Dirty George Clooney suivi de Le ventre tiède de l'oiseau et Élagage d'automne

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Dirty George Clooney
Le ventre tiède de l'oiseau
Élagage d'automne








Publié le : jeudi 27 juin 2013
Lecture(s) : 13
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782823808261
Nombre de pages : 19
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couverture
Sophie Loubière

Dirty George Clooney
suivi de
Le Ventre tiède de l’oiseau
et
Élagage d’automne

images

Dirty George Clooney

Un bras s’actionna, la main sonda le vide au pied du lit, rencontra le verre lisse d’une bouteille, la porta à la bouche. L’alcool réfréna l’inconfort que Mrs Strahans ressentait dans son corps, chassa la morsure du manque. Réveillée par le bruit de la chasse d’eau actionnée par son fils, elle avait ouvert les yeux dans un sursaut. Elle reposa la bouteille sur la moquette, et tourna la tête : à côté d’elle, un homme dont le visage ne lui était pas inconnu dormait d’un sommeil paisible.

Ce qui la frappa tout de suite, ce fut son odeur. Un parfum familier. Et aussi sa façon de bouger dans son sommeil, de fouiller l’oreiller avec sa tête en grognant. La lèvre inférieure était légèrement repliée sur la fossette du menton, une mèche de cheveux rabattue sur le front. Une barbe naissante dessinait un croissant de lune à la moitié du visage, accentuant son aspect anguleux. Un rayon de soleil qui filtrait des persiennes dorait la peau de ce grand corps nu, enroulé dans le drap. Mrs Strahans cligna trois fois des paupières, la vision se fit plus nette.

Pas de doute possible.

Elle pouffa de rire.

On aurait dit que, dans la nuit, le Père Noël avait déposé là un cadeau, répondant au souhait inconscient d’une mère de famille élevant seule ses fils, stripteaseuse à temps partiel dans un bar de Cottonwood. Mais Mrs Strahans ne croyait plus au vieux barbu depuis que son papa s’était tiré une balle dans la bouche au pied du sapin, un soir de réveillon en 78. Le fait que son fils aîné, Sony, ait été condamné pour recel à purger une peine de deux ans de prison l’avait confortée dans l’idée que le malheur se transmettait par le sang. Et en cette chaude matinée du 17 juillet, aucun flocon de neige ne s’annonçait dans le ciel azur. À part le sable du désert, rien ne tombait sur la toiture brûlante du bungalow depuis des semaines.

Mrs Strahans se redressa, rajusta sa nuisette en Nylon. Son crâne lui faisait un mal de chien et elle suait comme une tranche de saucisson oubliée en plein soleil. À l’éblouissement succéda la torpeur : elle n’avait aucun souvenir de ce qu’elle avait fait la veille, après que son ex-mari fut passé la voir au club pour lui taper encore du fric. Le désordre qui régnait dans la pièce donnait une vague idée du scénario : cannettes de bière vides, bouteilles de vodka renversées par terre, cendriers gorgés de mégots, elle avait foiriné à l’excès. Mais comment expliquer la présence de George Clooney au milieu des draps ? Le murmure du rideau de perles qui séparait sa chambre du couloir lui fit lever les yeux : son fils cadet se tenait là, torse nu, une main appuyée contre la cloison, l’autre grattouillant sa tignasse. Il grimaça.

— Tas une de ces têtes, m’man… T’as chassé des cafards ou quoi ?

— Fiche-moi le camp, abruti.

Reconnaissant l’homme assoupi, le fils leva le menton, vaguement surpris.

— Et lui, qu’est-ce qu’il fait là ?

— Je sais pas.

L’adolescent afficha un air désapprobateur.

— Il va pas rester, j’espère ?

— Chut ! Moins fort, tu vas nous le réveiller… Tu nous fais du café ?

— Demande-lui plutôt, à l’autre connard !

Il secoua la tête en quittant la pièce.

Mrs Strahans devina l’embarras de son fils : trouver Monsieur Nespresso dans le lit de sa mère avait quelque chose de déstabilisant. C’était comme jeter un pot de peinture noire sur un mur blanc ‒ ou bien l’inverse. La présence de cet homme providence tranchait avec l’aspect misérable du mobile home. Au n° 572, Siesta Street, la poussière emprisonnait les rideaux aussi sûrement que la moquette sentait les pieds. La question était de savoir ce qu’un type aussi friqué pouvait bien foutre, hier soir, dans le strip-club le plus minable d’Arizona. Mrs Strahans décida que la réponse attendrait bien un peu. D’abord, le tour du propriétaire. Doucement, elle souleva le drap entortillé pour prendre la mesure de l’animal. La courbe des fesses d’une candide blancheur la mit en émoi. Quitte à partager le lit du docteur Ross, autant jouir de la situation. Mais pas avec une migraine pareille. Avec précautions, Mrs Strahans se leva et alla d’un pas chancelant soulager sa vessie, rafraîchir la façade et avaler de quoi dissiper les maux de tête.

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