Dodgers

De
Publié par

" Avec son rythme soutenu et son intrigue impeccablement maîtrisée, un des plus grands polars littéraires que vous lirez jamais. "


Donald Ray Pollock





East, quinze ans, est chef des guetteurs devant la taule, une maison où l'on vend et consomme de la dope, dans un ghetto de Los Angeles.


On ne saura jamais pourquoi ni comment, car la petite bande n'a rien vu venir, mais un jour les flics débarquent.


La taule est fermée, East doit se racheter.


En allant dans le Wisconsin éliminer un juge, témoin compromettant. Accompagné de son frère Ty, douze ans et complètement fêlé, d'un pseudo-étudiant et d'un gros plutôt futé. Sans armes, avec de faux papiers et quelques dollars en poche.


À bord du monospace bleu pouilleux qui quitte le soleil californien pour le froid des Grands Lacs, l'ambiance est de plus en plus crispée. Et, à l'arrivée, rien ne se passera comme prévu.


Roman noir écrit au cordeau, voyage initiatique qui infléchit les destinées, Dodgers fait penser à The Wire et à Clockers. Mieux : il y a là une tonalité poignante, une poésie tragique, un je-ne-sais-quoi d'électrisant tout à fait uniques.





Bill Beverly a grandi à Kalamazoo (Michigan) et fait ses études à l'Université de Floride. Il enseigne la littérature américaine à la Trinity Washington University et vit dans le Maryland. Dodgers est son premier roman.


Traduit de l'anglais (États-Unis) par Samuel Todd


Publié le : vendredi 6 mai 2016
Lecture(s) : 12
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021247657
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
couverture

DANS LA MÊME COLLECTION

Brigitte Aubert

La Ville des serpents d’eau

La Mort au Festival de Cannes

 

Bill Beverly

Dodgers

 

Parker Bilal

Les Écailles d’or

Meurtres rituels à Imbaba

 

Lawrence Block

Heureux au jeu

Keller en cavale

 

Cilla et Rolf Börjlind

Marée d’équinoxe

 

C.J. Box

Zone de tir libre

Le Prédateur

Trois Semaines pour un adieu

Piégés dans le Yellowstone

Au bout de la route, l’enfer

 

Jane Bradley

Sept Pépins de grenade

 

Karin Brynard

Les Milices du Kalahari

 

David Carkeet

La Peau de l’autre

 

 

 

Gianrico Carofiglio

Les Raisons du doute

Le Silence pour preuve

 

Lee Child

Sans douceur excessive

La Faute à pas de chance

L’espoir fait vivre

 

Michael Connelly

Deuil interdit

La Défense Lincoln

Chroniques du crime

Echo Park

À genoux

Le Verdict du plomb

L’Épouvantail

Les Neuf Dragons

 

Thomas H. Cook

Les Leçons du Mal

Au lieu-dit Noir-Étang…

L’Étrange Destin de Katherine Carr

Le Dernier Message de Sandrine Madison

Le Crime de Julian Wells

Sur les hauteurs du Mont Crève-Cœur

 

Arne Dahl

Misterioso

Qui sème le sang

Europa Blues

 

Torkil Damhaug

La Mort dans les yeux

La Vengeance par le feu

 

 

John Gregory Dunne

True Confessions

 

Knut Faldbakken

L’Athlète

Frontière mouvante

Gel nocturne

 

Dan Fante

Point Dume

 

Gordon Ferris

Les Justiciers de Glasgow

 

Karin Fossum

L’enfer commence maintenant

 

Mimmo Gangemi

La Revanche du petit juge

Le Pacte du petit juge

 

Kirby Gann

Ghosting

 

William Gay

La Demeure éternelle

 

Sue Grafton

T… comme Traîtrise

Un cadavre pour un autre – U comme Usurpation

 

Oliver Harris

Sur le fil du rasoir

Le Réseau fantôme

 

Veit Heinichen

À l’ombre de la mort

La Danse de la mort

La Raison du plus fort

 

Charlie Huston

Le Vampyre de New York

Pour la place du mort

Le Paradis (ou presque)

 

Joseph Incardona

Aller simple pour Nomad Island

 

Viktor Arnar Ingólfsson

L’Énigme de Flatey

 

Thierry Jonquet

Mon vieux

400 Coups de ciseaux et Autres Histoires

 

Mons Kallentoft

La 5Saison

Les Anges aquatiques

 

Joseph Kanon

Le Passager d’Istanbul

Berlin 49

 

