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Des asticots dans le buffet

De
121 pages
Je suis en planque dans un break blanc Renault. Dehors il gèle, - 2 ou - 3, pas plus. J’aurais dû prendre de l’alcool d’oubli. À côté de moi, l’inspecteur principal Lucien Goule, un Normand, en écrase sévère derrière le volant.

Stéphane Puille, de sa plume massacrante, prouve d’emblée qu’il est l’inventeur du roman blême, avec Des asticots dans le buffet. Le protagoniste, le commissaire Bellon est gonflé de misanthropie, misogynie et mélancolie, haïssant son époque. Au fil des pages, ce polar entraîne le lecteur dans l’atmosphère d’une enquête sur un crime étrange dans les rues parisiennes.
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Des asticots
dans le buffet
Stéphane Puille

Des asticots
dans le buffet

Roman




Éditions Le Manuscrit
Paris




© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-
2009
ISBN : 978-2-304-03028-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304030280 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03029-7 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304030297 (livre numérique) Stéphane Pulle
DU MÊME AUTEUR
Fuite en avant, Le Manuscrit, 2008.
Bacchanale et balles perdues, Le Manuscrit, 2008.

7 Stéphane Pulle
CHAPITRE PREMIER
Je suis en planque dans un break blanc
Renault. Dehors il gèle, moins 2 ou moins 3,
pas plus. J’aurais dû prendre de l’alcool d’oubli.
À côté de moi l’inspecteur principal Lucien
Goule, un Normand, il en écrase sévère derrière
le volant. La radio qui nous relie au
commissariat crépite ; une voix approximative ;
que je reconnais malgré tout, c’est celle du
supérieur hiérarchique de votre serviteur : il
nous demande si Albert Ventilo a bougé ? Non.
Trois heures à contempler la façade d’un hôtel
miteux où les puciers doivent être plus sales
que ton slip un lendemain de beaujolais
nouveau. Ce genre d’établissement draine une
population de loquedus malfaisants. Dans le
genre c’est ce qu’on fait de mieux, au guide de
la crapulerie l’hôtel aurait ses 3 étoiles. Pour
assassiner 5 minutes de temps immonde,
j’appuie sur le minuscule bouton noir situé en
bas à gauche de l’autoradio. Un cave nous
souhaite une bonne nuit en assenant les faits
marquants de l’actualité. Grève à Air-France.
Air-France, ça c’est du vol ! Un professeur
interpellé car il n’y aucune plainte de déposée
9 Des asticots dans le buffet
contre lui pour pédophilie, la police trouve ça
suspect ! Dimanche ce sont les élections. Mort
aux vaches, mort aux lois, vive l’anarchie ! Hier
un communiste a essuyé deux balles de .357 en
plein cœur, il est mort ! Enfin, nous en voilà
débarrassés c’était le dernier ! La lumière du
hall de l’hôtel s’allume, ça bouge dans l’hôtel,
la môme Cacahouète sort avec un micheton.
Fausse alerte ! Quand je pense que ce fondu de
Ventilo passe la nuit au chaud dans les bras de
la grande Patricia. Huit ans que je la fréquente
la foule des paumés de la nuit, leurs mots, leurs
singeries, leurs maux, leurs magouilles et toutes
leurs perversions. Au fond je me sens bien
parmi eux, chacun dans son camp respectif.
Les cognes d’un côté, Messieurs les hommes
de l’autre ! Je me serais bien vu moi de l’autre
côté, ça s’est joué à pas grand-chose, juste un
peu de malchance… d’être dans la police !
Lucien se réveille pousse un bâillement, grogne
comme quoi c’est rien qu’un boulot de merde !
Il a des traits comme ça qui rappellent
Alexandre-Benoît Berrurier. Si lui parfois
rappelle A.-B. B., je n’ai pour ma part rien du
brillantissime San Antonio : ni sa dextérité, ni
son talent et encore moins son doigté auprès
de la gente féminine ! Lulu bâille comme une
huître au mois d’août. Il grogne.
– Quoi de neuf ? Ça bouge ?
– Non rien !
– Ah bon…
10 Stéphane Puille
– Ah bon quoi ?… C’est extraordinaire, rien
ne t’étonne jamais, toi !
– C’est normal je suis un con.
– Vantard !
– On reste là jusqu’à quelle heure ?
– Six heures, ensuite on rentre !
– Alors je me rendors.
En moins de temps qu’il ne faut pour
penser une connerie, Lucien sombre comme
un bienheureux. Il me laisse à ma méditation
contemplative, là, dans cette voiture froide
jouxtant un boui-boui de briques rouges, enfin
qui furent autrefois rouges, maintenant elles
sont sales ! Derrière les vitres aux volets à
claire-voie point la lumière pisseuse des
ouvriers matinaux. Je mâche un rouleau de
réglisse retrouvé dans la poche droite de mon
blouson. Quelques vendeuses d’amour quittent
le trottoir : pour elles, la nuit est finie, plus un
client à l’horizon ! Ne restent dans la rue que
les courageuses, les optimistes, espérant
agripper un noctambule polisson ou un lève-
tôt érotomane adepte de la guillotine de
Cythère à l’aube. Ça bouge pourtant, la môme
Patricia sort du palace engoncée dans un long
manteau de laine rouge. Elle trottine à petits
pas menus sur le trottoir humide et froid, ses
talons aiguilles tintent mollement sous la
légèreté de ses jambes longues et maigres
finement hâlées pas un nylon teinté. Est-ce
que Ventilo va suivre ? Un quart d’heure passe.
11 Des asticots dans le buffet
Rien. J’ai faim mais je n’ai pas sommeil ! Dans
le vestibule de la pension un néon tente
désespérément de stabiliser sa luminosité, en
vain. Nonobstant on parvient à voir une
ombre gesticuler. Qui ? Lui ! Bébert met le nez
dehors ; élégant comme à son habitude, il
oblique à gauche. J’ouvre la portière
délicatement pour me mettre à le filer mais une
moto rouge avec deux hommes vêtus et
casqués de noir arrive en trombe. Arrivés à la
hauteur de Ventilo le passager du deux-roues
tend son bras au bout duquel se trouve un
revolver duquel jaillissent trois balles qui vont
percuter Albert ! Je saute sur la voie l’arme au
poing, fichtre ! Je ne peux rien faire ! Les
motards disparaissent dans le petit matin
blafard. Les détonations réveillent mon acolyte
alcoolique. Il lève la paupière gauche, bâille, se
gratte, s’étire, daigne ouvrir l’œil droit. Il ne
réagit pas, ce n’est pas un impulsif, lui, non.
Un placide ! D’un ton cependant inquiet il
m’annonce :
– Je suis ballonné. Qu’est-ce que j’ai bien pu
avaler ? Dis-moi, qu’est-ce que tu fais avec ton
arme ? Il y a du vilain ?
Il est très perspicace après avoir analysé une
poignée de minutes les faits. Ce n’est pas un
rapide !
– Viens avec moi, j’ai un cadeau !
– Un cadeau, chouette !
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