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DEVANT LE COFFRE-FORT
Roman policier
par Gustave GAILHARD
*1*
Dans le train qui l'emportait vers cette petite ville du Sud-Ouest, où il était attendu, ce jour-là par un notaire, Marc Bigle ayant, au passage, jeté les yeux sur l'horloge d'une station qui défilait dans le cadre de la portière, eut une petite moue d'impatience. Le train avait un retard sensible et Marc Bigle était pris d'inquiétude. Allait-il arriver chez Maître Duvaillant avant la fermeture de l'étude ?
Ce n'était certes pas pour y recueillir un héritage ou quelque autre de ces petits présents du destin que les notaires ont charge de dispenser aux élus de la fortune que Marc Bigle était convoqué par ce tabellion de province. Non, Marc Bigle n'était pas, hélas, de la catégorie de ces privilégiés du sort. Du festin de la vie, il n'était qu'un des plus infortunés convives, bien qu'il se sentît un appétit des plus robustes. Pauvre diable, il n'avait connu dans le quart de siècle qu'il avait jusqu'ici parcouru que vingt-cinq années de pâle misère sans trêve ni répit. Et, selon toutes prévisions, cette misère promettait de continuer avec une navrante constance. La guigne verdâtre semblait son lot.
Hier encore pion maupiteux dans une petite institution des environs de Paris, il s'était vu congédier et avait perdu ainsi, à la fin du mois, par un simple caprice d'humeur de son directeur, cet unique moyen de subsister. Un de ses élèves l'avait mis en rapport avec un ami de sa famille, un notaire de province qui cherchait un quatrième clerc. Marc Bigle, qui n'avait pas le choix des moyens pour vivre s'était aussitôt mis en route vers cette assiette de soupe éventuelle, que lui concédait une Providence parcimonieuse et, ses dernières ressources pécuniaires ayant servi aux frais de son voyage, il avait d'autant plus de hâte d'arriver avant la fermeture de l'étude que le remboursement convenu de son déplacement était son seul moyen de dîner ce soir. Le train arriva en gare à six heures moins dix. Marc Bigle espéra qu'en faisant quelque hâte, si toutefois le notaire ne demeurait pas trop loin de la gare, il pourrait encore arriver à temps.
— Maître Duvaillant, s'informa-t-il auprès de l'employé qui recevait les tickets à la sortie. Pouvez-vous m'indiquer où il demeure ?
— Maître Duvaillant ? Hé, bien sûr. C'est à la place des Carmes, pas plus. Il n'y a pas à se tromper. Vous n'avez qu'à suivre les rails du tramway, c'est à un petit quart d'heure sans se presser !
Sans se presser ! Il en avait de bonnes, ce placide enfant du farniente méridional ! Marc Bigle se débarrassa de son encombrante valise et prit au contraire son pas le plus rapide.
Quelque diligence qu'il fît cependant, il n'arriva chez Maître Duvaillant que quelques minutes après six heures. Il trouva l'étude vide, mais les portes étaient ouvertes. Ces deux circonstances offrirent à Marc Bigle un curieux imprévu.
Dans le cabinet qui était attenant à l'étude, il trouva le notaire, mais pas tout à fait à
la vérité, comme il pouvait s'attendre à le rencontrer.
Maître Duvaillant était là assis devant sa table, le buste affalé sur son buvard, la tempe trouée d'une balle de revolver, le nez sur une lettre qu'il venait d'écrire et qui fournissait aux intéressés les raisons de son suicide.
Il allait bien, le tabellion ! Il avait croqué avec une petite femme de Lyon les fonds de ses clients.
Il en faisait l'aveu désolé dans cet ultime mot. De tout ce qu'il détenait, restait seulement un petit actif de quatre cent mille francs.
Le coffre était ouvert. Il venait sans doute avant d'accomplir son geste fatal avec le revolver qui était encore près de lui sur la table, de faire son déplorable inventaire et n'avait pas pris le temps de refermer le coffre-fort pour en terminer avec la vie.
Il y a des moments, n'est-ce pas, où on ne prend plus le temps de penser à tout !
Marc Bigle, remis de son premier saisissement, se gratta pensivement le menton. Le cas de ce désespéré le rendait tout songeur.
Pourquoi, après tout, pendant qu'il était en fredaines, n'aurait-il pas, en somme, avant de se suicider, dilapidé le tout ?... Sa faute en eût-elle été moins grosse et les suites atténuées ? Non, n'est-ce pas ?
Personne ne l'avait introduit. Personne ne l'avait vu entrer. Bien rassuré sur ce point, Marc Bigle rafla les quatre cent mille francs qui s'offraient à lui dans ce coffre béant, et prit soin d'effacer sur la lettre les dernières lignes du défunt qui avait jugé devoir mentionner, fort inutilement, à son avis, ce ridicule petit avoir. Une fiole de corrector, qui se trouvait sur la table d'un clerc fit prestement l'affaire. L'instant d'après, il ne resta plus trace de cette somme ni dans le coffre ni sur la lettre.
Ces opérations lestement menées – le tout n'avait pas demandé plus de trois à quatre minutes – Marc Bigle se hâta de prendre le large. Comme il venait d'atteindre la porte extérieure du couloir, et franchissait le seuil, un pas se faisait entendre au haut de l'escalier tournant. Quelqu'un descendait en ce moment.
— Il n'était que temps ! souffla Marc Bigle en traversant d'un pas hâté la place déserte et en prenant du champ dans les rues voisines.
Comme rien ne le retenait plus à présent dans cette ville, il regagna la gare et reprit sa valise.
Un train était précisément en gare. Marc Bigle s'informa de sa direction.
— Hé vé ! lui dit ce même employé à qui il avait eu déjà affaire à son arrivée, c'est l'express de la Côte d'Azur.
C'était tout à fait son affaire. La Côte d'Azur ? Pourquoi pas ? Ce train s'offrait à merveille et à point nommé. Il prit hâtivement un billet pour Monte-Carlo, décidé par une affiche attrayante sur laquelle était tombé son regard. La cloche du départ sonnait ; il s'élança vers le quai et sauta dans le train juste comme celui-ci démarrait.
L'instant d'après, Marc Bigle, confortablement installé dans un wagon de première
classe, rassemblait ses idées un peu tourbillonnantes, ayant quelque peine à réaliser sa prodigieuse aventure. Tâtant de ses mains qui tremblaient les poches de son veston rembourrées de billets de banque, il pensait être l'objet d'un invraisemblable songe.
Pendant la brève durée de ces événements, il avait l'étonnante impression d'avoir agi comme une sorte d'automate conduit, guidé par les caprices folâtres du destin. Dans cette affaire, il avait passé comme une...