Jonathan Kellerman

Meurtre et Obsession

Habillé pour tuer

Jeux de vilains

Double Meurtre à Borodi Lane

Les Tricheurs

L’Inconnue du bar

Un maniaque dans la ville

Des petits os si propres

 

Jonathan et Jesse Kellerman

Le Golem d’Hollywood

 

 

Hesh Kestin

Mon parrain de Brooklyn

 

Natsuo Kirino

Le Vrai Monde

Intrusion

 

Michael Koryta

La Nuit de Tomahawk

Une heure de silence

 

Volker Kutscher

Le Poisson mouillé

La Mort muette

Goldstein

 

Clayton Lindemuth

Une contrée paisible et froide

 

Henning Mankell

L’Homme qui souriait

Avant le gel

Le Retour du professeur de danse

L’Homme inquiet

Le Chinois

La Faille souterraine et Autres Enquêtes

Une main encombrante

 

Petros Markaris

Le Che s’est suicidé

Actionnaire principal

L’Empoisonneuse d’Istanbul

Liquidations à la grecque

Le Justicier d’Athènes

Pain, éducation, liberté

Épilogue meurtrier

 

Deon Meyer

Jusqu’au dernier

Les Soldats de l’aube

L’Âme du chasseur

Le Pic du diable

Lemmer l’invisible

13 Heures

À la trace

7 Jours

Kobra

En vrille

 

Sam Millar

On the Brinks

Les Chiens de Belfast

Le Cannibale de Crumlin Road

Un sale hiver

 

Kanae Minato

Les Assassins de la 5B

 

Dror Mishani

Une disparition inquiétante

La Violence en embuscade

 

Håkan Nesser

Le Mur du silence

Funestes Carambolages

Homme sans chien

 

Mike Nicol

Du sang sur l’arc-en-ciel

 

George P. Pelecanos

Hard Revolution

Drama City

Les Jardins de la mort

Un jour en mai

Mauvais Fils

 

Rosa Ribas, Sabine Hofmann

La Mort entre les lignes

 

Louis Sanders

La Chute de M. Fernand

 

Ninni Schulman

La Fille qui avait de la neige dans les cheveux

Le Garçon qui ne pleurait plus

 

James Scott

Retour à Watersbridge

 

Romain Slocombe

Première Station avant l’abattoir

Le Secret d’Igor Koliazine

 

Peter Spiegelman

À qui se fier ?

 

Carsten Stroud

Niceville

Retour à Niceville

 

Joseph Wambaugh

Flic à Hollywood

Corbeau à Hollywood

L’Envers du décor

 

Don Winslow

Cool

Dernier Verre à Manhattan

Missing : New York

 

Austin Wright

Tony et Susan

Ce livre est pour Olive, qui m’a redonné vie

Je jetai un dernier coup d’œil à la maison, et aux quelques enfants qui jouaient devant la porte, puis je repris ma route… Pour atteindre le village où vivait mon frère, je devais passer par des bois denses et touffus, et par des terres reculées.

 

James W.C. Pennington,

The Fugitive Blacksmith

 

Le moindre voyou passe un marché avec le monde

 

The Clash, « Death or Glory »

I

LES BOÎTES



1

Les Boîtes, les garçons ne connaissaient que ça ; c’était le seul endroit.

Dans la rue, une voiture avançait entre des véhicules intacts et des carcasses, écrasant bouts de papier et morceaux de verre.

Les garçons faisaient le guet. Ils observaient la lumière qui envahissait le maigre espace entre les maisons noires, alignées comme une rangée de dents branlantes. Ils avaient passé la moitié de la nuit là : selon Fin, on ne devait pas rester la nuit entière. La moitié suffisait. Une rotation au milieu les maintenait en alerte, affirmait Fin. Ça faisait d’eux des hommes.

 

La porte de la taule s’ouvrit et deux Accros sortirent en trébuchant, saisis par le soleil levant, le reluquant comme une vieille copine qu’ils n’auraient pas vue depuis des lustres. Certains types quittaient la taule en meilleur état une fois qu’ils y étaient passés. D’autres y entraient cool mais arrivaient à peine à ramper pour en sortir. La paire ignora les garçons à leur poste. Au bout de l’allée, ils descendirent les cinq marches jusqu’au trottoir et se stabilisèrent en prenant appui sur le petit muret en pierre. Ils se topèrent bruyamment les paumes, à l’ancienne.

