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Emmanuel D'Astrées

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L'amour est le lien. Emmanuel D'Astrées, Anna, Joshua, Jacques ont tous ce lien qui les relie. Emmanuel D'Astrées le recherche mais il en est privé par une incroyable découverte qu'un puissant État veut dissimuler à tout prix, au prix même de ses enfants Anna et Joshua qu'il croit morts. Mais Anna est en vie et alors qu'elle trouve son frère et l'amour de sa vie, une effroyable machination étatique va se dresser devant elle.
L'amour sera-t-il plus fort? La vérité pourra-t-elle éclore avant qu'il ne soit trop tard ?
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Pierre-Marie BRUNAZ

Emmanuel D'Astrées

Figures libres et figures imposées

 


 

© Pierre-Marie BRUNAZ, 2017

ISBN numérique : 979-10-325-0136-8

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Courriel : contact@laboutiquedesauteurs.com

Internet : laboutiquedesauteurs.cultura.com


 

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À ma sublime mère.

 

Chapitre I

 

 

Le soleil répandait généreusement sa laitance depuis une verrière recouvrant des bâtiments aux formes épurées. Une concentration de beaux esprits sur un campus arboré. Des unités de recherche parées de miroirs et recouvrant pêle-mêle des amphithéâtres agglutinés autour d’un centre de gravité bien singulier. Un violon dingue s’y distinguait. Vous savez ! Un de ces types qui vous vrillent l’âme avec leur musique. Sans égal.

D’Astrées, de son prénom, Emmanuel, vivait cependant dans une solitude sans nom. Une torture au quotidien. Privé d’amour, il résistait comme il pouvait. La moindre compagnie féminine qu’il pouvait croiser, le titillait même s’il s’en défendait. Aller vers l’autre était son leitmotiv.

Pourtant les débuts furent difficiles. Une jeunesse d’adolescent frustré par des enseignants tous plus dogmatiques les uns que les autres. Rares ont été ceux qui l’ont remarqué. Enfant unique, ses parents cantonnés dans la banque et l’administration, ne l’ont pas vraiment vu grandir. Rien de réjouissant en somme. Pourtant dans un univers aux volets fermés, au confinement forcé, une illumination s’était produite.

D’Astrées avait mis le paquet sur les sciences bien moins pour se pavaner que pour tenter de comprendre tout ce qui n’avait pas d’explication. Il aurait pu se contenter de la mythologie judéo-chrétienne. Mais non ! Dieu et tous ses prophètes avaient trop à faire parmi les centaines de milliards d’étoiles de notre seule Voie Lactée pour lui consacrer une minute de leur temps. Voilà qui l’avait temporairement sauvé.

Rejeté par bon nombre de ses collègues universitaires, voilà notre violon dingue qui avait appris à survivre dans les abysses de la brutalité humaine. Ses premiers pas hors du cocon professoral lui avaient attiré les bonnes grâces des seuls laboratoires de recherche. Pas bien joyeux donc. Il bataillait ferme avec son humeur trop souvent vacillante. C’est dans ces dispositions qu’il avait rejoint un pays unique au monde où l’argent est décrié, le business vilipendé et la recherche magnifiée mais sans grand moyen.

L’astre, de toute sa généreuse lumière, parvint à inonder au cœur du bâtiment, un étrange bocal. Notre bipède y jouait quotidiennement du violon. Une tête à la Modigliani, dolichocéphale, avec de grands yeux sensibles, il ne touchait pas à ses lunettes posées sur son bureau. Il portait un veston clair de sobre facture par-dessus un fin polo sans col. Un badge indiquait succinctement son nom et sa fonction : Emmanuel D’Astrées. Directeur de recherche. Laboratoire d’astrophysique.

Pour ceux que ça intéresse d’emblée, notre homme avait choisi de s’installer dans un pays de Cocagne. Ayant aimé il y a un bail une biologiste venue probablement d’Extrême-Orient fuyant son pays massacré par une pensée unique et dont pour le moment il me revient juste son prénom, Lin, il confirma son choix. Génie sans âge, yeux gris bleutés émotifs et crâne chauve, il vivait le plus clair de son temps dans un bureau aquarium où la vitre couleur opaline donnait à la lumière la consistance de l’eau.

Cet homme au visage attendrissant, se couvrit soudain le crâne nu d’un grand mouchoir pour essuyer toute sa rosée. Il regarda tout autour de lui. Il faisait mine d’écouter le silence. Il venait de terminer, pièce par pièce, l’assemblage de son violon. Cependant il n’avait pas vu un petit cylindre de bois s’en échapper et tomber sur le sol. Trois fois rien. D’ailleurs on le désignait par le mot âme. Sa myopie n’arrangeait rien : les paupières tantôt plissées, tantôt écarquillées, ses lunettes étant toujours volontairement égarées, il n’avait pas perdu pour autant son regard angoissé, bien au contraire.

