-sandwich abandonné. Du poisson. Il croqua à belles dents, l’estomac joyeux pour plusieurs heures. Ses yeux ternes balayaient les bords de l’eau. Les vagues impétueuses claquaient contre le quai. Chips ne se lassait pas de ce bruit régulier et furieux. 

Puis il le remarqua.

Un corps dans le noir. Sur le sol. Dans l’ombre.

Pour un peu, Chips serait passé à côté sans noter cette présence. Le lampadaire ne couvrait pas cette zone. Chips bénéficiait d’une vue perçante. Une faculté développée par ses nuits en mer et dans la rue.

Le vagabond fronça des sourcils. S’immobilisa.

Il fixait la masse qui gisait sous les flocons de neige. Le SDF s’étonna sous ce constat. Il n’avait pas remarqué les joyeux cristaux qui virevoltaient tout autour. Ils assaillaient le mort. Ils restaient trop dispersés par le vent pour l’ensevelir. 

Un nouveau frisson s’empara de Chips. Il lorgna le chaud manteau devant lui. De la laine. Rapiécée, il en avait bien conscience. Pourtant, c’était un véritable luxe dans la froidure en comparaison de sa veste.

Chips avança un pas. D’un coup, il se retourna pour faire face à ce qu’il y avait autour de lui. Un couple s’éloignait, main dans la main. Un homme les croisa, haute silhouette, emmitouflée dans un manteau. Le vagabond se ratatina et resta dans l’ombre tandis que le promeneur les frôla presque. Le vit-il ? Il ne s’arrêta pas. Ne prêta même pas un regard vers la masse immobile sur le sol.

Chips avait raison. Le mort croupirait dans le noir, abandonné de tous. Parce qu’invisible. À part ces quelques passants, témoins gênants, personne ne prêtait attention au SDF. Encore moins à l’autre… Le type déjà froid. 

Chips s’enhardit. Il s’avança plus avant vers le corps. Voilà une bonne dizaine de minutes que Chips poireautait. Une occasion se présentait. Plus personne dans les environs. Le vagabond ravala sa peur. Au-dessus du cadavre, il appuya du bout de ses chaussures.

— Gunnar ? Gunnar, tu m’entends ?

Jusqu’au dernier instant, défiant toute logique, il espérait que la masse immobile n’était qu’endormie, après la bataille… Surtout qu’il le connaissait, cet autre SDF qui gisait là. Ils avaient eu des mots quelques jours plus tôt. Chips lui reprochait de prendre tous les cartons. Il l’avait tout de suite reconnu grâce à son épais manteau de laine rapiécé. 

Gunnar qu’il s’appelait. Juste Gunnar. Chips ignorait son nom complet. Et s’en moquait. 

Avec cette grosse pelisse, sûr qu’il pourrait rester encore plus longtemps dehors, s’enthousiasma Chips. 

Il se pencha et le regard effrayé posé loin du corps, il toucha la joue de Gunnar. Glaciale. Comme sa mort. Pourtant, il ressentit l’effet d’une brûlure. Il ôta sa main très vite. Il recula et tomba sur le postérieur.

Le souffle coupé par la peur. Il avait convoité son manteau déjà quelques jours plus tôt. L’envie odieuse reprenait dans son cœur. Ses doigts se crispaient, se tendaient irrésistiblement vers l’objet de son désir. Le vêtement chaud en laine, même usé l’appelait irrémédiablement. Il regarda de droite à gauche encore une fois. Toujours personne. Une chance inespérée. 

Chips ne se posa plus de question. Il se releva et fondit sur le mort. Avec acharnement, il défit...