La porte s’ouvrit à nouveau. Apparut une face squelettique à la lèvre retroussée et au regard fixe, le cheveu frictionné sur le crâne : Sidney. Lui et Johnny tenaient la taule, faisaient tourner le business, veillaient à ce que ça rentre bien et à ce que l’argent soit évacué toutes les demi-heures par des coursiers ados. Sidney lorgna à droite et à gauche tel un rat humant l’atmosphère, puis fit glisser un truc sur le seuil. Un carton rempli de canettes fraîches de Coca et de boissons énergétiques. Un des garçons alla chercher le carton ; chacun décapsula une ou deux canettes et ils s’enfilèrent les bulles dans l’aube.

La matinée était encore fraîche et un brin humide. La lumière commençait à se répandre entre les maisons et colorait la rue en rose. Des bruits de pas se rapprochèrent à droite, un travailleur qui partait au turbin en costard, cravate jaune et piercings d’oreille en or. Les garçons le fixèrent ; il ne leva pas les yeux. Ces types, les Noirs qui portaient une cravate maintenue par une épingle métallisée et qui avaient un job mais, curieusement, ne quittaient pas les Boîtes : on ne leur parlait pas. On ne les laissait pas mettre les pieds dans la taule. Ces types, s’ils y entraient et s’y oubliaient, ils risquaient de manquer à quelqu’un qui viendrait les chercher. Donc on ne les laissait pas entrer. Un autre des enseignements de Fin.

 

Des télés s’allumaient et des avions clignotaient comme des épées dans le ciel. Quelque part derrière eux, un arroseur automatique se mit à siffler doucement – tss, tss, tss – et rien ne semblait pouvoir gripper sa fréquence. Quelques Accros débarquèrent à sept heures, et encore un à huit, la mine ravagée : celle du type qui a fait des provisions pour une semaine mais s’est tout enfilé en une nuit. À dix heures, les garçons arrivés à deux heures levèrent le camp. East, responsable des guetteurs, partagea l’argent avec eux tout en marchant. Lundi, jour de paye devant la taule.

La relève de dix heures se composait de Dap, Antonio, Marsonius dit Sony, et Needle. Needle surveillait la rue côté nord, et Dap côté sud. Antonio et Sony gardaient la taule avec East, dont la vacation de douze heures se terminait à midi. Antonio et Sony étaient bons le jour. La nuit, il fallait des garçons sachant se tenir tranquilles et qui ne s’endorment pas. De jour, il fallait simplement qu’ils sachent faire semblant d’être tranquilles.

East paraissait tranquille et il l’était. Il n’avait pas l’air d’un dur. Il ne ressemblait pas à grand-chose. Il se fondait dans la masse, ne parlait pas beaucoup et c’était le plus maigre de la bande. Il ne payait pas de mine. Mais il observait et écoutait les gens. Et ce qu’il entendait, il s’en souvenait.

Les garçons avaient leurs codes – les noms qu’ils se donnaient, la manière dont ils se la jouaient. East ne traînait pas avec eux. Eux, ils trouvaient East dur et amer. Contrairement aux autres garçons qui habitaient des maisons avec une maman ou dans les repaires d’autres gars, East dormait seul, dans un lieu ignoré de tous. Lui avait connu l’ancienne taule avant eux, été témoin de choses que les autres n’avaient jamais vues. Il avait vu un pasteur se faire descendre dans la rue, une femme sauter d’un toit. Il avait vu un hélicoptère s’écraser dans les arbres, et un homme qui avait perdu la boule ramasser un câble électrique tombé, puis se dresser, tout illuminé. Il avait vu la police débarquer, et malgré ça, la taule avait continué de tourner.

Il n’était pas marrant mais les autres le respectaient. Et même s’il était jeune, il n’avait rien de ce qu’il détestait le plus en eux : leur puérilité. Il n’avait jamais été un enfant. En tout cas, pas à la connaissance des autres.

 

À dix heures passées, un camion de pompiers déboula dans un fracas de sirènes, moteur et crissements de pneus sur l’asphalte. Les sapeurs-pompiers lancèrent des regards incendiaires aux garçons.

Ils étaient perdus. Les rues des Boîtes ressemblaient à un véritable puzzle : une pièce ne s’emboîtait pas avec celle d’après. On pouvait chercher une maison dans le bloc suivant, sauf qu’il n’était pas raccord. Les panneaux indicatifs des rues étaient de vraies girouettes, ou avaient tout simplement disparu.

Le camion repassa une minute plus tard dans l’autre sens. Les garçons lui firent de grands signes. Des ados, qui grandissaient, mais tout le monde aime les camions de pompiers.

– Là-bas, dit Sony.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.