Des cadres vides de toute photo étaient disposés un peu partout. On pouvait apercevoir une petite pièce annexe où un semblant de chambre avec lit de camp et minuscule cabinet de toilette avaient été aménagés. À terre et posés sur une table basse, des monticules de livres et des partitions. Quelques ordinateurs au cerveau ouvert n’attendaient que lui. Sur un écran plat se déroulait un film.

— Tu es bien sûr ? Ces particules qui s’agitent sur cette petite planète bleue, sont des intelligences ! Crois-tu qu’il soit utile de leur donner un petit coup de pouce ? Elles ont l’air tellement préoccupé par leurs papouilles. Putain merde ! Elles se tapent dessus dès qu’il y en a un qui a le dos tourné. Et il faudrait les sauver ? Tu veux que ces ombres de nous-mêmes passent sous la lumière, qu’elles apprennent que la vie existe ailleurs et autrement, que la vie peut durer sans fin à travers bien des métamorphoses. Que dis-tu ? Ai-je bien compris ? Bon ! Essayons alors de trouver un contact ! Pourquoi pas lui ? Ce type-là, oui, lui, là, qui nous bombarde de messages !

C’est alors qu’il jugea le moment propice pour arrêter cette fiction. Il préféra se mettre à jouer du violon. Comme il se démenait dans cet espace confiné qui lui servait accessoirement de bureau, aucun son ne fut perçu ailleurs. Aucun.

Le maître des lieux se leva au bout d’un moment et sortit de sa cage de verre comme pour reprendre son souffle puis rentra sans bien fermer volontairement la porte. Après avoir tourné et retourné l’instrument, le clinicien violoneux entreprit de le scruter, de le palper pour poser un diagnostic. Il n’avait pas percuté sur l’absence de ce petit bout de bois qui donnait vie à son jeu…comme à son être. Une attelle indispensable. Cependant il était fin prêt.

Il redémarra avec peine un air ensorceleur. Beaucoup de sueur. Quelques perles tombèrent sur les cordes comme des notes de lumière. Ses petites mains charnues et intrépides montaient et descendaient le long des quatre fils d’acier tendus au point qu’un effleurement suffit pour les exciter. Non mais quel son que celui qui vous relie au grand sablier de l'univers ! Le moindre bruit était décuplé par le silence environnant. Et les premiers pincements puis grincements étaient les signes avant-coureurs d’accords séduisants. Des gammes cristallines furent parcourues avec légèreté. L’archet dérapa un instant dans sa course. En violoniste assidu il s’obstina. Tout redevint un instant magnifique. De la médiocrité sa vie bascula dans le parfait et l’illusoire. Il oubliait ses chaînes. Libre, lui ? Cela relevait pour le moment de la fiction.

Notre homme se coltinait depuis des lustres une santé qui n’était que trop rarement au beau fixe. Pour survivre, il était constamment sous surveillance médicale et l’acharnement thérapeutique pour des hommes éminents avait pris un tour inattendu. À chacun de ses déplacements, son corps demeurait souvent sous l’emprise d’entraves tubulaires et d’électrodes. Puis après quelques arpèges, il rejeta son instrument et devint soudain mélancolique. Quand il aperçut Fetch le regarder intentionnellement puis entrer à nouveau dans la pièce stérile, il fit mine de se précipiter vers lui, écartant avec ses mains les tubulures translucides qui le reliaient à la vie.

— Mes yeux sont vides. Pire ! Mon violon me semble éteint…avança D’Astrées. Ne m’explique rien. Ne me procure pas un cœur ou des reins. Et ces machines, dit-il en désignant des appareils médicaux automatisés qui le maintenaient en forme, me dévorent à petit feu. Puis comme le souffle lui manqua soudain, le génie se tourna un instant vers l’appareil à ventiler avant d’ajouter : — Si tu veux que je survive à mon mal, démène-toi pour me procurer…

— Un autre archet !

— Non ! Un organe singulier…

— Un organe ? s’interrogea Fetch dubitatif. Comme il regardait le désarroi profond de son interlocuteur, il ajouta illuminé : un sexe à l’égal de ton ego !

— Que me chantes-tu là ? rétorqua agacé le savant. Trouve-moi plutôt un organe…impondérable, comment dire…incommensurable, …impalpable.

— Un troisième œil ? Un sixième sens ? lança à tout hasard son interlocuteur désabusé.

