Des femmes, de l'autre côté

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«Je vis au milieu d'un gynécée, seins et vagins qui crient à la faim, ventres et cuisses qui s'écartent, cheveux et ongles qui se peignent et se coupent et des bouches et des bouches qui s'ouvrent et appellent et gémissent, rien ne m'échappe, rien ne s'efface, je suis écrivain et me remplis de ces riens. J'hésite à déménager, je dormirais en paix, mais sans ces filles autour de moi, que pourrais-je inventer? Je ne sors jamais.»
Ce sont des nouvelles pour la plupart très brèves (hormis le récit central, «Journal d'Ornolac»), plutôt des instantanés mettant en lumière des moments particuliers dans la vie de quelques femmes. Celle qui dit je est en effet toujours une femme en proie à la solitude, aux souvenirs qui apparaissent comme des fantômes, à des arrière-pensées, à des désastres amoureux ou à des amours qui auraient pu seulement exister, à des malentendus. Avec une sensibilité très fine, et un humour mélancolique (ou parfois cruel, comme dans l'histoire de Mme Coquette, très belle femme que la laideur de sa fille enchante), l'auteur développe des ambiances délicates, pleines de charme, traversées de traits d'ironie.
Publié le : jeudi 5 mai 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072442445
Nombre de pages : 154
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D U M Ê M E A U T E U R
HEUREUS E OU P RES QUE, Stock, 2007 AUTOBI OGRAP HI E À LA J UMELLE, Éditions de l’Iconoclaste, 2009
d e s f e m m e s , d e l a u t r e c ô t é
ISABELLE LORTHOLARY
D E S F E M M E S , D E L ’ A U T R E C Ô T É
n o u v e l l e s
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2011.
« Et de nouveau je me souvins, en me plon geant dans les journaux et les romans et biogra phies, que lorsqu’une femme parle aux femmes, il faut qu’elle tienne quelque chose de très désagréable en réserve. Les femmes sont dures envers les femmes. Les femmes n’aiment pas les femmes. Les femmes… Mais n’êtesvous pas lasses jusqu’à l’écœurement de ce mot ? Je puis vous garantir que je le suis, moi. » Virginia Woolf Une chambre à soi
Appétissante
Mon voisin est un ogre. Il a l’œil crevé et tue des animaux dans son garage. Sa maison semble abandonnée, les car reaux aux fenêtres sont cassés, il épie derrière. Toutes les nuits son chien hurle à la mort, je me demande s’il s’agit d’un loup qui a faim. Dans le jardin de mon voisin, des ustensiles rouillés et des sacspoubelle entassés, remplis de ce que j’imagine être des cadavres découpés ou des choses encore vivantes mais mal en point et mauvaises au goût. Partout dans le village on dit de mon voisin qu’il n’a rien pour vivre, pourtant il est gros, comment faitil pour être gros s’il n’a rien pour vivre et donc rien à manger ? J’ai la réponse : il mange des choses vivantes qu’il tue de ses propres mains. J’ai toujours eu peur de lui, je ne suis plus en âge de croire aux ogres mais j’évite de traîner longtemps dehors. Lorsque j’étends ma lessive, je m’interdis de regarder pardessus la haie de l’autre côté, toutefois une envie m’y attire, mélange de peur et d’horreur, tandis que j’accroche une à une les pinces à linge en bois, plantée droite devant mon fil et mes culottes, je sens un courant d’air dans mon dos et des yeux me poussent derrière la tête, nuque et épaules tendues, je
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suis persuadée qu’il nous regarde, moi et mes bras ronds tendus vers le ciel, que quelque chose va arriver. Évidem ment la peur l’emporte, je ne tourne pas la tête et rentre bien vite à l’ombre de ma maison, ferme la porte à double tour, saine et sauve quoiqu’un peu déçue. Après tout je crois moi aussi être vivante et appétissante.
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