Des silhouettes dans le brouillard

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Je m'appelle Michael Artner. Je coulais des jours paisibles dans le nord-est des États-Unis avec mon fils, David, et ma seconde femme, Sandra, enceinte de notre premier enfant. C'était une existence douce et sans surprise dans une banlieue aisée: une vie banale mais qui me plaisait. Jusqu'au jour où tout s'est transformé en un cauchemar dément: quand je suis rentré chez moi, il n'y avait plus aucune trace de Sandra. Elle n'avait pas seulement disparu: tout indice de son passage sur terre avait été effacé. Elle n'avait jamais existé pour personne. Son souvenir survivait seulement dans ma mémoire. Deux hypothèses s'offraient à moi: ou j'étais devenu fou, ou bien on se moquait de moi. Et je refusais de croire que l'histoire de notre amour n'était que le fruit de mon esprit malade. Depuis lors je n'ai eu qu'une obsession: la retrouver. Quel qu'en soit le prix.
Publié le : mardi 27 octobre 2015
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342043402
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342043402
Nombre de pages : 278
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Cedric Lalaury DES SILHOUETTES DANS LE BROUILLARD
Mon Petit Éditeur
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À mes parents et mes frère et sœur, de tout cœur. À ma famille, ceux qui m’entourent et ceux qui sont partis mais ne me quittent pas. À Caroline et Marlène qui l’attendaient depuis longtemps À Sabrina, ma fan de rock préférée, Et,last but not least, à Mickaël, en souvenir de Gandalf, Almodóvar et Robert de Niro en danseuse à boa, quelque part au campus des Cézeaux.
« Les souvenirs dormants de la jeunesse éteinte S’éveillent sous ses pas d’un sommeil calme et doux ; Ils murmurent ensemble ou leur chant ou leur plainte. Dont les échos mourants arrivent jusqu’à nous. Et ces accents connus nous émeuvent encore. Mais à nos yeux bientôt la vision décroît ; Comme l’ombre d’Hamlet qui fuit et s’évapore, Le spectre disparaît en criant : Souviens-toi ! »
Louise Ackermann, « Le Fantôme » inContes et poésies(1863).
C’est ce jour-là que tout a basculé. Longtemps, j’ai eu cette phrase en horreur, qu’elle apparaisse au début d’un roman ou qu’une voix off la murmure, dans un souffle empreint d’une lassitude inquiète, au début d’un film. On ne prononce pas des phrases de ce genre, pensais-je alors. J’avais tort, car je n’ai pas cessé de la répéter autour de moi ou dans mon for intérieur depuis l’instant où mon univers a vacillé, en cette matinée qui me semble avoir eu lieu il y a plusieurs décennies alors qu’elle reste si proche de moi. Encore aujourd’hui, il m’arrive de penser à cette poignée d’heures avec une perplexité qui confine au malaise : ce laps de temps restera pour moi, à jamais, comme une frontière nette, presque coupante, entre ma vie actuelle et les autres matins calmes et ordinaires qu’il m’a fallu depuis reléguer au rang des souvenirs heureux d’une vie dont j’ai longtemps cru le deuil impossible.
* * *
C’était un dimanche matin, à la mi-juin. Je me souviens m’être réveillé heureux ce jour-là, quoiqu’un peu engourdi, mais loin de la mélancolie qui était la mienne la veille au soir. J’étais alors rentré tard à la maison et ne me rappelais que va-guement la soirée que j’avais passée avec mes collègues de bureau. Nous avions arrosé le départ en retraite d’un des piliers de notre compagnie d’assurance, la NeoBrens Inc. : Ernie Kolberg, le vieil oncle Ernie qui fut mon mentor et mon meilleur ami en dépit de notre grande différence d’âge. Il coulerait désormais des jours pai-sibles dans le Kent, en Angleterre, où ses enfants vivaient depuis longtemps. Ma peine était si grande de le voir partir que j’ai bu plus que de raison, moi dont la sobriété au lycée et à la fac était pourtant sujette à toutes les moqueries possibles de la part de mes camarades pour qui la démonstration de la virilité joyeuse passait par une cuite mons-trueuse au moins une fois par mois. Et en dépit de cette réputation,
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j’avais aligné les verres de vodka afin d’être sûr de ne pas pleurer comme un gosse au moment où viendraient les adieux à Ernie. Hé-las ! le seul résultat fut qu’au réveil, je n’avais même plus souvenir de l’avoir salué pour la dernière fois ! Je me rappelle avoir souri en ima-ginant la tête qu’allait faire Sandra quand je lui dirais que, ivre mort, je n’avais pas eu la force de gravir les escaliers pour la rejoindre au lit. C’était malgré tout un mal pour un bien : ma femme avait alors besoin de repos car sa grossesse ne se déroulait pas aussi bien que nous l’avions espéré et je m’en serais voulu de l’avoir réveillée en plein milieu de la nuit alors que son sommeil était si fragile ces der-niers temps. Allongé sur le divan, la bouche pâteuse des excès de la veille, j’observais la lumière du jour naissant qui envahissait peu à peu le salon. Je m’extirpai non sans mal de mon lit de fortune et, une fois debout, m’étirai et fis craquer mes articulations. Je me sentais rouillé mais je me savais encore capable de récupérer sans difficulté de cette trop courte et inconfortable nuit de sommeil. Je remarquai que mon costume n’était presque pas froissé, ce qui était miraculeux pour un dormeur aussi agité que moi. Un coup d’œil au miroir situé au-dessus du divan me rappela que, en dépit de mes illusions, je n’avais plus vingt ans mais la quarantaine désormais en-tamée. Mon teint était pâle et mes yeux cernés. Je tentai de contenir un bâillement et eus brièvement l’idée de rejoindre ma femme au lit pour une heure ou deux de sommeil supplémentaire mais j’avais des scrupules à prendre le risque de la réveiller : la maison était si calme et silencieuse, il y régnait une atmosphère à ce point apaisante que je décidai de préserver ce silence fragile et rare. Je me sentais bien, comme dans un rêve. Mais pour le moment, je devais surtout finir de me réveiller : si je restais amorphe encore quelques instants de plus ce serait tout le reste de mon dimanche qui tomberait à l’eau. Il me fallait courir un peu. Ni une ni deux, je pris une douche rapide et enfilai un pantalon de jogging attrapé au hasard dans la buanderie. Le temps de courir une petite heure, Sandra serait levée à mon retour. Je décidai aussi d’emmener Cookie, notre petit yorkshire, avec moi, ce qui serait l’occasion pour elle de se dégourdir les pattes. La chienne dormait encore mais à peine ai-je eu le temps de murmurer son nom qu’elle
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