— Sauve-moi ! Greffe-moi du sens, nom de nom ! Mieux encore… Greffe-moi une âme !

— Et comment je vais te la trouver, cette foutue âme si tu ne me dis pas ce que c’est !

L’air vint à manquer. Le savant soudain inspiré donna dans l’appareil à ventiler un violent coup avec son pied. Déblocage immédiat. Pourtant il n’avait rien vu : un petit cylindre de bois était encore là à nouveau ballotté par les ailerons de la pompe automatique.

— Comment vivre sans lui ? dit-il en fixant son violon.

— Oh, s’il te plaît ! Je connais la musique… Cela ne m’aide guère, rétorqua Fetch, agacé. Comme l’appareil à respirer faisait à nouveau un bruit comparable au halètement, il poursuivit sur un ton convaincu :

— Ne te fais aucun souci. Cette âme, je te la trouverai même si je dois remuer des consciences et découper des momies.

D’Astrées recommença à peiner et son teint passa au rouge. Il remarqua enfin le petit bout de bois dans la « pompe à atmosphère ».

— Mais c’est ce qui manque à mon violon !

La machine à respirer brusquement s’emballa. Elle remuait plus d’air qu’elle n’en délivrait. Des tubes flexibles encore libres parvinrent à se dresser comme des défenses d’éléphant. Des sons de cornemuse s’en échappèrent. Fetch recula d’inquiétude devant tout ce raffut.

— Dépêche-toi ! dit le savant au bord de l’asphyxie. Il étendit ses bras comme les ailes d’un avion, son corps s’inclinant à l’image de la tour de Pise et tout en zigzaguant les remua légèrement. Il ajouta :

— Sinon ma vieille carlingue va s’écraser au sol.

Seul dans son aquarium il crut voir son corps se déliter et sans son violon fétiche il ne tiendrait pas longtemps debout. Il le fixa au point de l’entendre jouer dans sa tête des airs qui vous réveilleraient un mort. Il ne craignait plus personne dans ces moments-là et surtout pas lui – même. Comme envoûté, il mit son bureau sens dessus dessous pour extraire de la machine aspirante ce petit bout de bois. Les perfusions et autres tubulures jusqu’alors négligées, se croisèrent au point de devenir inextricables et dangereuses. Des infirmières intervinrent in extremis. Finalement rassuré par les soins portés au savant, Fetch à son tour put quitter les lieux.

Non loin de là, deux voix off sortaient d’un écran TV. Un spectateur seul dans la pénombre semblait suivre.

— On a eu chaud !

— Il était à deux doigts de nous lâcher. Qu’est-ce que tu as fabriqué ? Tu sais bien qu’il compte pour notre mission.

— Je n’ai encore rien fait. Tu sais comme moi que ces êtres ne perçoivent qu’une infime partie des ondes présentes dans notre vaste bocal sidéral. Sur le spectre électromagnétique, ils en discernent quelques pourcents…avec leurs yeux. Ils ne perçoivent pas grand-chose et leurs instruments sont à l’image de leurs nombreux handicaps…

— Il continue à nous envoyer ses figures géométriques. On les lui renvoie avec nos tronches. On verra bien.

— Il n’est pas encore prêt. Il faut passer par ce qu’il peut admettre, pour aller vers nous.

— Tiens ! C’est toi maintenant qui prends sa défense…alors qu’on peut lui faire avaler n’importe quelle fadaise.

— Libre à lui de croire au Big Bang. Nous avons nous-mêmes longtemps cherché.

Emmanuel arrêta la fiction. Il semblait beaucoup réfléchir. Sa vie était un naufrage et il avait encore l’espoir de s’en sortir. Il ne savait pas grand-chose sur sa propre vie. Pour preuve, non loin de la place du Trocadéro, à quelques encablures de la Tour Eiffel, sous une petite pluie fine, un individu de grande taille, la trentaine vigoureuse, les cheveux roux en bataille, un mobile à la main, était poursuivi par une escouade de militaires, portant cagoule, gilet pare-balles et harnachement pour des revolvers de gros calibre. Ce n’était pas la première fois. Il laissait sur le côté le musée de l’Homme et avançait lestement sur une vaste esplanade surplombant la ville, une enveloppe de documents à la main.

Distinguant au loin un jeune homme alerte au visage de type eurasien, les yeux de velours, une valise sous le bras, il s’en approcha vivement et l’interpella avec vigueur : « Joshua ! Voici de quoi combler tous les trous noirs de ton imaginaire. Garde bien toutes ces traces de vie. Maintiens la flamme du souvenir. File vite maintenant. » Oui, c’était bien mon frère qui était au rendez-vous et qui parvint à glisser entre leurs mains.